Thème: Qu’entendons-nous par engagement?

Restitution du débat du Café-philo du 24 octobre 2012 à Chevilly-Larue.

Edmund Leighton Blair. Adoubement. 1901. Collection particulière

Modérateur : Marc Ellenberger

Introduction : Danielle Vautrin
Je ne comprends pas bien la phrase en exergue sur l’invitation de ce soir supposant que s’engager peut-être reculer, mais nous verrons au cours de la discussion. Cette phrase était la suivante : «   Choisir un camp, choisir un combat n’est pas chose facile. Ce n’est pas, bien sûr sans conséquence. « Choisir c’est quitter » peut-on entendre ; ce qui peut être : une reculade, ou  pour se protéger, ou une incapacité de choisir, ou, bien sûr impossibilité pour des raisons personnelles,  ou ….. » 
S’engager, cela peut être : quitter autre chose de plus ou moins agréable, mais pour moi, s’engager, c’est faire une démarche au présent, tournée vers l’avenir, avec éventuellement les leçons tirées du passé.
«  Engagez-vous, rengagez-vous, vous verrez du pays ! », disaient les Romains dans Astérix et Obélix [reprise de slogans d’anciennes affiches de recrutement dans l’armée française, notamment dans les troupes coloniales]; et si cela servait déjà à voir du pays ?
Mais, il y a tellement de façons de s’engager ; on prend le chemin sans se retourner ; on le suit obstinément. On peut s’engager : dans l’armée, en politique, pour des vœux religieux, dans une société secrète, dans une relation – d’amitié ou d’amour, notamment-, dans une activité, pour servir une cause, un combat, un projet collectif qui nous tient à cœur, etc.
Je pense aussi aux situations où on peut se trouver contraints, ou presque, de s’engager, comme dans le cas d’une guerre. Je voudrais aussi évoquer l’œuvre [pièce de théâtre] de Jean-Paul Sartre Les mains sales, relatant ce moment où l’intellectuel ne peut plus se contenter de parler ou d’écrire, de donner des idées, mais où il doit se « salir les mains » par un acte.
L’engagement peut aussi répondre à une révolte ; on va vouloir se battre contre une situation que l’on n’admet pas, que l’on trouve injuste ou inacceptable, comme l’a fait l’avocat Peter Benenson ; selon sa notice su Wikipédia, celui-ci, « en 1960, est choqué par un article de journal qui relate l’arrestation de deux étudiants condamnés à sept ans de prison pour avoir porté un toast à la liberté pendant la dictature de Salazar. Révolté, il lance dans le journal l’observer[…] un appel en faveur « des prisonniers oubliés » […] ». A la suite de quoi, il va fonder, en 1961, Amnesty International !
Je voudrais en profiter aussi pour citer le livre Engagez-vous ! de Stéphan Hessel [recueil publié en 2011 d’entretiens réalisés en 2009 avec Gilles Vanderpooten], dans lequel, après des années de neutralité tiède et surtout pacifiste, il prend des positions engagées, à une période où l’on ne peut plus tergiverser avec la défense de ses opinions. S’engager inclut pour moi souvent la notion de « service ». On se met au service d’une cause, d’un pays, d’une personne… Cela ne signifie pas être servile, mais être au service comme dans la notion de « service public » (quand elle n’est pas galvaudée) ; c’est-à-dire, que l’on s’engage pour autre chose que de faire du profit ou servir des intérêts privés ou particuliers.
Bien sûr, si on ne maîtrise pas son engagement, s’il n’est pas choisi, si l’on ne travaille pas au projet, si l’on n’apprend rien de ce que l’on fait et si l’on n’élabore pas son engagement, s’engager, cela peut être aussi se mettre à l’abri dans une structure, physiquement, comme intellectuellement, et se mettre sous la coupe d’une institution (église, armée, parti, mariage…), notamment, par sécurité, par confort intellectuel ou pour ne plus souffrir d’une situation pire que l’engagement.
On peut s’engager au service d’une cause extérieure à soi-même (tiers-monde, prisonniers, malades, faim dans le monde, etc.), qui nous tient à cœur pour des raisons idéologiques ou passionnelles. Mais, on peut aussi s’engager dans une association de défense de ses membres  (riverains, propriétaires, malades d’une même maladie,…). Pour moi, il y a une différence de portée morale et d’efficacité selon que l’on est directement concerné(e) ou pas. Toujours cette différence entre servir des intérêts collectifs ou particuliers.
Je me dis souvent que ce qui est bon pour moi doit être bon pour l’ensemble de l’humanité. Je pense également que s’engager, c’est engager sa parole et faire ce que l’on dit que l’on fera. Difficile d’être versatile pour celui qui s’engage vraiment. On donne sa parole pour une cause, un parti, etc., mais surtout par rapport à des personnes. On se situe ; on engage son point de vue. Il me semble qu’il faut que notre parole nous engage un tant soit peu, même quand on prend des risques. Celui qui est en face de nous doit pouvoir savoir où l’on en est quand on parle, tout en sachant que l’on n’a pas nécessairement des idées sur tout et que l’on peut tâtonner parfois.
Je dirai aussi qu’à partir du moment où l’on s’engage, notre vie va changer ; il faut alors être capable d’accueillir ce changement, accepter d’être bougé, même dans ses certitudes, et entamé par ce que l’on a à vivre.
On donne sa parole à l’institution, à une cause, à une personne, en général sur du long terme, même si cela ne dure pas toujours.
Personnellement, je crois en plus à une certaine gratuité de l’engagement, même s’il peut y avoir de la satisfaction à agir. On peut s’engager par conviction, sans chercher à en tirer profit, travailler seulement pour quelque chose que l’on croit juste, sans se soucier des questions de pouvoir et des problèmes de personnes.
Enfin, je dirai que l’engagement peut se terminer : par la fin du projet, par le changement dans la cause, par une trahison, par l’étiolement de la cause, par la fin du contrat moral pour lequel on s’était engagé(e), ou par la maladie, la lassitude, ou autre cas de force majeure, par peur de l’embrigadement quand la situation devient trop exigeante et risque d’aliéner l’acte libre que l’on a fait en s’engageant, ou encore, quand la cause finit par produire les nuisances qu’elle était censée combattre. Et là, la fin de l’engagement est toujours un deuil difficile à faire.

