Quelle part faisons-nous à l’imagination ?

Thème :     « Quelle part faisons-nous à l’imagination ?»
         
Café philo en collaboration avec la Maison du conte
           
Restitution du débat. Café-philo de Chevilly-Larue
                                          26 novembre 2008

                                                               

Animateurs : Edith Pertunski-Deléage, philosophe. Pepito Matéo, conteur. Guy Louis.                  
Modérateur : André Sergent                                            45 participants
Introduction : Guy Louis Pannetier.
        Introduction : une définition très précise du mot « imagination »  n’est pas chose aisée, tant nous sommes proches parfois de ce que nous nommons « l’imaginaire ».  « L’imagination est un procédé mental d’évocation, de création ; création de concepts, d’idées, d’images, elle peut se projeter dans le futur  comme dans le passé » (Petit Robert). L’imagination nous aide à sortir de la banalité de la vie, elle permet même de nier momentanément la réalité, elle nous permet de nous mentir un peu, elle est une contrepartie que notre dérobons au quotidien. L’imagination parfois appelée « folle du logis » est celle qui souvent nous aide à garder la raison. Si nous devons écarter tout ce qui est imagination, si nous devons nous en tenir à la seule réalité, réalité du monde comme il est, et en aucune façon le monde tel que nous le souhaiterions, alors ce monde serait  encore plus dur à supporter: « Que serions-nous sans ce qui n’existe pas ? » « L’imagination porte bien plus loin que la vue », (Paul Valéry). Avec l’imagination je peux prolonger mon enfance, m’échapper des réalités, je peux aller dans d’autres univers, ceux de la pensée où je vais rencontrer d’autres personnes… L’imagination n’est pas que perception concrète, elle est aussi fantasque, créatrice surprenante, elle nous permet de connaître au-delà de l’intellect, en appréhendant jusqu’à l’infini. Elle nous montre sans cesse qu’il existe des mondes, des possibles insoupçonnables, que même la science ne peut atteindre. L’imagination va plus loin que la raison, elle ouvre des voies que la raison n’aurait pas trouvé seule, elle nous permet de deviner, de pressentir « le visible caché dans l’invisible ». L’imagination va nous permettre d’élaborer des concepts, qui ne sont au départ qu’éventualités, des perceptions intuitives, lesquelles vont par la preuve de l’expérience devenir ce que nous appelons, une découverte. Si je veux tenter d’imager la différence entre imagination et imaginaire, je dirai que la palette de  Renoir, de Monet ou de Pissarro nous montre l’imagination, laquelle  peut, être une autre perception sensorielle et autre perception visuelle, un regard différencié sur la réalité. A l’inverse la palette de  Salvador Dali nous entraîne vers le fantastique, dans un monde imaginaire, lequel n’a que faire de la réalité, car il se construit son propre monde. Alors, on pourrait peut-être dire que l’imagination est  l’antichambre de l’imaginaire. Au final,  quelle part devons-nous laisser à l’imagination, ne représente t- elle pas un risque essentiel, ne nous faire croire à ce qui n’est pas réalisable, nous déborder, et « maîtresse de fausseté » nous préparer de grandes déconvenues, nous rendre victimes de notre imagination ; ou est-elle la force vive, ce vitalisme psychique, « Cette super puissance, ennemie de la raison » (Pascal) qui nous murmure, qui nous dit, qui nous montre,  même défiant la raison, d’autres possibles ?

