Café-littéraire autour de l’oeuvre de Pascale Gautier: Les vieilles

 

Illustration de la couverture du livre de Pascale Gautier: "Les vieilles "

Restitution du débat au Café-littéraire de Chevilly-Larue
le 27 février 2013

Débat : G Ce livre sur « les vieilles » vues par elles-mêmes, sans complaisance, avec un humour grinçant parfois, est un tableau qui suscite la réflexion sur cette période de la vie, sur le détachement et l’indifférence envers les générations suivantes. Tout au long de cette lecture, nous ne pouvons pas ne pas nous questionner : Ne risquons-nous pas de devenir ces personnes égoïstes, blasées et désintéressées du véritable lien social ? Comment rester un acteur à part entière de la vie le plus longtemps possible ? Mais on peut aussi se demander si, parfois, l’indifférence relative au monde extérieur ne serait pas un refuge nécessaire au grand âge ?
Par ailleurs, ce livre nous montre, même si le trait est volontairement outré, des villages entiers, bénéficiant d’un climat propice et qui ne sont plus que des villages de vieux, des ghettos de vieux, créant une séparation nocive entre les générations. Ce village ou plutôt cette communauté de personnes exclues du monde actif, a un nom avec une curieuse résonance, comme de dernière demeure, « Le Trou ».
Car, si l’on vit de plus en plus vieux, ce temps gagné ne doit pas servir qu’à prolonger la sénilité. Cela amène la réflexion d’un personnage dans le livre (page 40) : « Elle n’aurait jamais cru que le monde devienne si performant. Qu’un jour l’homme vive jusqu’à cent-quatre ans, alors qu’au Moyen-âge, à vingt quatre ans, on était un vieillard […]. Qu’est-ce qu’on peut faire pendant cent-quatre ans ? C’est long tout de même et c’est court. Il y a de quoi s’ennuyer… »
On voit la situation de personnes qui n’ont pas vraiment anticipé, aménagé ce temps libre de cette période de retraite. La question se pose alors : Que vais-je faire de tout ce temps en plus ? : « Regarder la télévision », « faire les voyages de groupe du 3ème âge », « rentrer dans l’association de Scrabble », et quoi d’autre ?
Tout au long de l’œuvre, nous verrons fleurir les poncifs, les rapports des gens avec la télévision et les scènes comiques qui en découlent.
Je reviendrai plus tard sur le style, le rythme et la syntaxe.

G Dans le contexte du livre, c’est le climat et la publicité bien faite qui attirent des personnes âgées dans ces régions qui nous font penser à la région Alpes – Côte d’Azur, par exemple du côté de Gap, qui bénéficie d’un microclimat. Selon les statistiques de l’INSEE, les villes qui comptent le plus de personnes âgées en France sont Dinard, puis Nice…
Ce livre m’a mis mal à l’aise, car je le trouve trop caricatural, trop schématique. Heureusement, toutes les personnes âgées ne sont pas comme cela. Ce qui en ressort, ce qu’on voit progresser dans le livre, c’est la fin prochaine de ce monde avec l’annonce de la météorite ; on sent une angoisse qui monte, on voit comment les gens réagissent. Le livre s’arrête le jour où la météorite doit tomber. En tout cas, ce livre amène à réfléchir sur la vieillesse.

G Je n’ai pas pris de plaisir à lire ce livre, parce que j’aime bien dans une lecture rencontrer des personnages que je vais aimer. Et là on ne parle pas d’amour ; on rit, on ricane ; il n’y pas de sentiment réel ; c’est faire du comique, de la dérision avec la vieillesse.

