Quelle est la fonction du symbole?

 

Hals Franz. Vanité. 1626. Jeune homme tenant un crâne. National Gallery. Londres

Restitution du débat. Café-philo de l’Haÿ-les- Roses le 8 avril 2009
Animateurs : Yves Cheraqui. Edith Perstunski Deléage (philosophe). Guy Pannetier

Introduction : (Yves) : Se posent d’abord des questions fondamentales : comment des objets, des couleurs.., des êtres même, deviennent-ils des symboles ? Et pourquoi est-ce qu’on se les approprie, pour quelles raisons, dans quel but ?  L’objet crée t-il  la philosophie dont il devient le symbole ou la philosophie le crée t-elle  en trouvant l’objet adéquat. Il y a peu de textes sur ce sujet, comme si tout le monde était censé savoir ce qu’était un symbole, ou si il y avait autant de définitions que de chercheurs ; c’est le cas dans différents champs d’utilisation du symbole, donnés soit, par des religieux, des chimistes, ou des linguistes. Quelquefois la définition est déterminée par la volonté politique, définition qui permettra ensuite d’imposer des idées. Quand elles ne sont pas engagées, elles sont à l’inverse de simples constats, par exemple : « J’appelle symbole toute structure de signification où un sens direct, ou primaire, littéral, qui désigne par surcroit un autre sens direct figuré qui ne peut être appréhendé qu’à travers le premier » (Paul Ricoeur). Si l’on veut vraiment définir le symbole il faut revenir à l’origine du mot : le mot a été emprunté en 1380 au latin chrétien « symbolum » (Dict. hist. De la Langue Fce A. Rey) conservant le sens du terme en latin classique qui est « signe de reconnaissance », ou pièce justificative d’identité. L’ensemble vient du grec « sumbolon », également signe de reconnaissance, objet coupé en deux dont chaque personne conservait une moitié comme preuve des relations contractées. C’est une pièce d’argile, tesson de poterie coupé en deux, dont les deux morceaux s’emboîtaient ; c’est : un signal, emblème, gage, jeton de présence qu’on donnait, traité ou convention : il y avait déjà pas mal de sens.
Au milieu  du 16ème siècle c’est Rabelais qui va donner la définition telle que nous l’entendons aujourd’hui, soit : « Fait naturel ou objet qui évoque par sa forme ou sa nature une association d’idée, quelque chose d’abstrait ou d’absent ». On peut se demander si on a mis un mot sur le phénomène, un fait qui existait déjà ; ou le  symbole a préexisté à son nom. Il remonte aux origines, on le retrouve sur les murs des cavernes, dans les récits mythiques, la Bible. Le symbole semble avoir perdu sa valeur de symétrie, et ne marcherait que dans un sens. Il y a l’objet qui évoque une réalité extérieure, abstraite, mais il n’y aurait plus qu’une direction. Les sociétés d’initiés se servaient du symbole comme d’un mot de passe pour se reconnaître, puis il s’est élargi à un groupe, à une communauté. Au 19ème siècle on a créé le symbole chimique. Il y a une énorme confusion entre tous les termes qui servent à exprimer une figure, un objet, un concept, un évènement….. : on a l’image, le signe, l’allégorie, le symbole, l’emblème, la parabole, le mythe, l’icône…et on les utilise sans toujours faire une distinction précise. Le symbole est un terme, ou un nom, ou une image, qui même, lorsqu’il est familier dans la vie quotidienne possède néanmoins des implications qui s’ajoutent à leur signification conventionnelle et évidente ; le symbole implique quelque chose de vague, d’inconnu, de caché. Alors caché par qui, caché pourquoi, pourquoi plutôt symboliser. Un mot ou une image sont symboliques lorsqu’ils contiennent quelque chose de plus que le sens évident et immédiat. Toutes ces définitions ne permettent pas vraiment de comprendre les choses, ça va dans tous les sens, son rôle sa fonction reste sujet de questionnement

Débat : G Il y a une différence entre symbole et signalétique, le symbolisme moderne serait-il la signalétique ? Une des fonctions du symbole c’est de transmettre des messages, même à des gens qui ne savent pas lire. Mais pour ce qui est de la signalétique nous avons des signes universels. Qu’est-ce qui différencie réellement la signalétique, par exemple « Les toilettes »  dans les lieux publics, du symbole.