Débat :G Par rapport au début de l’introduction et par rapport à l’affiche annonçant le débat de ce soir, la phrase en exergue explique pourquoi parfois on ne s’engage pas. Il peut y avoir reculade pour s’engager. Mais il existe aussi des engagements-reculades.

G Je suis d’accord sur quatre points avec l’introduction : le fait que s’engager peut servir une cause, que ça peut être une notion de service, que c’est donner sa parole et que lorsque l’on s’engage, en principe, c’est par conviction. Par contre, il y a des choses sur lesquelles je suis moins d’accord. Chacun a une singularité ; donc, il n’y a pas d’engagement général. On ne va pas mettre le même costume. Par contre, le débat philosophique engage. C’est à la fois un souci éthique pour chacun avant qu’il s’engage dans ce qu’il va dire. Quand il y a engagement, cela veut dire que l’on a fait des choix, qui peuvent être différents des choix des autres, ou alors on cherche un engagement qui convient à tous, mais là c’est autre chose.
Quand on est dans un engagement collectif, cela veut dire qu’ensemble, on poursuit le même but, on essaie de parler avec une certaine unité. Revenant à la singularité de ceux qui s’engagent dans une association (philosophique, en l’occurrence), c’est à partir de notre  singularité qu’on crée une dynamique. Le groupe, l’association, existe en tant qu’entité et n’est pas que la somme de ses membres, c’est-à-dire qu’il n’y a pas juxtaposition d’individus, mais un groupe, dans un même engagement, pour s’ouvrir sur la discussion collective.

