Qu’est-ce que la norme ?

  Thème :    «  Qu’est-ce que la Norme » ?                                 
      
Essai de restitution du Café philo Chevilly-Larue
                                15 Juin 2005.

 Introduction : Guy Louis Pannetier.
Animateurs : Guy Philippon, Guy Louis Pannetier.

 Introduction : La norme est un des sujets qui intéresse particulièrement les philosophes, car elle fixe, un champ, des limites, à partir de critères qui, suivant les sociétés, peuvent être différents. L’appréciation de la norme ressort des quatre principaux domaines de la philosophie : la sociologie, la psychologie, la métaphysique, et enfin, la morale. La norme, fixée par la coutume, la morale, ou la religion,  arrête des jugements de valeurs qui, souvent, ne laissent que peu de place au doute, donc à la philo ; la norme peut être un carcan qui nous fait passer de «  l’Être » au « Devoir être ». Souvent nous nous référons aux philosophes  pour aborder un sujet, mais là ils ne peuvent nous aider réellement tant la norme est différente aujourd’hui de ce qu’elle fut à leur époque. Donc: qu’est-ce que la norme ? La norme est elle  la tyrannie de la majorité ? Peut-on vivre sans norme ? Peut-on refuser la norme ? A partir de quel moment ou dans quelle situation est-on, hors norme, déviant ? Une société peut-elle évoluer sans réévaluer en permanence ses normes ?

 Débat:  –  Il est rappelé la définition première de la norme : « État habituel conforme à la règle établie. Critère, principe, auquel se réfère tout jugement de valeur morale, professionnelle, personnelle, ou esthétique…» Nous retrouvons la norme dans divers domaines : la technique, la productivité, les arts, dans les maths et la géométrie, tels « les vecteurs cartésiens normés », (les vecteurs de même mesure dans un plan). Rapport possible à l’algèbre et à la topographie.
    – Le groupe est-il la norme ? La normalité du groupe est-elle adaptée aux plus faibles, ou la norme est-elle finalement sélective ? (Il semble selon Darwin que la norme sélective soit la meilleure voie possible du meilleur développement possible)
    – Un exemple pour illustrer le concept: du sable que l’on verse d’un entonnoir, les grains de sable tombent tous en un endroit précis, certains se retrouvent excentrés, le tas de sable qui se forme est la norme, les grains qui s’échappent sont hors norme. On ne peut pas être « intact » dans une communauté où la norme érige les faits en valeurs ; chez les Pygmées, le Caucasien est « hors normes » (Film : Man to man)… « On est plein des autres », on est tous, plus ou moins, dans la fameuse « Courbe de Gauss ».
    – 
Le normatif fut d’abord de définir les règles et préceptes du groupe, nécessité pour la survie de ce groupe, pour se reproduire, se prolonger, propager l’espèce.
    – La normalisation est aussi un ensemble producteur/usager, pour simplifier, sécuriser, reconnaître, labelliser…La cybernétique (inspirée des travaux de Wiener) nous montre un fonctionnement à partir de  l’énergie qui produit une action sur un environnement, pour obtenir un effet suivant des normes fixées au départ, puis mesurées en « feed back ».
    –
Reprenant l’image des grains de sables : il n’y a pas deux grains de sable identiques, il n’y a pas deux individus identiques. De plus on pourrait observer que les grains de sable ne tombent pas tous à l’identique ; nous sommes comme « une norme /compromis » de toutes nos individualités, mais même si on n’est pas « bien dans la norme » on est quand même accroché au groupe, donc, dans la norme !
    – La variable impossible à tester dans la mesure de la norme, est la variable personnelle…d’où la notion de strates.
    – La norme apparaît comme une construction, un édifice qui a besoin de solides fondations..L’établissement de la norme implique réflexion et chronologie des choix, un passage obligé dans tout le processus de construction où le respect des règles assure la cohérence.
    –  Nous sommes confrontés à différentes données fixant la norme : la pensée logique comme vérité, l’idée du bien (morale), l’idée de beauté (esthétique)…y a-t-il une norme pour le goût ? Parfois la norme repose sur l’abstrait, parfois sur la quantité, l’humain, la qualité.                                                                                                                                          
    – Faire bouger la norme peut être sujet à débat : telle, l’assimilation totale d’un couple d’homosexuels à un couple Homme/Femme, ce qui concerne  toute la société, aucune minorité ne détenant le pouvoir, ou alors il n’appartiendrait plus à la société de fixer elle-même ses critères, ses normes, et ses valeurs. 
1° Si je dis : deux hommes  peuvent ou ne peuvent pas constituer la parentalité d’un enfant, je fais un jugement de valeur normatif, en  distinguant « ce qui est bien » de « ce qui est mal », c’est un jugement qui ne correspond pas à l’esprit philosophique.
2° En revanche, si je dis : deux hommes en tant que famille parentale pour un enfant  ne me paraît pas souhaitable, je fais un jugement appréciatif sur ce qui me semble bon ou pas pour la société, (et la nature), sur  ce qui me semble bon ou pas pour un enfant. On peut élargir le débat au fonctionnement de la démocratie. Une démocratie qui est trop permissive se laisse entraîner vers une conception dangereuse, «la dictature du relativisme». C’est toujours en détruisant les valeurs des sociétés que l’on a pu imposer des valeurs nouvelles, (principe aussi utilisé par les totalitarismes). Exemple d’un modèle de déconstruction de la norme : « Tout le problème est de savoir si les différences corporelles entre les hommes et les femmes justifient un traitement différencié dans le domaine de la procréation et la filiation ou si, ces différences ne pourraient pas être nuancées, voire neutralisées…L’enjeu étant dans cette dernière hypothèse la disparition des hommes et des femmes comme catégorie juridique, et dans le même mouvement celle de l’hétérosexualité dans le domaine du couple et de la filiation ».Marcella Iacub. (Sociologue de la cause Gay). La loi espagnole a déjà supprimé dans les actes de mariage les termes « mari et femme » pour les remplacer par le mot asexué de : conjoint ! D’où le déplacement de la norme par la sémantique.   

