Le droit à la différence

Le droit à la différence

Victor Brauner. 1942

Restitution du débat du Café-philo de L’Haÿ-les-Roses du 4 décembre 2013

 

Introduction par Mireille :
Il y a deux sortes de droits : d’une part, la prérogative dont on peut se prévaloir en tant que personne, et d’autre part, celui qui concerne plutôt les règles qui régissent les rapports des individus entre eux. La différence, c’est l’ensemble de tous les caractères qui divisent, qui opposent une chose à l’autre, ou un être à l’autre.
La différence peut aussi être dans des critères qualitatifs et, quand on parle de qualitatif, cela peut entraîner des jugements de valeur. Et là, on va ériger une échelle de valeurs, avec le danger d’amener l’ostracisme, la discrimination.
En ce qui concerne le droit à la différence, je le vois comme une possibilité dans la liberté dont chacun dispose, d’avoir un certain nombre de signes ou d’attitudes distinctes des autres. En fait, cela revient à parler du droit à l’identité personnelle et à être à soi-même, ce qui implique que chacun peut exprimer sa particularité, sa spécificité, sans que ce soit considéré comme une infériorité ; cela revient à accepter l’autre, tel qu’il est, tel que je ne suis pas.
Donc, on parle de droit et tout droit implique nécessairement pour s’exercer complètement un devoir de tolérance. Cela touche à la liberté d’autrui : en matière d’opinion, de croyance et d’acte avec une possibilité d’acceptation d’écart par rapport à la norme.
De tout temps, cette notion de liberté et de respect des libertés, comme dans notre prochain débat sur les religions, pose le droit à la différence. Cela peut illustrer la revendication fondamentale à la liberté individuelle face à des règles édictées parfois par un Etat. Cela pose la question : Peut-on ne pas être semblable dans ses croyances, dans un peuple souverain ? Je prends pour exemple l’Edit de Nantes, édit de tolérance du 13 avril 1598, qui a accordé aux protestants le libre exercice de leur culte.
J’ai pensé, bien sûr, aux emblèmes de notre république : Liberté, Egalité, Fraternité, règles pour le bien vivre ensemble. Dans ces termes, l’égalité ne va jamais sans l’altérité, soit, prendre l’autre en compte. Les lois et les normes ont justement été édictées pour faire cohabiter les différences et à la fois préserver une certaine paix sociale. En fait, je constate qu’il y a quand même un écart entre la loi et ce qui se passe chaque jour ; on s’aperçoit parfois que le droit à la différence reste théorique, qu’il n’est pas concret.
Alors, pour moi, ce droit à la différence s’articule sur deux pôles, qui sont : le choix, la liberté de choix, et la nécessité de chacun d’entre nous d’être reconnu, donc, le droit à la reconnaissance.
Cela peut avoir aussi deux actions complètement opposées et nous séparer, si on n’accepte pas la différence ; ou, au contraire, cela peut être l’occasion de découvrir une nouvelle dimension de l’humanité, d’où un choix entre refuser ou dire : Oui, tiens ! Il y a quelque chose à glaner là-dedans !
Là où il y a un vrai problème, c’est quand il n’y a plus de choix. S’il n’y a plus de choix, cela veut dire qu’on a déjà choisi pour nous, que notre liberté n’existe plus. Le droit à la différence, c’est, pour moi, le droit universel à la vie. On trouve cette formule chez Adam Smith, pour qui ce besoin de reconnaissance « est le désir le plus ardent de l’âme humaine » et, de même, chez Hegel, pour qui l’homme aspire aussi à la reconnaissance.
Je dirais, qu’on soit semblable ou différent, qu’on soit en communion avec les autres ou en lutte contre les autres, que ce sont  toujours les autres qui nous confirment notre existence.
Alors, être différent ? Ou se conformer scrupuleusement aux normes du groupe ? Ces deux formes de reconnaissance ont parfois des hiérarchies mouvantes dans la société.
J’aurais tendance à penser qu’il y a un état, un aller-retour entre ces deux pôles; c’est-à-dire que, parfois, on a besoin d’affirmer ses différences ou, au contraire, de se fondre dans la masse ; cela dépend du contexte, de la personnalité.
Ces deux attitudes diamétralement opposées peuvent entraîner ou du bien ou son contraire. La problématique est donc de trouver l’équilibre entre ce qui fait notre individualité et la cohabitation harmonieuse avec nos semblables. La psychologie nous dit qu’on ne peut se construire soi-même sans une échelle de valeurs personnelles, en échappant à la pensée unique, au diktat des modes, à la conformité. On ne peut s’affirmer qu’en se différenciant des autres. Mais on ne doit pas pousser trop loin le désir d’être unique ; il ne faut pas faire comme le zèbre qui se vante d’être noir avec des rayures blanches.
Chez certains, il y a même une tendance à devenir rebelles pour affirmer leur différence, en refusant de se plier à l’ordre établi, aux normes, et à s’affirmer selon ses propres règles.
Dans La connaissance d’autrui, Raymond Carpentier dit : « Ce qui importe, ce n’est pas de savoir à qui et à quoi ressemble quelqu’un, c’est de découvrir en quoi il ne ressemble à aucun autre. » J’aurais tendance à ajouter, toujours en faveur des gens qui cherchent à se distinguer, que le monde avance grâce à ceux qui cultivent la différence.
Mais certaines différences ne sont pas un choix personnel ; on peut naître avec sa différence ; du coup, cela va entraîner des discriminations, qui sont d’origine : couleur de peau, apparence physique, sexe, etc. C’est alors, ou une différence subie, ou une différence choisie. Il s’agit d’être respecté et reconnu dans ce que l’on est ; l’observation de nos sociétés donne à penser que ce n’est pas acquis. Je pense à l’écart des salaires hommes/femmes, au travail pour les handicapés.
Si on prend le postulat du droit à la différence, c’est, tout simplement, le droit de vivre en évoluant vers le meilleur de soi-même, pour réaliser la plus haute dimension humaine possible. Pour moi, la seule issue possible est déjà le respect et l’amour de soi-même. Car, par là même, j’aime tout homme et je respecte tout homme.
Plutôt que de fonder un droit à la différence, les philosophes ont pensé à une universalité, c’est-à-dire, ce qui nous rassemble tous, dans une identité de l’humanité sous toutes nos formes différentes. « Tout un homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui. » (Jean-Paul Sartre. Les mots)