 Débat :
Edith : « Cette super puissance ennemie de la raison », est-elle toujours en opposition à la raison ? Quels sont au cours de l’histoire de la philosophie occidentale les concepts proposés par quelques philosophes, et pour cela je vais repartir de la distinction évoquée entre « imagination »  et « imaginaire ». Pour préciser un peu : quand on regarde dans le dictionnaire critique et technique de la philosophie (Le Lalande), on y lit que l’imagination c’est tout simplement « la faculté de former des images », bon ! Mais il y a deux sortes d’imagination : il y a l’imagination qui consiste à reproduire soit en images mentales, soit en images matérielles : peinture, sculpture…de reproduire un objet perçu, ou une situation vécue. Donc, il y a l’imagination reproductrice, celle qui représente, qui reproduit, qui répète, ou qui imite, ou qui reflète. Et puis il y a un autre sens à « imagination », c’est l’imagination qu’on dit quelquefois créatrice, je n’aime pas dire créatrice, car créer se fait à partir de rien, « ex nihilo », seul Dieu est créateur. L’homme qui imagine ne créé pas, mais il innove, on va dire l’imagination est novatrice, ou innovatrice, ou inventive. Donc cette imagination inventive, innovatrice, qui n’est pas reproductrice, qui ne répète pas, qui ne reflète pas ….qui n’imite pas, mais qui invente, qui innove, c’est ce qu’un philosophe contemporain, Sartre, appelle, « l’imaginaire ». Donc il y a bien deux façons de former des images, deux formes d’imagination : celle qui reproduit, celle qui invente. Alors revenons : à : est-elle l’ « ennemie de la raison … » ? Est-ce qu’il s’agit alors de l’imagination imitatrice, reproductrice, ou est-ce qu’il s’agit de l’imagination inventive ? Finalement je vais essayer de soutenir ce qui à été évoqué en introduction : à savoir que l’imagination s’oppose à  la raison, et les philosophes classiques l’ont argumenté, alors que l’imagination est aussi  une faculté de collaborer avec la raison, et  ce en deux sens. Alors d’abord on croit que l’imagination s’oppose à la raison, les philosophes classiques et nous-mêmes, nous pensons, nous sentons, nous travaillons comme ces philosophes, comme par exemple Descartes qui souligne le fait que « L’imagination c’est une faculté de déformer le réel »,une faculté de faire erreur ou d’être en errance. L’imagination est faculté de produire des hallucinations, des délires, de la folie, de la divagation, ou de déformer le réel, de le montrer d’une façon erronée, fausse : l’imagination c’est  la «  maîtresse de fausseté et d’erreur », ou «La  folle du logis ».
     L’imagination s’oppose t- elle à la raison ? Reprenons deux exemples pris par Descartes (6ème partie du discours de la méthode) : « Je peux imaginer un triangle, une figure à trois côtés. Je ne peux pas imaginer un kiliogone, figure à mille côtés », là, l’imagination est inférieure à la raison, il y a donc opposition entre l’imagination et la raison, une opposition de valeur, il y a une hiérarchie entre les deux, la raison est alors, supérieure à l’imagination. Deuxième exemple, dans le « Traité des passions » Descartes cite la passion amoureuse. Prenons la passion de Phèdre de Racine.  Phèdre est amoureuse et expose le coup de foudre qu’elle a pour Hyppolite : « Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue ; un trouble s’éleva dans mon âme éperdue ; mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler; je sentis tout mon corps et transir et brûler….. ». Analysant un coup de foudre Descartes dit : « La raison ici a disparu ». L’imagination de Phèdre.., celle  qui vire à la folie, au délire, c’est tout simplement le fait que son âme pourtant capable de raison est envahie par des images, des images qui viennent de son corps ! Donc là l’imagination s’oppose à la  raison. 
    
Dire que la raison supérieure à l’imagination c’est être rationnel et raisonnable, « cartésien ! », et Descartes d’ailleurs écrit « le discours de la méthode » pour être le plus rationnel possible, et le plus raisonnable possible. Je pense que nous avons tous cette expérience dont traite Descartes, en effet, nous vivons cette opposition entre l’imagination et la raison, et en même temps,  Pascal, (qui raisonne comme Descartes), expose le fait que l’imagination et la raison peuvent et doivent collaborer, et nous dit aussi  que: « l’imagination est super puissance , ennemie de la raison …, elle fait croire, douter, et nier la raison, elle hallucine… », elle emporte la raison hors des gonds, et en même temps l’imagination c’est la faculté de persuader. Lorsque la raison qui argumente essaie de convaincre, cela ne suffit pas, il faut qu’elle s’accompagne de l’imagination.
   
Les philosophes comme Descartes, Pascal, Platon, Malebranche.., les classiques opposent, et ça correspond à notre expérience, l’imagination à la raison,  elle est une faculté de maîtrise, mais en même temps ils disent, et ils soutiennent, que la raison a besoin de l’imagination  pour persuader de la vérité, de ce dont la raison veut convaincre.
    
D’autre part, il y a une autre manière de dire que l’imagination collabore avec la raison, lorsqu’on prend l’imagination au sens de, « imaginaire ». La faculté d’inventer ; inventer de nouveaux mots, de nouvelles formes, de nouveaux mondes, modes de vie possibles, d’être, utopique, ou d’inventer des concepts scientifiques, ou des formes plastiques, alors ! Là l’’imagination oriente la raison. C’est-à-dire que l’invention d’utopie permet à la raison d’analyser ce qui dans le présent ne convient pas, ou est en défaut, en manque. De même le scientifique pour analyser le réel, invente des concepts : Freud invente « l’inconscient », Torricelli invente « la pression atmosphérique », Einstein invente la « relativité »…    De même l’artiste qui invente de nouvelles formes plastiques, ou de nouveaux mots pour orienter la raison qui analyse le réel … Autrement dit l’opposition entre imagination et raison est une part de notre expérience,  sur laquelle les philosophes classiques insistent ! Et il ya un autre aspect de notre expérience, celui de la collaboration entre raison et imagination. …. 

