Thème: L’identité est-elle un masque ?


Restitution du débat. Café-philo de Chevilly-Larue
23 septembre  2009

Picabia.

Animateurs : Guy  Pannetier, Guy Philippon, Danielle Vautrin.                                        Introduction : Guy Philippon.

Introduction : L’identité c’est la nature de l’existence. Tant que vous existez, vous êtes identiques à vous-même, quels que soient les changements plus ou moins importants qui peuvent advenir. Interviennent là-dedans les transformations silencieuses. L’identité, c’est depuis le fœtus, puis le bébé, puis l’enfant, l’adolescent, l’adulte, jusqu’au vieillard. C’est ce qui reste dans « la chose qui change ». Puis, il y a une autre identité avec les changements de nature, quand on passe du vieillard au cadavre : changement définitif, changement ultime ! On peut se demander si l’attribution d’identité dépend des choses elles-mêmes ou de notre vision du monde ? Grande question de notre temps ! Nous sommes le passé et l’histoire qui nous fait; nous sommes de notre religion, de notre philosophie, de notre sexe, de notre pays… Mais est-ce qu’on forme pour autant des communautés irrémédiablement séparées? Peut-on retrouver,  au-delà de ces différences, l’universelle idée de l’homme? La question « qui sommes-nous ?» nous invite à cette recherche qui nous conduit dans le domaine de la volonté : « que voulons-nous être » ? Une autre question est : « qu’est-ce que nous sommes ? » : « Nous sommes constitués d’une structure biologique finie et corruptible avec des mécanismes extrêmes et raffinés. « Mais l’humanité ne se réduit pas à des processus chimiques ; elle est caractérisée par sa capacité infinie de création ; elle échappe au mesurable et au prévisible. Dans sa métamorphose permanente par laquelle elle évolue, biologiquement et culturellement, elle se place au bord de l’inconnu, à la lisière de l’ombre et de la lumière, là où se tient la liberté. Qui sommes-nous ? Semblables et complices ? Ceux qui massacrent et ceux qui meurent ? Ceux qui regardent et ceux qui tirent ? Ceux qui gagnent et ceux qui perdent ? Nous ne sommes nous-mêmes que dans la mesure où nous sommes capables de nous indigner et de nous révolter, vivre pour restituer le sens à quelques mots.» (Déclaration de Frédérico Courmayor). Maintenant, l’identité est-elle un masque ? L’identité, c’est exister en tant qu’ « un » et le même. Mais qui ? D’autres questions viendront en cours de débat.

Débat :   G On a évoqué tous ces changements de l’individu, changements qui mènent à la mort. Mais de la mort, on en fait des expériences toute sa vie avec toutes les petites morts que nous traversons. On a des identités qui changent. A chaque fois, c’est une renaissance qui nous fait différents, nous reconstruit. Une identité se construit au fil du temps et, quand on élabore son identité, on élague, on écarte des passages douloureux ou peu glorieux et c’est cette identité à l’apparence acceptable que l’on va présenter aux autres. Elle n’est pas mensonge, elle n’est pas nécessairement séduction, mais elle a acquis une « image publique ». De fait cette identité que l’on veut bien montrer,  est, au moins en partie, masque. Mais, est-ce qu’on peut vivre sans masque ? Est-ce que ce n’est pas une nécessité pour ne pas être à nu, à vif,  trop exposé ? Bien sûr, tout dépend du degré de triche et de dissimulation que l’on s’autorise. Il y a des moments où l’on a besoin d’un masque, mais si ce masque prend trop de place, il devient une nouvelle identité, une nouvelle construction qui peut cacher la véritable identité. On peut aussi penser aux masques nécessaires des gens qui étaient obligés de changer d’identité pour des questions de survie en société.

G L’identité, c’est déjà le nom, le milieu, le cercle d’amis, le métier. Cette identité est-elle bien la personne elle-même ? Qu’est-ce qui se cache derrière une identité ? Est-ce qu’on connait vraiment quelqu’un ? Donc, l’identité peut être un masque.