 

G Tout d’abord, c’est le livre d’une personne jeune, et Pascale Gautier dédie son livre à « sa vieille ». Elle parle d’un problème depuis son prisme. Peut-être qu’elle montre un aspect caricatural, mais c’est un parti pris de faire ainsi et d’essayer de présenter ces personnages de façon symbolique, notamment avec cette ambiance de fin du monde avec cette météorite qui annonce aussi la fin des personnages.
Ce que j’aime assez chez ces femmes, c’est leur côté impertinent. Cela m’a fait penser à La vieille dame indigne, à Arsenic et vieilles dentelles, ou encore à Tatie Danielle, toutes ces œuvres où l’on montre la vieillesse sous l’aspect de vieilles femmes assez ludiques, qui n’en font qu’à leur tête, qui se moquent des conventions.
Ce n’est pas parfaitement représentatif du siècle ; ce ne sont pas des dames bien rangées. On est dans quelque chose de drôle et rien n’est méchant.
Comme ce n’est pas conforme à ce que l’on attend, alors, cela nous dérange ; c’est tout le contraire du conformisme, de l’image du petit vieux ou de la petite vieille, bien propres,  qui attentent sagement la fin de leur vie. On doit surtout y voir une grande solitude ; pour cela, elles ont besoin d’être entre elles et sont prêtes à rencontrer n’importe qui pour ne pas être seules.
Donc, si on peut discuter sur la forme, il y a un vrai questionnement : Qu’est-ce qu’on attend, nous, de la vieillesse ? Est-ce qu’on est prêt à être indigne dans ce modèle de vie sociale ?
Finalement, l’ouvrage sort de ce que nous souhaitons comme norme. Ces vieilles sont quand même sympathiques, mêmes si elles sont un peu déjantées.

 

G J’ai trouvé que ce livre était plein de clichés, on n’apprend rien dans ce livre sur la vieillesse. Tout cela, on le savait.
La couverture était très prometteuse, avec cette petite vieille aux yeux malicieux qui semblait dire : Vous allez voir ce que vous allez voir ! Mais je n’ai pas vu grand-chose en dehors de la tristesse, de la mesquinerie, de l’égoïsme. Aucun des personnages ne semble s’intéresser réellement aux autres. Cela m’a rappelé des choses tristes, vues dans des maisons où les gens ont perdu la tête. Quant à la dernière retraitée qui arrive dans cette ville, elle se rapproche surtout du crématorium.

 

G J’ai eu le sentiment, par moments, que cela pouvait partir vers quelque chose d’intéressant quand, tout d’un coup, il y avait de l’humanité, car moi aussi il faut que j’aime les personnages. J’ai pensé que la dernière retraitée arrivée allait apporter quelque chose. De plus, elle tombe amoureuse, elle a un coup de  foudre : « La foudre transperce son omoplate. Elle manque défaillir et se retrouver, toute petite, sur la balançoire dans le jardin des voisins. Emile la pousse de toutes ses forces. Sa robe se retrousse sur ses jambes, et elle s’envole dans le ciel bleu de son enfance. » (Pages 85/86). Je me suis dit : Tiens ! Voilà une porte qui s’ouvre avec une certaine pureté, même un peu de naïveté.
A un moment donné, j’ai bien aimé le personnage de cette femme qui n’a pas grand-chose à faire de sa journée. Au matin, elle sort sa voiture « La 106 verte constellée de bosses », elle part pour la journée, pleine d’espoir. Puis, les courses faites, « elle laisse la voiture dans la cour […]. Il est neuf heures du matin. Elle n’a plus rien, à faire. » (Page 169).
Donc, on peut parfois ressentir une certaine empathie. Mais des personnages arrivent et sont peu exploités. Du coup, j’en ressors avec pas grand-chose, mais je me suis quand même demandé si je n’étais pas passée à côté de quelque chose de par la forme du livre ou de ce qu’il voulait dénoncer.

G Parfois, c’est vrai que c’est caricatural, mais, hélas !, cela existe. Il y a du vrai là-dedans ; il ne faut pas se leurrer. Même si certains d’entre-nous ne sont pas loin de cet âge, nous avons une vie active. J’ai eu quand même du plaisir à lire ce livre, et je vais être méchante, mais la fin du personnage « Monsieur muscle », cela m’a fait bien plaisir.

