Le développement est-il source de progrès ?

Thème         « Le développement est-il source de progrès ?
                            
Le progrès engage t-il la civilisation ? »
      
Essai de restitution du débat du café-philo de Chevilly-Larue
                                                 25 octobre 2006
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 Animateur : Jean Bernard Tandaravayen. Guy Philippon.
Introduction : Michel Perrin.
Introduction : Michel Perrin

 Introduction : On situe souvent l’origine actuelle du développement en 1949 lors d’un discours du Président Truman au congrès des USA. La version « angélique » du développement était alors : « un processus permettant aux humains de se développer, de mener une existence digne et épanouie ». 25 ans plus tard, Paul VI, constatant le mythe du développement devait ajouter : « Le développement ne se réduit pas à une simple croissance économique. Il devrait être intégral, c’est-à-dire promouvoir tout homme, tout l’homme ». Déjà en 1830 Tocqueville, appréhendait  cette idée de développement : « Si le développement est l’unique impératif de l’économie américaine, alors, celle-ci, va à terme, vers une décadence progressive ». Quel constat faire aujourd’hui ?
 Débat :    –  Le développement même en changeant des termes, de « pays sous développés » en « pays en voie de développement » s’apparente à un business  d’un pouvoir politique et financier, mais n’oeuvrant pas pour un progrès de l’humanité.., les pauvres, les exclus, les « laisser pour compte »… qui sont toujours plus nombreux ; et nous voyons les dégâts sur la planète, l’environnement, de plus en plus irréversibles…y a-t-il là notion de croissance et  d’évolution ?
    – Est évoqué une association Franco-malienne qui aide au développement au Mali, ce qui apporte une amélioration de la vie et plus d’autonomie…
    – Qu’entendons-nous par développement ? Le résultat d’une action qui comporte une évolution, une progression, non seulement quantitative, mais aussi qualitative…
    – Et le progrès, c’est quoi ? L’amélioration d’une situation ; mais qui refuserait un projet ayant une influence positive sur la population ? Quelle entreprise refuserait de progresser ? Quel homme n’aurait pas le souhait d’avancer dans un monde en mutation ?
    – Aussi, parle t-on de « développement durable » qui répond aux exigences du présent sans compromettre l’avenir, peut-être vaudrait-il mieux parler de développement soutenable…
    – Peut-être faudrait-il dissocier, développement et progrès. En effet, pour qui développe t-on ? S’agit-il de plus de bien être, de vie meilleure, ou d’augmenter la domination des possédants….
    – Peut-on considérer comme réel progrès, par exemple l’automatisation dans des services, comme les banques, allant vers la déshumanisation, supprimant toute relation et échange avec le public. S’agit –il de développement positif, ou  « développement négatif » ?
    – Le développement peut-être à l’origine de modifications  du milieu affectant les espèces. Dans des « fermes marines » on nourrit  des poisons avec des petits poissons qui en milieu naturel sont la nourriture indispensable des poissons. Un autre exemple dans ce domaine la célèbre « perche du Nil » dont nous parle le documentaire « le cauchemar de Darwin ».
    – Actuellement le développement a revêtu des habits neufs, il est devenu « Durable » ! Donnant ainsi satisfaction (bonne conscience) aux instances internationales, banque mondiale, FMI, OMC. Mais tous les peuples n’en bénéficient pas. Certains développements technologiques, dangereux, seront  eux subis par les peuples : Tchernobyl, AZF……Les risques liés au développement sont réels. Le progrès devrait répondre à ces trois conditions :
1° « Dé globaliser » : Il n’y a pas forcement interdépendance des progrès.
2° « Dé potentialiser » :    Prévenir les effets néfastes, les effets secondaires du progrès.
3°  « Désintoxiquer » : Ne pas croire, ne pas faire croire, que tout est bon pour l’humanité, et que tout est facile. Le progrès passe par la compréhension des choses, par la communication, et la culture.
     –  On emploie le mot de « Litteratie » qui est la capacité de tirer profit de ses lectures et d’engranger de l’information, c’est là où la communication peut-être une force de développement par le relationnel, et peut-être la meilleure ou la pire des choses. Des producteurs  d’OGM prétendent même  respecter la nature… !
    – Le développement mesuré d’un pays souvent, diffère avec les conditions d’évolution pour les habitants ; développement élevé pour certains, et plus de misère pour les autres.
    – Le vrai progrès serait développement  s’il excluait tout effet secondaire nuisible
    – Le concept du développement ne peut pas servir de prétexte pour établir sur les pays en voie de développement une hégémonie, avec une attitude  économiquement agressive, impérialiste. Ne serait-il pas préférable de parler d’une plus juste répartition du bien être, plutôt que de développement, même dit, durable.
