Film débat: « Véra Drake « 

                   Film-débat  « Véra Drake » de Mike Leigh
                    Soirée organisée par les associations
                ADILEP et ACCES avec la participation
   des Cafés-philo de Chevilly-Larue et L’Häy-les-Roses 
               et du Centre Culturel « André Malraux ». 
     Essai de restitution du débat du mardi 10 mai 2005

Animateurs : Jean-Daniel Dupasquier, Responsable du centre culturel, 
 Docteur Jean Claude Magnier du Mouvement Français du Planning Familial,
Juliéta Solis, animatrice du Café philo
Michel Perrin de l’association ADILEP.

 Jean Daniel rappelle le thème retenu pour le débat : « 30 ans après l’adoption de la loi Veil, où en sommes-nous ? Avorter : un droit essentiel toujours menacé ». Le sujet a fait l’objet d’un dossier remarquable paru dans le bulletin d’informations de l’Hay les Roses en mars 2005.
Quelques mots sur Mike Light et sur le film Vera Drake. Mike Leigh  et Ken Loach sont les deux représentants  les plus éminents du remarquable cinéma britannique à caractère social et politique, qui n’a pas d’équivalent dans d’autres pays et notamment en France.
Ce courant, s’est particulièrement affirmé au départ, en réaction contre les conséquences sociales engendrées par la politique libérale de Madame Thatcher. Mike Leigh est un réalisateur singulier, malheureusement mal connu et beaucoup moins prisé que Ken Loach du fait que ses films sont moins spectaculaires, plus durs, plus ancrés dans le quotidien des «exclus de la société». Aussi, ses films ne proposent-ils pas de héros mais que des anti-héros, sans manichéisme. Entre 1971 et 2004, il n’a réalisé que 9 films mais tous ont été couverts de récompenses dans les festivals ; ce qui leur a permis de ménager, de sauvegarder une certaine notoriété. La plus prestigieuse de ces récompenses fût «la Palme d’or du festival de Cannes en 1996» pour le film « Secrets et mensonges ». Le fait que le film «Vera Drake»soit sorti en France au moment du 30ème anniversaire de la loi Veil, est une coïncidence qu’il nous faut saluer, souligner d’une manière toute spécifique.
Mike Leigh choisit pour ses films des acteurs peu connus, issus du théâtre mais très expérimentés. D’ailleurs tous les principaux acteurs de ses neuf films ont remporté des prix d’interprétation pour le travail qu’il leur avait fait réaliser. Le film «Vera Drake» a été précédé de six mois de répétition sans aucun tournage. La méthode Mike Light est très particulière : il ne révèle ni le scénario, ni le détail des situations aux acteurs. Il les prépare sérieusement à leurs rôles pendant de nombreuses semaines, et lors du tournage les oblige à improviser. Les acteurs découvrent alors les détails du scénario et doivent s’adapter au tournage. Cela paraît inimaginable, mais, Imelda Staunton qui interprète Vera Drake, a déclaré qu’elle ignorait  « que la police allait faire irruption pour l’arrêter au moment même du tournage de la séquence de la fête de famille ». Elle n’aurait peut-être pas si bien joué sans cela ?
Le sujet de prédilection de Mike Leigh est la famille et les relations parents enfants dans des situations très dramatiques et dans des milieux très modestes, voire déshérités.
L’originalité de ce réalisateur est de refuser un pessimisme total au profit d’un humanisme quasi salvateur. Les familles en proie au malheur, à la misère extrême, après avoir touché le fond, finissent par se trouver renforcées et « ré-unies » contre l’adversité. Elles rebondissent, parfois de manière presque mystique, à travers une sorte de rédemption par la solidarité : l’entraide entre les pauvres, les déshérités, est une évidence, une nécessité chez Mike Leigh. Dans «All or Nothing » son avant dernier film, une famille au bord de l’anéantissement, finit par s’en sortir parce qu’elle doit secourir un enfant victime d’une crise cardiaque. C’est l’étincelle qui déclenche le salut ! A propos de Vera Drake, il insiste sur le fait qu’il considère que son rôle de réalisateur est de poser des questions et d’établir «  une base morale de réflexion », sans manichéisme et sans tirer de conclusions hâtives sur un problème qui reste délicat et difficile. Pour lui, la vraie question posée par son film à propos de l’avortement est : « Peut-on laisser des amateurs bien intentionnés faire le travail de professionnels quand cela est interdit à ces derniers ». Il n’a pas voulu faire un réquisitoire politique direct en faveur de l’avortement, (ce qui du reste lui a été reproché), mais il est permis de croire que son film, n’en est que plus fort !