Débat : G Le piège le plus évident dans toute relation réside dans la tentation de nier la différence de l’autre. Alors que nous devons dénoncer la différence qui éloigne les individus et les sépare en les catégorisant, le désir d’effacer à tout prix toute différence, nous ramène au relativisme  « tout est égal, tout se vaut ». C’est en partie le sens du dernier ouvrage d’Alain Finkielkraut L’identité malheureuse, où il nous explique, en substance, qu’au nom d’un pseudo-humanisme, menée par des bigots d’un humanisme béat, il faudrait que les pays accueillants renoncent, abjurent ce qui est un héritage socioculturel, sans quoi, toute manifestation de cette culture serait, pour ceux qui n’en ont pas toutes les clefs, une discrimination. On voit là comment  les mots, les concepts peuvent être dévoyés.
Il aborde ce sujet délicat avec cette phrase, par exemple : « …il nous faut combattre la tentation ethnocentrique de persécuter les différences et de nous ériger en modèle idéal, sans pour autant succomber à la tentation pénitentielle de nous déprendre de nous-mêmes pour expier nos fautes. » Méfions-nous, dit-il plus avant, « des démons de l’identité, comme des démons de l’universalité ».
J’ajouterais que nous ne pouvons nous accepter les uns les autres que si nous acceptons nos contradictions, nos différences, ce qui ne nous met pas en demeure de nier toute différence.
Si l’on imagine que toutes les différences sont effacées, il n’y aurait plus qu’une seule catégorie de  fleurs, une seule catégorie d’oiseaux, une seule catégorie d’hommes, une seule catégorie de femmes… L’unicité des êtres est un don inouï.
Par ailleurs, je suis toujours dubitatif devant ceux qui mettent en avant, tel un étendard,  leur différence. Ceux qui insistent sur une singularité. Je n’aime pas, je ne souhaite pas paraître différent ; non par conformisme, mais par respect de l’Autre.
Je veux être le plus semblant possible afin que l’autre se voie en moi comme je me vois en lui, que l’altérité ne nuise point à l’altruisme. Je ne veux pas chercher à m’affirmer par une différence. Je ne veux pas me singulariser, me démarquer par des signes ostentatoires quelconques. La vraie différence n’est pas toujours extérieure.
Aujourd’hui, de jeunes garçons se plaignent, à juste titre, d’être trop souvent contrôlés par la police (contrôles au faciès). Mais ces mêmes garçons, adolescents, vont parfois créer des microsociétés, en excluant une différence, celle des jeunes femmes de leur âge. Ils sont toujours entre garçons, nulle fille n’est acceptée dans leurs groupes, proches du tribalisme. Ecarter, exclure l’autre pour sa différence, c’est créer de l’enfermement. Le refus de l’autre, c’est le refus de l’autre en soi.
Dans le téléfilm bouleversant La journée de la jupe, nous voyons ce sectarisme se manifester envers une professeure de collège qui « ose » venir faire un cours avec une jupe.
[Ce téléfilm a été diffusé le 20 mars 2009 sur Arte et est sorti en salles le 25 mars 2009.]
Lors de la remise du prix de la meilleure actrice aux Globes de Cristal 2010, Isabelle Adjani (qui joue le rôle de la professeure) a dit : « Une jupe, ce n’est qu’un bout de tissu, mais qu’elle soit courte ou qu’elle soit longue, ce symbole peut nous aider à gagner une bataille contre l’obscurantisme et même contre ce qu’il convient d’appeler la haine des femmes.[]»
Pour conclure sur ce chapitre et en considérant les différences entre jugement de valeur et jugement de fait, je dirais qu’à cette expression « droit à la différence », je préfère : acceptation de la différence et respect de la différence.