 Pepito: Je vais vous demander de faire marcher l’imaginaire ! Vrouou ! Vrouou ! Vrouou ! Un train qui va dans la campagne, y a les vaches qui passent, Vrouou ! vrouou ! Le paysage défile, dans le compartiment deux types assis l’un en face de l’autre, silence ! Vrouou ! Vrouou ! J’abrège. Au bout d’un moment, un des deux, le plus jeune se penche vers l’autre, et lui dit : « S’il vous plait, auriez-vous l’heure ? », et l’autre au lieu de répondre, se tourne vers la vitre et dit : « J’connais les hommes !». Il doit être un peu dur de la feuille se dit le jeune homme, ou alors c’est un touriste japonais, enfin, il attend, puis parlant plus haut, il réitère sa question : « S’il vous plait Monsieur, auriez-vous l’heure, l’heure ! Même manège. L’autre se tourne vers la vitre et dit : « J’connais les hommes », le jeune homme fâché sort du wagon ! Il y avait une grand-mère dans le coin du compartiment, elle avait tout entendu, et elle dit au voyageur : « Je crois que vous n’avez pas entendu  ce jeune homme vous a demandé l’heure ! », et il lui répond : « Si Madame, mais j’connais les hommes ! Si j’lui avais  donné l’heure, y m’aurait dit merci ! J’aurais dit « y a pas d’quoi ! », on s’rait mis à engager la conversation, y m’aurait parlé du beau temps, d’la pluie ! Et puis, comme un fait exprès y s’rait descendu à la même station qu’moi, alors on aurait continuer à converser sur l’ trottoir, seulement au bout d’un moment il aurait t’nu absolument à m’raccompagner jusqu’à chez moi ,j’aurais pas pu faire autrement que d’l’inviter à boire un verre. Seulement chez moi, y a ma fille qu’est belle comme un rayon de bicyclette, il aurait commencé à lui faire les yeux doux, et puis elle, elle est naïve, elle s’rait tombée dans le panneau, et puis alors aujourd’hui les choses vont vite, hein !Et y se s’raient plus, hein ! y se s’raient fiancés, y aurait fallu les marier, hein ! Y auraient eu des enfants, y aurait fallu qu’j’les garde le dimanche, hein !Et puis aujourd’hui les gosses ça touche à tout, y m’auraient abimé ma collection de papillons, j’en aurait fait un ulcère, y aurait fallu m’opérer, seulement ce jour le chirurgien aurait pas été en forme, parce qu’il aurait fêté la promotion à l’éducation nationale de son voisin de palier, dont la femme est radine à cause de son père qu’à fait la guerre, elle aurait acheté du mauvais beaujolais, le chirurgien aurait été barbouillé, et y s’rait arrivé en mobylette au dernier moment, y m’aurait raté, j’serai mort, y aurait fallu m’enterrer, un enterrement minable, sans fleur ni couronne…. ? Vous pensez ! Un gendre qu’à même pas les moyens d’se payer une montre ! » (Applaudissements).
     Dans mon travail je me pose des questions. Autre sketch « Les urgences » …où qu’on soit on ne peut s’empêcher de se poser des questions, on fait marcher « la folle du logis », c’est comme une enquête, c’est chez nous les conteurs quasi un reflexe, c’est «  qui, quoi, comment, où, pourquoi » et tout de suite cela nous emmène vers des histoires. On pourrait dire que le mot imaginaire a deux phases. Celle de remplacer ce qui n’est pas là, l’absence.. …..J’vais vous raconter un accident qu’j’ ai vu … (histoire, moto, tenue orange, chute, etc ….) …..et puis il est reparti avec la tête à l’envers, parce qu’il avait la tête retournée. Je crée des images dans votre tête, mais au fond si je vous demandais de me décrire l’homme, peut-être que quelqu’un le verrait avec un costume gris, l’autre avec une combinaison bleue. Au fond comme dit Marguerite Duras, les personnages que j’invente, c’est pas sûr qu’y soient les mêmes que ceux des lecteurs. Ça veut qu’on crée des images, on suggère, on invente peut-être pas, mais les images elles sont à vous. Quand je dis des images, c’est pas seulement des images visuelles, ça peut être aussi des images sensitives : le chat angora avait un poil…., on avait servi une paella, il y illusionnistesa une odeur d’huile d’olive….il y avait un bruit dans la nuit, comme un grincement ! Donc c’est là des images liées à tous les sens. Et puis l’autre aspect de l’imaginaire, qui est, non pas de nous amener quelque chose d’absent, mais quelque chose qu’on ne connaît pas, c’est le fantastique ! Comme chez Dali. Tiens j’vais vous parler du « scriboudet », c’est un personnage étrange, il a la tête d’un frigo……Ça vous pouvez l’imaginer….mais ça n’existe pas, je l’ai imaginé à l’instant, ça n’a pas de nom, hors celui que j’ai imaginé ! On est dans deux phases de l’imaginaire, l’une qui est de créer des images pour compléter, pour remplacer l’absence, et l’autre qui est pour inventer. …Dès que l’homme a existé, il a créé des images, alors, après comment est venue l’imagination ? J’aurais envie de dire, elle est presque gratuite, elle est venue s’installer sur la nécessité, sans doute !
