La coutume est-elle un frein au développement de l’individu?

Thème :       « La coutume est-elle un frein au développement de l’individu ? »

Essai de restitution  du café philo Chevilly-Larue
25 septembre 2002.

Modérateur : Lyne Vogne                                        
Introduction au débat :Guy Pannetier.
Animateurs : Guy Philippon. Guy Pannetier

Introduction : Souvent les termes « Coutume » et « tradition » sont utilisés l’un pour l’autre. La coutume est la façon d’agir par l’usage, la tradition est la transmission des usages. Avant la loi était la coutume ; les hommes étaient regroupés en communautés, et les manières de faire, d’agir qui s’étaient  avérées les meilleures se sont transmises ; l’usage, la coutume étaient nés.
Le mot développement, est à considérer comme épanouissement de l’individu de libre choix, et de possibilité de se réaliser dans son propre milieu. Le sujet de ce débat est en partie inspirée d’un film « Inch’Allah Dimanche » (Yasmina Benguigui 2001).

Débat :   La première intervenante précise que dans le film la coutume réduit la liberté de la femme. F Toutefois dans ce film on voit une lueur de liberté.
– Dans cette société la femme donne des repères à l’enfant, que ce soit l’éducation ou la coutume…
– Les repères sont-ils librement choisis..
– Chaque personne a sa place dans la tradition. Si t out est ritualisé, il n’y a pas à penser, et malgré tout la femme y trouve sa place. Les traditions et les rites font partie de la construction sociale, « Les révolutionnaires, sont ceux qui se sont extraits de la tradition ».
– Les femmes au Moyen-Âge étaient indépendantes, c’est le 19 ème siècle qui nous a bridé.
– D’un pays à l’autre les mœurs sont différentes. Certaines ne sont pas bien acceptées. Les mœurs pour certains sont vitales, elles semblent nuisibles pour d’autres. 
– Ne percevons-nous pas les traditions comme un usage des coutumes pour la vie en commun ? Qu’est-ce qui peut être modifié ? Il ne faut rejeter le passé avec les bonnes choses. Exemple : de faire la fête à des moments donnés. Faut-il les supprimer ? L’idéologie du don de nos anciens, cette tradition mérite d’être maintenue. L’idée de la charité, de la solidarité. Toutes ces questions sont générales. Lier la morale, le corps, le social, c’est identifier la société où nous vivons.
– Je me pose la question si dans 30 ans ce débat aura lieu. Avec l’urbanisme, la mondialisation et le rôle prépondérant des média, la coutume, les traditions cèdent le pas à une culture de masse. Il y a lieu de craindre qu’ »un effet entonnoir » ne renvoie à terme, la coutume au passé. Tout comme la diversité des individus est une richesse, celle des peuples et leurs coutumes l’est tout autant.
– Texte : Dont le fond et la forme indiquent que les règles ne sont pas rigides. Le savoir ne peut s’apprendre qu’en s’imprégnant tout en apprenant ses propres limites : « Grandit suffisamment pour avoir le recul et transmettre le message des générations passées à travers ce que nous sommes ».
– Dans certaines régions d’Afrique, le chef coutumier est consulté sous « l’arbre à palabre » pour toutes les décisions. Vu de ce seul point de vue, la coutume est facteur d’intégration.
– Pour moi la coutume devient un frein  quand elle bride le développement de la liberté et la création …
– Ne commençons-nous pas à être atteints par la vieillesse quand on devient plus curieux ? L’optimisme c’est celui qui s’enrichit tous les jours. Une coutume de vie : le samedi à la Roseraie, des mariés de toutes religions, de toutes coutumes vont se faire photographier. Parler de vie, c’est parler de cela. Parler de mort, c’est parler guerre et donc de haine.
– Tout un chacun peut avoir voulu rejeter les coutumes, mais elles ne sont pas pur autant un véritable frein au développement.
– Il faut prendre conscience des coutumes sans les rejeter. En France on s’est éloigné de ces fondamentaux, éléments forts de la vie. Les coutumes aidaient à vivre. Maintenant ce sont les psychologues qui aident à vivre.
– Dans ma famille, il y a un rituel de deuil qui dure 7 jours, les gens font revivre la personne décédée. On faisait le deuil ensemble, il faut en saisir le rite, et le sens.
– Face à la mort, avec les traditions des familles se regroupent, c’est conserver une forme de structure et une forme de sécurité.
– La plupart des traditions sont transmises par les religions. Reproduisez-vous la même chose avec vos enfants ?
– Il faut revenir à l’origine des coutumes. La coutume évolue dans le temps, et il est nécessaire de rappeler le pourquoi des règles
– Avec l’intervention des média ; les coutumes deviennent désuètes. Quand on s’ouvre sur le monde, certaines coutumes ne peuvent pas perdurer…
– Derrière la coutume il y a des effets magiques. Alors il faut adapter la coutume aux évolutions..
– La coutume, la culture, la tradition constitue le squelette de la personnalité et s’enracine dans sa propre identité.

