Qu’est-ce qu’une vie réussie ?

Thème          « Qu’est-ce qu’une vie réussie ? »

Essai de restitution du café-philo de l’Haÿ-les-Roses
                                       15 janvier 2003

Introduction    « Comment allons-nous juger d’une vie réussie ? Par un bilan actif/passif, sur des critères de rentabilité ? Ou dans une vie personnelle dans un accomplissement individuel ou dans un projet ou comme développement de ses aptitudes artistique, spirituelles, esthétiques ? Ou dans un accomplissement relationnel : écoute, couple, dans sa ville au risque de se dissoudre dans la collectivité ? Quand fait-on le bilan d’une vie réussie ? Au milieu de sa vie ? Au soir de sa vie ? A l’occasion de chutes ? Et au dernier moment n’est-il pas trop tard ? Doit-on apprendre la réponse des autres ou de soi ou du Dieu auquel on croit ? »

 Débat :     –  Comme je ne détiens pas les éléments de la vie réussie des autres je me suis posé la question à moi-même. : J’ai fait un rêve : j’ai rêvé que je passais devant un petit juge. Ce juge c’était moi enfant, à 12 ans. A ce jour, il me disait-il qu’as-tu fait de notre temps de vie ? De notre avenir ? J’ai bien vu que tu n’as pas toujours tout réussi, mais je t’en voudrais surtout si tu n’avais rien tenté. Le petit juge c’est soi, sa conscience.
    – Une vie réussie c’est quand adulte on a réalisé ses rêves de l’enfance ou de l’adolescence, ses idéaux. (Exp. : Victor Schœlcher qui a fait voter une loi contre l’esclavage vers 1848).
    – On s’est positionné en termes de bilan qui interviendrait en fin de vie, mais la question de ce soir est une question à se poser dans sa jeunesse, pour un projet prospectif.. Une vie réussie c’est aussi rompre avec la chaîne du mal et ne pas transmettre cela à nos enfants.
    – Si quelqu’un me disait « j’ai réussi ma vie », je crois que je le verrais pour la dernière fois. On pourrait dire : « qu’est-ce qu’une belle vie ? ». Dans « réussi » on est à la fin d’un processus, une vie réussie c’est une vie finie ! De plus, la réussite correspond à une idéologie particulière libérale, pragmatique, technique, efficace…Mieux vaut une vie ratée qui continue qu’une vie réussie qui s’achève.
    – On a des critères différents à tout âge. Un grand nombre d’éléments composent la vie : innés : santé, beauté, fortune ou acquis : travail, amour, loisirs, vie sociale, famille, chance ?
    – Le problème se pose de savoir comment une société, une époque, une culture voit la réussite :
    – Les jeunes écoutent ceux qui ont vécu mais disent qu’une vie réussie se mesure à ceux qui ont réussi comme les artistes, les peintres, les musiciens qui ont laissé une œuvre.
    – Réussir sa vie ce n’est pas forcément se conformer à des préceptes culturels (exp. Le consumérisme). Il ne faut pas vivre des modèles clefs en mains mais vivre ses rêves.
    – Réussir sa vie inclut : travail, santé, famille, amour, loisirs, vie sociale… On ne réussit pas tout dans tous les domaines. Et comme il y a plusieurs critères, parfois un critère sauve l’autre.
    – Le livre de Luc Ferry : « Qu’est-ce que réussir sa vie » parle de Nietzsche : Pour lui une vie réussie est résumée par ces mots : « Vis de telle sorte que tu doives souhaiter revivre cette vie ».
    –
« Une vie réussie » : c’est quand on la regarde avec le recul nécessaire de pouvoir se dire que l’on n’a pas trop de remords des fautes commises, que l’on n’a aucune turpitude à cacher, ou  pas trop de regrets de ce que l’on n’a pas vécu .
    – Aussi, « une vie réussie » c’est vivre intensément, peut-être sans se poser trop de questions philosophiques, prouver la vie en vivant, prendre des risques, physiques, intellectuels, sentimentaux ou métaphysiques, avec succès de préférence, et équilibrer ces quatre dimensions constitutives de la personne. « Une vie réussie » a une connotation morale, une vie en bien et mal, une sorte de jugement de valeur. Dans les milieux populaires on disait: « il a eu une vie honnête »  Pourrions-nous nous en contenter aujourd’hui ?
    – Certains donnent un sens et de la valeur à cette vie. La société devrait appartenir à ceux qui l’embellissent, l’améliorent. Il existe des gens qui créent des valeurs, qui font du bien. Quand on s’interroge sur une vie réussie on s’interroge sur les gens qui ont donné un sens à cette vie.
