La morale est-elle compatible avec le bonheur?

Thème :  « La morale est-elle compatible avec le bonheur ? »
Essai de restitution du café philo de Chevilly-Larue.
19 avril 2002
Modérateur : Murielle Desmet                                    
Introduction au débat : Guy Pannetier
Animateur : Guy Philippon. Guy Louis Pannetier

Introduction : Notre principal but est la recherche du bonheur, mais il est des voies, des moyens que nous ne pouvons emprunter. Les obstacles sont, les lois, les coutumes, les croyances, les normes, puis nos pulsions, nos faiblesses, notre intérêt, notre mauvaise foi et enfin il faut faire des choix tenant compte de notre liberté, de nos désirs, de notre sensibilité. Ces choix sont : la morale universelle, la morale dite hédoniste, la morale religieuse ou la morale subjective. Pour Nietzsche « La morale est le danger par excellence, l’instinct négateur de la vie. Il faut détruire la morale pour libérer la vie ». Pour Thomas Hobbes « Ce serait en vain qu’on aurait droit à tendre vers cette fin (le bonheur), si l’on n’avait pas non plus, le droit d’utiliser tous les moyens pour y parvenir ». Pour Jean-Paul Sartre «…mes désirs m’infectent l’âme, ils sont un obstacle au bonheur… » (Le diable et le bon dieu). Pour les Epicuriens, la morale est le but suprême au bonheur. Elle doit d’abord être personnelle pour être universelle.

