Peut-on vivre sans passion, sans musique, sans théâtre ?

Thème :    « Peut-on vivre sans passion, sans musique,
sans théâtre…?
»

Essai de restitution du café philo de Chevilly-Larue
du 15 décembre 200

Modérateur : Michel Perrin
Animateur: Guy Pannetier

Introduction Guy Pannetier : En regard de l’étymologie la passion serait à  redouter puisque son origine latine est « Passio », souffrir, subir, ce qui nous donnera «   la Passion  du christ ». Mais d’autres acceptions du mot peuvent  nous rendent la passion plus attrayante.Le mythe de la passion de Platon est : «  Un char attelé d’une jument peu fringante, (une rossinante), et d’un cheval ailé, (Pégase). Pour le cocher qu’est l’homme comment choisir l’allure de cet attelage », raison et passion », et ne pas céder à « La tyrannie des désirs, la tyrannie des passions ». Pour lancer le débat, quelques questions : Doit-on céder à la passion ? Vivre, sa, ou ses passions ? Doit-on rejeter la passion ? La craindre, la combattre ? Doit-on accepter l’idée que seule la passion est créatrice ? Peut-on être passionné et philosophe ? Et enfin : Vivre sans passion, est-ce vivre ?

Débat: La passion dans le domaine des arts, suppose que nos parents ou nous-mêmes ayions eu accès à la culture, et, dans ce cas, la  passion paraîtrait  réservée à une élite…° Pour poursuivre,  Il peut y  avoir une attirance, un goût et la  volonté  d’apprendre, la passion de la connaissance…
– Une approche métaphorique de la passion en quatre vocables qui sont liés : Evénement / Emotion /Image /Mots ; lesquels formeraient « Le Train » de la passion. La vie, qui entraîne tout, est la locomotive. Les événements prévus, imprévus, les faits et actions, sont le premier wagon. Emotions, sentiment et ressenti, sont le second wagon. Le désir de connaître, de découvrir, d’exprimer, sont,  le troisième wagon ; Le quatrième wagon, serait du domaine du langage : les mots, les sons, les couleurs, c’est, le wagon de luxe. On peut rajouter le Wagon restaurant qui est celui, de la nourriture de l’esprit et du corps, et de l’accès aux arts…° La passion m’est nécessaire, elle est pour moi le sel de la vie, l’exhausteur de goût….
– Quand la passion nous envahit, nous submerge, elle prend le pouvoir, néanmoins je ne peux pas vivre sans passion, ou ce serait, pour reprendre l’image du train, un train sans locomotive… Cependant on peut vivre sans passion, et la passion qui nous domine fait de nous des êtres serviles, elle tue notre volonté.  
– On peut vivre sans passion. Plus qu’un moteur, j’y vois un frein, quelque chose qui paralyse l’action, « on ne domine plus les chevaux » (allégorie de Platon), vivre sans passion n’est pas  vivre sans plaisir !
-Nous ne prenons pas tous le même sens du mot passion. Ou, nous parlons de la passion des sentiments, celle qui déborde la raison, ou, « des » passions, des passions douces, passions sages,  ou des inclinations, des hobbies. La passion dans son sens le plus fort, est, cette émotion qui peut nous amener à modifier des aspects de notre vie. Suivant le dictionnaire, les passions sont l’Amour, la Haine…
– Des individus savent se contrôler, pour cela ils ne se passionnent pas, c’est un état d’esprit, pour sauvegarder son indépendance…Revenant à l’art, je ne pense pas que seule la passion soit créatrice. En peinture, en musique .., si l’art est simplement dominé, il peut donner des œuvres sublimes…
– Le plus grand symbole de la passion n’est-il pas « Le coup de foudre » ? °Le coup de foudre, n’est qu’un instant, l’allumette qui entraînera, ou pas, une passion. On peut avoir le coup de foudre pour un être comme pour une chose…
– Le sens premier du coup de foudre est lié aux sentiments, c’est le « Flechazo » (Coup de flèche) en Espagnol, ou, « To fall in love », (tomber en Amour), en Anglais. La passion d’Amour est un vent soudain qui va gonfler les voiles, rompre les amarres, entraîner dans l’aventure des possibles, avec les risques des « raisons du coeur que la raison ne connaît pas »  