 L’homme évolue, la norme évolue, elle se doit de prendre en compte l’autre, même « différent » en étant vigilant quand à l’équilibre des valeurs, tel le concept «Parents ». Pour qu’un enfant se construise, se structure, la norme reste cet édifice où la femme a une fonction et l’homme une fonction.
    – Il semble qu’il y ait, insidieusement inspirées, des normes de proscription, tel « le mariage gay », ou norme de prescription comme le ou la « Beur de service » dans un gouvernement.
    – Le philosophe Emile Durkheim évoque dans une de ses œuvres le suicide qui découle du sentiment de malaise provenant de l’affaiblissement des normes sociales ; il parle de suicide « suicide anomique ». Il constate que lorsque les normes perdent de leur sens, qu’elles ne sont plus réellement définies, que le flou s’installe, on assiste alors à une recrudescence des suicides, tant en période de prospérité qu’en régression  économique. C’est un des effets du vide normatif qui remet en question les  rapports de l’individu et de la société.
    – La norme se présente sous deux grandes lignes, la norme : principe, règle, ou la valeur : morale, choix éthique. L’une pour la sphère publique, l’autre plus adaptée à la sphère privée.
    – La norme est toujours le discours dominant, discours des dominants ; mais au nom de la norme les nazis avaient fixé les critères de la race pure. Une société injuste peut produire des normes injustes.
    – La norme c’est bien sûr la loi du plus grand nombre, ce qui ne prouve pas que la vérité soit dans le plus grand nombre. La norme peut être édictée par une minorité disposant des moyens d’orienter les esprits, de les manipuler, de les instrumentaliser.
    – On est tous porteur d’un « petit bout » de la norme, on la propage par le langage « politiquement correct », elle peut être au-delà des dispositions légales, de manière  implicite.
    – Des usages privés sont devenus des valeurs normatives, les expériences de vie peuvent être à l’origine de valeurs.
    – Pour que l’on puisse juger « dans la norme » il faut que les faits correspondent aux causes, les moyens aux fins, ou alors il faut changer la norme.
    – Quand on me parle de la norme, j’ai peur ! Dans le domaine matériel elle me semble positive, dans le domaine de la pensée, je me méfie, surtout quand on veut normaliser la pensée, quand on en vient à cette « détestable pensée unique » qui met des valeurs humaines dans le dernier wagon.
    – La standardisation des hommes, ça existe ! C’est la mode, ce sont les marques qui font vendre. C’est ainsi qu’on s’imprime soi-même la marque d’appartenance au groupe, (ou au troupeau).
    – Le philosophe stoïcien Épictète, (ancien esclave affranchi) nous dit que la norme permet d’élever la pensée ; « elle est la balance pour peser, mesurer, analyser ; puis elle sera le cordeau pour réaliser suivant une certaine ligne qui peut être modifiée suivant les besoins ».
    – Les grands hommes furent porteurs de normes : César, Napoléon,  ont changé le contexte social. Mais la révolution est porteuse du rejet de norme, pour en rétablir d’autres ? (18 Brumaire).
    – « Un homme est, crétin, imbécile, stupide, fou, le type normal est le mélange équilibré des quatre ». Umberto Eco, (Le pendule de Foucault).

 Conclusion : Les normes sociales et les valeurs sont nécessaires à la cohésion du groupe. Ces normes sont souvent liées à des valeurs, plus valeurs éthiques que valeurs morales, d’où le large champ d’appréciation de la norme, puisque l’éthique, à la différence de la morale, n’est que l’appréciation des règles de morale, en un lieu, en un temps, dans une société donnée. La norme ne doit pas être excessivement rigoureuse ou au contraire mal définie, ou pratiquement inexistante comme dans des théories relativistes où tout se vaut et où finalement rien ne vaut. L’absence de norme fait une société inorganisée où la violence s’exerce et tient lieu de règle, la loi du plus fort (western). Il en va de même dans l’éducation, ou au sein de  la famille, « Il appartient toujours à une génération de faire l’éducation de la génération suivante ».

 

 

 

 

                  

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