G Par rapport au sujet, chacun a une singularité ; chacun s’engage à sa manière et a une position personnelle. Avant de s’engager, on a un souci critique. L’engagement signifie que l’on a fait des choix.

 

G Pour répondre au thème de ce débat « Qu’entendons-nous par engagement ? », je suis d’abord allée voir les définitions de « l’engagement », et il y en a beaucoup. C’est accomplir un acte par lequel on s’engage à quelque chose, une promesse, une convention, un contrat, par lequel on se lie ; cela, c’est : « Je m’engage. » C’est l’action d’embaucher quelqu’un. C’est une action physique, c’est-à-dire faire passer dans un espace, au travers de, dans un trou. C’est engager une bataille. C’est un combat de courte durée, localisé : « on signale quelques engagements à la frontière ». C’est mettre un objet en gage : « engager au Mont-de-piété ». C’est, en comptabilité, un ensemble d’engagements envers les tiers. En finances publiques, c’est une procédure administrative prévoyant une dépense. En histoire, c’est un acte par lequel le roi concédait les terres du domaine royal. C’est un geste en obstétrique. Au sens militaire, c’est entrer volontairement dans l’armée pendant une durée déterminée. Enfin, pour les philosophes, pour les existentialistes particulièrement, c’est l’acte par lequel l’individu assure ses valeurs.
Enfin, si l’on décompose le mot en trois syllabes : en – gage – ment – Le « en «  veut dire mise en état, « ment » pour faire le substantif, et « gage », se mettre en gage, pour garantir une dette, une promesse.

G Pour moi, un engagement, c’est une adhésion absolue à un projet, une idée, une action qui doit être soutenue sans faille, sauf si l’on constate que l’on est trompé. L’engagement équivaut à un contrat moral entre soi et quelqu’un d’autre. Ce mot, pour moi, est à rapprocher du mot « fidélité », du mot « loyauté ». Il est également synonyme de choix et de liberté, car aucun engagement ne doit se faire sous la contrainte. C’est un acte citoyen qui doit être emprunt de sincérité et aussi de volonté, un acte authentique. « Si l’on ne donne pas sa vie pour quelque chose, » nous dit Jean-Paul Sartre, «  on finira par la donner pour rien ».

G S’engager, c’est souvent renoncer à beaucoup d’autres choses. Si je prends l’exemple d’une femme qui s’est faite religieuse, qui entre au couvent, elle renonce au mariage, elle renonce à avoir des enfants, elle renonçait même autrefois à sa dot qui allait au couvent, elle renonce à toute vie extérieure, etc. Est-ce qu’il n’y a pas des moments de regret sur certains aspects de la vie ? Dans certains mouvements politiques, l’engagement vous astreint à reverser une part de vos revenus. Au moment où l’on s’engage, on était devant plusieurs choix possibles. Qu’en aurait-il été, si on avait choisi une autre voie ? Dans l’engagement, il y a toujours une part de renoncement.

 

G On ne peut pas vraiment dire que dans l’engagement, il y a renoncement. On ne peut pas généraliser, sinon nous allons arriver à dire que s’engager, c’est se priver. Si dans l’engagement vous abandonnez quelque chose, c’est un choix libre ; vous n’avez pas abandonné tous les autres choix. Une fois qu’on a fait son choix, qu’on s’engage, cela ne vous prive pas tant que cela. Pourquoi nous sentirions-nous malheureux de ce que l’on a abandonné délibérément. Quand on a choisi, on est libéré par rapport à ce que l’on n’a pas choisi.
Dans son engagement, on peut être avec des personnes qui vous apportent tellement que ce que l’on aura pu abandonner sera minime. On n’est pas toujours sûr de ce que nous apportera réellement l’engagement ; le résultat est parfois plus élevé que ce qu’on en attendait. Il faut savoir perdre quelque chose pour gagner autre chose. La partie positive peut être très supérieure au renoncement.