G Le symbole n’est pas arbitraire dans la mesure où il repose sur une représentation subjective et se construit sur une ressemblance entre un objet présent, il fut alors fonction de signifiant et d’un objet absent qui fait objet de signifié, c’est par exemple l’enfant qui utilise le cerceau pour représenter la voiture. Le signe est caractérisé par le côté conventionnel. Sa disposition linéaire et les systèmes linguistiques  mathématiques sont des signes, ils supposent un rapport social et implique qu’il soit partagé. Le signe de la croix est défini comme symbole et signe, selon qu’on pratique ou qu’on évoque.

G Dans les symboles religieux comme la croix, on ne peut pas savoir la représentation si on ne connait pas l’histoire, si on n’a pas lu, ce n’est pas le symbole qui donnera de la connaissance, il demande  la connaissance.
Les symboles se sont créés d’eux-mêmes, imposés tout naturellement, et il s’en crée régulièrement. La croix aurait pu être un tout autre symbole s’il n’y avait pas eu des crucifixions. Tous ses symboles qui jalonnent notre connaissance, tous ces concepts symboliques sont toute la conscience collective que nous acquerrons, que nous véhiculons, que nous transmettons. Le symbole est très utilisé dans les sociétés secrètes, les sectes, ce qui par exemple aurait donné le symbole du poisson et du mot christ sous les romains. Le symbole, ses clefs, et ses fonctions  ont une plus large étendue dans le champ intellectuel ; il est une trace,  une partie de notre histoire.

G Les lettres du mot poisson (Ichtùs) en grec, forment l’acrostiche de « christ » : Jésus – christos – théon – Uios – Sotér. (Jésus christ fils de Dieu sauveur). Le symbole peut être parfois un raccourci pour se faire comprendre, faire passer un message, illustrer.., le rouge est pour nous la couleur de la révolte, en chine c’est la couleur du mariage, la couleur du mariage chez nous est le blanc, chez les chinois c’est la couleur du deuil. Donc le symbole ne nous unit pas, il n’est pas universel, il est divers dans ses conventions.

G La fonction du symbole, du « symbolom » grec est fonction double. D’abord il constitue le moyen pratique d’une reconnaissance entre individus obligés l’un envers l’autre et participe en même temps au déchiffrement de notre identité. Il y a de  l’ordre d’un indice et en même temps c’est une manière de preuve. Avant de parler d’association, de communauté, de religion, c’est d’abord un lien entre les hommes.

G En même temps dans le symbole  le sacré et le profane vont s’interpénétrer, et l’on parlera du symbole « Jésus christ fils de Dieu sauveur ». Les conceptions juives et chrétiennes du symbole reposent visiblement sur un présupposé métaphysique, c’est-à-dire, qu’on doit passer du sensible au vrai, et du visible à l’invisible, et c’est l’unité, laquelle unité est au centre du culte religieux « relier ». Une telle doctrine est rendue possible par la double origine de l’objet symbolique ;  il est alors outil de reconnaissance, pour ceux bien sûr qui ont choisi la religion.

G:  (Edith) On a évoqué la différence entre signe et symbole, et on a comparé symbole et signalétique alors que la question porte sur symbole et signe. Avec le livre de  F. de Saussure, un des fondateurs de la philosophie analytique, est mis en évidence l’idée qu’un signe c’est le rapport entre un signifiant et un signifié, par exemple le mot table n’a rien à voir, ne ressemble en rien avec la chose dont le signe est arbitraire par rapport à la chose. D’autre part ce signe, le mot n’a de sens que par rapport aux mots de la langue ; si vous voulez connaître le sens du mot, la signification du signe, il faut ouvrir un dictionnaire, et aller (par exemple) au mot « table » qui renvoie à d’autres mots. F. de Saussure compare la langue à un échiquier, où tous les mots sont des pions, et l’un renvoie à l’autre. Donc quand on utilise le signe, quel est le sens du signe par rapport au symbole ? C’est que c’est sens à l’intérieur d’une langue d’une part, et d’autre part il est arbitraire par rapport à la chose, puisqu’il y a plusieurs langues et qu’une même chose peut être désignée par une multiplicité de mots, alors que le symbole lui est conventionnel  et non arbitraire, puisque le symbole c’est quelque chose, une forme, une figure qui ressemble à ce qu’il désigne. C’est en ce sens que le lion est par convention dans notre culture, la force ; c’est en ce sens également que le rouge est « révolutionnaire » et à partir du 18ème siècle symbole de la Révolution, la sang rouge, la lutte…Donc la différence entre signe et linguistique du symbole c’est bien cette différence arbitraire et conventionnelle qui nous montre que le symbole est plus vaste en sens que le signe, parce que le signe est à l’intérieur d’une langue, alors que le symbole lui est conventionnel…