G Bien sûr, qu’il y a des personnes comme cela, mais, ce qui est triste, c’est que dans ce livre, elles sont toutes comme cela. Une personne ouverte aux autres peut se faire une vieillesse plus intéressante. Le sujet est un peu grinçant. Je ne recommanderai pas cet ouvrage, car il ne propose rien de positif.

G Je ne peux pas dire que j’ai détesté ce livre, car il m’a intéressé pour plusieurs raisons. La première, c’est parce que je suis en train de préparer ma retraite ; cela me fait réfléchir, car ce qu’on voit est très réel ; on voit cela aussi dans des villages reculés. Toutes ces vieilles, elles ne sont pas très vives ; elles ne lisent rien ; il y a un grand vide intellectuel, ce qui les rend mesquines et refermées sur elles-mêmes. En fait, elles tombent moralement et dans tous les sens du terme. J’espère que je ne vais pas devenir comme cela ! C’est un peu morbide ! Elles ne font qu’attendre la mort !
Ce qui m’a frappée dans le style, dans l’écriture, c’est qu’il a peu de virgules. Il y a des phrases très courtes ou des phrases très longues sans une respiration là où en attendait.
Finalement, est-ce que ce livre n’est pas fait pour nous faire réfléchir sur cette époque de la vie, sur l’enfermement intellectuel et social ?

G Bien sûr que ce genre de personnes, cela existe. Je vis une partie de l’année dans une ville méditerranéenne. Les personnages comme Madame Chiffe, Madame Rousse, Maguy, j’en ai vu très exactement les copies : ce sont des veuves désœuvrées qui se réunissent entre veuves désœuvrées. J’ai perdu, hélas, une parente, qui chaque jour retrouvait des « vieilles ». Elle vivait tous volets fermés, avait peur de tout et laissait la télévision à fond toute la journée « pour faire compagnie ». C’est triste, cela ne me fait pas rire, mais quand on a des personnes âgées qu’on veut maintenir chez elles, cela arrive, et ce sera toujours mieux pour elles que d’être dans un établissement.
Dans le livre, bien sûr, on n’échappe pas aux poncifs que nous avons sûrement tous entendus au moins une fois dans notre vie : « Heureusement qu’on n’est pas en chine ! Là-bas, ils travaillent vingt quatre heures sur vingt quatre ! Ils font ça jusqu’à leur mort ! Ils sont forts ces chinois !Les Chinois, ils ont l’air de sourire tout le temps, mais on ne sait jamais ce qu’ils pensent. – Ils vont nous écrabouiller menu ! Neuf milliards de Chinois, ça va être ! Vous verrez ! Le rouleau compresseur jaune !Vous pensez qu’il n’y aura plus que des Chinois, Lucette ?Bien sûr, Maguy ! Les Blancs, c’est du passé ! On est toujours en train de cocoriter qu’on est les meilleurs, alors qu’on est comme sur le Titanic juste avant le grand naufrage. » (Page 89/90).
Le tableau est parfois cruel, mais cela existe ainsi et il vaut mieux en rire qu’en pleurer.