Pépito  poursuit avec une autre histoire, l’exemple de l’homme et son fils en haut de la montagne…., puis avec celle du « Chat botté » où le troisième fils n’a rien et tout à la fois a tout, il a tous les possibles. – Pepito : Ça ouvre sur un champ énorme, sauf que la liberté c’est pas facile. La liberté ça demande aussi d’avoir une structure, sinon l’imagination tel quel, si y a rien qui la sous tende dans la réalité, si elle n’est pas libre, alors, c’est difficile! C’est pour ça que le chat y va dire au gars – « Si tu te bouges pas tu vas arriver à rien. Donc y va falloir faire marcher ton imagination.., » et au final le chat va réaliser ses désirs, il va se retrouver roi….En réalité c’est parce qu’il a su imaginer ce qu’il voulait devenir qu’il va l’obtenir. Alors, c’est intéressant, parce que le chemin de la vie, il est fait aussi de nos désirs, de nos envies et des craintes, avec les contraintes de la réalité. L’imagination, si elle n’est pas libre, alors elle est « au service de », de la publicité peut-être. De la religion ? Mais de l’autre côté une imagination qui serait seulement libre et débridée et qui ne prendrait pas appui sur la réalité, elle est dangereuse, devenir de la folie.
Conte de Florence : « Dans tout mal, il ya bien qui sommeille, le tout est qu’il se réveille » Le grand calife Haroun el Arachide avait un vizir……  
    – Reprenons le côté sémantique d’imagination et d’imaginaire, le premier me semble un processus, une action de construction qui va aboutir à l’imaginaire. Puis cet aspect  de construction mentale est intéressante : nous ne fonctionnons qu’avec des images, si je veux toucher une chaise j’ai l’impression de faire du concret ; si je ferme les yeux et j’y vais, je me fais déjà une représentation psychique de l’environnement, donc je suis déjà dans l’image. Le réel, en soi, est-ce que ça existe effectivement ? Les illusionnistes, les prestidigitateurs sont très habiles, jouant sur l’imagination, ils nous « prendre des vessies pour des lanternes ! »
Finalement il y a toute une démarche pour échapper à cette espèce de nécessité. On ne crée pas, on a un stock d’images, un peu comme des « légos », et on fait des constructions ; des constructions banales, de tous les jours, mais quelquefois on obtient des choses biscornues, jamais vues, qu’on va appeler des innovations…
     – L’imagination est à la base de la créativité, laquelle est un moyen d’expression du désir. L’imagination est nécessaire au désir. Quand quelqu’un est en déprime, il n’y pas de désir, il y a manque d’imagination. Pour développer son imagination il faut sortir, lire, parler avec les autres, avec des gens différents, qui racontent d’autres histoires, voyager, se cultiver, écrire, cuisiner….Tous les moyens sont bons pour développer son imagination, élaborer sa vie, sans être des consommateurs bêlants de produits de la culture. Je pense aussi que l’imagination se retrouve aussi dans les relations affectives, où il y a de la place pour le fantasme. De plus le rôle des images internes dans la représentation du réel est extrêmement important : dans le cas des aveugles, comment font-ils pour avoir une représentation interne objets qui aient, un tant soit peu, rapport avec ce que nous appelons le réel en tant que voyants, et pour eux cela doit être un autre réel. Les images ne peuvent pas être pareils, donc on  dit : l’imaginaire étant différent du réel,  l’imagination était antérieure à la mise en œuvre du réel.
     – L’image serait l’essence qui précède le sens. L’imaginaire serait-il plus du côté virtuel, qui ne sera jamais réalisé et qui reste au niveau du fantasme. A partir du moment où ça peut être mis en œuvre, alors c’est l’imagination. L’imagination peut, être parfois, inhibitrice  de l’action chez les individus rêveurs, pragmatiques…
     – Sans l’imagination nous ne serions pas ce que nous sommes. Chez les enfants c’est l’imaginaire qui les aide à se développer. Si  un enfant se met dans un carton, il est au volant d’une voiture, dans un avion, un bateau, il est capitaine…il joue aussi « à la guerre », ça le forme, ça aide l’enfant à se développer, à devenir adulte…
     –  Jean Bernard : A l’enterrement du cadavre, le mort n’était pas là ! Ouais, comme je vous le dis, le mort n’était pas là ! Vous me dîtes : quand même, passer de vie à trépas, vous n’êtes pas pressé de rejoindre votre dernière demeure. Oui je sais ! Surtout si c’est « ad vitam aeternam ». Un trou ! Pas chauffé ! Le trou du cul du monde est chauffé ! Mais quand même ! Quand même ! De là à ne pas respecter la tradition, il y a un gouffre surtout si c’est celui de l’enfer.  Les revendications sociales fallait les faire avant,  d’ailleurs aurait-il eu un poids sur la conscience ce cher ange, pour disparaître comme cela.  Ne pas être à son enterrement, ça fait trois heures que l’on poirote ;  d’accord la ballade bucolique dans le cimetière, c’est bien,  une fois, deux fois, trois fois, ça va ! Mais ça dure d’autant plus qu’il n’y a pas de bistrot  pour chanter les louanges de ce diable de décédé. Il nous la joue zombie. Pendant que nous desséchions sur les tombes  que nous commencions à connaître par cœur à force d’attendre. Vivants et morts unis en fraternelle conversation, parler de l’absent, de l’absence, surtout pour ses futurs compagnons, car en avant première à défaut du « cadavéré », nous donnions une partie de sa mémoire aux outre-tombes. Oh ! Ça c’est beau ! Je dois en faire quelque chose «  Les mémoires d’outre-tombe » j’aurais du succès, j’achèterais un « châteaubriant » pour ma princesse. En attendant ! En