Thème: Peut-on parler de hiérarchie entre les civilisations ?

Restitution du débat – Café-philo de L’Haÿ-les-Roses.
11 avril 2012

Portrait de la femme, dite:"l'Européenne". Fouilles de Fayoun. Département des antiquités égyptiennes. Musée du Louvre.

Introduction: Annie Dyrek
: C’est évident qu’ il y a une hiérarchie entre les civilisations quand on regarde avec le temps.
Par exemple, nous avons des assiettes en faïence et en porcelaine, héritage de la Chine. De ce pays nous sont venus aussi : les feux d’artifice, les pâtes, l’acupuncture, et depuis des siècles on opère en chine sans anesthésie, sous hypnose.
Du Japon, nous est venu l’art du bouquet, culture de raffinement, d’élégance, à tel point que lorsqu’ils ont vu les premiers Européens, c’était pour eux des Barbares.
La source de notre civilisation occidentale est le Moyen-Orient. De là nous viennent : l’alphabet, les chiffres, dont le zéro, les notes de musique… C’est le berceau de la médecine, ce sont les premières règles d’hygiène qu’il fallait respecter, car « Dieu le voulait », comme il ne « voulait pas » par exemple que l’on mange du porc, ce que reprendront des religions. De la Perse nous sont venus les premiers instruments de musique à corde.
Les éléments de civilisation des pays du Moyen-Orient seront également propagés vers l’Europe du fait de migrations, des conquêtes. On a vu un réveil de la culture venir de l’Andalousie musulmane qui, à partir du 12ème siècle*, va transmettre des sciences comme : les mathématiques, la géométrie, l’astrologie et la médecine.
De l’Afrique, nous avons adopté des rythmes, des danses, de la musique, du Blues au Jazz (lamentation et fête), et nous voyons une vieille tradition d’expression culturelle avec les « Arts premiers ».
Nous avons aussi un fort héritage de la culture hellénique, avec la poésie, la tragédie, la sculpture…
Des pays nordiques, nous avons reçu un autre modèle de la démocratie, avec leurs premiers parlements, toute une organisation participative.
Plus récemment, l’Allemagne comptait les meilleurs mathématiciens, de grands philosophes, les premiers psychanalystes, tous ces grands savants qui ont fuit le régime hitlérien.
Alors ! D’une façon générale, qu’est-ce qui fait que des pays qui ont atteint un certain niveau de civilisation, vont régresser ? On a pu voir que ce fut l’œuvre de tyrannies qui interdisaient les arts, la liberté de penser, ou alors ce fut aussi le fait d’envahisseurs qui ont imposé leurs mœurs et coutumes, et qui ont détruit un modèle.
* Voir café-philo du 28 mars 2012. « La pensée médiévale » : http://cafes-philo.org/

Débat : G Nous avons vu récemment le film « La chute de l’empire américain », lequel nous dit en quelque sorte que notre modèle de civilisation occidentale n’a plus d’évolution et qu’il irait vers sa fin.
Si vous saisissez « Hiérarchie des civilisations » sur Internet vous trouvez des choses curieuses, dont ce site « Brain magazine » qui classe les civilisations :
1° Civilisation occidentale : Etats-Unis, Canada, Europe occidentale, Australie, Nouvelle Zélande. Points forts : blancheur, musique, danse, Dieu, systèmes bancaires… Points faibles : obésité, enfants chanteurs (!), génocides, quantité de personnes âgées…
2° Ce n’est pas mieux pour les autres civilisations, Inde, Asie, pays latino-américains, etc. Toujours de curieux poncifs et toujours très caricatural.
Plus sérieusement, nous avons évoqué les apports d’anciennes civilisations, mais dans tout cela quel est notre apport personnel ?