G Pour savoir si une personne « porte un masque », il faut la fréquenter dans différents moments de sa vie : en public, au travail, dans la foule, au volant, chez elle…. Si vous découvrez différents personnages, vous pouvez vous demander à quel moment vous êtes devant la « vraie » personne. Néanmoins, la multiplicité d’un être ne la prive pas systématiquement d’une personnalité. La fonction peut obliger l’individu à porter le masque qui correspond à sa responsabilité. On doit rentrer dans la peau du personnage, c’est l’exemple du « garçon de café » chez Sartre, lequel garçon de café joue à être garçon de café. Le directeur d’entreprise doit jouer son rôle, il se montre parfois sévère,  il ne peut se laisser aller à faire plaisir à tous, il est dans son rôle. Le syndicaliste  qui comprend  les raisons du patron, ne peut faire siennes ces raisons ; il doit, lui aussi, jouer son rôle. Chacun est aussi dans son identité sociale.

G L’identité est par définition, « la reconnaissance de ce que l’on est, par soi-même, ou par les autres ». L’identité de la personne est aussi définie comme « le fait qu’un individu est bien celui qu’il dit être ». Le masque, qui peut donner fausse apparence, fausse identité à la personne qui le porte, devient incompatible avec les notions d’identité. Qui dit masque, dit aussi personnage : « … Ainsi nous enfilons modestement le costume sous lequel on nous connaît … et, vêtus de la sorte, nous nous rendons en société, c’est-à-dire parmi les déguisés,… Nous aussi nous faisons comme tous les masques avisés… » (Nietzsche. Le gai savoir). Qui dit masque dit personnage : les acteurs ont joué et parfois, en certains endroits, jouent encore avec un masque. Dans son œuvre, Le théâtre et son double, Antonin Artaud évoque : « Les dix mille et une expressions du visage prises à l’état de masques,…, étiquetées et cataloguées, en vue de participer directement et symboliquement à ce langage concret de la scène ». Mais le masque a aussi d’autres évocations : nous nous rappelons que les juges de l’Inquisition portaient des masques, que les bourreaux portaient des masques ou des cagoules ; ils n’avaient nulle identité ou avaient le même nom pour tous : « Monsieur de Paris ». Pour tout un chacun, nous ne portons pas, au sens figuré, de masque. Alors, on peut être tenté de soutenir que l’identité n’est pas un masque. Sauf à se considérer comme une vedette, un acteur, sauf à être  « en représentation », sauf à vouloir tromper son monde, sauf à vouloir se tromper soi-même et se cacher derrière une fausse identité, par manque   de personnalité, un manque  d’identité : « Je marche dedans et derrière mon personnage » (Renaud). Sauf à vouloir s’étourdir, se raconter qu’on est un autre, vouloir y croire à tout prix, pour oublier celui que l’on est : refus de soi. Sauf à vouloir se créer une non-identité et, de là, refuser toute sociabilité.

Acrostiche : Masques :
Mimique ou répertoire
Au nom de quel avatar
Sous le fil de l’histoire
Qui suis-je, selon les soirs
Un batard
Entrelacé de mémoires
Simulateur de hasard.
(Florence)

G Comment concilier masque et identité ? En allant à l’étymologie, la racine pour l’identité est « idem » (le même). L’identité est d’abord le caractère de ce qui est identique, plutôt identification. Cela va au-delà du champ humain, car cela touche aussi les mathématiques, la logique. Ensuite, cela dévie sur la ressemblance, ce qui est semblable, pareil, quelque chose qui généralise, vers une similitude. Plus tous les aspects purement administratifs (carte d’identité,…), ce qui permet de dire : cet individu est lui et pas un autre. Nous avons aussi dans le même mot d’identité deux opposés : ce qui fait qu’on est semblable, ce qui fait qu’on est dissemblable. On a plein de choses par lesquelles on est unique : le physique, le n° de sécurité sociale, les empreintes digitales ; c’est l’unicité ! Le mot masque provient du bas latin « masqua », dont l’un des sens est « la sorcière », quelque chose de maléfique, puis « le masque de théâtre », quelque chose qui fait changer. Si l’identité est liée à l’essence de l’être, qui peut évoluer, le masque lui, par définition, est figé, immobile… Un être a de multiples expressions qui toutes sont vraies. Il n’y a que les « légumes » qui ne changent pas.