attendant ! Le soleil tourna de l’œil, et le temps s’étira long comme un jour sans pain. La mer que l’on voyait au loin, le long des tombes fraîches  chantait son bien aimé. Mais revenons au corbillard, dépourvu de la momie, oui ! La Momie c’est son nom, mais qu’il se grouille…Tiens ! Ya de l’agitation dans l’air. Dans le comité d’adieu, le comité de départ, je ne sais pas trop, mais je pense que ça va très mal se passer. Bon ! Je vous dirai que pour les morts il faut avoir un peu de patience, ils ont la vie éternelle devant eux, mais nous, non. Moi, j’avais des choses à faire. Quoi ? Juste, une petite rouquine remarquée dans le cortège d’un autre mort, qui lui, avait la délicatesse d’être présent à son rendez-vous. Et cette jolie rouquine n’avait pas l’air très indifférente à mes œillades de « desperado » de cimetière. Nous ne quittions plus de l’œil. Son mort avait déjà rejoint ses autres camarades, il ne restait plus qu’elle recueillie sur sa tombe. Ses autres compagnons avaient déserté l’endroit. Elle, belle comme une madone, recueillie à me dévisager. Et c’est là que le miracle eut lieu. Dans l’ombre de mon désir a paru ce mort que je connaissais bien. Un large sourire sur son visage, deux bouteilles de son meilleur vin à la main, ainsi que quelques verres il passa devant moi, m’offrit un clin d’œil complice en me montrant les bouteilles et alla se coucher paisiblement parmi les siens, invitant à trinquer ses nouveaux compagnons, et moi, cérémonie finie, je suis prêt à goûté les plaisirs et les délices de ce monde au bras de ma douce colombe.
    – On a parlé de l’imagination trop débridée qui peut mener à la folie, mais je pense à l’imagination qui sort justement de la folie. C’est l’exemple du prisonnier du goulag qui a survécu, par l’imagination. Chaque nuit il s’évadait, il s’était construit un château, il allait dans les couloirs, et il était en pleins travaux, il surveillait les moindre détails : les serrures, les parquets, tout…, il voyait les chiens devant la cheminée…., tout cela l’avait sauvé.  
    – L’imagination c’est la substance immatérielle de la pensée, émergeant  de l’inconscient qui permet de chercher, rechercher les moyens de la rendre matérielle et vivante. Cette substance symbolise le cœur et l’âme de notre « moi » qui, en fonction des aptitudes individuelles psychiques ou morales font vivre ou mourir nos imaginations, nos rêves. C’est aussi la liberté de pouvoir chercher, au travers de sa pensée, son intellect, son affectivité, l’hérédité, le milieu social, son intuition, le jugement, la volonté, donc de chercher le chemin susceptible de conduire soit à l’imagination reproductrice, soit vers l’imagination active, soit vers l’imagination créatrice, ou novatrice. L’imagination c’est le détonateur qui permet de faire sauter les barrages, qui permet d’aller là où on voit avant de vouloir… faire sauter les obstacles que la vie nous impose, ou qu’on s’impose.                       
     –  Edith. Cette idée que nous ne fonctionnons qu’avec des images, si on la développe on peut aller jusqu’à penser à des philosophes tel que G. Berkeley l’a argumenté : on peut aller jusqu’au sens où la réalité n’existe pas. Et donc voilà un fil qui a été tiré à partir de la question initiale, et nous amener à nous poser cette question : la réalité existe-t-elle ?                   
    –
On voit dans une hypothèse scientifique, c’est qu’une construction de l’imagination est immédiatement contrôlée, ou alors on est dans le rêve, et il y a un fonctionnement qui a  par rapport à la raison une différence majeure de fonctionnement, c’est que la raison  se sert d’arguments logiques, alors que le raisonnement (si l’on peut dire de l’imagination) est essentiellement analogique, c’est-à-dire, on fait des associations d’idées.      
     – L
’imagination est de tous les temps, elle évolue avec les sociétés, et prend des formes surprenantes, nouveaux champs de l’imagination : Second life est un site Internet où des milliers d’Internautes  vont se créer une personnalité spécifique, dans un univers virtuel avec d’autres personnes dites, résidents. De là chacun vit, suivant son imagination une vie à côté de sa vie, une seconde vie, (second life en anglais). Certains vont choisir d’être l’Etre idéal qu’ils n’ont jamais pu être pour maintes et maintes raisons. D’autres vont plutôt choisir « l’Etre libre », c’est-à-dire sans les entraves, sans les obligations de la vie ; Ils vont enfin pouvoir libérer des sentiments qu’ils n’osent pas montrer. On y retrouvera tous les engagements sociaux de la vie, des débats, des expositions, des mariages, des amitiés…..On fait du commerce virtuel, avec de l’argent virtuel, avec des « dollars Linden…Il y a là sûrement une très intéressante étude sociale. Nous voyons jusqu’où va l’imagination laquelle  est peut-être le résultat là, de l’inaptitude, de la peur de communiquer avec les autres, de créer des liens…Un moyen de communication palliant au manque de communication.                             