 

G Quand l’engagement est pris en toute connaissance de cause, « en son âme et conscience », en principe, on n’aura pas de regret. Il peut y avoir regret si, lorsque l’on s’est engagé, on n’était pas complètement sincère dans sa parole, si on l’a fait pour essayer, un peu comme le font certaines personnes lorsqu’elles votent. Quand l’engagement n’est pas sincère, il peut s’apparenter à de la posture, du bla-bla sans intérêt.

 

G On s’aperçoit qu’il y a différents niveaux de liberté dans l’engagement. Si on s’est engagé dans l’armée, rompre l’engagement est périlleux ; c’est un engagement où l’on a accepté d’aliéner une part de sa liberté. Il y a aussi l’idée d’opprobre pour celui qui veut renoncer à son engagement, comme on a pu le voir pour des hommes politiques. Si l’abandon  intervient dans la bataille, c’est encore plus risqué, car c’est sanctionné.

G Dans toutes les définitions qui ont été données de l’engagement, il y a une essence ; c’est l’omnipotence, le fait de pouvoir tout choisir, ce que nous donnait déjà l’enfance. Mais on peut s’engager en ne renonçant que provisoirement ; on peut modifier son engagement à la lumière des désillusions. Mais, comme cela a été dit, il y a une notion de valeur dans l’engagement, comme en politique, pour des idées, pour une société idéale.
Nous voyons des engagements qui nous interrogent, comme celui des terroristes islamistes qui trouvent dans leur engagement un sens à leur vie, une raison de vivre (et de mourir).
S’engager peut être aussi, pour certains, un acte de compensation.

 

G S’engager en philosophie, c’est, pour chacun d’entre nous, pour le mieux vivre, d’une façon plus humaine, plus intelligente, plus intense. S’engager, on ne peut pas l’éviter, demande d’abord un travail sur les idées, sur celles que nous avons reçues. La plupart de nos idées nous viennent de l’extérieur. Alors, quel choix réel faisons-nous quand nous nous engageons philosophiquement ?
On peut être authentique dans un engagement idéologique, une idéologie peut ne pas être fermée.

 

G Est-ce qu’on est toujours libre dans son engagement ? Je ne crois pas. Parce que l’on est né dans une famille, et cette famille a eu de l’influence sur notre éducation, elle va nous donner, par exemple,  une religion, elle va nous formater, nous conditionner. Alors, est-on sûr que cet engagement est bien l’expression de notre seule volonté ?

 

G Un parent à moi me disait : « Il n’y a qu’une seule liberté, c’est la liberté d’adhésion. » Donc, je pense qu’un engagement ne découle pas d’un choix ex nihilo, c’est un choix dans un contexte, avec notre part de libre arbitre.

 

G Quelle part de liberté dans l’engagement ? Il existe un déterminisme familial ; la liberté est relative et dépend du conditionnement. L’engagement est lié à des contextes particuliers.

 

G On a évoqué l’omnipotence et l’on a parlé de choix ; choix, n’est pas engagement. L’enfant fait des choix, mais il ne les fait pas tous en conscience. Bernard-Henri Levy, dans Le diable en tête,  explique que le passage de l’état adolescent à l’état adulte est un choix, qui est le dernier choix de l’enfance ; c’est savoir si l’on va accepter le monde comme il est, si l’on doit basculer dans un système de vie, ou refuser le monde tel qu’il est, et le risque de tomber ensuite dans l’illégalisme, voire le terrorisme. Quand on a parlé de conditionnement pour une religieuse, c’est là une parole d’incroyant. La religieuse dira qu’elle a été illuminée, qu’elle a reçu quelque chose ; on ne peut discuter de la foi. On peut être dans un milieu et ne pas faire les mêmes engagements que ses parents, par choix personnel, par réaction. Mais il est important d’adhérer à un corpus idéologique pour s’engager. Le mot adhésion me parait être le pivot entre le choix et l’engagement, et il y a une gradation. Dans un engagement, il y a une petite partie de gens qui vont donner en gage leur personne, leur temps, et même parfois, leur honneur. Revenant à la liberté des choix, il me revient cet aphorisme : « La liberté se mesure à la longueur de la chaîne. »