G Finalement, l’identité, que ce soit identité sociale, carte d’identité, ce sont là des aspects avec lesquels le masque est inopérant. Mais l’identité se définit aussi par rapport à la personnalité, qui suppose un « moi » beaucoup plus complexe, un « moi » inégal par rapport aux autres, que ce soit : regard, expressions, comme dans l’élaboration d’un masque, parce qu’on ne veut pas trop dire. Mais le masque peut montrer des craquelures, ce qui fait qu’autrui se pose des questions : qu’y a-t-il derrière ce masque ? L’identité est souvent utilisée avec un adjectif : identité sociale, identité publique, identité singulière. L’identité publique c’est : la carte d’identité ; ça peut être aussi identité religieuse, différenciation ou communautarisme. Nous avons aujourd’hui un « ministère de l’immigration, de l’intégration, et de l’identité nationale ». Sur quoi repose cette identité nationale ? Simplification, fondement sur quelques traits historiques, le fait d’être né sur le sol français. Dans les grands mouvements simplificateurs, on va vers une seule identité ; on y retrouve ces expressions : « nation unie », « ordre contre le chaos », etc. C’est une identité de régression.

G Il y a des situations où il faut porter un masque. Pendant les guerres, il faut parfois dissimuler son identité par crainte de l’ennemi. Dans la maladie, il faut utiliser des subterfuges pour masquer les ravages de la maladie : perruques, prothèses, etc. Dans certaines ascensions sociales, il faut adopter le costume du milieu d’appartenance : dans certaines religions et collectivités, ce sont  les costumes et uniformes  à connotation politique, (col Mao, chemises de couleur, …). Tous ces signes identitaires peuvent dissimuler la véritable personnalité et faire de l’individu un pion de la collectivité. Ce qui parait important, c’est de trouver un équilibre possible entre sa liberté singulière, privée, d’individu et son personnage dans la collectivité, soit l’identité « à soi » ou à une appartenance sociale distincte. Qui suis-je hors des structures sociales ? Qui suis-je quand je suis inféodé(e) aux structures sociales ? On est en permanence dans ce questionnement. Quand est-on le plus « soi » ?

G Le masque, si on le porte,  est comme celui du théâtre, il exprime des choses qu’on ne pourrait pas dire, il dit plus, même s’il exagère…

G Les masques du théâtre grec ou personnage fige l’apparence de l’acteur pour mieux pouvoir identifier le personnage.

G Nous avons évoqué l’identité sur des points immuables : taille, sexe, âge…, mais il reste l’identité par rapport au sujet. L’identité est un monde dans lequel l’homme coule sa pensée d’où découlent ses actions. Notre identité n’est pas que l’identique pour tous, comme pour soi-même ; on est rarement toujours le même, on évolue, on change. Non identique à soi, non identique aux autres, nul n’est pareil à l’autre ; on n’est pas des clones. L’identité n’est pas un bloc homogène, elle est composée d’éléments de nature diverse : éléments biologiques, incontournables comme l’ADN, ou identité qui nous rattache à une famille, identité sociologique, intellectuelle, culturelle, cultuelle, psychologique…
L’identité est tel un édifice. 1°) Les fondations, c’est la base incontournable de l’identité  biologique, le niveau imposé : famille, sexe, nom, une inscription sur un registre. 2°) Le RDC résulte en grande partie de l’éducation que nous avons reçue, famille, école, etc. C’est le niveau dans lequel on apprend à « devenir ». 3°) Le premier étage, c’est le niveau où chacun est à la fois architecte et promoteur, c’est-à-dire que chaque individu se construit et aménage sa personnalité, sa pensée, son propre « moi », en fonction de sa volonté, et en fonction de la vie en général. 4°) Le deuxième et dernier étage, c’est le niveau « grenier ». On y trouve les accessoires et les outils nécessaires pour procéder au déguisement du corps et de l’esprit. Se déguiser, mettre le masque, ce peut être l’esprit qui prend le dessus sur le costume que l’on porte, cela peut aller jusqu’à changer de nom, changer de sexe… L’utilisation ou non de ces accessoires dépend du vouloir. On pourrait aussi l’appeler l’étage de « l’identité choisie », qui fait différence avec l’identité imposée.