     –  « Rien n’est plus réel que l’apparence en tant qu’apparence » (Hegel), et quand on parle d’images, on est dans des réalités non abstraites…..Qu’est-ce qui nous intéresse  de toutes les choses extérieures que représentent les cinq sens éveillés. L’imagination se crée des fantaisies, des formes aériennes que la raison assemble ou sépare, et dont on compose tout ce que nous affirmons, ce que nous nions, ce que nous appelons notre science et notre opinion. La force de la pensée est présente dans le principe producteur de l’imagination : « La raison seule ne suffit pas à rendre compte du processus de découverte, elle a besoin de l’imagination » (F. Von H. Novalis). L’abstraction ça procède du sensible à l’intelligence, et l’intermédiaire entre sensible et intelligence, c’est l’imagination.                                     
        Pepito : Nous les artistes, on doit aussi se coltiner avec l’étrangeté, avec les erreurs créatrices, notamment dans le langage. Mon père était espagnol, il prononçait pas bien, et donc c’était un sujet d’imagination, il disait  qu’on allait manger du « veuf », ou que les « baches » donnaient du lait ; ça me faisait imaginer des choses surréalistes, qui déjà créent des histoires. Il suffit de mettre deux images en collision et ça fait le début d’une histoire. Parce que moi tout petit on voulait me faire parler, on mettait des mots dans mon biberon des « mots lait », « longue conversation » « et pi tète ! », « et pi tète ! ». Je tétais la grammaire comme « une vache espagnole », j’avalais tout d’une traite, parce qu’on voulait me faire parler espagnol. « Yo tengo un gato en la garganta », ça veut dire : j’ai un chat dans la gorge. Le chat en espagnol c’est « gato » mais je me disais que si j’ai un « gateau » dans la gorge, j’le mange, hein ! Seulement manger en espagnol c’est « comer », et pour moi « commère » c’est une vieille qui dit du mal de tout le monde, et là y valait mieux partir. Mais « partir » en espagnol, c’est faire deux parts, c’est rompre, remarque, si tu dis « rompez » en français ça veut dire que tu peux partir. Mais partir en espagnol c’est « Salir » ; tu vas quand même pas salir avant de partir. Donc je pense que l’étrangeté crée aussi des images incongrues et nous amène comme les savants à découvrir un truc parce qu’ils ont regardé d’une façon différente. Donc il faut laisser traîner les choses…C’est aussi le poète qui s’arrête à regarder un truc que les autres ont pas vu, et il va en faire quelque chose, alors que nous, on passe cent fois devant. Donc heureux les badauds et les bailleurs. Ça me renvoie à une question qui m’intéresse moi aussi.  C’est que moi je  trouve en cherchant, mais je ne sais pas ce que je cherche, c’est au début d’un spectacle à force de partir dans tous les sens que je commence à comprendre ce que je veux dire. C’est un phénomène créatif  la « serendipité » de l’anglais « serendipity » — (définition : caractéristique d’une démarche qui consiste à trouver quelque chose d’intéressant de façon imprévue, en cherchant autre chose, voire rien de particulier). On s’engage dans un chemin qui nous aura mené quelque part notre le sujet qu’on avait choisi, ce qu’on avait imaginé, et la réalité du chemin qui nous amène quelque part, amis c’est toujours nous. Donc, j’crois que : on s’imagine ce qu’on est, mais les autres peuvent imaginer autrement. Au fond est-ce que la réalité existe ? Au fond la question est centrale, parce que deux personnes qui ont vécu la même chose, ne vont pas l’avoir vu pareil. L’imagination c’est parfois l’école buissonnière, elle nous fait découvrir un autre chemin, peut-être plus intéressant.
     – Revenant à la notion, intuition et intention, est-il possible d’établir un lien entre l’intuition et l’imagination ? Lequel précède l’autre ?
     – C’est tout le magasin qui remonte à l’enfance qui est source des intuitions, nous disions que les enfants se construisent dans l’imagination. Inconsciemment les intuitions, ces connexions hors raison, nous suggèrent des choses qui amènent, construisent les images, c’est tout l’acquis qui est le stock, nous avons bien rempli « la page blanche initiale ». Sans cette aptitude il n’y aurait que raison discursive, pas d’intuition…
     – L’intuition ne fournit que le germe de l’imagination : « L’intuition n’est que l’instantané qu’il faut ensuite développer dans la chambre noire pour obtenir l’image ». (Paul Valery)
     Edith : Comme cela a été évoqué, le prisonnier du goulag, l’enfant, le handicapé ont besoin de l’imaginaire ; l’enfant pour grandir, le handicapé pour mieux vivre, le prisonnier pour s’évader par l’esprit. Finalement c’est toujours la même idée, à savoir que l’imagination, est cette fonction d’irréel ou de surréel, alors à quoi sert l’imagination ? Il y a bien des réponses : elle aide à supporter la vie, à supporter la dure réalité. Et aussi bien Freud, que Bettelheim dans sa « psychanalyse des contes de fée » explique effectivement que l’enfant a besoin qu’on lui raconte des histoires fantastiques, des contes de fée pour qu’il supporte son angoisse de vivre, qu’il supporte par exemple la possibilité d’être abandonné par ses parents, (Le petit poucet). Il ne peut pas lui-même inventer ce qui va lui donner espoir. Il peut reproduire, répéter dans une histoire qu’il se raconte sa propre angoisse, mais faut lui raconter ce qui va lui permettre d’échapper à cette angoisse. C’est la même chose pour l’adulte : à quoi sert l’imagination utopique ? Sinon à faire accepter la dure réalité, parce qu’on a des espoirs d’un autre monde possible, d’une autre organisation sociale, etc. Donc la fonction de l’imagination, de ce processus, c’est de donner de l’espoir. Dans le livre «  le principe de l’espérance » Ernst Bloch fait une recollection historique de tous ces espoirs cristallisés dans les utopies, les contes de fée.