G Le Petit Robert nous donne comme définition du mot « civilisation » : «  Ensemble des caractères communs aux vastes sociétés les plus évoluées, ensemble des acquisitions des sociétés humaines ». Ce qui pourrait faire polémique est l’expression « les plus évoluées ». Là nous aurions sûrement tendance à juger avec des critères comparatifs liés à une culture, culture reçue, jugements de valeur qui peuvent être suspectés d’ethnocentrisme.
Le mot « civilisation » a été créé  à partir du mot « civilisé » en 1752 sous la plume de Turgot, ce mot « civilisé » était utilisé pour « poli », « policé », « civil », bonnes manières et usages du monde, ordre social. C’est en 1819, sous la plume de Fernand Braudel dans « Grammaire des civilisations », « que le mot civilisation, jusque là au singulier (la civilisation), passe au pluriel ». Longtemps encore, on va utiliser « culture » ou « civilisation » pour un même signifiant. 
Donc, nous avons dit que dans le concept de civilisation nous englobons maintenant celui de culture ; comme chaque culture est spécifique, ce serait contraire à la démarche de valorisation d’une civilisation que de vouloir l’uniformiser, ou par exemple de supprimer des matières essentielles dans les grands concours. Autrement dit, avant de se positionner en culture supérieure, sauvegardons ce qui constitue nos cultures.
Les civilisations qui se disent « supérieures » vivent le plus souvent dans l’ignorance des autres ; ignorance consciente ou ignorance conjoncturelle, comme ce fut le cas pour les civilisations anciennes. L’Egypte représentait la grande civilisation de l’époque dans le cadre du bassin méditerranéen. Lorsque la civilisation égyptienne régnait sur la méditerranée, d’autres civilisations déjà très évoluées n’avaient jamais entendu parler des pyramides.
Notre civilisation, la civilisation occidentale, fut tout d’abord européenne, d’influence italienne pour l’art, avec pour tous des sources communes ; elle fut influencée par l’Allemagne et la France du point de vue philosophique, influencée par  l’Angleterre et la France du point de vue politique, plus d’autres éléments  qu’on pourrait lister. Au final, toute civilisation est une mosaïque de cultures et de coutumes.  Nous ne sommes pas une civilisation née du Roi-Soleil, du baptême de Clovis ou de Platon. Nous sommes héritiers de cultures gréco-latines, elles-mêmes héritières des civilisations oubliées : indo-européennes, assyriennes, babyloniennes, égyptiennes… Ce sont là, les mêmes racines que celles qui ont formé ou influencé d’autres structures de civilisation, slave, nordique, en partie africaine, et hors les géographies, avec leur composante religieuse : juive, chrétienne, musulmane, etc.
Avant d’aborder un thème qui peut faire débat et en essayant toujours d’avoir un regard différencié, ce qui est dans la démarche philosophique, il serait intéressant d’avoir l’avis d’habitants de diverses parties du monde pour avoir déjà leur avis sur notre civilisation occidentale. Sûr que cela influerait ensuite sur notre propos.
Et enfin je pose deux questions :
1° Qui de nous pourrait affirmer, soutenir, que nous vivons dans « une civilisation modèle », ou « civilisation supérieure »?
2° Qu’est-ce qui nous lie ? Qu’est-ce qui fait qu’un groupe d’individus forme une civilisation ?

G Qu’est-ce qui fait qu’une civilisation s’est éteinte ? Cela peut être à cause d’une religion ; des fanatiques ont brûlé des livres, puis la persécution d’une religion dominante a généré des exodes, des migrations, lesquelles, par ailleurs, ont pu être enrichissantes pour les pays d’accueil.

G On voit que les pays arabes ont connu une stagnation, voire parfois une régression, ceci jusqu’à l’interdiction en certains pays de la musique. Chez les plus extrêmes, le temps où l’on s’amuse est volé au temps de prière, volé à Dieu, ce qui surprend et donne à réfléchir si l’on se rappelle qu’un des plus grands poètes arabes, le Persan Omar Khayyâm (1048 – 1131), dans des œuvres comme « Les rubayats », chantait la femme, le vin, l’amour, les roses, la joie de vivre… S’il revenait aujourd’hui en Iran, il serait en prison.

G Quand le ciment d’une civilisation n’est qu’une religion, il est à craindre que les idées  soient prises dans le béton.

G (Témoignage) J’ai passé une soirée au bord du Gange à discuter avec un Indien philosophe, lequel m’a renvoyé l’image que nous étions des barbares, parce que nous étions dans le matérialisme. Nous sommes dans une société où la technologie dicte des modes de vie, où nous avons créé Internet, une ouverture sur le monde, mais est-ce que cela ne gomme pas nos identités et particulièrement nos identités culturelles ? L’aspect culturel est un domaine où l’on se sent menacé. Est-ce que nous n’allons pas vers un nivellement, une banalisation des cultures, une civilisation où tout le monde mange « Mac Do » ? C’est dangereux parce que tout ce qui efface les différences peut être dangereux.