G Il y a des  masques faits pour nous intimider, nous faire peur, comme les habits des magistrats, l’habit du « flic », du religieux, tout ce qui entrave nos moyens d’action…  Il faut arracher ces masques, notamment en imaginant l’autre en situation ordinaire (aux toilettes, par exemple!)

G On a parlé de « transformations silencieuses », sujet traité par le philosophe anglais Hume (16ème siècle) avec l’identité du moi.  L’humain, nous dit-il, pense qu’il « traverse toute sa vie avec une identité, alors que nous ne sommes « nous » que par instants, par périodes, des périodes de notre vie ». Notre identité sera à projeter sur de nombreuses périodes et c’est comme faire un diaporama d’une personnalité qui ne sera pas exactement celle de l’instant où la question se pose. C’est un ensemble persistant de ce « moi évolutif ». La vie est continuelle mobilité. Nous retrouvons là une fois de plus le principe énoncé par Héraclite : la rivière change avec le décor qui l’entoure ; l’identité ne peut être séparée de l’être qui n’est qu’en devenir.  « C’est l’identité même qui se précise à mesure que l’histoire vécue s’inscrit en silence au fonds de la personne, récit de soi, récit unique » (Henri Pena Ruiz). Les philosophes nous disent que notre identité n’est pas une identité définitive, qu’elle se forme, se transforme tout au long de notre vie, des évènements auxquels on est confronté. Pour cela nous pouvons sembler être différent, mais nous n’en restons pas moins vrai, sans masque.
Le « Je » deviens sans cesse un « autre » ; nous sommes en perpétuelle mutation. Nous serions surpris de nous retrouver tête à tête avec le « je » de nos vingt ans.

G Le masque est forcément quelque chose qui vient par-dessus, l’identité qui couvre, qui fait changer. Ce peut être un masque à vie, un autre visage derrière le même visage, derrière le visage ordinaire, comme un vêtement qui cacherait la nudité, le caractère profond. Donc, il y aurait le caractère superficiel et l’aspect profond, le paraître, ce que l’on veut faire apparaître, comme un déguisement, le vêtement social, seconde peau ; on veut être autre chose que ce que l’on est ; on veut être identique aux autres, appartenir au groupe, être du club, car « qui se ressemble, s’assemble ».
Une question  qui était sous-jacente dans l’introduction fait l’objet d’un tour de table : « Est-il important d’avoir son identité ? »

G Ce n’est pas si facile que ça d’avoir « son identité » et, une identité, ça peut prendre plusieurs aspects; on est tous polysémiques.  Certains peuvent trouver leur solution en étant totalement dans leur identité sociale, celle de leur fonction, le reste disparaissant totalement. Mais il peut venir  un moment où le « retour du refoulé » fait tomber le masque.