G Je me demande si, en lisant ce livre, on n’est pas gêné parce qu’on rejette tout à fait cela, cette vision de la vieillesse et de la mort. Ce n’est pas un livre sur les « vieux » en général, c’est un livre sur les vieux et (surtout) les vieilles qui habitent ce lieu, « Le Trou », ce village ou cette ville.
Par ailleurs, je connais un monsieur qui habite la région PACA et qui se promène en bermuda, comme le personnage de Pierre Martin dans le livre ; comme lui, il court pour se tenir en forme.
Il y a une chose qui m’a bien plu dans le livre, c’est la relation mère – fils, avec celui qui vient tous les week-ends chercher sa mère, qui l’emmène chez lui et qui la ramène, qui fait tout pour qu’elle soit heureuse et qui systématiquement se fait « engueuler ». Il lui dit que « si c’est comme comme ça, je te ramène », et elle lui répond, « t’es pas capable » ; elle critique sa belle-fille. Il y a des vieux qui sont impossibles ; c’est bien de le dire, c’est la vérité ; on sait que le sale caractère, cela persiste !
A propos de la vie des personnes âgées, il y en a qui ont plein d’activités ; elles sont privilégiées, parce qu’elles habitent dans une ville où il y a plein d’activités culturelles, une vie associative, et même un café-philo !, ce qu’on ne trouve pas partout dans la région PACA. En outre, il y a les problèmes de santé et de mobilité, qui touchent beaucoup de personnes âgées et, pour elles, la télévision, c’est quelque chose de très important.
Donc, cela existe, cela nous dérange parce que cela appuie là où cela fait mal. C’est pour cela que ce roman nous frappe ; ce n’est pas pour rien qu’il a obtenu un prix littéraire, le Goncourt.
Par ailleurs, qu’est que c’est que cette ville où il n’y a rien pour les personnes âgées ?

G Si, il y a le crématorium !

G Les gens sont venus dans cette ville pour le soleil, mais cela ne suffit pas. Nous avons là, un échantillonnage avec ses archétypes. Il y a bien peu d’hommes, en dehors du vieux coureur (à tous les sens du mot !) et du jeune employé du crématorium qui fait « du bien » aux vieilles dames.

G Il y a des gens qui vivent dans leur rythme ; on ne peut pas les rendre fautifs de leur choix. Il y a parfois plus de solitude dans les villes que dans les campagnes.

G Il y a des formes d’humour qui me choquent ; je n’ai pas envie que les gens qu’on aime soient risibles. Le mot « les vieilles » est un mot qui ne me plaît pas ; cela ne veut rien dire. Il n’y a que des temps différents. Ce qu’on voit dans le livre, c’est ce qu’il ne faut pas faire. Mais pour ceux qui ont une richesse intérieure, le plaisir de la rencontre, cela peut durer toute la vie.

G Il y a des personnes âgées, comme Stéphane Hessel, qui ont fait de leur vie quasiment une œuvre d’art. Mais ce monde est fait de gens beaucoup plus ordinaires, et c’est de ceux-là dont parle ce livre. Ce n’est pas un milieu bourgeois, pas un milieu de nantis, pas un milieu intellectuel ; nous ne sommes pas tous des agrégés de philosophie. Ces femmes, ces vieilles, sont très représentatives d’un certain milieu qu’il faut bien nommer, c’est le milieu populaire, avec ses problèmes, ses souffrances, et souvent avec de très petits moyens.

G Le jeune Kevin, qui est employé au crématorium, aime beaucoup les veuves. Pour lui, il est content parce qu’il y a des gens qui meurent. (Page 152)
«  – En tous cas avec tout ça, je risque pas d’être au chômage !
–          Tu ne penses qu’à ça, ne pas être au chômage…
–          Croque-mort ! Le job idéal parce qu’il aura toujours des gens qui trépassent.
–          Tu es étrange mon Kévin…
–          Un jour y aura plus de pétrole, mais il y aura toujours des macchabées.
–         
–          Ceci dit, si on n’a plus de pétrole, on aura du mal à les faire cramer »
Là, c’est de l’humour un peu limite.

G Ces femmes sont pauvres, en mauvaise santé ; de ce fait, elles se renferment. Il y a aussi chez les personnes à la retraite de grandes disparités de moyens.