    – Ce qui caractérise l’homme est la lenteur. Quel développement choisit-on ? Matériel, ou intellectuel ? Technique, ou spirituel ?
    – Le développement démographique d’une population n’est pas le développement économique, démocratique, humain. D’un pays à l’autre la notion de développement varie beaucoup. Exemple : les pays occidentaux, la Chine, l’Inde avec la régulation des naissances….
    – En quoi le progrès, le développement serait –il indispensable ? Après la guerre de 14/18 l’Allemagne était exsangue économiquement. A des gens cultivés avec une élite intellectuelle, Hitler allait promettre développement et progrès, il a de plus touché toute une couche « populaire »  en souffrance  économique et sociale, le milieu rural
    – Il semble qu’on ait besoin du développement et des connaissances des autres ; avec des interactions solidaires. Le commerce, le négoce ne peuvent palier à des besoins philosophiques. Le développement des échanges, les contraintes imposées par le profit, les refuges de paradis fiscaux, est-ce du progrès ?
    – Le développement n’a t-il pas besoin de freins moraux ? Il doit pour cela concerner tout individu, puisqu’il résulte le plus souvent de l’effort collectif. Rappelons que 3% des individus possèdent 70% des richesses de ce monde. Notons également le décalage entre la misère dont on parle, et la misère pou ceux qui la vive.
    – Pourtant dire non au progrès,  n’est-ce pas  que l’avenir que l’on condamne, c’est se condamner aussi. On s’inocule le passé, « L’éclosion du progrès est un phénomène divinement fatal ».
    –
Il faut un sens à ce que l’on fait, au progrès, à partir des connaissances partagées, du développement, incluant éducation et culture pour tous.
      – Au « Siècle des Lumières » on recherchait beaucoup dans le passé des connaissances ayant contribué au progrès de l’esprit, on considérait les philosophes antiques comme « des soleils ». Après la Guerre de 14/18 s’est développé un « grand sentiment de l’absurde »après la boucherie et  l’horreur qui avaient été vécues
    – Certains développements entraînent des régressions. Mais au nom du développement et du progrès on ne peut substituer les différentes cultures, à la seule culture occidentale, ou américaine.
    – Pour Robert Musil dans « l’homme sans qualité », le progrès n’est pas autre chose que tous les efforts humains et « le véritable progrès sera toujours, ce que personne en particulier n’aura jamais voulu ».
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Le progrès n’est pas toujours en phase avec la rentabilité. C’est le cas des « maladies orphelines », pour lesquelles les recherches « ne sont pas rentables ». Le progrès dans l’aspect médical est un business qui  tient compte du nombre, de la plus grande utilisation, la plus grande diffusion possible, ce qui rend nombre de médicaments inaccessibles aux pays « en voie de développement », et surtout aux pauvres de ces pays. 
    – Un débat s’établi autour des antagonismes, progrès et coutume ou tradition. Des immigrés venus vers le progrès, ont en même temps perdu beaucoup ;  les coutumes, les rituels, les fêtes de leur village  qui créaient du lien social….
    – Le développement sera source de progrès s’il permet à chacun  d’accéder à l’eau, à un toit, à l’éducation, aux libertés individuelles et collectives, en enfin  à la démocratie. ..La dialectique du savoir, du pouvoir et du vouloir est la seule en mesure pour apprécier l’évolution et le progrès dans l’histoire. La technique progresse en dépit des utilisations perverses – L’économie également, mais elle est inégalitaire, avec des risques de régression de l’humanité –Le progrès scientifique est incontestable, malgré les menaces qu’il fait peser sur l’éthique et le progrès social global. Il ne faut pas confondre les progrès scientifiques de la médecine avec l’acharnement thérapeutique.

 En conclusion : Il y a conflit entre des progrès technico-économiques  qui continuent d’avancer et la réaction de nombreux progressistes contestataires. Rousseau avait prédit : « Le progrès des arts et des sciences aura pour conséquence inévitable la décadence de l’humanité ». Ce qui nous éloigne de l’idée de développement durable, pour un progrès réel et partagé, dans une civilisation qui « aurait la capacité de répondre aux besoins des générations suivantes, sans compromettre ceux des générations futures ». Rapport Brundtand sur le développement durable.

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4 réponses à Le développement est-il source de progrès ?

  1. Constance dit :

    J ai apprecie la dissertation . J aimerai vous suggerer d examiner aussi le theme sur : la tradition , le developpement , et le progres

  2. oumar djimet dit :

    j ai aprecier cette cette,je vous remercie.

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