     – Pepito : Est-ce que la vieillesse s’oppose à l’imagination ? Est-ce qu’elle la réduit ? Dans les maisons de retraites j’ai vu des gens…. Parfois leurs seuls questions c’est : « quand est-ce qu’on va manger ? »
     –
Quand on parle de prisonnier, de la vieillesse, on pense aussi à l’univers carcéral, univers réduit. Effectivement dans ces cas là, il faut bien s’en sortir et inventer quelque chose. Le rôle de l’imagination est aussi très important dans le phénomène de la résilience, cette capacité de reconstruire quelque chose à partir d’un traumatisme originel et donc être capable de réinventer sa vie. Et là, il y a capacité d’un autre réel, autre réel, autre réel que celui dans lequel on était enfermé.
     – Pourquoi « la folle du logis » ? C’est là jeter l’opprobre, apparemment il y a des gens qui se méfient de l’imagination, alors qu’elle est espace de liberté. Certaines personnes ont un esprit plus rebelle,  on parle gens qui sont victimes de leur imagination (mauvaise), alors que l’on peut maîtriser l’imagination, qu’elle peut devenir une construction volontaire. Toute personne dans une situation difficile a la faculté de mentir à son esprit, de le tromper, et s’inventer une autre vie, et ainsi « aller mieux dans sa tête ».
     – Jean Bernard : Vous m’excusez, je suis un peu malade. J’suis en chimiot, j’ai le cancer du mot. J’métastase, je fais des phrases, des fois des vers ou de la prose ; mais j’métastase, j’suis en phrase terminale. Suite à cela j’me suis chopé un toc, ça s’déclenche brutalement. Un mot passant  par là en entraînant un autre ; j’balance des mots ; devant mes yeux défile l’alphabet. Le toubib dit qu’il ne faut plus attendre, on vous met en chimio pour couper ces « mots dules ». Ces lettres, non ! C’est pas la peine il faut arrêter, car même sans plume vous écrivez. Il faut tuer le mot, oui,  « motus » et bouche cousue. Vous êtes en phrase terminale, si on vous laisse faire vous ferez d’la scène ! Et ça c’est horrible ! Allons ! Vous serez en insuffisance. Et peut-être devrais-je moi-même mettre fin à vos « mots » ! Vous anesthésier ! Et là, devant lui je m’imaginais…un peu pâlot que j’allais devenir un « mot ribon », et puis brutalement une image s’est imposée à moi, il y avait bien un moyen de me sauver, une solution « homéo pratique », je devais rejoindre la tribu des « mots mots », devenir un des leurs, et c’est pour ça que je vais le lever et vous quitté car j’ai mémorisé le chemin , il faut que j’y aille avant qu’il ne s’efface !
     – Edith. Le lien entre imagination et liberté reste important aujourd’hui. Si le chercheur, l’artiste, l’enseignant, l’éducateur doivent imaginer le futur, (autres formes de vie possibles) il faut en effet que l’imagination soit libre. Or, aujourd’hui la recherche, l’enseignement, l’éducation, les arts sont mis en question quant à leur possibilité, d’être, recherche libre et non orientée. Donc je pense que c’est légitime de souligner le fait : l’imagination doit s’appuyer sur ce qui existe pour combiner autrement, pour cela il faut qu’elle n’aie pas d’objectif préétabli…Revenons à la question sur les personnes âgées et l’imagination, à la question des maisons de retraites où ils voient leur univers réduit à des rituels, télé, repas…Il faudrait voir ce qui s’est passé avant cette espèce de restriction qui est amenée à leur imagination, dans leur cadre de vie, dans leur possibilité de faire des projets. Et, une fois dans ces maisons de retraite, avec le regard  de l’autre, des congénères, des enfants,  à quoi sont-ils réduits ? Plus de possibilité de construire et de réaliser des projets, ils doivent en quelque sorte se satisfaire dans ce lieu, comme étant normal, sans projet…Et l’imagination se réduit alors, à ce qu’ils voient à la télévision , une réalité donnée, avec des paroles données, pour donner « un sens » aux images, et pas forcement le sens qu’eux pourraient ressentir…
     –
Témoignage : J’ai une maman de 92 ans, un peu décrochée de la réalité, néanmoins je lui raconte des histoires, elle rentre dans les histoires. Alors, on peut être, la « canne blanche »  de l’imagination des personnes dont le disque dur s’efface, qui perdent la notion de lieu, de temps, d’espace..Dans les maisons de retraite il y a plein de bénévoles qui tentent de réveiller, de remplir l’imagination, et là,  aider les plus âgés. La réalité est là, le monde de l’imagination reste ….