G Il y a deux différentes étapes dans le symbole : affectif et intellectuel. Le symbole intellectuel est destiné à signifier des images, alors que le symbole affectif est destiné à appeler des émotions. Il y a eu plusieurs écoles : pour Aristote il est « mode d’expression », pour Freud « une représentation indirecte refoulée », pour Jung c’est « l’énergie de l’artifice », pour Mircea Eliade c’est « un langage du sacré », ou encore qu’il était : « correspondance secrète entre différents ordres de vie » (René Guénon). En matière de poésie, le symbole est une forme d’écriture  qui permet de convertir une donnée sensible en une représentation mentale : ce que l’on voit dans le poème « Elévation » de Baudelaire où le mouvement est symbolisé par l’alouette : « qui plane sur la vie, et comprend sans effort, / le langage des fleurs et des choses muettes ». Pour ces poètes utilisant le symbole, ils nous disent qu’il ne faut pas simplement décrire le réel, mais au contraire, percer les apparences, en découvrant derrières elles, les véritables idées des apparences matérielles…

G Le symbole permet de se faire comprendre par un groupe d’initiés sans être compris de ceux qui ne sont pas concernés. C’est un langage. Toute institution, toute association, toute discipline a son langage spécifique, son jargon et ses symboles.
Indépendamment des mots d’une langue, les symboles peuvent être représentés par de signes : triangle des francs-maçons, croix des Chrétiens, étoile de David du judaïsme, croissant et étoile de l’Islam, la clef de vie d’Isis chez les Egyptiens,  etc.
la symbolique est reprise par différents thèmes que l’on retrouve dans la symbolique des rêves ; les couleurs, les nombres, les animaux, les pierres, les anges ou envoyés, les fleurs, … Mais aussi les odeurs, les goûts (la petite madeleine de Proust), les vêtements et les costumes selon les lieux et les époques.
Les arts cultivent l’art de la symbolique également et ils parlent aux sens: la musique est écrite dans un langage symbolique et parle à l’ouïe sans les mots ;  la peinture a permis des représentations réalistes mais aussi interprétatives du réel jusqu’à l’abstraction et un mouvement artistique s’est appelé « les symbolistes » ; la  sculpture peut-être aussi une interprétation du réel de façon symbolique ; l’architecture peut aussi représenter des édifices selon de symboles pré-établis signifiants comme par exemple l’architecture du temple de Salomon …
Les mythes, contes et légendes permettent une approche symbolique des relations humaines et des comportements, des vertus et des perversions, du Bien et du Mal et des chances ou malchances de la vie… Un mythe peut-être très vivant et très explicatif des comportements : exp : le mythe d’Œdipe encore largement étudié et repris. Tous ces comportements symbolisés se retrouvent dans les contes de fées, les mythologies, et même certains mythes littéraires – de grandes oeuvres quasi initiatiques-…
On peut aussi évoquer en particulier la symbolique  biblique : les récits symboliques, les actes fondateurs, les gestes mystérieux ( le bâton érigé avec un serpent de Moïse ou le Christ qui dessine des bâtons et des ronds dans le sable devant la femme adultère), les envoyés de l’au-delà, les proverbes, les paraboles ou même le Cantique des Cantiques, long poème amoureux pour la Terre-femme,  ou les nombres et la Kabbale…
On peut citer aussi  d’autres symbole moins puissants mais qui fonctionnent dans nos sociétés actuelles : les logos qui identifient des associations ou des entreprises ou les marques de certains produits, les uniformes, l’héraldique avec les attributs qui permettent à certaines familles de se reconnaître dans leurs emblèmes et leurs armes, les symboles politiques ( la rose au poing, le flambeau, la faucille et le marteau…), les blasons des villes, les drapeaux des pays…On peut peut-être dire que si l’on excepte le dit expressément, tout est symbole dans nos comportements
On remet ensemble deux parties divisées d’un même objet (symbolon des Grecs et toutes les façons de fonctionner en étant détenteur de part et d’autre d’une partie d’un secret…). Tout est symbole… et tout parle clair à la fois pour celui qui a des oreilles pour entendre…