L’animateur : Les philosophes grecs ont traité la passion, avec les passions, les englobant dans les émotions. Platon met en garde contre la passion et particulièrement contre la passion envers la Femme. C’est lui qui préconise « une Femme pour l’esthétique, un melon pour le délice, un jeune garçon pour le plaisir », Platon nous laissera « L’amour platonique » ! Épicure lui, recommande les passions non destructrices, surtout celle envers la Femme qu’il appelle, « Le plaisir d’Aphrodite ». Précurseurs en matière de développement personnel les Stoïciens nous disent: « C’est parce vous ne maîtrisez ni vos émotions, ni vos passions, que vous ne pouvez dominer votre vie ». Le sage, dit le stoïcien Diogène Laërce, « est sans passion, il ne se laisse pas entraîner…, tous les sages sont sévères » ; pour lui la passion est, «  maladie de l’âme ». Néanmoins nous voyons la passion dans la mythologie, de la passion dans les tragédies d’Euripide, de la passion dans la poésie épique d’Homère avec l’Iliade et l’Odyssée. Puis au moyen âge la philosophie scholastique des Pères de l’Eglise maintient les passions dans le domaine des maladies de l’âme. Le bouleversement culturel de la Renaissance, l’influence des philosophes Libertins, vont commencer à faire évoluer le concept.  Les dernières grandes critiques de la passion, et des passions, viendront de Kant, pour qui : « les passions sont les gangrènes de la raison pure », que : «  L’homme qui cède à la passion est un prisonnier qui soupire sous ses chaînes », pour lui, une fois que le plaisir a été satisfait par la possession, la jouissance, la passion pour la personne désirée cesse…La passion ne dure que tant qu’il y a résistance. Pour Pascal la passion est « dépossession de soi ». Descartes sera moins catégorique, et nous dit « que des passions dépend tout le mal, et d’elles dépend tout le bien ». Avec la Révolution, c’est un toute autre approche qui se dessine ; Pour Voltaire, «La passion est le moteur principal de la marche du progrès », c’est ce qui produit le social, c’est le passionnel de l’altruisme. Pour Rousseau, « La passion est la condition du devenir de l’homme, la condition pour naître à son humanité », et enfin Diderot nous dira, « On déclame sans cesse contre les passions, on leur impute toutes les peines de l’homme, et l’on oublie qu’elles sont  aussi la source de tous les plaisirs. Il n’y a que les passions, les grandes passions qui puissent élever aux grandes choses, sans elles plus de sublime, soit dans les mœurs, soit dans les ouvrages », « les passions sobres » dira t-il, « font les hommes communs ». Aujourd’hui l’approche que nous avons de la passion est grandement due à l’héritage du Romantisme, omniprésent dans notre culture. La conception que nous avons de la passion est peut être essentiellement liée à notre tempérament latin. D’autres populations, comme les Asiatiques, semblent être moins sensibles à la passion.
– La parole va circuler, chacun est inviter à se prononcer, même succinctement sur la question initiale.
– Sans passion, sans projet, je suis SDF de la vie…Même les passions douces m’aident à vivre, ex : comme un livre qui me passionne,  que je ne peux pas fermer…
–  Je respecte les passions, pour autant sont-elles indispensables, sans passions est-on « hors norme »
–  Avoir une passion pour ne pas être consommateur de tout ?
–  Mais, on peut vivre sans passion. Quand il nous faut survivre par exemple.
– La passion serait un luxe du temps libre, et du privilégié…La passion  ne serait-elle pas un  luxe, lié au niveau social….
