A quoi sert la littérature ?

« A quoi sert la littérature ? »
Essai de restitution du café- philo de Chevilly-Larue
du 23 mars  2005

Modérateur : Christian Lacaud                             
Introduction au débat : Pascale Coutard    
Animateur : Guy Pannetier

Introduction : « La lecture de tous les bons livres est comme une conversation avec les plus honnêtes des gens des siècles passés, qui en  ont été les auteurs, et même une conversation étudiée en laquelle ils nous découvrent que, les meilleures de leurs pensées ». (Descartes).
La lecture,  premier pas pour appréhender un texte, une œuvre, susceptibles d’être l’objet de jugement. Ce texte, cette œuvre, ensemble confondus, forment la littérature pour la soumettre à notre sagacité, et ouvrir nos esprits à d’autres formes de pensées, d’autres réflexions, d’autres histoires, d’autres déchirures aussi.

L’animateur : Nous ne pouvons aborder  l’écrit, sans évoquer toute la tradition orale qui fut sa base. Quand les œuvres écrites deviennent accessibles à un plus grand nombre, elles fixent les légendes, les mythes, les histoires véhiculées par des conteurs, troubadours, Aèdes chez les grecs …Déjà les conteurs suscitent par de simples évocations, des peurs, des enthousiasmes. Toute notre littérature de base reprend les écrits les plus anciens, tel le Véda en vieux Sanskrit qui va influencer «le Livre» et la mythologie grecque que nous transmettrons Homère, Sophocle…Se pose alors aujourd’hui la question quand à la façon d’amener les enfants à la lecture : ou en partant du centre de ce cercle, où sont les références indispensables, pour savoir ce que signifient  : « Le cheval de Troie », « Aller de Charybde en scylla », « Se battre contre les moulins à vent », « La peau de chagrin»…ou, les amener à la lecture par des écrits plus légers, plus ludiques, en périphérie, pour les entraîner peu à peu, vers ces connaissances de bases qui nous permettent d’appréhender toute la littérature.

