Thème: A t -on encore la capacité de s’étonner ?

Restitution du débat – Café-philo de l’Haÿ-les-Roses.
13 janvier 2010

Victor Brauner. 1929.

Introduction par Guy Pannetier: Du latin « extonare », signifiant frappé de la foudre, du tonnerre, l’étonnement fut de nos premières émotions fortes hors de nos schémas de compréhension immédiate. Ce furent d’abord les phénomènes de la nature, les éléments inexplicables. L’homme, dans l’enfance de son humanité, s’étonne de cette puissance, de son agencement, de l’intelligence de la nature. Ce sont alors les questions : Comment ? Pourquoi ? Quelle cause ? Quelle origine ? Là, il y a deux comportements possibles : l’un, qui consiste à se contenter de ce que disent les anciens, la coutume, qui évoquera des forces, des êtres mythiques ou toute autre explication échappant à la rationalité, et celui qui s’en contente, qui serait celui qui reste dans la « caverne ». Puis un autre comportement, celui du philosophe, soit une recherche plus rationnelle, par la logique d’une cause au-delà de l’apparence sensible : « S’étonner », nous dit Platon, « voilà un sentiment tout à fait philosophique. La philosophie n’a pas d’autre origine ». S’étonner, dit-on, est chez le philosophe « le premier symptôme de l’ignorance » ; c’est le tonus du besoin de comprendre. Le philosophe cherche à expliquer nos étonnements, mais, hélas, bien souvent la recherche finira au rayon de la métaphysique. Alors sont venus les scientifiques, tout aussi prompts à s’étonner et curieux eux aussi, donc amenés à donner des réponses là où il n’y avait que mysticisme, ceci avec le risque de tuer la métaphysique, de réduire par là à peu de chose notre capacité à nous étonner : « La science déconstruit les mythes, les idoles, et désenchante le monde » (Nietzsche). Ce qui peut nous étonner, c’est que nous nous étonnons d’une chose et que ne nous nous étonnons pas d’une autre. Une personne meurt de faim toutes les cinq secondes – Ah ! Oui, c’est grave ! Le collègue de bureau est sous pression, il va perdre sa place – Ah ! Oui, c’est grave ! Des gens dorment dans des taudis ! – Ah ! Oui, c’est grave ! Pour ne pas dire « Bof ! », comme certains! Mais, que par exemple un chanteur subisse une opération chirurgicale assez banale, on mobilise tous les médias. Mais l’étonnement n’a peut-être pas que des aspects positifs. S’il découle d’une carence de connaissances, d’une faiblesse de jugement, autrement dit de naïveté primaire qui se rapproche de la stupidité, celui-là même qui est stupéfait (même racine que stupide) devient alors une proie facile. Par manque d’esprit critique, il va gober tout les boniments. Alors les étonnements sont-ils assimilables aux émotions ? Sont-ils des émotions constructives ou des émotions négatives ? Sont-ils des moments spécifiques de la vie, des marqueurs ? Sont-ils capables de générer l’action ? Sont-ils sources de connaissance ? Quel rôle peut jouer la société de l’image sur nos émotions ? Quelle incidence a sur l’aptitude à l’étonnement le fait de tout pouvoir acheter et de tout pouvoir vendre ? Et maintenant, si vous n’êtes pas de ceux qui sont blasés, dites-nous quels sont vos étonnements et ce qu’ils vous apportent.

Débat : G On a évoqué des phénomènes qui nous étonnent de deux façons, celle de ceux qui croient aux manifestations surnaturelles et celle, dite rationnelle, des philosophes. Cependant, une analyse rationnelle ne dira jamais tout sur un événement : il reste la dimension métaphysique, une autre approche. La science ne dira jamais tout sur un événement, qui ne se réduit pas à ce que peut en dire le monde phénoménal. Les deux approches, empirique et métaphysique, sont complémentaires ; elles ne sont ni exclusives, ni incompatibles.
L’étonnement est une nécessité pour accéder à la connaissance. On a besoin de s’étonner pour qu’il y ait questionnement, pour appréhender et tenter d’expliquer de façon rationnelle ou pas tous les aspects du réel. L’étonnement est le principal moteur de toutes les propriétés cognitives. Chacun va trouver de l’étonnement dans les domaines les plus variés. Partout il y a matière à s’étonner. Sainte Thérèse d’Avila disait : « Vous trouverez Dieu au fond de la casserole » ! Du plus prosaïque au plus sublime, du plus ordinaire au plus extraordinaire, tout peut être source d’étonnement.