G Bien sûr qu’avoir « son identité », c’est important ! L’identité, c’est déjà « le maillage ». On fait la société ; on s’adapte. On est comme les oignons : on a plusieurs peaux ! En fonction du lieu, de la situation, on prend la tête de l’emploi, on change de peau. Mais, seul, face à soi-même, on est devant « son identité ». L’identité se forge déjà dans le ventre de sa mère ; on a déjà ce maillage, le filet à provision pour toute la vie. On peut s’interroger : ai-je été en accord avec moi-même ? Avec mes opinions ? Avec cette « charpente » qui me tient ? Est-ce que, dans mes actions, je suis honnête avec moi-même ? On peut aussi refouler une identité pour ne pas se faire face. Certaines personnes ayant passé une vie sous le masque social, professionnel, arrivent à la retraite et, là, le masque est devenu inutile. Elles n’ont pas su cultiver leur véritable identité, « son identité »;  elles n’ont pas su cultiver leur jardin. Par ailleurs, nul ne peut passer toute une vie sans devoir recourir, parfois, au masque.

G L’identité est, pour une part, la face qu’on montre ; en dehors, il y a une personnalité multiple avec ses contradictions, il y a les aspects qu’on n’aime pas exhiber ; on ne masque pas, on tait. « La bonne crème » de l’identité, ce sont ces modifications dues à l’enrichissement au contact de ceux qui nous apportent ce qu’on va retenir, ce qui va rentrer dans « sa personnalité » et qu’on est prêt à montrer. La personnalité, « son identité », c’est un échange permanent entre l’être qui est en dedans est l’être soumis à ce qui vient du dehors.

G On est déjà ses caractéristiques personnelles, on l’a évoqué, taille, couleur de cheveux…, puis ce que la vie nous réserve, une identité en perpétuelle évolution, faite de toutes les rencontres. Chacune de nos cellules se renouvelle, de même que nos pensées ; de même pour notre identité : elle sera notre histoire,  « son identité » personnelle et non figée.

G Il faut avoir « son identité » c’est la base solide de l’individu, qui lui permet d’affronter les évènements, qui lui donne sa force ; bien sûr, elle évolue, elle s’enrichit.

G Un des synonymes d’identité est « unicité » : nous sommes tous « uniques ». Avoir vécu avec le masque social peut faire perdre cette identité d’unicité, alors que nous avons besoin de cette identité, de « son identité », pour nous regarder en face et, un jour, regarder la mort en face.

G Il est important d’avoir « son identité », car il y a des gens qu’on ne remarque pas. « Tiens, il était là ! » Les gens seuls, isolés,  perdent leur identité, puisqu’elle disparaît aussi dans le regard de l’autre. Par contre, ai-je une identité ? Et laquelle ? Vous avez sans doute tous chacun une idée de «  mon identité », ce qui fait que j’en ai plusieurs…

G Ce qui m’intéresse dans « son identité » c’est le « moi profond » et pas trop l’identité  sociale, ni mon aspect extérieur. Le « moi » est immuable ; il est fait dès l’adolescence. On peut être réservé, ne pas prendre la parole en public, mais on n’est pas pour autant sans identité, sans personnalité. Peut-être que seuls les proches peuvent juger de cette identité.

G Déjà on n’échappe pas à son identité physique ! Puis vient ce « moi profond » évoqué, mais il y a des parts de moi que je ne connais pas, qui me sont masquées. Le masque, je le réserve pour la personne publique. Masque et identité sont une dualité. Ce masque permet de se mettre en retrait pour se protéger, physiquement ou moralement. L’identité est mouvante et le masque permet un jeu de ces différentes identités.  Dans « Les mots et les choses », Michel Foucault nous dit : « Le masque libère de la fixité et de la servitude de l’identité ».

