La science est-elle une religion ?

Thème  « La science est-elle une religion ? »
Essai de restitution du café philo de Chevilly-Larue.
mercredi 26 mars 2003

Modérateur : Annie Dyreck                           
Animateurs : Guy Philippon et Guy Pannetier
Introduction au débat : Alena Borredon

Introduction : Approche sur la science qui cherche à tout rationaliser et sur la religion qui touche à l’irrationnel. La pensée scientifique s’est formée en s’émancipant des représentations irrationnelles qui l’ont précédé, c’est-à-dire celles dictées par la religion. L’idéal de la science se caractérise par l’approche objective de la connaissance. L’esprit scientifique nous éloigne donc, théoriquement, de la subjectivité, des idéologies, des opinions, des religions… Les athéistes regardent les croyances comme des vestiges. Pourtant la croyance est là pour rassurer, la science pour éclairer. Dans toutes les formes de croyances et de religions, comme ailleurs, il peut y avoir des dérives sectaires, du fanatisme ou des attitudes scientistes.

Débat :    –    La religion donne l’explication, la science cherche l’explication. Dès le début, la science est, pour les Grecs, sœur de philosophie. Les philosophes grecs ne furent-ils pas mathématiciens, géomètres, astronomes ! La religion catholique va s’emparer de la philosophie, laquelle va devenir scolastique. Les philosophes des lumières vont déchirer le rideau de l’obscurantisme et vont développer les sciences qui elles, ne donneront foi qu’à la raison. Ernest Renan, dans un ouvrage, renie tout ce qui est religieux « la science est la vraie religion de l’humanité ». Des propos qui font penser au scientisme.
– La science qui est universelle, donne une seule vision du monde, ce qui est rationnel. Pourquoi opposer le rationnel et l’irrationnel ? La vie c’est les deux. Ce n’est pas incompatible
La religion fût la première science dans la mesure où elle correspondait à un besoin de sens. La science est toujours ouverte et tend vers l’universel, vers de nouvelles recherches ou l’approfondissement de trajectoires existantes. La science est « la question toujours posée » (Michel Serre)
– Nous sommes tournés vers notre avenir tant pour la religion que pour la science. Nous avons été manipulés par la religion, aujourd’hui nous le sommes par la science, néanmoins, croire à la science ne m’empêche pas de croire en dieu. On trouve la lumière en se faisant un chemin.
– Les biologistes dans le monde entier utilisent le même langage, pas les religieux.
– Si les scientifiques se comprennent toujours entre eux, il n’en n’est pas de même avec le public.
– Eux aussi ont leur latin !  
– Il est dangereux de parler de la science en général car elle a des finalités différentes : les bombes dont le but est de tuer et les recherches dont le but est de guérir  et là on  voit les matérialistes d’un côté et les humanistes, de l’autre. Par contre, on peut parler des scientifiques et de leurs comportements. Si la science n’était tournée que vers le progrès, l’humanisme deviendrait science sacrée, religion de l’espoir !
Auguste Comte vers 1850 nous dit que « La seule vérité, la seule voie pour l’humanité est la science, ce qui exclut le religieux et la métaphysique » C’est la théorie du positivisme, qui sera souvent décriée par les philosophes eux-mêmes, car elle désenchante le monde. «Qui suis-je? » chantait Guy Béart «si deux hormones nous dirigent le cœur ? »
Que l’on soit athée ou religieux, l’esprit n’est pas que pure raison. A nous de faire cohabiter ces deux idées fortes : foi et raison.
– Il faut parler de la mort qui nous attend tous, lance un participant, car avec la vie naît la mort. Pourquoi chez certains peuples la mort est-elle réjouissante et chez d’autres c’est l’inverse ?
– Le jour où on se sera gravement malade, à qui s’en remettra-t-on : à la science ou à la religion ?
– Dans des moments extrêmes on retrouve des moments de croyance pour partir dignement.
– Nul ne peut nier les apports du progrès et de la science, mais de plus en plus, nous voyons cet impérialisme scientiste qui amène à comparer la science à un dogme, à une religion.
– Il ne s’agit pas de renier les progrès de la science.  Pourquoi cette recherche de tout rationaliser s’impose-t-elle au détriment des autres cultures ? Pourquoi est-elle chassée au titre de l’irrationnel ? La science est en mouvement constant. Il faut toujours garder son humilité et ne pas tomber dans un extrémisme.  On peut être athéiste et spirituel, conclut-elle.