Poème de Florence : L’étonnement du philosophe :
Fable, 10 mots imposés, contre-rimes (9 et 6)

Le philosophe et le cerisier

Un philosophe au cœur nouailleux
Se promenait parmi
Les rameaux d’un cerisier garni
De ses fruits savoureux

Pied léger, la sève à fleur de tempe
Une soif de Sahara
Sont-ce des cerises qu’il chaparda ?
Pour un homme de sa trempe !
Mais l’enfant qui gigotait en lui
Etait un peu distrait
Si son pied glissa comme un décret
C’est le cerisier, oui !
Immobile et d’un air innocent
Qui fit le croche patte
Le philosophe mange des pâtes
A l’hôpital, bon sang !

Il regarde l’azur
La jambe dans la gouttière
Quelle misère !
Je te jure !

G Les enfants, qui s’étonnent beaucoup, posent toujours la question : « Pourquoi » ? La réponse univoque des parents est souvent : « Parce que !». Ils expliquent jusqu’au moment où ils sont à court ou lassés et ils en reviennent au « Parce que ! », puis plus rien ; l’autorité parentale vient de résoudre un problème et ce qui peut nous nous étonner sera le « Parce que ! ». Un étonnement, finalement, c’est l’interrogation qui amène normalement à poser une question. Là, ce qui m’étonne, c’est que ce soit toujours ce « parce que ! » qui correspond à la question « pourquoi ? », lequel implique une relation de cause à effet, c’est à dire que si l’on dit « pour quoi », on définit un but, une relation de cause à effet, un « pour ce que ». Quand on est devant un illusionniste qui fait disparaître une femme ou qui la coupe en deux, on est étonné, ébahi, et la question qu’on se pose n’est pas « pourquoi ?» mais « comment ?». Il y a parfois un abus de langage qu’il serait intéressant de dissocier. En effet, quand on pose la question « comment ?», on invente un mécanisme, un enchaînement, comment se fait ce processus, et la question devient scientifique, alors que « pourquoi ? » pose une question métaphysique.

G L’étonnement, disons-nous, est propre aux humains, mais voici mon témoignage : J’avais recueilli un chien à la SPA et, pour un voyage, j’avais du le confier à un chenil. Le jour où je suis allée le rechercher, le chien, qui jouait, tout à coup m’a vue ; il s’est arrêté un moment, comme très surpris, son regard marquait l’étonnement, peut-être pensait-il qu’il ne me reverrait pas, puis il a couru vers moi. Cette image est toujours présente. C’est lui qui m’a étonné !

G Nous avons évoqué le « comment » : c’est ce dont nous parlent tant Platon qu’Aristote, puisque c’est origine et source de curiosité, puis d’étude. Et voilà que l’on creuse les « pourquoi » : on rentre dans l’infinie série des causes, en faisant parfois cette erreur que dénonce le philosophe : « Des causes semblables nous attendons des effets semblables » (Hume, dans l’Enquête sur l’entendement humain). Ce que nous savons depuis Epicure, par exemple avec la déclinaison des atomes, c’est qu’il y a, à un moment donné, une divergence, un imprévu, un étonnement qui crée quelque chose de différent, qui fait prendre aux évènements une autre direction. Heureusement qu’il y a ces étonnements, sinon nous serions dans une société figée, scientifiquement comme intellectuellement.