G Allégorie et symbole sont liés au point que l’on peut souvent utiliser un mot pour l’autre. Le symbole est représentation par un signe, l’allégorie, elle, nous dit plus en se servant des symboles et les illustre : par exemple « les trois petits singes » ou « le squelette armé d’une faux » sont des messages allégoriques. Victor Hugo dans l’allégorie « les châtiments » utilise le symbole de l’aigle :

« Il neigeait. Il était vaincu par sa conquête
pour la première fois l’aigle baissait la tête :
Sombres jours ! L’Empereur revenait lentement
laissant derrière lui Moscou brûlant, fumant ».


Les proverbes utilisent l’allégorie pour nous dire quelque chose : « Pierre qui roule n’amasse pas mousse », « Mettre tous ses œufs dans le même panier » « se battre contre des moulins à vent ». L’allégorie est souvent proche de la métaphore qui elle est dans la forme écrite l’usage d’images comme symboles qui donnent à l’esprit une représentation autre pour agrémenter ou pour augmenter la compréhension ou le ressenti.

G Le symbole permettant aussi des interprétations n’est pas vérité immuable. Le symbole nous met sur la piste de l’interprétation (Herméneutique Paul Ricœur), vers une vérité jamais définitive, mais toujours à trouver. L’eau par exemple a tant de symboles, où serait la vérité de « l’eau symbole ». Le symbole, le signe renvoie à l’absence, à ce qui n’est pas là, et avec le mot, le signe, je vais vers d’autres réalités, c’est en poésie, la métaphore (étymologiquement : l’au-delà du mot) qui vous emporte ailleurs, ce qui marque le caractère mystérieux du symbole. « Nous sommes facilement engluables dans les choses » (J.P. Sartre), le langage et ses symboles nous permettent de nous « désengluer »

Jean Bernard. Poème.

J’ai des saints! T’as du bol 
moi j’ai pas de seins!
t’as pas de bol mais tu gagnes un chirurgien et si tu as du bol c’est pas sain
mais si t’as pas de bol tu bois la tasse, tu te dis alors qu’il te faut deux saints
c’est merveilleux deux beaux seins. Tu te sens protégé à pleine mains tu les saisis
mais comme l’eau qui s’écoule entre tes mains tu en veux plus à étreindre 
mais pas de bol, t’as que deux mains, et les autres en profitent.
Finalement t’as moins de souci parce que les soucis c’est ta croix alors t’acceptes
dans ta dimension vous voilà symbiotes, vous faites des clans pour manger l’autre
mais les autres ont autant de mains que t’as de saints et moins de seins que t’as de mains  lors pour ne pas faire de « saincrétisme » je dirai que si tu as de la chance il faut que t’aies du symbole et tant que ça dure…
mais attention tout ces symboles sonnent creux. Mais pour suivre l’histoire il faut bien les connaître
mais n’en fais pas ta danse du cygne car à trop d’importance tu perds la chance
donne-toi un seul symbole, la liberté de parole ; penses-y car pour avoir la parole faut y penser
t’as pas compris!! Je recommence, j’ai des saints! T’as du bol, …….

G Le signal, les signaux sont générateurs de symbole dans la mesure où, par exemple, ces deux « tessons de brique » devaient de plus comporter des signes gravés, des dessins. Le symbole appartient au groupe, mais chacun peut avoir, en plus, ses propres symboles.

G On a vu par exemple chez des chasseurs en Afrique australe  des flèches marquées de symboles. Ceux qui possédaient la petite pierre qui portaient le même symbole apportaient la preuve que la, ou les flèches leur appartenaient. (Réf. La recherche. N° 428. Mars 2009)

G Faut-il se méfier des symboles ? Que pourrait-on leur reprocher ? Vis-à-vis de la pensée théologique du moyen âge, fortement symbolique, on leur a reproché d’avoir été un frein  à la pensée, parce que le réel n’était pas intéressant par lui-même, le réel n’étant alors intéressant que renvoyant à autre chose de supérieur. Une autre défiance à l’égard du symbole est d’y voir une communication ambigüe, secrète, discriminante. Etudiant en lettres, on m’a dit que tout mot était chargé de symbole, qu’il fallait toujours voir autre chose que le mot dans le mot, et pourtant j’aurais aimé « qu’un chat soit un chat »

