La question (Débat avec Mr Henri Alleg)

Thème      Essai de restitution du café philo de Chevilly-Larue 
                                                              du  23 janvier 2002

   Film de Laurent Heynemann « La Question »       suivi d’un débat avec Monsieur Henri ALLEG
                                                  au Centre Culturel « André Malraux ».

 Modérateur : Michel Perrin                                  Introduction du thème : Jean-Daniel Dupasquie
Animateur : Olivier Pascault               Invité : Henri Alleg                      Participants au débat : 120En collaboration avec le Centre Culturel, le 23 janvier 2002, le Café philo proposait la diffusion du film “ La Question ” accompagnée d’un débat sur le thème traité par le livre d’Henri Alleg (1957), le film de Laurent Heynemann (1977) : la torture pendant la guerre d’Algérie. Quelques 200 personnes sont présentes à la projection du film,  120 participent au débat, autant émues par la qualité du film, l’atmosphère qui s’en dégage, que par la chance, l’opportunité d’avoir parmi nous, pour le débat, l’auteur – la victime – dont il est QUESTION dans le film : Henri ALLEG.
Après une courte introduction de Jean-Daniel Dupasquier, nous retenons du débat différents éléments :

Débat :  H.A. : Dans les années 60/70, 18 films dans lesquels il est question de la guerre d’Algérie sont interdits en salle ou à la télé. La raison : “ il n’y a pas de guerre mais des événements ”. On peut parler de censure, de chape de plomb, c’est la période des “ pouvoirs spéciaux ”…
    – Il n’y avait pas que les paras qui torturaient, il y avait la police, la légion, les gardes mobiles donc l’Etat laissait faire.
H.A. : Depuis la conquête de l’Algérie en 1830, la torture existe… puis, cela s’estompe mais au lendemain de la guerre, dans les années 49/50, elle est couramment pratiquée : police, armée, gendarmerie sont impliquées. Les Français en métropole en sont informés mais l’opinion publique ne réagit pas : “ il ne s’agit que d’Algériens ” peut-on entendre. Humiliations, coups, blessures, viols puis électricité et enfin sérum de vérité… tout ce qui fait souffrir est utilisé. Il faut rappeler que les acteurs de la torture étaient mis en condition. Ce qui est interdit par la Convention de Genève est possible. “ La torture est une école de la perversion ”.
    –
Toute une génération a été pourrie par l’acceptation de cette situation, les appelés du contingent sont des témoins contraints. “ La nature humaine est-elle responsable de la torture ? ”
    –
 Une campagne de presse qui avec raison soulève la question de la torture pourrait laisser aussi à penser que le conflit en Algérie se résume à une histoire de viols, de tortures, de massacres…J’ai passé 2 ans ½ en Algérie, j’ai connu un de ces camps de prisonniers. Nous savions que la police et l’armée torturaient,  même sans en avoir la preuve formelle. Je n’ai jamais rencontré un appelé ayant participé à la torture.
H.A. : Des garçons de 19/20 ans furent soudainement confrontés à une situation qu’ils n’étaient pas en mesure d’appréhender. Ils subissent l’armée, attendent “ la quille ”, la fin, le retour. D’ailleurs les Algériens ne s’y sont pas trompés. Les appelés qui sont retournés en Algérie n’ont pas trouvé de haine. Ils furent bien reçus, bien accueillis…L’idée de se soumettre, ou pas,  demande maturité, réflexion. “ Le devoir de résistance est lourd de conséquences ” “ L’Homme n’est pas destiné à être tortionnaire, l’exploitation des instincts les plus vils, de la haine, génèrent toujours des barbares ”. “Dans la barbarie, il n’y a que des perdants ”. Pourtant, il y a aussi des militaires, des politiques qui pensent que la torture peut être utile pour obtenir des renseignements, des informations afin de sauver des vies. On présente même la torture comme une arme efficace lors de la Bataille d’Alger…
    –  Le livre de E. Branche où les appelés d’Algérie sont dénommés “ des bourreaux à la petite semaine ” ; c’est calomnieux non seulement vis à vis de la génération mais cela a aussi un relent de révisionnisme d’ailleurs,“ le brouillage de l’histoire peut brouiller le sens de l’avenir ” (café philo dixit).
H.A. revient, suite à une question posée, au problème du viol des femmes en Algérie et indique que le viol a été largement pratiqué par l’armée dans les douars (villages) mais le nombre ne peut être réellement connu, la culture musulmane rend cet aveu impossible. Pour les femmes, le déshonneur du viol entraîne la déchéance totale.
    – La “  théorie du tortionnaire ” : “ le terroriste se plaçant hors des normes de la société qu’il combat, les lois de celle-ci, dès lors, ne lui sont pas applicables ”.
H.A. : Ce film et tous les débats qu’il suscite doivent servir de mise en garde pour aujourd’hui et pour l’avenir. Je souhaitais parler pour la mémoire, l’histoire, l’honneur de ceux qui ont été torturés. “ Il faut s’appuyer sur le passé pour comprendre aujourd’hui et envisager demain ”.
      
Une dernière question du modérateur : Monsieur Alleg, après de telles épreuves que vous avez subies, vous nous donnez une leçon d’optimisme, vous êtes plein d’enthousiasme et de modération. Comment faites-vous ? Comment sort-on d’une telle affaire, quand elle vous arrive ? Peut-on voir la vie de la même manière après une telle horreur ?
     H.A. : Certes, à mon âge, je pourrais me contenter d’écouter les petits oiseaux, de me promener dans les bois, de profiter de la vie … Je mène ce combat parce que le devoir de témoigner me guide ; en dépit d’une prudente réserve, je garde l’amour de mes semblables, je conserve le désir intact de les aider par mon action.

       L’horaire est largement dépassé. Il est près de minuit quand il est décidé de lever la séance ou de  la prolonger dans le hall du centre culturel où des ouvrages d’Henri Alleg sont proposés ainsi que des signatures de leur auteur.
      Par rapport aux préoccupations du café philo le débat s’est cantonné à l’Histoire et au témoignage de celui qui l’a vécue : la guerre, les pouvoirs spéciaux, la torture, la sale guerre d’Algérie…. et en rapporte les faits.
        Restent à reprendre les questions que nous nous posions au départ :
        Y a-t-il des cas où la torture peut être justifiée sur le plan moral ?
        L’insoumission peut-elle être une vertu ?

Alors, forcément nous en reparlerons…

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Une réponse à La question (Débat avec Mr Henri Alleg)

  1. Linda dit :

    Very cool you got to ask some questions w/ Laura! Did you just shoot her an e-mail?I like her advice of having more fun in your 204&22#8;s. I was all business too, b/c I was fearful of fooking up my life. I’m going to use the next decade to have the most fun ever!

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