G On a dès le début évoqué, étonnement et intelligence, étonnement et naïveté. Je ne pense pas que l’étonnement soit une question d’intelligence. Il y a des gens géniaux qui pensent qu’ils savent tout et que rien n’étonne, et puis il y a des gens plus simples, très simples, que rien n’étonne non plus, ils sont finalement hermétiques. Ce qui de fait met tous sur un pied d’égalité, c’est d’avoir conscience qu’il est possible de s’étonner. Les enfants nous rappellent que pour des choses qui nous paraissent évidentes aujourd’hui, à leur âge, elles nous étonnaient. L’enfant a cette capacité de s’étonner par un regard neuf ; avec quelques mots, il vous rappelle que le banal ne l’est pas tant que cela.
Des scientifiques qui chaque jour usent des référentiels, théories élaborées, peuvent parfois vous parler avec passion de leurs thèmes de recherche et montrer une capacité à vous étonner. Ils vont vous apprendre des choses qui vous surprennent alors que pour eux elles sont évidentes. C’est, par exemple, Hubert Reeves qui va vous intéresser à la cosmologie, aux étoiles, aux trous noirs ; il va ainsi faire toucher du doigt, éveiller la capacité à s’étonner et ouvrir des horizons, décloisonner. Quoi de plus sympathique, de plus agréable dans la communication avec l’autre que de pouvoir « s’étonner » !

G En biologie, on sait que les mêmes causes peuvent produire des effets différents et, en tout les cas, évolutifs, même surprenants, étonnants. Si les mêmes causes devaient produire les mêmes effets, ce serait la mort très vite. Ce qui compte, c’est que ça puisse évoluer, nous étonner. L’étonnement fait partie des perspectives d’avenir et de l’évolution, du mouvement de la vie.

G L’étonnement semble lié à la propension à s’émouvoir. Il y a des tempéraments froids, stoïques, que rien ne surprend ; il y a parfois des personnes blasées, que rien n’étonne, qui peut-être se protègent ainsi des émotions. C’est même une philosophie figée, égocentrique, de détachement, « l’apathie » que préconisent les stoïciens, autrement dit : prendre l’habitude de recevoir d’accepter les choses comme elles arrivent, d’accepter ce destin, car il est inscrit dans un ordre naturel. De plus, aime ce destin (« amor fati »), c’est ce que nous dit en substance Epictète (Manuel VIII) : « Si tu aimes ta femme ou ton fils, penses que tu aimes un pot de terre, et si ceux-ci viennent à mourir, c’est un pot de terre qui s’est brisé. » La philosophie taoïste nous appelle aussi à refuser l’étonnement, à un certain détachement en regard de ces situations exceptionnelles de la vie. A moins que ce soit pur manque de réaction, pure passivité, inaptitude au singulier, par esprit moutonnier. Mais nombreux sont ceux qui sont réactifs. Nous sommes des Latins, avec ce qui nous caractérise, la propension à l’émotion, à l’étonnement ; autrement dit, cela fait partie de notre spécificité, cela nous rend, certes, réactifs, mais cela nous rend aussi créatifs, ce qui fait que nos émotions, nos étonnements sont aussi une source de la culture.

G Les sciences vont si vite que nous n’avons plus le temps de nous étonner ; une technologie chasse l’autre. Par contre, ce qui continue à m’étonner, c’est le cerveau humain. Il y a des génies, comment peuvent l’être un « Molière », un « Shakespeare », qui vous émerveillent; puis, à côté, il y a des cerveaux bien construits qui vous empoisonnent la vie ; ce sont les étonnements négatifs, qui vous amènent la guerre ou ce sont les intégristes. Nous passons du merveilleux au maléfique.

G On mêle un peu étonnement et émerveillement ; ce n’est pas la même chose. Je propose que l’on considère l’étonnement comme une rupture d’habitude. Pour répondre à la question initiale, si l’on peut « s’étonner encore » : oui ! Nous sommes susceptibles d’être en permanence en rupture d’habitude. En aucun cas l’étonnement n’est émerveillement, je suis étonné des idées nazies, pas émerveillé !

G « Celui qui ne peut plus trouver ni étonnement, ni surprise, est pour ainsi dire mort, ses yeux sont fermés » (Albert Einstein dans Comment je vois ce monde, publié en 1934). Je suis très bon public, et je m’étonne facilement. En me posant la question, pourquoi est-ce que je m’étonne aussi facilement ? C’est certainement parce que j’ai beaucoup de choses à apprendre ; derrière l’étonnement, il y a la recherche d’autre chose. Les étonnements peuvent susciter en moi des émotions et des questionnements. Ce sera des émotions de différents types ; elles peuvent être étonnements positifs, jouissifs (ce qui me plaît), naïfs (devant une surprise, un magicien), constructifs (chercher le pourquoi et le comment) ou alors étonnements destructifs ou négatifs, c’est à dire ceux qui découlent du mensonge, de la trahison, quand on découvre qu’on a été berné et que cela détruit plein de choses auxquelles on croyait. Mais il se peut que ce ne soit pas totalement négatif, cela nous oblige à revoir certaines choses, à « remettre les pendules à l’heure » ! En fait, il nous faut protéger les aptitudes à s’étonner et ne pas banaliser l’étonnement. S’il y a des gens qui s’étonnent de tout, il faut se méfier malgré tout des étonnements qui pourraient masquer des situations mauvaises.