G Témoignage sur un employé de la mairie de Trouville, 15 ans de « bons  et loyaux » services, charmant, serviable, pompier bénévole. Puis, un jour, le marché au poisson a sauté ; un an plus tard un autre bâtiment saute. C’est cet employé modèle qui est l’auteur de ces deux méfaits. Il y aurait des parties cachées qui surgissent, part d’identité peut-être même inconnue de l’individu lui-même, jusqu’au jour où …

G Pour certains, l’identité physique prime. Ils sont mal avec eux-mêmes, parce qu’ils sont mal avec leur physique. La chirurgie esthétique apporte des modifications, particulièrement en ce qui concerne le visage, le corps, qui modifient la personnalité. Cela peut les aider à être « bien dans leur peau ».  Mais trop d’interventions finissent par créer un masque qui loin de créer une identité, souvent supprime toute identité.

G On peut trouver en philosophie deux approches différentes : celle du Taoïsme, avec masque, celle de Nietzsche, sans masque : Les Taoïstes disent que la sagesse suprême consiste à ne pas montrer son savoir. C’est pour eux suprême sagesse que de passer pour un idiot, quitte à s’en donner l’air, plutôt que d’être considérer comme savant. Cacher son identité derrière un masque, derrière un personnage conventionnel, c’est le thème du roman « L’élégance du Hérisson ». On peut là aussi penser à Sartre qui décrit le garçon de café du « Flore », lequel, dit-il, est dans son personnage. Et Sartre disserte sur le sujet. Mais peut-être qu’intellectuellement, il est bien plus qu’un simple garçon de café ? Qui sait s’il ne lit pas les philosophes ? Qui sait si ce n’est pas un fervent lecteur d’Aron ? Quant à Nietzche, dans « le crépuscule des idoles », il nous invite à rejeter les masques,  à « devenir ce que l’on est », voire se surpasser, pour aller vers « le surhomme ».

G « Je veux que l’on soit homme et qu’en toute rencontre / le fond de notre cœur dans nos discours se montre, / que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments / ne se masquent jamais sous de vains compliments » (Molière, Le Misanthrope (1666), Acte I, scène 1).

G On a évoqué la part de notre identité dans le collectif, l’appartenance au groupe, être un élément de la société. Le chômeur qui perd son emploi, perd une part de lui-même ; il a le sentiment d’être rejeté du groupe, perdant et identité et dignité ; le masque sera peut-être pour cacher son désarroi et tous ses doutes, ses questionnements face à cette identité sérieusement ébranlée. …mythomane

G Est-ce qu’un mythomane a une identité ? Dans sa tête, il a plein de masques. Il est « son identité » dans son rêve ; il fait de son rêve sa réalité ! D’autre part, il se peut qu’une personne se sente prisonnière d’une identité, qu’elle déclenche, qu’elle fende l’armure et, de là, surprenne tout le monde.

G On a souvent entendu ce soir qu’on est vraiment soi que seul en face de soi, ce qui laisserait sous-entendre qu’en société, on porte le masque, on serait dans le mensonge. Mais, dans bien des situations, on aime entendre parler vrai, entendre des propos en accord avec la personne, qui parle sans masque, lequel garde toujours sa connotation de dangereux, maléfique… J’aime beaucoup les gens et ça me ferait de la peine de penser que dans une réunion collective, ils pourraient  masquer leurs idées véritables.

G Le masque n’est pas forcement tromperie, méchanceté, il peut être masque de dignité, par respect, par pudeur.

G On peut confondre identité et personnalité. Je vois dans l’identité l’image qu’on offre à la société et peut-être également masque seulement imaginé par les autres, quelque chose qui nous est attribué…

G Est-ce que la façon dont nous nous percevons, et la façon dont les autres nous perçoivent ne sont pas trompeuses. L’identité de soi est depuis toujours une des plus importantes questions philosophique. Nous mettons souvent nous-mêmes des masques aux autres, parce que nous refusons de les voir comme ils sont ou parce que nous voulons les voir autrement ; et ces personnes, par complaisance, par faiblesse, vont peut-être jouer le rôle du personnage qu’on voudrait qu’ils soient. C’est du viol d’identité ! « Nous sommes si accoutumés à nous déguiser aux autres qu’enfin nous nous déguisons à nous-mêmes » (La Rochefoucauld. Maxime 119).