G Quand je lis, j’aime bien savoir l’intention de l’auteur ; on crée des personnages, on déroule une histoire. J’ai pensé au film italien Affreux, sales, et méchants, réalisé par Ettore Scola et sorti en 1976, film grinçant avec des scènes choquantes. Le livre Les vieilles serait un peu dans ce style ; alors, est-ce que l’auteure aurait des comptes à régler ? Elle crée des personnages qu’elle balaie très vite, puis vient la météorite qui va la débarrasser de tous les personnages. Il n’y a pas d’amour. Qu’est-ce qu’elle veut nous dire ? Qu’il ne faut pas tomber là-dedans ?

G Je refuse les réunions qui sont exclusivement entre personnes du troisième âge. Ce que j’aime, c’est le mélange de générations. Aujourd’hui, on fait des expériences de maisons du troisième âge couplées avec une garderie d’enfant.

G Le jeune homme, Kevin, explique pourquoi il aime les vieilles, et c’est plein de gentillesse. Page 195 : « Aux pompes funèbres, il s’était senti tout de suite chez lui. Tout lui plaisait. S’occuper des fleurs, des cercueils, des cadavres. Surtout ceux des vieilles. Il avait un faible. Les filles de son âge ne l’avait jamais intéressé ; ça n’a pas de goût, pas d’épaisseur. C’est souvent nunuche. Ça ne pense qu’au confort et à la sécurité. C’est ennuyeux. Les vieilles, elles, sont pleines de mystère. Elles portent en elles leur vie qui leur échappe. C’est un poids qui peut parfois les écraser. Combien d’années pour en arriver là. Bossue, claudicante, sourde ou borgne. Combien d’histoires, combien d’oublis ? Kevin est muet d’admiration. Elles sont les vraies déesses. Nombreuses et uniques, elles sont le signe de notre temps. Il s’en fout, lui, de demain. Il peut [l’astéroïde] péter. Bon vent. Ce serait juste sympa s’il ne tombait pas sur son crématorium ».

G Le politiquement correct, la pruderie de langage, veut qu’on écarte certains mots de notre vocabulaire. Pour ne pas prononcer le mot « vieux », on va utiliser par exemple « les aînés » ou encore « l’âge mûr ». Desproges avec son humour noir, nous disait que : « L’âge mur, c’est ce qui précède l’âge pourri ! »

G La syntaxe est tout simplement celle du langage des personnages, c’est-à-dire un parler simple, de tous les jours, avec les aspects drôles de réflexions que peuvent faire de vieilles dames. Au passage, on peut relever un oxymore (réunion de deux mots de sens contraires) pour appuyer l’idée : « le cerveau du jeune vieillard bouillonne. »

Le rythme : Il y a unité d’action ; on progresse dans le temps des personnages ; le rythme se trouve imposé naturellement par le vécu des personnages. On rentre de plain pied dans leur vie, et la suite, le rythme, s’impose, avec toutefois ces quelques phrases répétitives, qui soulignent le caractère monotone et répétitif de la vie des vieilles personnes.

Le style : L’auteur nous fait assister comme dans un film à une tranche de vie. Le sujet est traité avec humour, causticité ; ceci pour compenser un peu des aspects cruels, une réalité parfois un peu rude. Une écriture plus élaborée n’aurait pas convenu. De fait, la narration est surtout portée par les personnages.
C’est un tableau avec les personnes et leur quotidien, sans fard, sans envolée épistolaire, sans recherche de style particulier, apparemment, car l’auteure semble s’amuser à imiter le style d’écrivains qui commençaient un chapitre par une envolée lyrique. C’est ce qu’on découvre  page 91 et au début du dernier chapitre : « L’aurore en robe de safran éclaire les lointains. A l’est, les sommets prennent la couleur des doigts de roses. » L’auteure fait un clin d’œil à Homère, puisque c’est au chant XIX de L’Iliade que se trouve cette phrase : « L’aurore en robe de safran » ;  Homère parle également de  «  l’Aurore matineuse aux doigts de rose ». Ecriture simple, peut-être, mais on a quand même ces références !
Pascale Gautier se livre même, ou s’amuse, à placer ça et là certaines petites phrases, comme des petits cailloux, une scansion, quelque chose de métrique. La phrase que l’on repère d’emblée et qu’on retrouve sept fois est : « On dirait des cigales qui, dans le bois, sur un arbre, font entendre leur voix charmante. » Puis, cinq fois cette phrase : « la Peugeot 305 noir brillant astiquée du matin ». Puis, lorsque Nicole (l’un des personnages) est contente, elle dit : « Elle en danserait la Souappe d’Aoussa Biné Double-Glisse. » Et d’autres petites phrases semées de temps à autre, tel : « Mais l’être humain se fait à tout, paraît-il. »
Comment cet arrangement peut-il agir sur le lecteur : sentiment de complicité ou autres sentiments ?