– Ne faut-il pas de la passion pour survivre dans des situations extrêmes , camps de concentration prise d’otage, suicide d’un être proche … la passion de la Liberté, la passion de la vie ne sont-ils pas des  éléments  de survie, la lutte pour se conserver, un combat : chaque existence est une passion ..
– La passion peut ne pas être visible, manifeste ; intérieure, on la domine mieux, « il faut savoir raison garder ».
– Je ne peux pas vivre sans passion, j’essaie de la communiquer : déjà la passion de vivre, la passion du beau, de ce qui nous émeut, la passion accroît notre sensibilité…
– Je ne peux pas vivre sans quelque chose qui motive mon quotidien, il me faut un but…est-ce passion ? La passion commence t-elle, au-delà du self-contrôle.. ? Chacun ressent différemment, on ne peut être soi, en calquant sa vie sur celle des autres..  
– La passion peut être considérée comme défaut, comme vice, comme maladie, dangereuse telle  la passion du jeu. Elle peut  pousser au « crime passionnel », qui sera jugé différemment, puisqu’il y a perte du contrôle de soi…
– Je ne pas vivre sans mes passions, c’est ma musique intérieure !
– La haine est une passion, aux Etats Unis des personnes face à un assassin  qui a tué un de leur parent. Une jeune femme dit « je serai là, lorsqu’à ton tour tu vas recevoir la mort que tu as semée ! ». A la sortie, après l’exécution, tous se déclarent sereins !
– Dans le monde du travail, celui qui est passionné, voire ambitieux, entraîne les autres. Le charisme nécessite de la passion, souvent la passion permet d’aller au-delà de soi, elle peut transcender l’individu…
– Dans l’histoire aussi, des hommes comme Napoléon, Hitler, ont su se servir, ou susciter des passions, (destructrices).
– Les médecins autrefois, plaçaient la passion, cette maladie,  dans le plexus, dans le ventre, d’où  les expressions : « Avoir quelqu’un dans la peau », « Aimer avec ses tripes »…
– La passion de l’artiste et de l’artisan utilisent les mêmes principes, les mêmes moyens, mais la passion de l’artiste, va au-delà.
– Je m’interdis la passion, je suis vigilant, je m’attache à cette position : c’est la passion d’éviter la passion !
– (Sourires ! C’est tout à la fois, dit l’animateur, la position du Stoïcien et du Sophiste !)
– Le même participant poursuit : La sagesse est d’éviter d’être dépassé par la passion, refuser la dépossession de soi.
– La passion est-elle plus ressentie au féminin qu’au masculin ?
– Dans nos états passionnels, est-ce en nous notre part masculine ou féminine qui  réagit le plus, qui domine ?
– Dans notre culture nous véhiculons de nombreux symboles de la passion, ce sont les images du « Romantisme »…Parmi les symbole de la passion nous trouvons le Flamenco, avec ses trois phases : Désir, séduction, possession,…un autre  symbole de la passion de l’altruisme, cette réalisation de soi dans le bonheur des autres, a le visage, le nom d’une femme, Dolorès Ibaturri, « La pasionaria », de la guerre d’Espagne.  
– L’animateur questionne ceux qui se montrent stoïques vis-à-vis de la passion : cette défiance à l’égard de la passion ne découle t-elle pas de l’égoïsme, de la crainte d’avoir mal…. ?
–  On peut être passionné et néanmoins être ouvert à tout. C’est au contraire la passion qui est égoïste, elle fait fi des autres, ce n’est qu’une histoire entre, Soi et Soi…
Conclusion : Avec passion, parfois, nous nous sommes montrés très partagés sur le sujet, et majoritairement très réservés quant à la passion, (des vrais sages peut-être ?), reconnaissant qu’elle peut être moteur d’action, sublimer l’Être, et la Création, qu’elle donne toutes les audaces et toutes les lâchetés, et qu’on ne peut irrémédiablement bannir la passion , ce qui serait comme nous le dit Jean de la Fontaine ,« Ôter à nos cœurs, le principal ressort, nous faire cesser de vivre, avant que l’on soit mort ». (Le philosophe scythe).

 

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