G A une époque, si les femmes voulaient accéder à certains postes en entreprise, il fallait qu’elles fassent oublier qu’elles étaient des femmes ; alors, elles s’habillaient en costume et pantalon. Je rappelle que nous sommes dans un pays laïc qui refuse les signes religieux ostentatoires dans les établissements publics et nous sommes le seul pays à appliquer véritablement cette laïcité.

G Dans son Essai sur les variations saisonnières des sociétés Eskimos. Etude de morphologie sociale (publié en 1906), Marcel Mauss évoquent des esquimaux qui portent tous le même nom ; la seule chose qui les différencie, c’est la fonction qu’ils occupent dans la société. Cela donne à réfléchir sur son égo ; chez eux, la personne est effacée.

G On doit aussi s’intéresser au droit à l’indifférence. Se promener dans un fauteuil d’handicapé attire les regards ; c’est toujours une épreuve d’être ainsi parmi les autres. Même quand les gens veulent aider les handicapés, parfois la compassion peut s’avérer gênante par les propos. Trop de compassion tue la compassion.

G Chacun de nous est différent, chacun de nous est libre, libre de penser, libre d’envisager ce qu’il souhaite, libre des ses goûts. Quand on s’intéresse à l’être distinct, à ce en qui il diffère, on peut penser comme Derrida, pour qui « c’est l’action séparatiste qui crée l’écart ». C’est vrai que quand on se sépare, qu’on se sépare entre amis, on redevient à nouveau différent.
La différence existe en permanence dans tous ceux que nous rencontrons. Tous les jours, à tous les moments, on tente de ramener les choses liées à tout le monde.
La différence peut être infime, légère, elle peut-être seulement dans des états successifs. Telle différence sera considérée par les uns comme une qualité et par d’autres considérée comme un défaut. En outre, comme nous l’explique Montaigne dans les Essais : « Il se trouve autant de différence de nous à nous-mêmes que de nous à autrui. »

G Dans L’origine des espèces, Darwin nous dit, en substance, que le droit à la différence est lié au droit à la vie. Ainsi, lors de grandes pandémies, des individus, qui n’étaient pas les plus forts, mais qui étaient génétiquement, physiologiquement différents, ont survécu et, de là, ont perpétué la vie.