Quelques mots encore : Cette question fait partie du débat de ce soir. Pour introduire le sujet retenu indiquons que depuis toujours l’avortement à existé : dans l’antiquité, les Egyptiens, les Grecs, pratiquaient  l’avortement de même que les Romains sous l’autorité du mari ou du père. Du Moyen Âge jusqu’à la Révolution, l’Eglise fera de l’avortement un pêché passible d’excommunication et les avorteuses sont poursuivies pour « actes de sorcellerie » et certaines finissent sur le bûcher. La révolution sera plus tolérante mais Napoléon introduira l’avortement dans le code pénal comme « un crime relevant de la cour d’assise »…La Loi de 1920 (après la boucherie de 14/18), qui se veut nataliste sera en fait répressive et atteindra son paroxysme avec la Loi de 1942 (sous Pétain) qui fait de l’avortement « un crime contre l’Etat ». Une jeune femme, Marie Louise Giraud dite « La faiseuse d’ange » sera guillotinée en 1943 pour fait d’avortement.

Dès la fin de la guerre des femmes vont se battre pour le droit à l’avortement .Dans les années soixante se créé le « Planning familial ». En 1971 paraît « le manifeste des 343 » signé par des femmes ayant avorté : Simone de Beauvoir, Margueritte Duras, Françoise Sagan, Agnès Varda, Gisèle Halimi,  Françoise Fabian, Jeanne Moreau, Catherine Deneuve….Le 26 novembre 1974, Simone Veil, Ministre de la Santé, défend un projet de Loi sur l’Interruption Volontaire de Grossesse, et subit quolibets, insultes, injures, des députés opposés au projet. La loi, bien qu’imparfaite sera adoptée et promulguée le 17 Janvier 1975.