G Dans la question initiale, j’ai retenu le mot « encore », ce qui laisserait entendre qu’aujourd’hui il serait plus difficile de s’étonner qu’avant ! Alors, quels peuvent être les obstacles à l’étonnement ? Couramment on évoque la vitesse de communication, la modernité. Quant au mot « capacité », nous évoquons là une aptitude ; ce n’est plus une réaction. Je reformule la question : «Sommes-nous capables de construire nos étonnements tout au cours de notre vie ? Savons-nous préserver cette ouverture ? Beaucoup de choses pourraient tendre à détruire la capacité d’étonnement, alors il reste la solution de prendre l’expression « s’étonner » dans le sens de s’étonner soi-même, se surprendre. L’étonnement doit être une quête philosophique, au quotidien, quelque chose à cultiver, un fil conducteur productif, quelque chose qui va faire que nous gardons confiance dans la capacité à s’étonner.

G Nous avons dit « s’étonner encore » et chaque jour est encore un jour pour s’étonner et même toute la vie. Toute la vie, si on ne se prive pas de ce que l’on aime, qu’on ne renonce pas. Ceci en sachant que le monde est immensément riche de questions et justement favorable aux étonnements. Il n’y a pas que la capacité à l’étonnement ; il y a aussi la sollicitation pour tel ou tel aspect. Nous allons vers une société de plus en plus formatée, avec de moins en moins de singularités ; de là, moins de risque ou de chance à être étonné. Actuellement, l’être humain est séparé de ce qu’il aime parce qu’il a trop d’obligations. Il y a opposition entre les sciences et techniques, d’une part, et la production d’humanité, d’autre part. Par quoi veut-on être étonné ?

G Y a-t-il une baisse de la capacité à s’étonner ? Je dirai que l’on s’habitue à tout. Finalement, le contorsionniste que l’on voyait au cirque, avec tout ce que l’on voit à la télévision de plus performant, nous étonne moins. Dans mon activité, mes étudiants sont de plus en plus des « veaux » ! Jadis le maître avait un contact concret, mais maintenant il n’est plus l’expert de sa discipline ; il va se référer à un expert français, qui lui-même ne sait que lire et traduire des publications anglo-saxonnes ; par conséquent, on a une distanciation fantastique qui s’établit entre l’élève et le maître. Ce n’est plus du contact direct où l’on peut faire part de son expérience. Cette distanciation fait qu’il y a une confusion fantastique, un abus du « parce que », parce que, ce « parce que » n’est plus un « par ce que », ce n’est plus une explication ; on retombe dans « Aristote a dit ! » C’est à dire que dans un argument d’autorité le maître ne fait que transmettre ses arguments d’autorité. Le terrible, on le voit très bien, c’est les questions à choix multiples, corrigés informatiquement. On croit rêver ! Quel étonnement ! La raison, c’est que les connaissances deviennent tellement abstraites, tellement importantes en nombre, avec des données abstraites. Donc, on va accepter une scholastique et c’est une régression, parce qu’à ce moment là, on a abandonné le « parce que » pour le « pourquoi », la cause à l’effet ; on ne cherche plus à expliquer, plus d’étonnement possible. En confondant volontairement cause et effet, on retrouve par exemple les idées du créationnisme, négation totale de toute l’évolution de la pensée.

G Est-ce qu’il n’y a pas des cycles dans la vie où par moments on est, ou on n’est pas, capables de s’étonner ? Finalement, plus on fait de choses, plus on en sait ; plus on est informé et plus il est difficile de s’étonner. Devant un phénomène nouveau, on finit par avoir des idées préalables. A force de voir des expositions de peinture, je m’étonne moins qu’au début. N’y a-t-il pas accoutumance à force de connaissances?