Florence : Poème :                                          Bleu, Blanc, Rouge

Bleu comme le silence
Bleu comme une évidence
Bleu comme un abîme
Bleu comme le sang
Bleu comme le rang
Bleu comme un crime
Bleu comme une note
Bleu comme la tristesse
Bleu comme une ivresse
Bleu

Blanc comme la mort
Blanc comme une absence
Blanc comme le sort
Blanc comme la neige
Blanc comme une innocence

Blanc comme l’inconscience
Blanc comme une citadelle
Blanc comme le désert
Blanc comme le mystère
Blanc

Rouge, comme un point d’exclamation
Rouge, comme un coin enfoncé
Rouge, comme un poing levé
Rouge, comme l’alarme
Rouge, comme une arme
Rouge, comme les larmes
Rouge, comme le cri du bourreau
Rouge, comme l’écrit du mourant
Rouge, comme l’histoire
Rouge

G Quand Platon explique l’origine du sentiment amoureux et utilise le « symbolon » en décrivant le mythe des Êtres doubles : « Hommes-Hommes », « Femme-Femme », « Homme-Femme », ayant quatre mains, deux visages, deux sexes (identiques ou différents). Ces Êtres doués d’une force extraordinaire tentèrent d’escalader le ciel  pour combattre les dieux, et ils furent punis, coupés en deux. Et Platon nous dit, que chaque morceau regrettant sa moitié tentait de s’unir à nouveau à elle. Ce sont les deux éléments du symbolon, la quête de la moitié complémentaire…Pour Aristophane le symbole est « le moyen de figuration, de reconnaissance et de compréhension de ce qui échappe à l’apparence sensible et au discours »

G Peut-on faire autrement que d’utiliser le symbole, est-il incontournable ? Si l’on parle du symbole pour l’indicible c’est vraiment un outil de communication, mais en même temps si on l’utilise comme système c’est un produit de séparation parce qu’il ne fonctionne que partagé par ceux qui ont les mêmes conventions, le même système, des initiés. Pour être sensible au symbole dans la poésie, il faut avoir une panoplie des connaissances symboliques. Sa compréhension peut parfois demander la connaissance d’un tout pour comprendre un détail, pour bien saisir un chapitre de la Bible il faudrait en avoir lu 400.000. Si le symbole est fait pour nous amener vers l’indicible, à ce moment c’est un outil de communication comme n’importe quel signe. Le symbole appartient à quelque chose  qui permet de le désigner.., mais pas toujours, par exemple, le « svastika » symbole d’origine Indo-européen représentait, la lumière intérieure, la vie ; il est devenu symbole de mort avec les Nazis, inversion du sens de la roue, inversion du symbole, mort et vie…

G Les fleurs sont des symboles de choses plus difficiles à définir avec de simples mots : la pureté avec le lys, utilisé par les poètes, les écrivains (Balzac. Le lys dans la vallée) ou bien les lauriers pour la victoire…

G Les symboles nous parlent plus que les mots, dans le sens où ils ne sont pas coincés dans un étau strict. Bien des choses ne sont pas dites avec le verbe, c’est la musique, la peinture, la sculpture ; on fait du symbole avec des sons, avec des couleurs, ce qui parle à tous, au-delà des initiés…On est consommateur de messages implicites qui passent par le symbole : les croix que l’on trouve aux croisées des chemins s’adressent déjà à l’enfant qui passe, qui n’a pas été encore initié. Ça démarre quelque chose dans son esprit, dans son imaginaire, ça le prépare. C’est là moyen de communication et de propagande.

G Edith : Dans « La pratique de l’oxymore » Bertrand Méheust, nous dit que l’oxymore ressemble au symbole. L’oxymore assemble deux contradictions : exemples : « développement durable » « moralisation du capital » « flexisécurité », « Force tranquille », « croissance négative » etc. L’auteur met en évidence que toutes les sociétés ont toujours produit des oxymores pour exprimer des situations de tension, des conflits auxquels il était difficile de trouver une réponse dépassant le conflit, par exemple dans la Grèce archaïque (et là il fait référence à Nietzsche) au moment des tensions et des conflits. La Grèce était désignée comme à la fois Apollon et Dionysos ; Dionysos, l’ivresse et la folie, puis Apollon comme le calme, la beauté, la raison. Ce qui m’intéresse, nous dit l’auteur, c’est de savoir pourquoi aujourd’hui dans notre société il y a foisonnement d’oxymores. Ceux qui nous gouvernent, l’idéologie dominante, développe des oxymores pour dépasser les conflits, freiner, paralyser les oppositions potentielles. Cette société libérale cultive l’oxymore devant le manque de réponse à la crise mondiale, la crise sociale,  c’est l’oxymore pour cacher la réalité. Nous avions déjà vu un exemple d’oxymore politique en Allemagne, c’était le « National socialisme » qui veut dire à la fois « nationalisme », développement identitaire, et « socialisme » qui veut dire internationalisme.