 

G [Témoignage transmis] Quand je m’engage, quand je dis oui à quelqu’un, je ne dors pas tant que je n’ai pas fait ce pour quoi je m’étais engagé. A ce niveau, j’ai tendance, malheureusement, à attendre le même sérieux de la part des autres. Il y a dans l’engagement, une question de respect, respect de l’autre et respect de soi, lié à la dignité personnelle.

 

G Je me suis engagée quelques années dans l’armée ; à aucun moment, je n’ai eu le sentiment de m’être privée de quelque chose. On est chacun à soi et en mesure de juger des tenants et des aboutissants. Il est difficile de juger de l’engagement, car c’est toujours différent d’une personne à une autre. Je me suis engagée comme militaire sans aucune influence, de famille ou d’environnement.

G Je suis plutôt antimilitariste, mais quand mon fils m’a annoncé qu’il s’engageait dans l’armée, j’étais assez contente, parce que je voyais que c’était son choix et que c’était une vocation, et je l’ai encouragé. Les vocations sont spontanées.

G La vocation vient du verbe latin «  vocare », qui signifie « appeler ». C’est se sentir appelé. Par contre, il y a plein de gens qui se sentent appelés à quelque chose et qui ne s’engagent pas. Vocation et engagement ne vont forcément de pair.

G Quelles sont les idées qui amènent une personne à s’engager par vocation ?

G C’est, on l’a dit, un appel : je souhaitais, en m’engageant, servir mon pays, « servir le France ».

Poème de Florence :

Qu’entendons-nous par engagement ?

Je me suis engagée dans cet étroit boyau
Je progresse il le faut, qui n’avance pas recule
Toujours je marche à m’en user les godillots
J’ai promis, j’ai signé, gravé mon matricule
Sur mon bras, sur mon cœur, dans le marbre et le vent
Je n’ai jamais menti ou alors pas souvent
Sur ma foi j’y ai cru, mais ça c’était avant
Je rêve de freiner et la vie accélère
Comme le rythme inéluctable d’un destin
Son but inavoué est resté clandestin
Tintement entêté de mon réveil matin
Mais que diable allais-je donc faire dans cette galère ?

Je suis le prix de l’heure, le gage du grouillot
L’esclavage moderne en lettre majuscule
Je suis le prix du jeu, je suis le gros fayot
Ne comptez pas sur moi pour gagner un pécule
Je suis la promesse de tous les « ci-devant »
C’est moi que l’on achète et c’est moi que l’on vend
Mais je suis le serment du dernier survivant
Au-delà du salaire et des vues ancillaires
Moi je suis Don Quichotte et puis je suis Tintin
Là je suis Cyrano, bien qu’un peu cabotin
Le sourire de mon miroir est mon seul butin
Mais que diable allais-je donc faire dans cette galère ?

Tous ces engagements ne sont que tord-boyau
C’est le prix de l’orgueil, le cerveau éjacule
Je dois faire un éclat, je dois pondre un joyau
Mais les idées s’enfuient, les mots sont ridicules
Jusqu’où suis-je liée à mon moulin à vent ?
Je me cache à moi-même, en courant, m’activant
Esquivant le réel au cœur du contrevent
Je suis fière j’avoue de ma gloire séculaire
Et si le résultat est parfois incertain
J’aurais tenté de croire en parfait puritain
Que le mot qui engage est un miroir sans tain
Mais que diable allais-je donc faire dans cette galère ?

Ô toi dont les paroles ont le poids du vivant
Dont le sens de l’honneur s’est rendu populaire
Dont la langue avisée n’a rien d’une putain
Laisse-donc aux faux culs tous les grands baratins
C’est le tueur à gage engagé au festin…
Mais que diable allais-tu donc faire dans cette galère ?