G On a évoqué ce jugement de valeur de la différence, en regard d’une norme fixée par un groupe, en un lieu, en un temps. Cela est illustré par une anecdote. On raconte une histoire aux enfants pour les mettre en garde contre le mot « normal ». Dans un pays, tous les gens boitaient depuis toujours du pied droit. Un jour, un enfant « anormal » se mit à marcher en boitant du pied gauche. Puis, plus tard, vint un enfant encore plus « anormal », qui ne boitait ni du pied gauche, ni du pied droit. Tous venaient apporter leur soutien aux parents malheureux d’avoir un tel enfant.

G Je trouve que le fléau dans la société actuelle, c’est l’indifférence. Plutôt que d’indifférence, je parlerais d’acceptation de l’autre. L’indifférence, c’est une arme terrible.
Par ailleurs, je vois que les gens qui n’ont jamais bougé de chez eux, qui ne voyagent pas, qui sont dans un univers clos, ce sont ceux qui refusent le plus les différences ; ils sont même parfois assez intolérants.

G J’ai noté la volonté de différencier une catégorie d’individus au cours de l’histoire. Dans l’Allemagne médiévale, les juifs devront porter le « Judenhut », chapeau pointu en forme de cône, jaune ou blanc. Ce sera aussi le « pileus cornutus » (calotte à cornes).
En 1215, le pape Innocent III décrète au concile de Latran que les juifs devront porter des vêtements différents des chrétiens afin d’éviter les fréquentations et unions entre chrétiens et juifs. Cette même année, suite à ce décret de Latran, en France, Louis XI oblige les juifs à porter un rond jaune, la « rouelle ».
En 1267, le concile de Vienne  décide que le chapeau pointu, le « Judenhut », sera surmonté d’une boule.
En 1279, en Autriche, les juifs doivent porter un rond de drap rouge sur la poitrine, aussi appelé « rouelle ».
En 1394, toujours en Autriche, les juifs doivent porter sur la poitrine un cercle d’étoffe jaune. Puis, en 1496, le cercle est remplacé par un chapeau rouge.
Nous sommes sortis depuis longtemps du Moyen-âge et de l’obscurantisme de L’Eglise, et pourtant, ce sera une fois de plus l’infâme « marquage », « l’étoile jaune », l’ostracisme et le refus honteux du droit à la différence.
Toutes ces discriminations vestimentaires nous questionnent face à des personnes qui se différencient elles-mêmes par des signes ostentatoires d’appartenance religieuse, à moins que ce ne soit que politique.

G J’ai l’impression que nos sociétés occidentales font en sorte qu’il y ait entre nous le moins possible de différences, ceci afin de fabriquer des êtres uniformisés, des individus standards, des consommateurs formatés.

G La richesses des êtres est faite de leur différence et on ne veut pas de clones. Edgar Morin nous dit : « La richesse d’un groupe est faite de ses mutins et de ses mutants. Il s’agit de reconnaître que l’autre nous est précieux dans la mesure où il nous est dissemblable. » Mais dans la compétition, la différence de l’autre n’est plus un apport ; c’est vouloir gagner, diriger. Notre obsession, pour certains d’entre-nous, c’est d’être reconnu comme personne originale. On peut même accepter les conflits qui en découlent, accepter les contradictions sans trop gommer les oppositions. La contradiction, c’est une différence positive.