G Ce qui m’a étonné cette dernière semaine, c’est, par exemple, de découvrir au cours d’une lecture que la couche d’ozone qui se trouve à environ 50 km de la terre ne mesure que 3 mm et que dans certains endroits elle n’est plus que de 1,5 mm, et que toute la vie tient à ces quelques mm.
Ce qui m’étonne, c’est cette étude menée récemment sur 90 millions de femmes en Europe et qui trouve qu’elles ont en fait 7 ancêtres communs.
Ce qui m’étonne, c’est qu’on veuille en période de crise économique construire des tours de 800 m.
Ce qui m’étonne, c’est qu’après avoir entendu depuis des années que nous vivions dans un pays en déclin, on soit tout à coup devenu le pays où l’on vivrait le mieux.
Je reste avide d’étonnements.

G Les sources d’étonnement ne sont pas prêtes de s’éteindre, même si le sujet laissait entendre que le progrès nous accoutumerait. Mais ce qui m’étonne encore, c’est la grande incapacité aujourd’hui à prévoir le court terme ; exemple : la crise financière que personne n’a vu venir. Autre étonnement, il y a une uniformisation de plus en plus grande sur l’ensemble de la planète (globalisation) ; cela crée des comportements identiques qui peuvent créer des conséquences inattendues.

G A-t-on encore le droit de s’étonner ? La société nous formate plus ou moins, c’est à dire que nous devons tous avoir un corpus, une base de savoirs ; de là, il y a des questions qui sont mal reçues. Je connais des personnes « je sais tout » ; c’est bien triste pour eux : ils ne sont pas en capacité d’apprendre, de découvrir. D’autres sont naïves au plus haut point ; c’est le problème des « blondes » qui ont la capacité de s’étonner de tout et se retrouvent cataloguées « nunuche, c… ». Donc pour elles, pour les protéger, je revendique « le droit à l’étonnement ».

Conclusion par Guy Louis
Nous avons évoqué l’émerveillement conséquence de l’étonnement, mais nous avons omis de dire que l’étonnement pouvait être sentiment de révolte. Les étonnements, sont des marqueurs de temps de vie ; ils fixent parfois le souvenir et mettent des jalons dans le passé. L’étonnement nous fait changer d’univers ; autrement dit, c’est une autre dimension de la vie. Alors, il faut étonner nos enfants, leur faire ouvrir grands les yeux, former leur aptitude émotionnelle, cette base de notre humanité. L’étonnement, dit-on, « c’est l’enfance qui se cultive au quotidien. ». De fait, on peut penser que garder, cultiver notre aptitude à s’étonner, c’est préserver et le philosophe, et l’enfant qui est en nous. S’étonner crée des mini-ruptures dans notre rythme, sur ce qui semblait inscrit ; c’est quelque chose qui laisse entrevoir toujours des possibles insoupçonnables. L’étonnement est le principal moteur qui crée le désir de savoir : c’est sortir de son train-train, sortir de chez soi, de son cocon, sortir des sentiers battus, de la caverne, dirait le philosophe, oser un monde non pasteurisé. C’est peut-être aller voir une exposition, aller au théâtre, aller à la découverte d’un auteur, c’est peut-être aller au café-philo, aller à la bibliothèque, « ouvrir les livres », et c’est l’étonnement. C’est là une gymnastique intellectuelle, une thérapie, c’est maintenir au niveau des neurones la propension à l’excitabilité devant le nouveau, l’inconnu ; c’est leur conserver cette faculté de renouvellement, celle qui existait déjà chez l’enfant qui produisait des milliers de neurones chaque jour. Soyons curieux ! Etonnons-nous ! Que l’étonnement soit le viagra de nos émotions ! Pour terminer avec de l’optimisme, je dirai que ce qui m’étonne toujours, c’est un bébé, ce devenir qui m’inscrira bientôt dans le passé, et surtout cette promesse, promesse à laquelle on veut toujours croire, c’est que demain il sache (ô, étonnement !), faire ce que nous n’avons pas su faire. Quand ce monde ne m’étonnera plus du tout, c’est sûrement que je serai prêt de le quitter.

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