G Notre civilisation a toujours tenté de porter les valeurs d’humanisme, de solidarité. Si une certaine uniformisation propage ces valeurs, très bien ! Mais si c’est pour les renier, nous les supprimer, alors nous allons vers le pire.

G Pour qu’une civilisation évolue, prenne de l’essor, il faut des échanges, il faut que les gens voyagent. Nous avons l’exemple d’une civilisation qui s’est créée et qui a évolué dans tout le bassin méditerranéen. Une civilisation comme la nôtre s’est faite autour et avec des échanges.

G Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’il y a une hiérarchie entre les civilisations. De plus, nous avons tendance à prendre le concept « civilisé » au lieu de « civilisation ». Une des définitions de « civilisation » nous dit que c’est un « état d’aboutissement dans lequel se trouve un ensemble ». De fait, « civilisation » est un mot très large et les limites d’une civilisation sont vagues, floues. Les peuples, depuis l’origine, sont partis d’un même endroit, se sont séparés, puis parfois partiellement rejoints ; lorsqu’on arrive à un embranchement de notre histoire, on définit une civilisation avec des zones d’ombre et des zones de lumière. Par contre, si nous parlons de peuple civilisé ou pas, alors, là, on établit une hiérarchie ; c’est un tout autre concept, avec toute sa subjectivité.
Notre civilisation s’est nourrie de civilisations antérieures, et elle en a détruit d’autres : on pense à « La controverse de Valladolid » *. Ce qui pose la question : est-ce qu’une civilisation, au nom de ses valeurs, a le droit d’en détruire une autre ?
* Voir café-littéraire du 15/02/2012. « La controverse de Valladolid ». http://cafes-philo.org/

G Comment pourrait-on parler de hiérarchie, alors qu’aujourd’hui, nos civilisations sont très imbriquées. Et nous voyons des civilisations qui tentent de renaître, comme c‘est le cas avec des Indiens des Andes, qui font revivre des coutumes, une civilisation, celle des Incas.

G Nous n’avons pas encore la réponse à la question : pourquoi les civilisations meurent-elles ? Pourquoi et comment la grande civilisation égyptienne a-t-elle pu disparaître ? Pourquoi la civilisation grecque s’est-elle dissoute en moins de deux siècles ? Est-ce la conquête d’Alexandre (première tentative de globalisation) ou la conquête romaine, créant un vaste empire et détruisant par là l’esprit des Nations ? Est-ce l’emprise de l’Eglise catholique qui va dominer la  pensée occidentale ? Pourquoi le temps semble-t-il s’être arrêté dans le monde arabe depuis l’arrivée du prophète ? Cela nous pose question et nous montre encore qu’il n’y a pas de civilisation éternelle. Pourquoi la nôtre échapperait-elle à cette règle ? [Cf. Valéry : Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles ?]

G En 1997, est paru le livre « Le choc des civilisations » de Samuel Huntington, dont la thèse principale présente, après la chute du mur de Berlin, neuf civilisations, lesquelles, dit-il, vont se différenciant de plus en plus, et l’on doit abandonner l’idée de les uniformiser, d’où la contrepartie de risques de conflits. Sa théorie va à l’encontre de celle avancée en 1989 par Francis Fukuyama dans son article sur « La fin de l’histoire », qu’il développe en livre en 1992, où il prédit que nous n’aurons plus d’affrontement de civilisations, car, après l’échec de tous les modèles politiques, le système politique libéral dans sa forme nouvelle va gagner tous les pays ; il sera la forme ultime de gouvernement sur toute la Terre. Cet ouvrage va soulever nombre de polémiques.

