Sommes-nous toujours d’éternels enfants?

Thème :      « Sommes-nous toujours d’éternels enfants ? »
     
Essai de restitution du débat du café-philo. Chevilly-Larue. .
                                                         9 mai 2001

Animateur : Guy Philippon                   Modérateur : Jean Carassus.                 

  Le café-philo rend hommage à Michel Bediou qui vient de quitter brutalement le milieu des humains. Bertrand Perreaux  lui dédit un poème.
L’animateur introduit le débat en invitant les participants à réfléchir autour des mots “ éternels ” et “ enfance ”. L’enfance, dit-il, est-ce jouer avant d’utiliser la parole ? L’enfance est-elle éternelle ? Je regrette qu’une certaine innocence. 

Débat :    – L’insouciance, oui, l’innocence, jamais. Que ce soit bien ou mal, la méchanceté reste. L’enfant singe l’adulte. L’inverse n’est pas sûr.
  – Mais l’innocence, c’est quoi ?
    – Il n’y a d’innocence ni de pureté que l’on ne savait pas.  On sait toujours, quel que soit l’âge.
     – L’enfant d’abord imite l’adulte. Il semble que la période de 0 à 3 ans est celle du ressenti, de 3 à 6 ans celle de l’imitation des parents ; à 14 ans le caractère de l’enfant serait défini. L’enfant est dans l’adulte depuis sa naissance. C’est l’analyse transactionnelle. L’enfant reste affectif toute sa vie.
    – A l’école maternelle, l’enfant est violent et cruel. Il y a une notion de rêve et d’idéal quand un enfant dit “ quand je serai grand, je ferai ceci ou cela ”. En fait, on naît ceci ou cela.
    – N’est-ce pas une manière de se déresponsabiliser en se réclamant de l’enfance ? N’y a-t-il pas une part génétique ? Toutes les études montrent que l’enfant se construit dès son jeune âge et que la classe maternelle est très importante afin qu’il apprenne la vie en société. Le parcours d’adulte est souvent conditionné par son enfance. Il y a des ruptures et des continuités. Ce phénomène m’intéresse et il nous rend optimistes.
 – Il y a la projection du père et de la mère. C’est du mimétisme. L’enfant rêve et en même temps il assimile des comportements d’adultes par exemple “ pour se repérer en forêt ”.
    6 L’enfant est d’abord vu comme la fraîcheur, la pureté, le rire, ajoute une participante. C’est pour cela que nous restons d’éternels enfants.
    6 L’enfant conserve le rêve. C’est ce besoin d’idéal qui amène à s’engager vers des actions. L’on se sent responsable vis-à-vis de l’enfant qu’on a été. Deux citations sont données : de J.P. Sartre : « l’enfant, ce monde que les adultes fabriquent avec leurs regrets » et B. Shaw: « Le cercle de famille où l’enfant est encerclé ».
      –
L’enfant c’est la projection des adultes.
     – Nous sommes les produits de notre enfance avec nos défauts et nos qualités. On a du mal à se défaire de nos utopies, de nos démons et de nos souffrances.
    – La différence entre l’enfant et l’adulte, c’est l’éducation d’hier et celle d’aujourd’hui. Hier l’enfant n’était pas pris en compte. Il y avait des rites initiatiques. Seule la parole de l’adulte comptait. Mais de quelle parole s’agissait-il ? Aujourd’hui l’enfant est éveillé plus tôt et il prend la parole plus facilement. Alors, tout tourne autour de la parole, à table ou à l’école. Sartre, en 1967, dans les mots rappelait son enfance et son adolescence.
    – La mort d’un enfant est insupportable, celle d’un adulte est presque acceptable.
     – Pourquoi s’indigne-t-on plus sur la mort d’un enfant ? N’est-ce pas parce que l’enfant est faible et que l’adulte peut répondre ?
     – Les enfants d’une même famille ne sont pas identiques.
     – Certains enfants qui ont vécu des choses horribles s’en sortent pourtant très bien, ce qui montre que la vie et les rencontres peuvent remettre  les choses autrement.
     – La vérité sort de la bouche des enfants, qu’en pensez-vous ?
     – Je remplis mon rôle d’adulte et de mère de famille et je me sens comme une petite fille face à ma mère à des moments précis.
     – Il faudrait approfondir les paramètres qui font que les enfants sont différents, et pourtant je ne crois pas qu’ils soient si différents.
    – En certaines périodes de ruptures, on retrouve son enfance. Quand j’étais enfant il y a eu la guerre puis à 20 ans, il y eu la guerre d’Algérie. C’est l’histoire qui bégaie. L’évolution de la personne tient compte de ces ruptures, de ces incompréhensions.
     – L’importance est le parler vrai. Il ne faut pas être étonné du pouvoir de poser des questions. Les adultes posent beaucoup de questions et souvent ils n’ont personne pour y répondre. L’enfant est entouré d’adultes qui ne sont que ce qu’ils sont. L’enfant a la  faculté de s’étonner et  la société ne répond pas à sa curiosité. Il ne dessine plus, il se soumet. La télévision lui envoie des signes qu’il comprend plus ou moins bien.
    – Dans la nature on ne comprenait pas toujours, et aujourd’hui ce qui est  magique demeure encore.
     – La curiosité a disparu aujourd’hui. La télévision fait des dégâts.
    – Mais il n’y a pas que la vérité vraie, il y a la  vérité intérieure et les ruptures font avancer l’être humain.
    – Dans l’énoncé,  “ un éternel enfant ”, c’est un jugement désagréable. L’enfant est une personne qui s’affirme, aujourd’hui. Il y a un demi- siècle, ils  n’étaient pas considérés comme des personnes. Il y a une  avancée de la civilisation principalement due à l’émancipation des femmes. La  “ déclaration des droits de l’enfant ” fait  émerger  la notion de droit au niveau international. C’est considérable. La frontière entre l’adulte et l’enfant n’est pas facile et l’on voit que le café-philo est aussi  un « jeu  ». Les rapports entre les personnes, leurs désirs, leur façon de se parler montre que l’on fonctionne avec l‘affectivité.

G Nous sommes à une époque où il y a des choses délicates à combattre.  Le pouvoir de la parole est extrême. Passer de l’enfance au monde adulte peut être ennuyeux si l’on n’est pas capable d’un  certain émerveillement.
    – Les médias ont tué la politique.  Les post-soixante-huitards attardés sont responsables.
    – Des contradictions existent. La force peut conduire à la dictature. La  foi peut conduire à des intégrismes. L’argent peut permettre le progrès s’il est bien utilisé. Il y a des droits et des devoirs…..
    – Les enfants dans les pays en guerre,  c’est la faute à qui ?
    -La part du rêve est très importante. La culture de l’imaginaire, c’est continuer à être un enfant.
    – Je regrette que nos amis africains ne soient pas présents. Ils nous auraient beaucoup apporté car notre échange était essentiellement franco continental.

 Conclusion : La parole est un engagement. Les adolescents le  vivent très mal. Ils n’ont pas la faculté apprécier et de donner leur avis sur certains qui parlent à la place des autres. Chacun possède sa vérité.  Il faut distinguer le vrai du faux. L’enfant mettra longtemps avant de le discerner. Il faut apprendre une langue d’abord avant d’en apprendre plusieurs. Il faut acquérir des compétences collectives afin de comprendre la société.

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