G Le langage nous engage ; nous devons pour cela choisir nos mots. Les mots ont une valeur et les idées ont un vrai sens. Certaines idées sont inacceptables et sont basées sur des erreurs ou des violences. Tout le monde n’a pas les mêmes avis sur les idées. Les mots ont leur importance. Ce sont  les idées qui dominent le travail des philosophes. S’engager peut être : trouver sa parole et garder le goût de la vie avec ses proches.

G « S’engager par le mot, trois couplets, un refrain / Par le biais du micro, (bis) / Ça s’fait sur une jambe et ça n’engage à rien, / Et peut rapporter gros, (bis) » (Georges Brassens, extrait final de la chanson Tant qu’il y a des Pyrénées). Dans son texte, Brassens faisait référence à tous les engagements, par le mot et par le chant, que l’on avait faits face à tous les grands Satans du 20ème siècle : Hitler, Mussolini, Franco, etc., mais chaque fois en gardant de la distance. Le refrain de la même chanson de Brassens dit ainsi : « J’ai conspué Franco la fleur à la guitare / Durant pas mal d’années, (bis) ; / Faut dire qu’entre nous deux, simple petit détail, / Y avait les Pyrénées, (bis) ! » Confondre le mot et l’idée qui est derrière le mot « s’engager » : un, ce n’est pas de la philosophie, deux, ce n’est pas de l’engagement.

G Cela nous ramène à Sartre et à son œuvre déjà mentionnée, Les mains sales, et à quel moment l’intellectuel doit s’engager.

G L’existentialisme est le point final de la philosophie.

G Ceux qui se sont engagés dans la Résistance, se sont engagés pour des idées, et certains sont morts pour des idées.

G Les Résistants ont donné leur vie en gage pour que les valeurs qu’ils défendaient soient sauvées.

G Ces Résistants s’étaient parfois engagés sur un idéal différent, des idées politiques différentes, et puis on a aussi connu « les engagements de la dernière heure ».

G C’est un engagement que d’éduquer ses enfants, les mettre en garde contre les idées néfastes, élever des enfants est un bel engagement. Mais s’engager se fait sur des idées de justice, de liberté et on peut ne pas adhérer à son éducation, à ses parents, au besoin.

G Le fait que le texte en exergue, qui annonçait le café-philo, nous parlait du choix, de choisir, a engagé un peu trop le débat dans ce sens. Quand on s’est engagé, on est dans l’action, dans le couloir, le choix est déjà derrière nous. Le mot important est « gage » : on se met au service de quelque chose, on y cherche satisfaction, sinon, on est masochiste ! Il y a une espérance dans l’engagement qui en est le moteur et qui nous donne la force de persévérer dans notre engagement. Les motivations peuvent être différentes pour un engagement commun, mais il faut un accord sur le projet.
La Résistance reste le modèle d’engagement. Ceux qui sont morts, on sait pourquoi ils sont morts : ils sont « morts pour la France ».

G L’engagement, si ce n’est pas un acte, c’est juste une façon d’être. S’engager n’est pas quelque chose de statique : aujourd’hui, je choisis, demain, j’adhère, après-demain, je m’engage.

G On n’a pas évoqué, pas parlé de « comment s’engager ». On voit des gens qui s’engagent dans un parti politique et, après, on voit que, pour certains, cela reste au niveau des idées et qu’ils passent leur temps en réunion à se gratter le nombril et à parler, à parler. Mais, quand il s’agit d’écrire un mémoire, de prendre un « sans papier » sous le bras pour l’emmener à la préfecture, là, on voit la personne dans son engagement. Quelquefois, on se heurte à certaines structures du groupe dans lequel on s’est engagé, mais l’engagement reste ; je suis mon propre engagement.
Dans Les mots, Vercors [pseudonyme de l’écrivain Jean Bruller] interroge l’engagement de l’artiste. Un personnage, un artiste, dit qu’il ne veut pas salir son art par un engagement, et dans cette période trouble de la dernière guerre, il se retire alors dans un petit village. Il assiste de loin au massacre de la population, pendant que l’officier allemand peintre amateur peint le paysage en tournant le dos au village : c’était Oradour-sur-Glane, le 10 juin 1944.