G Dans un récent voyage au Brésil, le pape parle des civilisations et dans un de ses discours, il dit : « L’annonce de Jésus et de son évangile n’a supposé à aucun moment une aliénation des cultures précolombiennes, ni ne fut une imposition d’une culture extérieure. » (Source: www.la-croix.com). A ceux qui voudraient ne pas laisser s’éteindre l’héritage de ce qui avait précédé « la conquête », le pape exprime même une mise en garde inquiétante qui sent encore le soufre et les fumées de l’Inquisition. « L’utopie de redonner vie aux religions précolombiennes, les séparant du Christ et de l’Eglise universelle, ne serait pas un progrès, mais une régression. (Source: www.africamaat.com). Ce qui est plus choquant, c’est la justification qui suit : « Mais, qu’a signifié l’acceptation de la foi chrétienne par les peuples de l’Amérique latine et de la Caraïbe? Pour eux, cela a signifié, accueillir le Christ, le Dieu inconnu que leurs ancêtres, sans le réaliser, cherchaient dans leurs riches traditions religieuses ». (Ibid.).
[Cette intervention a déjà figuré dans le café-littéraire susdit sur « La controverse de Valladolid ».]

G Si l’on accepte la définition qu’une civilisation est l’ensemble des caractères spécifiques culturels partagés, cela ne peut pas évacuer les particularités, telles, les particularités régionales, en butte, par exemple, à l’interdiction de parler à l’école une autre langue que le français (le corse, le breton,…). Une civilisation ne s’impose pas en interdisant.

G C’est un des buts de la philosophie d’étudier les hommes et souvent nous voyons leur part de gloire et leur part d’ombre. C’est le cas de Jules Ferry. Celui-ci, sous la troisième République, prononce devant les députés le 28 juin 1885 un discours qui n’est pas digne du père de l’école gratuite, laïque et obligatoire pour tous, ni d’une nation qui voulait être un des modèles de civilisation. Je cite : « Messieurs, il y a un second point, un second ordre d’idées que je dois également aborder (…) : c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question. (…) Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu’en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. (…) Je répète qu’il y a pour les races supérieures un droit, parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures……
La  réponse viendra de Georges Clemenceau (le 30 juillet 1885) : « Voilà, en propres termes, la thèse de M. Ferry et l’on voit le gouvernement français exerçant son droit sur les races inférieures en allant guerroyer contre elles et les convertissant de force aux bienfaits de la civilisation. Races supérieures ! Races inférieures ! C’est bientôt dit. Pour ma part, j’en rabats singulièrement depuis que j’ai vu des savants allemands démontrer scientifiquement que la France devait être vaincue dans la guerre franco-allemande, parce que le Français est d’une race inférieure à l’Allemand. Depuis ce temps, je l’avoue, j’y regarde à deux fois avant de me retourner vers un homme et vers une civilisation et de prononcer : homme  ou  civilisation inférieur(e) ! (…). Non, il n’y a pas de droit des nations dites supérieures contre les nations inférieures. »

G Quand je disais en introduction qu’il y avait hiérarchie entre les civilisations, je pensais plus au droits des peuples, et surtout aux droits des femmes ; il ne s’agit pas de hiérarchie entre d’éventuelles ethnies ou cultures. Mais aujourd’hui encore, dans un certain nombre de pays arabes, les droits élémentaires des femmes sont bafoués ; c’est quelque chose d’horrible, et cela ne signifie pas infériorité ou supériorité.

G Dans un même pays, la France, il y a une hiérarchie selon les départements. Nous avons des secteurs de désertification : on supprime des hôpitaux, des écoles, des services publics. Les droits des citoyens leurs sont retirés. Sont-ils encore en France ?

G Peut-on parler de civilisation quand on extermine des milliers de gens avec deux bombes atomiques. J’hésite devant le mot « sacrifice » ; le sacrifice humain définissait le barbare (le contraire du civilisé). La somme d’individus non civilisés peut-elle faire une civilisation ?

G La civilisation occidentale a-t-elle encore ses « trois A » ?

G Si l’on prend la civilisation arabe qui n’est pas « civilisation musulmane »,  le droit des femmes évolue. Au Maroc, une constitution vient d’être votée pour reconnaître l’égalité des hommes et des femmes. Mais à côté de cela, il y a une décision judiciaire assise sur une loi du code pénal (475/2) qui a récemment obligé une jeune fille (Amina Al Falali) violée à quinze ans, d’épouser son violeur. Elle s’est suicidée le 10 mars 2012.
Il y a dans des pays, dans certaines civilisations, des choses qui peuvent nous déplaire, et là, nous portons tout de même un jugement de valeur.