En conclusion (L’animateur) La culture est le moyen de mieux comprendre et de mieux exercer sa vie. Nous sommes confrontés au nouveau par rapport à l’ancien  et à des idées acquises que l’on peut propager. On en retient certaines et on en oublie d’autres. La fidélité, c’est la fidélité de la vérité. La coutume et la tradition se trouvent confrontés à ce qui est inhabituel. Si l’on est exigeant, les réponses se construisent ensemble. La fidélité au passé, c’est le rapport à l’existant dans un monde bon et généreux. Aujourd’hui nous sommes confrontés à des jugements, à des critiques et à une certaine recherche de la sagesse confrontée à l’existant. C’est un affrontement d’idées qui est préférable à un affrontement par les armes.

Hors débat : Contribution (préparatoire) Guy Louis.
Avant la loi était la coutume ; les hommes d’abord regroupés en communautés de chasse, de défense, de récolte, ont établi des règles, des usages, des conventions qui étaient un gage de bonne entente. Dans tous les domaines, les manières de faire, d’agir qui s’avérèrent les meilleures sont établies comme règles d’usage, la coutume était née. Tout ce qui sera comportements, arts de vivre ensemble, croyances, mariages, naissance, mort, échanges, entrera dans la coutume.

Deux rabbins passent une partie de la nuit à discuter de l’existence de Dieu ou de sa non existence…, au petit matin, ils se sont mis d’accord sur le fait que Dieu n’existe pas. Ils vont dormir. Quelques heures plus tard, l’un des deux voit l’autre en pleine prière. – « Mais que fais-tu ? C’est inutile, puisque nous avons dit que Dieu n’existait pas » et l’autre de répondre : « Ah ! mais là, c’est pour la coutume ».
« La coutume est une ornière dont on a beaucoup de mal à sortir »
Avec la mondialisation, l’urbanisme, et le rôle prépondérant de la communication, la coutume, les traditions cèdent le pas à une culture de masse. Le matraquage fini par trouver un écho, il y a ce que certains appellent « un effet entonnoir ». Traditions et coutumes ; à terme, appartiendront peut-être au passé. Certains pays, certaines régions résistent. Déjà en 1930 Bergson disait : « Quel genre de monde aurons-nous, si ce modèle s’empare de toute la race humaine, et, si les peuples, au lieu  d’avancer vers une diversité plus riche et plus harmonieuse, comme le font les individus, se confondent en une uniformité ». L’abandon de nos coutumes spécifiques peut tuer la richesse de notre diversité, c’est pire qu’un frein au développement !
Le droit coutumier transmis oralement est aussi une forme de législation. En Afrique, le chef de la coutume est consulté sous « l’arbre à palabre ». il n’est pas d’évènement pour lequel il n’est pas consulté. Il règle (par exemple) la répartition lors d’un décès, à l’un la machine à coudre, à l’autre le transistor.., il fixe les dots des mariages, suit la formation des jeunes.., il est tout à la fois, la législation, la juridiction, la morale, l’éthique ; nul ne peut s’intégrer, évoluer dans ce monde en dehors de la coutume. La coutume est aussi facteur d’intégration.
Les Africains considèrent que « la coutume est un lien du présent avec le passé », « quand on ne sait pas où l’on va » disent-ils « il faut savoir d’où l’on vient ».
« Nous avons été enfermés par les coutumes locales et ancestrales qui vont à l’encontre de ce qui écrit dans le Coran. Il est important de les dénoncer et de revenir vers ce texte sacré » (Cheikh Khaled Bentounès)
Par la force nous avons imposé nos coutumes à certains pays ; je pense  aux conquistadores, à la colonisation. Nous leur avons leur avons apporté la civilisation, nos coutumes, et, par la religion l’intransigeance. Nous avons  aussi  gouverné par la violence, où était le développement ?
Les romains, d’abord peuple conquérant furent séduits par les coutumes des Grecs qu’ils avaient vaincus. Ils adoptèrent nombre de leurs coutumes, ils deviendront un peuple civilisé, l’art se développera, la coutume adoptée fut un grand facteur d’essor.
Les excès de l’usage de la tradition mènent au traditionalisme, et à l’intégrisme
« On trouve dans la coutume beaucoup de vertus de base, et, c’est la pratique de cette coutume qui inculque le comportement vertueux » Confucius.
La shari’a est le résultat de nombreuses et longues sédimentations culturelles, c’est-à-dire qu’elle a été élaborée par des hommes du Moyen-âge, avec leurs coutumes, leur vision du monde et leur mode de vie » (Leïla Babès)
Lorsqu’on se trouve éloigné de sa communauté d’origine, le rejet trop rapide des usages, des coutumes, peut laisser des gens sans repères, surtout quand les règles qui leur sont proposées ou suggérées par les média, entre autre, ne sont que des règles à but mercantile qui prône surtout l’individualisme. Et dans bien des cas, des parents se trouvent totalement désorientés, ils perdent le dialogue avec leurs enfants, lesquels n’assimilent pas que le meilleur des nouvelles règles et établissent des nouveaux liens, avec ceux de la rue…

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4 réponses à La coutume est-elle un frein au développement de l’individu?

  1. leslye dit :

    merci de votre éclaircissement sur ce sujet cela m’est d’une grande utilité

  2. Erika dit :

    That’s a sharp way of thninkig about it.

  3. MBA Gaels dit :

    Merci pour ce beau debat..!

  4. kiebling dit :

    merci pour tout cela

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