     – On a évoqué la perte du sens de la réalité avec l’imagination, et posé la question, la réalité existe-t-elle ? Peut-être que ce soir je ne suis pas là, que vous n’êtes pas là. Cela en littérature donne plusieurs genres, par exemple, la présence déplacée dans le temps dans la littérature hispanique, comme avec José Luis Borgès dans « Le livre de sable : Il y  met en  scène un vieil homme assis sur un banc près d’un jeune homme qui semble attendre quelqu’un ne vient pas : « Elle ne viendra pas » dit le vieil homme au plus jeune, lequel interloqué lui demande qui il est, et pourquoi il lui tient ce propos, « c’est que » dit le vieil  homme « et cela te sera difficile à croire, je suis toi dans 60 ans, je sais tout de la vie qui t’attends car ce fut ma vie… », et nous voilà pris, captifs volontaires de l’imagination de l’auteur, une autre évasion !
     – L’imagination pour moi, c’est le jardin secret, cette source de jeunesse qui va vers quelque chose qu’on cherche depuis longtemps, peut-être un lieu qui n’existe pas, un lieu « hors chronos », hors normes, l’imagination est véritable sens,  que les sens matériels ne touchent pas…(Echo dans la salle) Un sixième sens ?
    – On parlait de cette imagination qui nous aide à supporter notre réalité, ce que nous sommes, ce qui nous a manqué, je pense que l’imagination peut nous aider à nous propulser vers quelque chose, chose étrangère à notre monde. Exemple une série à la Tv montrait un Président des USA noir, à l’époque, sacré sens de l’imagination ! La fiction est devenue réalité !                                                                                                            
     – Pepito évoquait ce que les badauds, les curieux voyaient que les autres ne voyaient pas.  Lorsque vous irez au  parc de Seaux cherchez la statue d’Héloïse.  Un sculpteur s’est servi de l’histoire et s’en est un peu affranchi, s’en est écarté (licence artistique) pour le plaisir de son imagination, comme de la nôtre. L’artiste confirme le propos de  Nietzsche qui nous parle de l’art comme « beau mensonge ».  Cette d’Héloïse tient dans ses mains les attributs mutilés de son amant Abélard, alors que  nous savons qui si elle tenu cette chose….. (Censuré). Je vous invite à trouver et bien observer cette statue, vous verrez que ce n’est pas  qu’un un jeu d’imagination. Et vous reviendrez en imagination à cette soirée de café-philo.
    – «  Une vision sans initiative est un rêve éveillé. Une initiative sans vision est un cauchemar ». Par rapport à la notion d’imaginaire et en tant que construction, en tant que reproduction du réel, c’est lâcher le mot, laisser libre cours et voir ce qui émerge, et d’essayer d’y associer du corps pour lui donner l’apparence du réel, une réalité intérieure. Cela nous donnera aussi des œuvres de science-fiction, les robots…« L’homme pourra prétendre à la perfection, le jour où la machine pourra prétendre à l’humanité ». (Isaac Asimov)
    – Edith. Humanité et machine, ça pose le problème de ce que la science aujourd’hui nous apporte (voir le livre de Jacques Baudou sur la science fiction ; Que sais-je) où il met en évidence le fait que nous sommes aujourd’hui dans une situation inédite, nous sommes, nous  dit Hans Jonas, « dans une situation où les hommes sont capables de modifier radicalement les conditions de vie sur Terre » ; celles des espèces vivantes, celle de l’espèce humaine, c’est une situation inédite. Ils en sont capables en raison de la progression des sciences, des techniques, de ce que l’on appelle aujourd’hui, les techno sciences. Le fait de savoir, la recherche du savoir est orientée par le « faire », le pouvoir de faire. Et donc les hommes aujourd’hui (comme l’écrit Freud) sont capables : « que Thanatos l’emporte sur Eros » (Malaise dans la civilisation). Aujourd’hui la science fiction ne nous montre plus que des utopies, réalisables ou à réaliser. Car grâce à la progression des sciences et des techniques, elles nous proposent de nous alerter sur les « catastrophes probables » selon le philosophe (J. P. Dupuy) que courre l’humanité et la Terre qu’elle habite…Donc pour que la machine ait un peu d’humanité, il faut que l’homme en ait la maîtrise, or, aujourd’hui il n’a plus la maîtrise qu’il avait…..

Conclusion : (Guy Louis) Vous n’avez pas été à court d’imagination. Vous nous avez ouvert  des pistes intéressantes, passionnantes : ce fut l’imagination orientant la raison, puis,  Edith a développé le thème : raison et imagination, nous expliquant comment elles peuvent collaborer, tout comme entraîner des délires – qu’elle était faculté de persuader. Pepito nous a emmenés dans sa construction fantasque, dans son aspect ludique et extraordinaire. Vous avez évoqué, la liberté et l’imagination, l’imagination et le désir, qu’elle formait l’enfant, puis qu’elle nous construisait, qu’elle pouvait nous sauver, ou encore qu’elle était le détonateur, qu’elle nous menait vers la créativité, qu’elle était ce lien entre le sensible et l’intelligence, entre l’intuition et la découverte. Vous l’avez décrite comme, jardin secret, la part de jeunesse immortelle, et surtout hors normes, hors chronos, rappelant le pouvoir qu’elle conserve sur le réel, et qu’indispensable essence vitale, elle nous aide à vivre cette vie. Il nous restait bien des pistes à explorer, l’imagination et les arts…, l’imagination dans tous ses états !

 

                 

           

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