G La croisée des chemins, où la religion va implanter le symbole de la croix, c’était chez les Païens des lieux magiques, il fallait alors chasser les anciens symboles. Il y a aussi des symboles religieux ou laïcs qu’on peut gentiment « désacraliser », et j’ose !

Poème de Florence:

La sardine.

Allons rampants de la flétrie
Le tour de foire est activé
Entre-nous de la zizanie
Le soudard beuglant est gavé (bis)
Suspendez au mât de cocagne
Le vizir atroce sabbat
Qu’il tienne juste dans ses bras
Un écorché de Charlemagne

Refrain
Aux larmes comédiens
Jetez vos cotillons
Crachons, bêchons
Qu’un vent très pur
Soulève nos haillons

Que peut cette harpe qui bave
Aux fêtes des lois conjuguées
Pourquoi ces vignobles de laves
Ces vers si longtemps retardés ? (bis)
Franchement j’ai vu c’est dommage
L’effort pour enfin exister
C’est fou ce qu’on peut éviter
A pendre au clou ce beau mirage

Refrain
…..

 

Quoi ? les votes que l’on digère
Perdraient  la foi mâchée, broyée
Quoi ? Ces archanges délétères
Feraient en toute impunité (bis)

 

 

Le mieux pour nos vies déléguées
Gnafron mis en joue distrairait
Nos vains espoirs oublieraient
En traîtres de nos vérités

Refrain
……..

G L’oxymore peut être une licence poétique ou littéraire, oser deux parties contraires pour exprimer une idée, frapper l’imagination, comme « un silence assourdissant ». Utilisé dans le discours politique c’est  presque un acte délictuel, c’est une manipulation sémantique, un brouillage du sens et des valeurs par désymbolisation.

G Parmi les symboles liés à notre identité il y a celui du pays auquel on appartient, pour nous c’est le coq. Depuis les Gaulois, le coq symbolise ce pays. Pour l’Eglise le coq est le symbole de la résurrection, il est sur toutes les églises, symbolisant  l’apôtre Pierre qui «  reniera trois fois le Christ avant que le coq  chante deux fois », rappelant par là, la faiblesse des hommes. On retrouvera le coq sur des Louis d’or, Louis Philippe fera mettre le coq sur le drapeau français, et il sera un temps sur les boutons des tuniques des militaires.   Lors de la révolution le coq remplace le lys, en 1793, 1848, et sous le Commune,  nous retrouvons le motif du coq avec un bonnet phrygien ou le  « coq sur un canon » qui symbolise la révolte du peuple. Le coq  nous symbolise à tel point que les Espagnols nous appellent « Los gallos » (les coqs). Le chant du coq symbolise le lever du soleil, mais il faut être du pays du coq, car quand  notre coq fait cocorico, le coq espagnol fait « Quiriquiqui »,  le coq anglais fait  « Cock- a-doodle-do »…. Dans les campagnes chinoises ont trouve des coqs peints sur les portes, ils sont censés chasser les démons, lesquelles, dès le chant du coq, disparaissent. On recommandait aux enfants s’ils rencontraient un démon d’imiter le cri du coq.  Même s’il est des emblèmes, des symboles  plus nobles, nous retrouvons le coq sur le maillot des sportifs français. Il est le symbole de ce pays qui fut surtout agricole, d’une France courageuse, opiniâtre. Le coq  annonce l’aube, le renouveau, il est  le passage de l’ombre à la lumière, de l’ignorance au savoir. Comme signifiant il  reste somme toute, un symbole d’une fierté toute relative,  à côté de ceux qui ont choisi un lion, ou un aigle

G Si je suis en face d’un symbole c’est comme si j’étais en face d’un tableau  qui met en évidence une idée, une pensée, une émotion. Comme l’œuvre, il vous laisse rarement indifférent, il établi un lien entre ce qui est donné à voir et notre « moi », il ouvre la voie de l’interprétation, la voie pour échanger, il enrichit notre lien avec l’art…