G Au cours de la deuxième moitié du 20ème siècle, la civilisation occidentale s’est de plus en plus calquée sur le modèle des Etats-Unis, un modèle transformé par certains en idéal sous la dénomination d’ « american dream », modèle aussi critiqué par d’autres avec les expressions « World company » ; ou « macdonalisation ». Ce modèle, cette occidentalisation vantée par toute une propagande de communication, exerce sur des jeunes gens de pays pauvres une attraction vers la vie citadine, ce qui va dans un premier temps créer des mégapoles où sévit une grande misère, ou encore les entraîner vers des voyages parfois mortels. On détruit là plusieurs civilisations en même temps.
Revenant à notre civilisation occidentale ayant changé de référence, celle-ci a tout à la fois abandonné tout ou partie de son passé. Cette civilisation qui commence à être passée au mixeur de la mondialisation perd l’essentiel de ce qui la constituait : richesse de son patrimoine culturel, richesse de ses liens sociaux, richesse des langues, de ses coutumes. Une telle civilisation, dite supérieure, homogénéisée, est une civilisation en régression. L’histoire nous montre que toute civilisation est mortelle.
On a déjà dit qu’il fallait du recul pour juger les civilisations, ce qu’évoquait déjà Fernand Braudel, dans Grammaire des civilisations à la page 73 : « Les civilisations mettent un temps infini à naître, [….] Soutenir que l’Islam naît en quelques années avec Mahomet est très exact et en même temps inexact. La Chrétienté est née elle aussi, bien avant le Christ […. ], ces religions nouvelles ont chaque fois, saisi le corps des civilisations en place [….] elles eurent l’avantage de prendre en charge un riche héritage, un passé, tout un présent, tout un avenir »…. « C’est un fait d’immense conséquence : la civilisation musulmane aura repris à son compte de vieux impératifs de géopolitique, de formes urbaines, des habitudes, des rituels et de façons de croire et de  vivre. »

G A chaque fois qu’une culture meurt, à chaque fois qu’une langue meurt, c’est un bout de civilisation qui meurt ; c’est comme le principe de biodiversité (un animal disparait et toute la chaîne du vivant est en danger).

G Nous avons évoqué la place grandissante de la langue anglaise dans nos différentes civilisations. Je pense que chaque langue véhicule une forme de civilisation, de culture et je ne suis pas certain que la philosophie anglo-saxonne soit quelque chose d’adaptable partout dans le monde. Une philosophie est toujours née quelque part.

G « Ce que les hommes appellent civilisation, c’est l’état actuel des mœurs. Et ce qu’ils appellent barbarie, ce sont les états antérieurs. » (Anatole France).

G Le poème de Florence :

Les civilisations
Les civilisations sont les phares
Des peuples lapins de l’autoroute
Je suis un boy-scout

Et je bois le sang de la déroute
Des peuples sans ville goutte à goutte
Le monde est mon bar
Je suis la conscience et la fanfare
De la science qui fonce en gyrophare
Je suis un mammouth

Ma civilisation dans le doute
Rongeant sa constitution dissoute
C’est le cauchemar
D’un monde vieilli qui se déclare
Relatif, mais néanmoins barbare
Pour un casse croûte

C’est l’idéal qui fait banqueroute
La liberté est au compte-goutte
Juste un avatar

Je classe, je juge et je compare
Et ce qui me plait, je m’en empare
C’est le grand raout

Je massacre oui, mais je filoute
Pour mériter à la fin l’absoute
Je donne des arrhes
Pour une conscience un peu avare
Un petit alibi très bizarre
Couvrant de mazout
Le bon sauvage de l’autoroute
Je suis lumière, je suis le phare
Un vrai salopard !

G [Texte reçu sur la messagerie du Café-philo] « Il est bon de poser cette question avec le « peut-on ?», est-ce permis ?, plutôt qu’avec « doit-on ? », faut-il le faire, est-ce possible ?Une  civilisation est située dans l’espace et dans le temps, elle est faite de plusieurs cultures ; les comparer et les hiérarchiser est possible. Mais pourquoi faire ? Pour hiérarchiser les hommes et les femmes entre eux? Pour aller vers la servitude, pour exploiter, pour humilier ? Les exemples dans l’histoire ne manquent pas. Donc, si cela est possible, cela n’est à mon sens, pas permis ! Pour moi, ce qui est permis, c’est de comparer les idéaux qui forment les civilisations.