G Dans le masque, les civilisations semblent avoir trouvé le miroir, l’image de ce qu’il y a de plus intime dans la personne, ainsi que des moyens de se préserver de l’angoisse, en représentant de manière indirecte l’esprit qui l’anime, la mort qui guette, le masque funèbre et les vices de la nature humaine, c’est-à-dire masque tragique, et masque comique. Le masque rempli toutes les phases de la vie, mais on peut dire que le masque est à la fois : voile et projecteur…b

G « L’important ce n’est pas ce qui est écrit sur les papiers d’identité, mais ce qui est dans le cœur » (Henri Troyat).

G L’actualité nous parle d’un masque cachant l’identité, la burqa : véritable problème ou épiphénomène ? La burqa est un masque qui crée une non-identité. « La burqa qui  n’a rien de religieux, est peut-être plus qu’un masque : peut-être projet politique, provocation pour voir jusqu’où résiste le modèle républicain ». Des philosophes parlent d’un refus de sociabilité, de création de caste, comme les intouchables. « La burqa est  plus qu’un masque ; elle ne cache pas seulement la figure humaine, mais l’efface, par une visibilité d’absence, à la manière d’une cagoule du Ku Klux Klan,….Si l’on tolère la burqa, il faut aussi tolérer les cagoules du Ku Klux Klan ». (Article de Philo magazine n° 32 par Catherine Kintzler, professeur à l’Université de Lille.
« La sociabilité primaire est de montrer son visage à l’autre. On ne peut parler à quelqu’un dont on ne sait pas qui il est, qui se cache derrière son grillage ». (Elisabeth Badinter. « Le soir »  (Belgique) 25.06.09)

Conclusion   Dans l’ensemble, nous avons soutenu, avec différentes approches,  l’idée que l’identité n’était pas un masque, mais ceci en précisant l’utilité du masque, ce « quant à soi », cette protection. Les mots les plus entendus ont été : Singularité – Conscience de soi – « moi profond » – identité sociale – ressemblance et dissemblance. Quant à notre identité : on n’est pas Président de la République, on n’est pas Zidane, on n’est pas dans les magazines, qu’importe ! Le plus important est d’être soi et c’est là toute notre quête, quête de sa véritable identité ; c’est   « devenir ce que l’on est » (Nietzsche), puis ayant appris, oser aller à la rencontre de soi, assumer son identité, s’accepter avec le bon, le moins bon, ne garder le masque que comme une précaution qu’on va utiliser pour se protéger. Au café-philo, nous ne pouvons pas aborder tous ces sujets qui nous préoccupent sans nous engager, sans exprimer pour une part  le fond de notre pensée. Le débat philosophique n’est pas une joute : ce sont  nos identités différentes qui l’enrichissent ; on y vient à visage découvert, sans masque, avec l’exigence du « dire vrai », sinon il nous faut donner raison à Rimbaud pour qui « je » est un autre.

 

 

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2 réponses à Thème: L’identité est-elle un masque ?

  1. Camille dit :

    Bonjour,

    Quelle bibliographie conseillerez-vous sur le thème du masque ?

    Merci

    • cafes-philo dit :

      je ne suis spécialiste en ce domaine
      on sait que le masque a toujours depuis les tragédies grecques joué un rôle spécifique
      Nous savons que nous sommes amenés parfois à porter un masque dans nos relations, par nécessité, par convenances des usages…
      L’auteur d’un roman quel que soit le genre nous amène à mettre un masque aux personnages
      en ce sens où chacun de nous les verra à sa façon
      ce n’est pas pour rien que des maison d’édition ont pris ce terme de masque pour s’identifier…
      L’ouvrage le plus connu cité en référence est
      Masques, de Carpeaux à Picasso. Edouard Papet et Audrey Viret. Hazan 2008
      Cela reste un très beau et bon sujet d’étude

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