Thème: La nostalgie est-elle un frein au progrès ?

Essai de restitution du débat. Café-philo de Chevilly-Larue
23 avril 2007

(L’enregistrement du débat ayant été perdu il ne reste que les notes et interventions de l’animateur)

Introduction : Le mot nostalgie évoque dans son sens premier : « le mal du pays ». Dans la question posée, nostalgie, est à prendre sous la forme de : manque  de quelque chose, manque d’une chose que l’on a connu et qui n’est plus, ou encore, qui n’est plus dans sa forme initiale et qui a été détérioré, déprécié. La nostalgie qui est le fait d’insatisfaction : « La nostalgie ça vient quand le présent n’est pas à la hauteur du passé ». On est n’est pas nostalgique à 20 ans, on prend tout de la vie sans s’interroger si c’est modernité ou pas, si c’est mieux ou pas, la nostalgie viendra plus tard ; il faut des années de référence pour pouvoir commencer à comparer….. Faut-il considérer toutes les innovations comme suspectes, les contester, mesurer comme nous disent les Ecritures : « Qu’on fasse une pause sur la route et qu’on regarde autour de soi, pour discerner quelle est la bonne et juste voie… ». Les nostalgiques sont souvent considérés comme : passéistes, retardataires, comme boulets de la modernité, voire, « réacs » ; Alors : 1° Faut-il condamner la nostalgie ? 2° En quoi la nostalgie serait-elle utile ?  3° S’agit-il de l’éternelle querelle des anciens contre les modernes ? 4° La nostalgie traduit-elle la peur du futur ?
Et enfin,  la nostalgie est-elle un frein au progrès ?

A ceux qui n’ont rien connu, on peut vendre, on peut faire avaler beaucoup de choses. Un bon battage médiatique et ce sera un succès commercial assuré. Mais il reste parfois  des empêcheurs de tourner en rond, ceux qui ont connu autre chose, ceux qui ont des références. Si ce qui est proposé est nettement mieux, alors à part d’éternels grincheux, les récitants du « c’était mieux avant » la nouveauté sera acceptée. Mais si cela n’apporte pas d’amélioration, voire même si cela est inférieur à ce qui a existé, il y aura refus d’une partie des gens…Cette référence nommée par certains :  nostalgie est alors une part de notre libre arbitre, il nous appartient à tous, consommateurs, que tel ou tel produit réussisse…, que de lancements de produits soit disant révolutionnaires et qui ont connu des échecs…Mais, si une majorité accepte, soyons Stoïciens, on n’y peut rien et ont n’est pas responsable de ce qui ne dépend pas de nous. Mais malgré certaines nostalgies, bien peu sont ceux qui voudraient revenir en arrière, tourner  une manivelle de voiture, monter cinq étages avec des seaux de charbon, être opéré dans les conditions d’il y a cinquante ans….

Nostalgie du futur : Le progrès peu nous apporter quelque chose de tout à fait contraire, ou en décalage avec ce que nous avions espéré, ce que nous avions rêvé. Alors vient ce futur que nous avions imaginé autrement. Et ce futur qui enfin arrive, nous déçoit, il n’est pas à la hauteur de nos espérances. Nous voilà dans le paradoxe de la nostalgie du futur : Un futur rêvé au passé, un futur qui devient présent ; présent, et à la fois imparfait.

Ce monde qui n’existait pas, qui contenait tous les posssibles, où tout enfin serait mieux, où le désir de progrès  de l’homme et son désir de perfectibilité porteraient enfin ses fruits. Ce monde, ce pays, d’« Utopia » cette île, dont on a la nostalgie, non pas de ne plus  y être, mais de ne pas encore y être parvenu, c’est  la nostalgie du futur. Mais voilà qu’abordant cette île, où étaient tous nos rêves, nos espoirs, avec  tous ces efforts, toutes ces luttes pour en arriver là, et tous ces appels de l’histoire…. ! « En dépit de ses charmes, l’île est toujours déserte,/ et les traces des pas qu’on trouve sur le rivage / se dirigent tous sans exception, vers le large. /Comme si l’on ne faisait que repartir d’ici » . (Wislawa  Szymborska).

« Lorsque vous avez chaussé vos pantoufles, que vous rêvez d’aventures. En pleine aventure vous avez la nostalgie de vos pantoufles ». (Thortnon Wilder)

Nostalgie.
C’est au nom du progrès
qu’on a mis l’orang-outan dans une cage.
Prisonnier, enfermé, expatrié,
Il regarde ces singes  en souliers
qui viennent promener leurs enfants devant lui.
Dans sa tête confusément,
Des bruits, des nostalgies de la forêt,
hantent son esprit ;
Les cris dans les arbres.., les senteurs..,
les jeux des jeunes de la tribu…

Ces singes devenus hommes
ne sont-ils descendus de l’arbre que pour mon malheur ?
Comment peuvent-ils se sentir évolués,
et être si mauvais dans leur cœur ?
S’ils voulaient seulement réfléchir à leur passé.
De nostalgies en nostalgies,
ils se souviendraient alors que nous étions frères.
Ils auraient peut-être honte de que souvent, ils appellent progrès.
Ils comprendraient qu’en chemin,
ils ont oublié le principe qui devait les faire progresser :
l’humanité !

Ceux qui sont capables de nostalgies ne sont-ils pas ceux qui apprécieraient le mieux le progrès. Il faut avoir connu les progrès, reconnaître « connaître à nouveau », apprécier le progrès, celui qui mérite d’être reconnu pour tel, celui qui nous aide à  mieux vivre, à vivre plus longtemps, en meilleure santé. Mais il nous est bien difficile de dire j’accepte tel progrès et je refuse celui-ci, tant il peut y avoir une imbrication entre les progrès, celui  de la médecine par exemple, et les progrès technologiques ; lorsque nous voyons un médecin canadien opérer à distance une petite fille en Afrique, la nostalgie, le regret c’est que cela ne puisse pas se faire plus souvent.

Conclusion : Plus que frein au progrès la nostalgie ne joue t-elle pas le rôle modérateur ? D’ailleurs l’expression frein n’est pas péjorative. Aussi moderne, aussi performant que soit un véhicule, on ne le conçoit pas sans frein. C’est parce que nous savons qu’il y a des « docteur Mabuse » que le progrès, les technologies peuvent échapper à la raison, qu’il faut des sécurités, des freins, un signal de sécurité, on pense à Hiroshima, à Tchernobyl, au sang contaminé, à la vache folle, à l’hybridation, au clonage, peut-être demain aux OGM…Ce qui est passé est dépassé, il faut s’adapter au progrès entendons-nous, il vaut mieux nous disait Descartes, imitant en cela les Stoïciens « Accepter le monde comme il est, et changer ses désirs plutôt que de vouloir changer le monde », mais c’est là un comportement bien conformiste, voire de soumission, qui nous abaisse…   Notre vie est faite tout autant de bonheurs passés,  comme des promesses du futur. L’aptitude à la nostalgie est un bien, elle est notre capacité de mémoriser le passé avec son positif. Capacité  de conserver, voire même créer des paradis au passé, elle doit nous dire, nous avertir que le futur lui aussi peut être porteur d’autres paradis. « S’il peut y avoir un progrès moral, ce qui n’est pas sûr, il est fait comme tous les progrès, en même temps de pertes, auxquelles ont est pour des raisons évidentes, particulièrement sensibles, et de gains que l’on aperçoit peut-être pas encore ». Robert Musil.

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