G [Autre texte reçu sur la messagerie du Café-philo] « Ce que j’ai juste à dire c’est que pour moi « civilisation » signifie « société évoluée » et donc que toutes les sociétés évoluées se valent. De même, pour moi, toutes les barbaries se valent. Il n’y a pas les bons méchants et les mauvais méchants… Et à la guerre, il n’y a pas les bons morts et les mauvais morts… Je pense que toutes les formes de « civilisations » d’abus, de totalitarismes, de violences et d’impositions d’idées ou de comportements sont condamnables et le droit international ne dit pas autre chose. Liberté d’opinion et d’expression, liberté de conscience… Pas de traitement cruel, inhumain ou dégradant. Mais dans ce cas de violences, s’agit-il alors de civilisations ? Ou juste d’ethno-cultures différentes ?
Une « civilisation » est une société qui a accédé à un niveau de conscience tel qu’il lui devient possible de communiquer avec d’autres civilisations évoluées aussi, à un niveau d’égalité, sans craindre pour son identité… Mais la civilisation est-elle devenue une Utopie?…

G Nous sommes dans des époques où le temps semble s’accélérer.  Nous avons vu une civilisation chinoise qui semblait être restée des siècles fermée sur un mode de vie, des rituels immuables, ce qu’on peut constater encore aujourd’hui dans certaines sociétés.
Mais après des siècles, nous voyons une vertigineuse évolution de cette civilisation. Aujourd’hui, 90% des habitants de la Chine savent lire et écrire ; ce pays compte des ingénieurs de très haut niveau, des chercheurs, des savants…, ce qui n’en fait pas pour autant un modèle de civilisation.

G Dans quelles régions du globe, dans quelle autre civilisation voudriez-vous vivre ?

G Le premier modèle actuel de civilisation, le plus suivi, est le système capitaliste occidental ; même la Chine l’a adopté tout en maintenant des formes d’esclavage de ses ouvriers et ouvrières.

G La civilisation idéale a toujours engendré des mythes ; ainsi, nous avons beaucoup entendu parler de cette grande civilisation engloutie, l’Atlantide.

G Tout le passé culturel au cœur de notre civilisation est un socle identitaire ; il n’est pas une forteresse ; il ne doit pas mettre des barreaux aux fenêtres de la pensée.
Dans un beau roman qui s’appelle « Une ambition dans le désert », où l’action se situe dans un petit port situé quelque part au Moyen-Orient, dans un village loin de tout et déshérité, l’écrivain Albert Cossery fait dire à l’un des personnages : « Nous vivons dans le coin le plus civilisé parce que nous ne possédons rien ». Nous sommes là dans un univers comme oublié de la modernité, on y vit dans un temps moins accéléré, avec un mode de pensée et des pôles d’intérêts totalement différents de notre société de consommation. « Nous, » dit-il en substance, « nous ne pouvons pas nous évacuer cette question : notre modèle de civilisation serait-il le mauvais choix, son processus évolutif n’a-t-il pas comme seule issue que sa propre autodestruction ? »

Pour finir, quelques citations entendues au cours du débat :

« Les livres sont la lumière des civilisations. » (Roosevelt)
« Les préjugés sont les pilotis de la civilisation. » (André Gide)
« Une civilisation qui s’avoue incapable de résoudre les problèmes que suscite son fonctionnement, est une civilisation décadente. » (Aimé Césaire)

Œuvres citées :
Livres
Grammaire des civilisations. Fernand Braudel.
La controverse de Valladolid. Jean-Claude Carrière. Livre de poche.
Le choc des civilisations. Samuel Huntington. 1997.
La fin de l’Histoire et le dernier homme. Francis Fukuyama. 1992

Film :
La chute de l’empire américain.

 

 

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Une réponse à Thème: Peut-on parler de hiérarchie entre les civilisations ?

  1. Pannetier Guy Louis dit :

    Compliments d’avoir évité les diatribes d’ordre trop politiciennes

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