Débat :    – La morale :  est-ce un chemin de vie que l’on se crée ou est-elle subie ou cherchons-nous une éthique qui nous est propre
La morale n’est pas un concept universel. Nos références et notre morale sont spécifiques à un groupe déterminé. Ce qui est moral pour nous peut-être immoral ailleurs. Les orientaux, les Asiatiques différencient mieux que nous le bonheur de la sagesse. Le confusionnisme est tributaire du bonheur horizontal, le taoïste du bonheur vertical.
– On peut considérer l’homme comme virtuellement moral.  Même les hommes les plus cyniques (les assassins) ne peuvent être totalement en paix avec leur conscience.  La morale existe de temps en temps, de loin en loin, dans la société dans laquelle je vis. Les gens sont-ils frappés d’anesthésie morale ? La question de la voie de la conscience se pose quelquefois. Pour les petits plaisirs, la morale ne se pose jamais.
– La morale,  doit-elle être définie par le bien et le mal ?
– Les Hommes découvrent la morale en fonction d’un groupe, d’une époque ou de choix. La morale devient l’éthique. Socrate disait « Tout Homme a en soi les vérités morales qu’il n’a pas à apprendre du dehors. Il les découvre en réfléchissant sur la nature humaine ». La morale commande, l’éthique recommande. Ce glissement sémantique d’éthique pour morale n’est pas innocent. Nous l’entendons parfois et tous les totalitarismes l’ont utilisé. 
– Il y a des règles fondamentales à respecter qui sont la base d’une certaine morale, mais où sont les cours de morale à l’école aujourd’hui ?
– La morale et le bonheur sont compatibles. La différence entre l’ascète et le luxurieux, c’est l’absence d’amour du second.
– L’être humain n’existe pas en tant qu’être isolé. Il y  a besoin d’un groupe de règles morales de civilisation et donc d’éthique et de morale.
– Dans un groupe qui choisit librement ses règles, on peut trouver le bonheur. Plusieurs formes de morales et de bonheur existent dans ce monde. Le bonheur n’est pas perçu de la même façon. Nos sociétés de consommation n’incitent-elles pas à ne voir que le bonheur matérialiste ?
– Il ne faut pas confondre le bonheur avec l’assouvissement des désirs.
– Le bonheur tourné vers le passé, c’est la mauvaise conscience.  Il peut y avoir une conscience morale mais ce peut être un monologue avec soi-même. Le bonheur, c’est partager quelque chose avec un autre. La conscience est morale ou pas dans ses rapports à l’autre. Le doute et la pensée rivalisent sans cesse. Sommes-nous des êtres immoraux ?
– Le bonheur est-il un partage ou un échange ?  Ce peut être un état d’être. Le bonheur ne peut être apprécié que par des concepts moraux.  Le bonheur peut être basique mais dans nos sociétés matérialistes, c’est autre chose.
– Le bonheur c’est quelque chose que l’on n’atteint pas vraiment. C’est la recherche d’équilibre entre nos désirs, la morale et nos propres pulsions. Le bonheur est quelque chose de relatif car on ne peut pas être heureux quand le monde est à feu et à sang.
– Le bonheur  atteignable bien que furtif  n’est pas toujours la ligne droite.
– Le bonheur est une notion qui nous est imposé par la religion chrétienne. Il   est inaccessible pour la vie terrestre.
– Pourtant, des personnes qui se dévouent pour les autres, telle sœur Emmanuelle, trouvent leur bonheur, dans le bonheur des autres. 
–  L’Homme ne peut se construire qu’à travers la transgression. Le bonheur de l’artiste est-il dans la création ou dans la reconnaissance de la création ?
– Il y peut y avoir deux phases de bonheur.
– Yann Queffelec, écrit pour donner aux autres. Il a besoin de donner et un besoin de retour.
– C’est ce que disait Balzac « Lire c’est créer à deux ».
– La morale c’est de tous les temps. La morale peut-être appliquée à notre planète. On gâche le capital naturel qui n’est pas à nous, car il faudrait s’imposer des règles qui toucheraient à notre confort. L’écologie mobilise encore trop peu d’individus.
– Le problème de règles, de lois, de morale, d’éthique est provient du fait de l’individu.  Plus l’individu est autonome, plus il s’éloigne de la morale et plus ce qui n’est pas sanctionné est permis. Qui sont les modèles de gens moraux  qui peuvent être compatibles avec le bonheur ? Tous les jours, la morale est le fait d’attitudes et d’actes.  Dans le cas d’un jeune qui a perdu la vie en sauvant ceux qui ont fait des erreurs, qui est immoral ? On se trouve toujours confronté à de tels cas.  Un peuple heureux serait un peuple qui n’a pas besoin de héros.
– On pourrait dire que la morale de l’histoire est le bonheur.
– Dans une micro société « sans interdits », j’ai eu le sentiment de bonheur. C’était l’école Fresnet. Les incartades étaient évoquées devant tout le groupe, ce qui nous amenait par notre besoin d’appartenance au groupe, à nous amender. Une étape sous forme de morale qui a été décisive pour toute ma vie.
– Le lien entre valeurs  morales et bonheur, dit un autre, est le don de soi et le sacrifice la vertu. Soeur Emmanuelle qui rayonne en Egypte, c’est le bonheur. Le jeune qui s’est noyé a trouvé le bonheur. Au Japon « Le bonheur c’est s’oublier ».
– Le sacrifice des Palestiniens, c’est dur comme sacrifice et ils deviennent des héros.
– C’est une forme de désespoir,  « tuer des innocents, est-ce moral ? »
C’exemple est donné d’Albert Camus qui a refusé de poser une bombe quand elle tuait des innocents.  Il  y a un problème de distinction et de logique pour défendre une cause. Plus l’Homme comprend, plus il s’élève. Il s’extrait du groupe et est plus autonome. La morale est pour lui et pour les autres. La morale se heurte à la liberté. La morale c’est de s’autolimiter.
G La morale devient immorale dans certains cas qui viennent d’être cités. C’est une morale dans l’inquisition et la terreur. Y-a-t-il une morale de société qui est utilisée par tout pouvoir  et y-a-t-il une morale individuelle ?
– Lorsque la morale est ressentie comme une oppression, alors l’individualisme devient une riposte.
– Dans des groupes religieux, l’on confesse ses fautes en public pour retrouver la paix. C’est un processus qui comporte bien des dangers, lui répond un participant. C’est la confession spectacle. Les sectes utilisent ces méthodes. C’est une des phases de la manipulation des cerveaux.

Deux citations, en guise de conclusion : Bergson dans « Les deux sources de la morale» : « La morale ne nous apprend pas à être heureux, mais à nous rendre dignes du bonheur » et Marcel Proust :  « Le prolongement, cette multiplication possible de soi-même, qu’est le bonheur »

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