G Dans l’engagement collectif, je ne fais pas de différence entre celui qui fait des discours et celui qui va se salir les mains à la base. Parce qu’à mon avis, il y a de la place pour tout le monde, et chacun avec son charisme. Est-ce que ce n’est pas mieux de réfléchir plutôt que d’aller « faire le con », comme celui qui se met en infraction pour aller couper un champ de maïs OGM, ou je ne sais quoi, alors que l’on ne lui demandait rien et qu’il est hors-la-loi. Ça ne donne pas plus de valeur que d’avoir défini intellectuellement et cité dans un séminaire pourquoi les OGM sont dangereux. Il a de la place pour la pratique et pour l’intellectuel dans tout groupe et on ne peut pas les opposer. Ils travaillent en synergie.
L’idée du thème est partie d’une discussion, où il était question de faire un débat sur le mariage ; puis, on a élargi le débat à l’engagement, c’est pourquoi j’ai voulu citer en introduction toutes les formes d’engagement, comme autant de pistes de réflexion et ne pas rester sur une exposition fermée.

G [Contribution écrite d’un participant absent à la réunion] Il ne faut pas oublier l’engagement qu’est le mariage. Si cet engagement d’un homme et d’une femme se poursuit jusqu’aux cheveux blancs, alors, l’engagement trouve là aussi des lettres de noblesse.

G On a évoqué l’engagement dans l’armée, les motivations. Michel Audiard, dialoguiste du film Un taxi pour Tobrouk [1961], met dans la bouche du personnage Samuel Goldmann  cette réflexion : « A mon avis, dans la guerre, il y a une chose attractive : c’est le défilé de la victoire. L’emmerdant, c’est tout ce qui se passe avant. Il faudrait toucher sa prime d’engagement et défiler tout de suite, avant que ça se gâte. »

G Une intervenante souligne la différence entre l’engagement collectif et l’engagement individuel.

G Une autre est d’accord avec la conclusion de l’introduction : quand l’engagement se termine, c’est un deuil difficile à faire.

 

G L’engagement s’élabore dans la durée au cours d’une action dans le temps, d’où à la fois une évolution personnelle et collective possible. En outre, il y a des différences entre défendre des idées et défendre des personnes, même si les deux ne sont pas exclusifs.

 

G Antoine de Saint-Exupéry écrit dans Le Petit Prince : « Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. »

Livres cités :

Les mains sales. Jean-Paul Sartre.
(pièce de théâtre écrite et créée en 1948)

Engagez-vous. Stéphan Hessel. Editions de l’Aube. 2011.

Les mots. Vercors [pseudonyme de Jean Bruller].
(essai de 1944 réédité en 1994 par Actes Sud)

Le diable en tête. Bernard-Henri Levy. Grasset. 1984.

Le Petit Prince. Antoine de Saint-Exupéry
(publié pour la 1ère fois en 1943 à New-York et en 1945 en France)

 

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6 réponses à Thème: Qu’entendons-nous par engagement?

  1. BEAUGENDRE-ANNEROSE dit :

    Très beau débat, utile avec des interventions de qualité.
    Merci.

  2. De Beauregard dit :

    tro coul

  3. Paul dit :

    De tlés baunnei rifairences, je le raicaumende faurteement à tou la France

  4. furhman dit :

    très beau texte
    heliopi le c**

  5. Observateur Ebene dit :

    Ouloulou Paul, ta tro réson, le déba il ma fé le sal coup !

  6. Jacques dit :

    Bonjour, tré bon txt
    G approuv ce doc perfeit
    Mirci

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