G Le symbole ne se crée pas seul, il est une trace, un marqueur du temps,  de notre histoire.
Le roman de Jean Giono « Regain » est rempli de symboles. Des symboles qui parleraient plus à ceux qui sont d’origine de « la Terre », d’origine rurale. Le blé, la terre, le pain, y sont érigés en symbole. La  déesse Déméter symbolisait la Terre et la fécondité est représentée avec une gerbe de blé dans les bras, le blé don des Dieux. Giono dans son roman  nous  décrit ce paysan que tient une poignée de  terre dans sa main,  qui la hume, geste qui  nous rappelle l’union millénaire de l’homme et de la Terre. Tous ces symboles sont « les sédiments déposés dans notre mémoire, dans notre inconscient collectif » (Jung).  Le blé dans toute sa symbolique, est : nourriture première, promesse d’avenir, des semences et des récoltes qui répéterons les gestes ancestraux, des gestes qui nous relient à nos ancêtres. Ce blé ce sera le pain, autre symbole puissant, à tel point que les religions utiliseront ce symbole, du pain azyme jusqu’à  « donnez-nous notre pain quotidien ». Le pain a très longtemps été sacré, il fallait « aller gagner son pain », sa symbolique se perd Je vois parfois dans les grandes surfaces du pain dans les caddies, du pain noué en  cravate dans son plastique, du pain qui finira pour partie à la poubelle, tout un symbole de la société de consommation  irresponsable. Dans un film commenté par l’humaniste Jean Ziegler « we feed the word » ( nous nourrissons la terre) on voit en Autriche des usines à pain qui jettent des bennes entières de pain fabriqué en trop, puis peu après on nous montre des mamans dans des favelas du nord du Brésil  qui font bouillir des pierres en disant aux enfants : – on va bientôt manger ! En espérant qu’entre temps ils s’endorment. Et  le blé devient peu à peu la propriété commerciale de groupes, la semence perd son symbole, elle est devenue « Organisme génétiquement modifié », ce qui amène à la ruine des milliers de paysans du tiers monde : alors  à ce symbole de la gerbe de blé  il faudra  en ajouter un autre, la faux. !

G Conclusion : De la diversité des approches on peut retenir principalement : que le symbole moyen de reconnaissance associe les idées pour nous faire connaître et reconnaître, qu’il pouvait aussi bien être un lien, que réservé à des initiés. Qu’en tant que signe il était plus arbitraire, et n’est plus alors symbole conventionnel. On a évoqué de diverses façons sa puissance sur la pensée, sur les émotions, par son usage dans les arts, à la fonction parfois métaphorique ou métaphysique ; que sous ses diverses formes, du sacré au profane, il s’adresse directement à l’inconscient. Puis nous avons évoqué les risques liés aux symboles, à sa manipulation, pour faire passer des messages implicites, ou déprogrammer les esprits. Dans notre champ de réflexions philosophiques nous avons retenu cette fonction : montrer l’invisible dans le visible, thème inépuisable, il nous restait beaucoup à voir  ….

 

 

 

 

 

 

 

 

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Une réponse à Quelle est la fonction du symbole?

  1. ce vos discutions est magnifique.
    Le signe est un intermédiaire entre l’esprit et la chose signifiée. Il ne peut révéler cette chose qu’à la condition d’un rapport entre elle et lui; de plus, il faut que l’esprit conçoive ce rapport lorsque le signe paraît. Ce rapport étant naturel ou de convention, il suit qu’il y a, en général, deux sortes de signes : naturels et artificiels (ou conventionnels). Le signe conventionnel est celui qui est attaché à la chose signifiée par une convention humaine : par exemple les signaux maritimes, les notations de la musique. Le signe naturel est celui qui est lié à la chose signifiée par une lui de la nature; par exemple la fumée, signe du feu; les gestes et les cris, signes d’émotions. Règle générale : la cause est le signe naturel de l’effet, et l’effet signe naturel de la cause. Le groupe le plus important de beaucoup est le langage. Ici la «chose signifiée » est un état de conscience, et, plus spécialement, une idée abstraite; et le signe est produit volontairement par l’humain pour exprimer cette idée ; c’est, soit un geste, soit un caractère tracé à la main, soit un son. Nous n’avons pas à étudier ici ce groupe de signes.

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