Débat: Depuis l’enfance avec les livres je me suis évadée vers tous les pays du monde, je me suis fait des amis qui restent en ma mémoire, je me suis attachée à des personnages…, lire ça vous sort de tout..
– On peut penser que le milieu familial va influencer l’enfant pour qu’il aille vers la lecture…parfois il en est rien…
– La littérature nous permet de faire le lien avec ceux d’avant nous, de découvrir ce qu’ont lu nos parents, la littérature est aussi un lien entre les générations, elle est « passeur de mots ». Elle nous enseigne ou pour le moins nous aide à appréhender ce monde, la vie…
– Est-ce que la littérature nous aide ? …Oui…, sûrement, même si elle complète d’autres modes que sont l’oral, la musique, et le dessin, lequel reste un lien utile comme dans les BD. Mais la littérature telle que nous la concevons est confrontée au monde de l’image, au numérique, tout un bouleversement,  un univers dont les enfants sont à la fois victimes et complices…et surtout en se passant du texte écrit !
– De plus,  est-ce que tout écrit doit être considéré comme littérature ? Une œuvre littéraire ne doit-elle pas avoir une certaine direction, un contenu faisant appel à l’intellect, aidant à conceptualiser, et à exercer son imagination et sa sensibilité ?…
-Dans ses multiples fonctions, la littérature nous transmet l’histoire, celle d’une communauté, de hauts faits, elle a aussi pour fonction de mettre du beau, de l’extraordinaire, de donner de l’émotion ; elle est transmission artistique, sociologique…C’est aussi amener la réflexion, sur soi, sur ce que l’on va transmettre.. ° On n’est pas toujours à même de juger ce qui sera « une œuvre littéraire », ce qui mérite intérêt, tel écrit ne sera peut-être que le témoignage d’un temps…° Le cinéma, le théâtre, la musique, la chanson, donnent une dimension supplémentaire à des écrits qui les grandissent en œuvres… ° La poésie est aussi un des grands vecteurs de messages. Mais n’oublions pas que la littérature ne transmet pas que du beau, elle nous montre aussi l’horreur, illustrant le monde. Elle est souvent sujette à controverse, «On ne fait pas de la littérature qu’avec de bons sentiments ».   «  Car l’horrible est beau » (La Charogne, Baudelaire).
(Contribution de France, par courrier) : La littérature peut nous mettre en osmose comme en contradiction sur un sujet, une idée. Elle nous «inspire» (par la poésie), elle nous «incite » (par des récits de voyage, d’aventures), elle nous «instruit» (par des récits historiques, des biographies) ; elle nous laisse toute la liberté d’interprétation sur un sujet, nous permet de « voir de l’intérieur » un discours qu’on nous expose de l’extérieur..
-Dans des pays où la littérature n’est que peu présente, les Griots transmettent tout cet imaginaire, l’histoire, la coutume, par la tradition orale… On écrit beaucoup sur eux, leurs contes, leur poésie, ils rentrent ainsi dans la littérature, « L’écrit fixe la langue, la langue prolonge l’écrit ».
On critique beaucoup la littérature destinée à faire de l’argent, c’est oublier que des auteurs célèbres faisaient la course à l’argent, publiant chaque jour dans des gazettes,  tel Balzac ou Dumas ; le besoin a générer des chefs d’œuvres..
-Où est la rencontre entre l’auteur et le lecteur ? Souvent on s’identifie aux personnages, on est acteur et spectateur, « Lire, c’est créer à deux ». (Balzac).
– Pas seulement, la publicité fait vendre,  pas forcément  lire, exemple : « Da Vinci code »…
L’animateur, cite : « Elle avait pu vérifier que ce qui était plus qu’un objet inerte d’encre et de papier donnait de la vie jusqu’à travers les pages et les lignes, que l’on y projetait son existence, ses affections, ses goûts, ses vertus, ses vices…Elle avait maintenant la certitude de quelque chose entrevu depuis le début : qu’il n’y a pas deux livres identiques, et que chaque livre est comme un Être humain, un livre singulier, une histoire unique, un monde à part.. » (La Reine du sud. Arthuro Pérez-Reverte)    
– Ecrire sur le ressenti doit aussi avoir le souci d’apporter quelque chose, de l’imagination  créatrice. Même dans la fiction se retrouve «la belle écriture»…La littérature peut exausser les sentiments des lecteurs, les sortir de leur quotidien, elle doit apporter quelque chose de grand, de noble chez le lecteur- La transcendance ! L’oeuvre doit grandir celui qu’elle atteint. Toutes les grandes œuvres sont liées à la solitude, à la misère,  et parfois rédigées dans la souffrance.     
– Souvent en relisant un livre on y découvre quelque chose de plus, la lecture et le temps affine notre niveau de perception, de compréhension ; un académicien âgé disait : «A mon âge, je ne lis plus, je relis ».
Jules Verne, visionnaire de génie écrivait en deux dimensions, dans son temps et dans le futur. Il a nourri tout notre imaginaire d’enfant.  Aujourd’hui célèbre, il ne faut pas oublier qu’ il fut rejeté du monde littéraire en son temps…
–  Impossible d’imaginer une grande civilisation sans une grande littérature ». Quelle littérature avons-nous aujourd’hui ? 
-Le temps répondra à la question. On peut être sceptiques, nous voyons des pathos étalés, délayés, des introspections nombrilistes ; des livres,  «numéro un» parce que «vu à la télé», souvent reflet d’une société projetant des individualismes, souvent production de rotation rapide, «le bouquin jetable » !
– De plus une certaine littérature n’est pas forcément de son temps, elle touche à l’éternel !
–  Je ne puis imaginer une vie sans livre, sans lecture. De Homère à Agatha Christie, tous ces mondes, ces fictions, ces fresques, tous ces témoignages, ces personnages constituent non seulement les bases essentielles de notre culture, mais sont aussi, une grande part de notre monde intérieur, la « tour d’ivoire », ou encore, « le grenier » où se réfugie l’enfant avec son monde de mystère, son monde imaginaire. C’est le besoin d’évasion, « Raconte-moi une histoire » disent les enfants…Un livre que l’on ouvre commence à nous raconter une histoire qui n’est pas « pour de vrai », qu’importe, il nous faut des histoires qui nous étonnent, qui nous charment, qui nous transportent vers un ailleurs, avec des personnages parfois hors du commun, des personnages qui ne seront plus jamais totalement fictifs. Lire c’est voir d’autres mondes, c’est voir d’autres soi.

Conclusion :(Pascale) : Il nous faut la littérature pour vivre d’autres vies, et donner à chacun la part de rêve qui lui manque.

 

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