– Dans les deux,  science et religion, il y a de l’intolérance.
– La motivation des scientifiques pour rechercher dans quelle voie ils vont travailler n’est plus celle du temps de Pasteur, indique l’animateur. Les scientifiques travaillent pour un laboratoire, une multinationale, etc. Des sommes importantes sont en jeu. Les chercheurs sont soucieux de la raison sociale de leur laboratoire, de leur compte en banque. Ce n’est  peut-être pas la philosophie de quelques-uns uns. Mais la science n’est pas cela. Ceux qui travaillent sur de nouveaux produits alimentaires sont mus par le fait de réussir ou d’être meilleurs que d’autres. Ils ont au-dessus d’eux des hommes d’affaires et des politiques.. Leur autonomie et leur indépendance sont restreintes. Le mouvement des connaissances ne s’arrête pas là. De même l’évolution du discours religieux et des pratiques se modifie avec le temps. Dans quel sens tout cela évoluera-t-il ?
– La religion chrétienne a perdu de sa puissance, constate une participante, et la religion musulmane a gagné de la force mais nombre d’aspects dont cette dernière est à l’origine ne sont plus perçus comme cela.
– Pourquoi vouloir expliquer le réel, les mystères du monde, de la vie uniquement que dans une logique rationnelle ? Pourquoi opposer science et religion ? Le réel n’est-il pas fait de rationnel et d’irrationnel ? Pourquoi chercher à diviser ce qui ne l’est peut-être pas ?  A quand la réconciliation des contraires ?
– Il faut voir clair dans le monde dans lequel nous sommes. Les perspectives et les idées doivent être les plus précises possibles. Pour ne pas être un peu coupable, il faut rejeter toute conception fataliste. Il faut combattre cette expression « on ne peut pas faire autrement ». Il y a un écart entre la conscience d’un scientifique et celle d’un religieux.
« Egaré dans la forêt je n’ai qu’une petite lumière pour me conduire. Un inconnu me dit – souffle ta bougie pour mieux trouver ton chemin-, c’était un théologien ! »Diderot.
– Religion ou science ont toujours grand besoin de philosophie. La sagesse, l’amour de l’homme, de l’humanité, c’est aussi une religion.
– Dans sa volonté de puissance, l’homme a souvent voulu se prendre pour dieu, voler (Icare), réaliser ses rêves, se dépasser… c’est la voie de la science….
– L’idée la plus élevée de la science repose sur le désir de comprendre indépendamment de tout intérêt matériel, précise l’animateur.  Aller chercher ce que l’on ne connaît pas peut être dangereux dans les mains des cyniques. Cette conception est celle d’un scientifique qui se livrerait à la recherche par passion. Le chercheur professionnel entretient d’autres relations avec son travail notamment le financement des travaux à long ou très long terme mais avec peu d’intérêt ? Le temps d’une recherche ne peut pas être fixé, c’est d’abord engager des moyens et décider des recherches à conduire. L’intérêt n’est pas palpable et par nature il est variable. Dans le champ scientifique, la notion d’intérêt est aussi fluctuante. Il ne s’agit plus de la véracité d’un résultat mais d’une portée scientifique. On ne peut s’en remettre qu’à l’avis des scientifiques pour peu qu’ils n’aient perdu ni bon sens, ni esprit critique. Quand on cherche dans une direction on a une réponse à une autre question. Il se crée constamment des « branches mortes ». On cherche un chemin et quelques fois dans ces chemins on trouve une autre voie.  Il n’y a pas de frontière immuable entre la science profonde, le jeu et l’irrationnel. Ce qui caractérise un scientifique dans la société c’est qu’intellectuellement  il a besoin des autres, conclut-il.
– Une des sciences premières est basée sur un code moral : le serment d’Hippocrate.
– bNous sommes hyper-autocentriques. Elle fait sienne la vision bouddhiste pointant les  3 poisons de l’esprit que sont  la haine, l’ignorance et la cupidité.

Conclusion (de Guy Louis) : Les docteurs Diafoirus, tuaient leurs clients un à un. Des nouveaux Docteurs Mabuse ne redoutent pas les génocides. Aucun précepte philosophique ne guide vraiment leurs recherches, tout au plus une éthique adaptable, peu de morale, peu d’humanisme ! S’étant rendus maîtres de la nature (voir J.J. Rousseau), nous voyons ces nouveaux maîtres du dogme scientiste, malgré Hiroshima, Tchernobyl, le sida etc… S’ériger en Docteurs de la loi. Si nous les contestons, nous sommes les hérétiques. Ils servent dévotement, aveuglément leur dieu : le fric ! Avec ces savants fous, le diable a peut-être trouvé sa religion !

 

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