 Débat : G  Le Docteur Magnier, rappelle à ce sujet la sinistre affaire dite «  de Bobigny » (1972/1973) : une jeune fille âgée de 17 ans, victime d’un viol est accusée d’avortement. Elle sera défendue par l’avocate Gisèle Halimi et sera acquittée.
    – Il faut dire reprend l’animatrice qu’à cette époque- il y a à peine cinquante ans- l’avortement était une opération à risque pour les femmes et les méthodes pour avorter étaient particulièrement sauvages et douloureuses… La Loi sur l’IVG a apporté un progrès incontestable. Souvent l’avortement entraînait des hémorragies, des infections qui pouvaient provoquer le décès de la femme.
    – La Loi Veil est parfois remise en question dans certains hôpitaux ou par certains médecins qui refusent de pratiquer l’IVG pour des raisons confessionnelles ou politiques.
    -Que font les médias, la télévision ? Pourquoi les services  publics ne font rien pour informer les femmes, les jeunes filles notamment, sur les droits concernant l’IVG ?
    -Il n’est pas sûr qu’on puisse compter sur les journalistes, les médias pour l’information des publics. Et puis les journalistes exagèrent, il est difficile de travailler avec eux car l’avortement est un acte particulier de médecine en général…Et la tragédie de l’avortement est à situer au milieu d’autres problèmes de Santé Publique. Il apparaît en maintes occasions que la santé se porte mal ! 
    – A propos du planning familial il semble que son intervention soit plus difficile qu’avant ?
    – Pourtant le Mouvement pour la Liberté de l’Avortement et de la Contraception a fait un vrai travail d’information contre les interdits et la culpabilisation, l’épanouissement sexuel des hommes et des femmes, la procréation qui peut ne pas être le seul but de la sexualité…    
    – Mais après la Loi Veil les femmes inventent des histoires pour avorter.
    – Le mouvement populaire de soutien des femmes en difficulté pour avorter s’est dissipé voire a disparu. Lors de l’acte médical il n’y a plus cette ambiance qui entourait la femme…cependant l’avortement demeure un acte grave. C’est un système d’expérience contraceptive qui a raté…et pour des raisons de convictions religieuses certains praticiens s’y refusent (en Alsace, à Necker, et un médecin RPR refusait l’IVG). De plus il n’y a pas de critère pour accepter ou refuser l’avortement : la situation économique de la femme, du couple ; la politique plus ou moins nataliste selon les périodes ; l’accompagnement psychologique de la femme par le mari, la famille, le médecin traitant ; sont autant de raisons qu’il faut prendre en compte.        
    – Les municipalités ont aussi un rôle à jouer quant à l’information…
    -Mais ce sont toujours les femmes qui décident.
    – Un exemple où l’avortement est interdit ; l’Algérie. Il n’existe ni contraception, ni avortement c’est défendu. Bien évidemment les femmes ou les familles ont recours aux « avorteuses spécialisées » et ce sont aux hôpitaux privés à qui on s’adresse pour intervenir en cas de nécessité. Et parfois, les familles se retournent contre l’hôpital ayant contre son grè pratiqué l’avortement. L’hypocrisie apparaît être une façon de contourner la répression.
    – Cependant, le problème demeure en France, il se pratique le même nombre d’avortements par an ; parfois des femmes vont à l’étranger en dépit des problèmes religieux et financiers…L’éducation des filles et des garçons concernant la contraception et les conséquences de l’acte sexuel, semble pécher quelque part ?
     -Peut être parce que c’est un vrai plaisir pour une femme de faire un enfant…Les problèmes surgissent dès que la fille enceinte entrevoit la réalité et pense à son avenir. Pourtant les Politiques ont fait un certain travail pour la contraception et particulièrement à propos de « la pilule du lendemain ». C’est vrai qu’il n’y a pas moins d’avortement qu’avant la Loi Veil. Mais on trouve un peu moins de bébés dans les poubelles ou dans la Seine. On peut  voir là, le reflet de la société permissive, et l’avortement peut apparaître comme une sorte de facilité, de palliatif de liberté : « La pilule à prendre tous les jours- 21 jours sur 30- c’est gênant ». « Le préservatif c’est désagréable pour les garçons ». « La pilule d’urgence suffit ! ». C’est négliger la gravité de l’avortement.
    – Quant à l’éducation, les jeunes ont du mal à comprendre les conséquences des actes commis, et puis il n’est pas sûr que l’école soit le lieu où l’on apprend le mieux les choses de la vie, notamment la contraception et l’avortement. La responsabilisation reste à faire, et ceci est un autre problème !
    – Quelques questions :- quelle est la proportion d’avortements liés au viol ? – Il n’y a pas de statistiques à ce sujet. – Que penser de l’hormone anti –fausses couches ? Du  Distilbène ?  Du gaz moutarde ? …Le Docteur avoue ne pas connaître et ne pas employer ce type de médicaments ou de médication.
    – Rappelons qu’avant 1974 les risques courus par les femmes étaient réels, et dangereux pour leur vie ; quelques trois cents à cinq cents femmes mourraient chaque année des suites d’avortement à complication.
    – Une assistante sociale qui réalise les entretiens en vue de l’IVG nous fait part de son expérience : les femmes mises en confiance, se livrent facilement, comprennent, et souvent ne reviennent plus. Pour les jeunes filles l’avortement se présente comme un obstacle sans gravité. Dans certains milieux les mineures ne veulent pas en parler à leurs parents.
    – Et l’homme dans tout ça ?

 

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