G « La Peugeot noir brillant… », ce n’est pas seulement une scansion – répétition ; cela classe complètement le personnage ; cela vaut des pages de description psychologique. De même, dans la phrase « On dirait des cigales… », cela révèle bien l’ambiance. Souvent, dans une phrase très courte, l’auteure en dit beaucoup ; c’est une écriture dynamique. Ses phrases sont des images.

G On retrouve une structure qui fait penser aux films de Lelouch ; les liens entre les personnages se découvrent au bout d’un moment, C’est ce qu’on a nommé « la Nouvelle Vague » ou aussi « le roman moderne ».

G Le poème de Florence :                   Rêves avortés

Digne de figurer au panthéon des vieux
Le ciel est sur les toits, bleu comme une évidence.
Vie ta vie mon enfant, ton bonheur est odieux
Les carreaux de l’envie sont sales, c’est la déchéance

Le ciel est sur les toits, bleu comme une évidence
Le soleil au milieu et ses rayons glorieux.
Les carreaux de l’envie sont sales, c’est la déchéance
Je pleure encore un peu à l’heure des adieux

Le soleil au milieu et ses rayons glorieux
S’impose à chaque jour, beau temps en résidence.
Je pleure encore un peu à l’heure des adieux
Les souvenirs encombrent au bout de l’existence

S’impose à chaque jour, beau temps en résidence
J’ai rêvé d’un nuage aux roses camaïeux
Les souvenirs encombrent au bout de l’existence
Et les rêves étouffés s’agitent au fond des yeux

J’ai rêvé d’un nuage aux roses camaïeux
L’aurore est un voyage en vague renaissance
Et les rêves étouffés s’agitent au fond des yeux
Les regrets aujourd’hui se font condoléance

L’aurore est un voyage en vague renaissance
C’est la vaine promesse d’instants harmonieux.
Les regrets aujourd’hui se font condoléance
Comme les jouets cassés d’un enfant capricieux

C’est la vaine promesse d’instants harmonieux
Derrière la fenêtre s’évaporent en silence.
Comme les jouets cassés d’un enfant capricieux
J’aurais voulu si fort après chaque échéance

Derrière la fenêtre s’évaporent en silence.
Quelques âmes damnées, perdues au fond des cieux.
J’aurais voulu si fort après chaque échéance
Nager dans le mirage des espoirs audacieux

Quelques âmes damnées, perdues au fond des cieux
Montent dans la fumée, paquebot en partance.
Nager dans le mirage des espoirs audacieux
J’avais comme alibi, le si… la circonstance

Montent dans la fumée, paquebot en partance
Et moi je reste là, bibelot disgracieux
J’avais comme alibi, le si… la circonstance
Digne de figurer au panthéon des vieux

Films cités :

Arsenic et vieilles dentelles, film américain réalisé par Franck Capra, sorti en 1944.
La vieille dame indigne, film français réalisé par René Allio, sorti en 1965.
Affreux, sales, et méchants, film italien réalisé par Ettore Scola, sorti en 1976.
Tatie Danielle, film français réalisé par Etienne Chatiliez, sorti en 1990.

 

 

 

 

 

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