    – Réussir sa vie peut être un débat idéologique : serait-ce avoir une situation en imposer ou donner suffisamment d’amour, échanger et construire ensemble.
    – Réussir sa vie suppose une ouverture au monde. Pour moi réussir sa vie c’est aider les autres,
    – Pour moi dans un contexte religieux, réussir ma vie serait tout simplement me marier et avoir des enfants, et un héritage de valeurs humaines à leur transmettre.
    – Réussir sa vie est-ce pour soi ou pour le regard des autres ? Si c’est pour le regard des autres, ce n’est pas une réussite mais un désir de reconnaissance qui peut être exacerbé en un besoin de pouvoir et d’admiration. On a l’illusion de la réussite avec des critères sociaux au-delà de la moyenne. L’ego est flatté. La réussite est-elle pour soi ou dans l’illusion de ce que l’on lit dans le regard des autres ?
    – La question est utopique. Une vie réussie implique un individu qui aurait réussi sur tous les critères qu’il s’est posé. Il existe des échecs et des turpitudes et des malheurs dans la vie.
    – La question est un peu idéaliste. D’un point de vue réaliste la réussite est liée au désir d’argent qui est roi. Réussir sa vie c’est ne pas se laisser mener par la vie et contrôler au mieux sa vie.
    – C’est par exemple se réveiller tous les matins avec l’envie de vivre, l’amour pour soi et pour les autres et quitter la vie sans regrets : pas de regrets, pas de culpabilité morbide.
    – Est-ce que passer à côté de la cible comme pour un archer serait passer à côté de sa vie ?
    – Si quelqu’un à l’objectif d’être affreux et qu’il le fait, a-t-il pour autant réussi sa vie ? Il faut rechercher des objectifs indépendants des objectifs personnels, proposer quelque chose qu’on peut offrir aux autres. Un problème de morale se pose.
    – La réussite c’est essayer de trouver des réponses qui peuvent satisfaire tout le monde, rechercher des critères universels.
     – Quelle importance la réussite dans une vie de transplantée dans une autre réalité pour un réfugié politique ? D’après l’ONU, 2 milliards d’hommes vivent dans la misère. Est-ce qu’une vie heureuse peut méconnaître cela ? Quelle réussite de sa vie face aux problèmes du monde ?
    – Il est impossible de réussir sa vie quand celle des autres est ruinée. Tout ce qui nous amènerait à une vie heureuse, ouverte, libre est en train d’être tiré vers le bas. Il faut se tourner vers les autres et ne pas tout attendre de ceux qui nous gouvernement.
    – De plus peut-on être heureux quand l’Histoire que l’on vit nous bouscule, quand la civilisation dépérit, quand l’environnement se détruit…
    – Réussir sa vie c’est être honnête avec soi-même quel que soit son objectif. Qu’on soit pantouflard ou artiste ou qu’on veuille fonder une famille… Tout est valable.
    – Une vie réussie c’est une vaste et grande question insoluble ; chaque individu aura toujours réussi quelque chose dans sa vie.
    – La réussite de certains hommes dans l’histoire est parfois liée au malheur de l’humanité (Pinochet, Hitler, Napoléon) On peut penser qu’on oublie plus facilement les bienfaiteurs de l’humanité que certains grands hommes malfaisants
    – On juge toujours la génération précédente : La génération future jugera ce que nous leur avons laissé sur la planète.
    -Une vie réussie c’est mourir en ayant fait ce que l’on avait décidé de faire jusqu’au bout (exp : Molière mort sur scène) et ne pas renoncer à son idéal.
    – On a évoqué la réussite sous forme d’un parasitage économique et social. On a parlé de l’accomplissement, de la Sagesse. Il y a une balance à équilibrer. Mais qu’est-ce qu’une vie réussie ? Cela pose la question qu’est-ce qu’un monde réussi ? On va du singulier à l’universel

 Conclusion:   La question et le débat vont vers un but on ne peut plus philosophique, « s’interroger, se connaître soi-même »,. Souvent il a été dit il faut vivre sa vie, ne pas différer de vivre ; ce que disait Epicure « seul le présent existe, dans le passé tu n’es plus, sur le futur tu ne peux compter, alors soyez acteurs de votre vie » ce que reprendra plus tard le poète Ronsard : « Vivez si vous m’en croyez, n’attendez à demain, cueillez dès aujourd’hui les roses de la vie ».

 

 

 

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