Quel rapport avons-nous au temps ?

 Thème               « Quel rapport avons-nous au temps ?

                  Essai de restitution du café philo de L’haÿ-les-Roses
                                                     9 avril 2003

 Introduction de Denis Hochstetter: Le temps est une notion à triple entrée:
Le temps comme donnée physique, objective et comme telle perçue de façon changeante suivant le développement de la science physique, infini.
Le temps comme élément conscientisé, temps de la pensée, temps du psychologique, qui commence avec l’humanité et s’arrêtera avec elle.
Le temps comme l’un des fondements de la socialisation humaine, donnée stable pendant des millénaires, extrêmement variable depuis deux siècles… »

 Débat : G : « Le temps psychologique » de la conscience qui commencerait avec l’humanité et s’arrêterait avec elle ? Est-ce que l’existence précède l’essence ou est-ce que l’essence précède l’existence ? Il semble que le problème n’ait jamais été tranché.
    – Le rapport au temps est fonction de la façon dont sont perçues la vie et la mort. Si je me sens mortel ou avec un temps limité mes projets et mes priorités seront différents de si j’ai du temps. C’est la finitude qui donne le sens à ce que je fais.
    – Tout commence autrement qu’on ne l’attendait car au début il y a deux mères : la grande aïeule se dédouble. Il y a Gaïa la Terre c’est un fait entendu. Et il y a aussi, redoutable, la nuit.
    – La réalité s’inscrit dans le temps et dans l’espace
    – Mais il existe le temps de l’imaginaire, et le temps onirique avec son message de l’au-delà de soi qu’on ne comprend pas forcément tout de suite et qui vous rassure ou qui vous alerte.
    – Que penser du temps au moment de la concentration de la matière en un point comme dans les trous noirs, où toute l’énergie est concentrée ?
    – Depuis que nous avons eu à comprendre la théorie de la relativité, il devient difficile de se représenter distinctement le temps et l’espace.
    – Y a t-il une pensée philosophique basée sur des données scientifiques ? On est dans un rapport au temps et à l’espace dans la réalité mais dans le monde sensible la perception est différente.
    – Oui mais dans la période contemporaine on a assisté à un bouleversement complet de la pensée et des rythmes de vie qui justifie une approche sociologique.
    – La partie scientifique est-elle incontournable pour l’homme ? Mais qu’est-ce qui fonde l’homme en termes d’humanité ?
    – Il existe le moment de la prise de conscience avant l’événement. D’où l’importance de la distanciation par rapport à l’action pour une prise de conscience à partir de nos actes.
    – En Afrique il y a confusion entre l’espace et le temps : on va à 4 heures par exemple. St Augustin se pose la question de ce qu’est le temps. « Je ne peux pas le définir mais je sais ce que c’est », et aussi « le passé le présent et l’avenir sont co-présents dans la conscience ».
    –
L’espace est le lieu de notre liberté et le temps est notre maître. On a des possibilités de résistance à ce maître, par la prise de conscience, par le rêve, l’imagination, la création…
    – Dans « le petit Prince » de St Exupéry, le Renard est le Temps dans le livre qui attend la compréhension progressive du Petit Prince.
    – Depuis l’horloge atomique au césium on s’est aperçu que la Terre a un mouvement irrégulier et ne tourne pas rond. Irrégularité du temps. Il y a un apprivoisement du temps nécessaire comme pour le renard et il faut apprivoiser sa propre notion du temps.
    – Il faut attendre l’instant juste ; n’arriver ni trop tôt ni trop tard dit le renard Il faut savoir différer jusqu’au bon moment.
    – L’instant juste n’existe pas, c’est un mythe.
    – Oui, mais les mythes fonctionnement toujours et parfois comme une réalité.
    – La musique c’est aussi le temps : le temps d’un soupir, d’un coma, d’une pause.
    – A propos des âges de la vie : on est enfant, adulte, papa/maman, grands-parents puis viennent le temps de la souffrance et de la mort. Et le temps infini.

 Le poème de Florence :                        Chronos.

Chronos était un dieu glouton
Qui dévorait les enfançons
Que la terre mère lui donnait
Car le destin qui tout connaît

 Avait dit la fin de son règne
Gaïa, mère dont le cœur saigne
Trompant Titan, maître du temps
Avait sauvé Zeus son enfant

 Le temps enchaîné s’écoula
Au sablier d’Al Jézirah
C’était la fin de l’âge d’or
Les dieux ont scellé notre sort

Prométhée s’est fait le martyre
Et, entre travail et loisir
L’homme n’a plus le choix des larmes
puisqu’il a fait celui des armes.

    – Est-ce que l’on n’a pas tendance à être profondément égoïste et à penser que le temps commence avec notre existence et finit avec nous ?
    – La création est importante comme façon de lutter contre la fin du temps par son désir de pérennité et de s’inscrire dans la mémoire, de durer.
    – En généalogie : on étudie les lignées et on s’inscrit dans une perpétuation de l’histoire.
    – Nous n’existerons que dans le souvenir de ceux qui sont vivants. Le temps s’arrête pour le mort.
    – Les gens transmettent, prolongent de génération en génération. Il y a une transmission, un atavisme, un héritage culturel, ou du patrimoine qui se transmet.
    – La transmission peut se faire à travers l’histoire familiale et de l’indicible se transmet de génération en génération.
    – Il y a un désir d’immortalité dans les traces que l’on laisse dans la vie.
    -Le temps est différent aussi selon les cultures qui n’en ont pas toujours une vision linéaire, ainsi le temps est circulaire chez les gens du voyage.
    – On peut éprouver l’existence d’une empreinte au cours du temps, le passage de quelque chose qui laisse une empreinte dans l’autre et qui va continuer à vivre après dans l’autre en son absence.
    – On assiste à une explosion du temps et à une reconstruction nécessaire quand on veut changer un traumatisme
atavique.
    -Quand les choses sont dans l’air du temps et sont mûres pour apparaître, elles apparaissent simultanément à plusieurs endroits de l’espace. Cela peut poser par ailleurs, la question de l’origine unique ou multiple de l’homme ?
    – La généalogie semble représenter le temps à l’envers; il y a de plus en plus de monde en remontant au cours du temps.
    -Les racines n’ont plus de parole actuellement. Chacun est sommé de se définir en tant qu’individu. On a actuellement une somme de temps individuels mais plus de temps collectif et de conscience collective des temps.
    – On n’a jamais autant parlé du temps qu’à notre époque où l’on définit tout en termes de rentabilité.
    – Il y a une différence entre le temps intelligible (chronologique ou de la pensée) et le temps sensible (des sentiments ou de la spiritualité). Ainsi dans les quatre fonctions de Jung il existe le temps matériel ou physique, le temps intellectuel ou de la pensée, le temps sentimental ou psychoaffectif et le temps intuitif ou spirituel, auquel il faudrait sans doute ajouter le temps social.
    – Le rapport de l’ECOSOC est une étude sur le temps social. Il apporte une réflexion sur la ville et le temps. La ville ne fonctionne pas à plein. Faudrait-il un fonctionnement nuit et jour des activités ?
    – Tous les jours on se demande : est-ce que j’ai bien rempli mon temps ? Chaque journée est une journée de moins et on a peur de perdre de l’intensité de vie.
    – Mon père qui était garde forestier disait quand je faisais mes devoirs dans la forêt : « Coco, prends ton temps ».
    –
On constate que les cours de la bourse donnent lieu à des commentaires quasi exégétiques ou mystiques sur l’évolution des finances et à une vénération du Dieu Mammon, ce qui amène à penser l’organisation du monde matériel de façon quasi religieuse.

 

 

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