G En France, on a une approche du droit à la différence qui est très hypocrite. Dans le principe, depuis des siècles, le territoire s’est construit sur une violence envers la différence. Quand la féodalité s’est constituée, c’était une centralisation où les particularismes étaient gommés. Ensuite, l’Eglise a lutté contre toute différence dans la croyance. A l’heure actuelle, cela continue, parce si quelqu’un veut amener une religion différente, c’est tout de suite une secte. Quand l’école publique a commencé, plutôt que de lutter contre les différences sociales, cela a été pour former, standardiser des enfants pour le monde du travail.
Quand à l’immigration, on parle d’intégration et, dans les faits, c’est plus de l’assimilation. Pour devenir Français, par exemple, il faut passer un examen.
Revenant sur la laïcité : la laïcité, c’est le peuple qui ne se mêle pas des affaires religieuses. Une religion, elle évolue. Je ne me permets pas de juger ce qui est signe religieux. S’il y a des gens qui considèrent que leur religion passe par le port du voile, ils ont le droit de le porter, pour moi, ça ne dérange pas.
Il y a deux sortes de différences : la mienne, où j’ai l’impression, où je peux avoir le sentiment d’être un martien (ou une martienne) ; et puis, la différence d’un groupe.

G Deux poèmes d’Hervé (acrostiches) :

LA CLÉMENCE

Tout un chacun pense différemment :
Oeil pour œil, dent pour dent, est la loi du Talion.
La vengeance appliquée sans discernement,
Écarte toute solution d’évolution.
Réfléchir pour donner suite précisément,
Analyser sincèrement cette situation,
Ne pas s’emporter et agir moralement,
C’est avoir un comportement de conciliation.
Etre tolérant, n’est-ce pas être clément !…

LA CIVILISATION

Égaux, vous ne l’étiez pas,
Grands ou petits, la différence c’était cela.
Ancêtres, vous viviez sans loi.
La flambée bienfaitrice vous protégeait du froid.
Inventer des outils a permis d’effectuer l’expansion.
Teintés, pariétaux, les dessins montrent l’évolution,
Élaborée révélant la progression de la civilisation.

Égaux, nous le sommes devenus devant la loi,
Grands ou petits, c’est sans différence en droit.
Aujourd’hui, voir ton nom Egalité écrit au fronton,
La joie de le lire a ouvert un nouvel horizon.
Imaginer, chercher, trouver, faire évoluer la société,
Tabler sur l’espoir qu’elle atteindra un degré plus avancé
Éveille et suscite le désir de son développement espéré.

G Il y a le droit que les autres nous donnent, et le droit qu’on prend. En gros, on est tous semblables ; en gros, on a tous reçu plus ou moins la même éducation, on a tous le nez au milieu de la figure, mais en réalité, on est très différents ; on voit déjà comment on réagit ici de façons très différentes.

G Le poème de Florence :

La différence

C’est le voile absolu de notre absolutisme
Il est discriminant de l’uniformité
Je suis le prisonnier de mon manichéisme
Coincé dans notre rêve idéal, hérité

Il est discriminant de l’uniformité
C’est la chaleur humaine du paternalisme
Coincé dans notre rêve idéal, hérité
De bric et de broc je construis mon aphorisme

C’est la chaleur humaine du paternalisme
Un commode alibi à la médiocrité
De bric et de broc je construis mon aphorisme
Et je pose mes mots, en toute ambiguïté

Un commode alibi à la médiocrité
Rêver d’égalité est un pur archaïsme
Et je pose mes mots, en toute ambiguïté
Le poids des symboles en guise de catéchisme

Rêver d’égalité est un pur archaïsme
Lorsque la charité se fait fraternité
Le poids des symboles en guise de catéchisme
Je porte les valises en toute liberté

Lorsque la charité se fait fraternité
La bonté est une sorte de despotisme
Je porte les valises en toute liberté

La cause justifie tout, même l’égoïsme
La bonté est une sorte de despotisme
Elle nous met à l’abri de trop d’altérité
La cause justifie tout, même l’égoïsme

Et je vais mon chemin en toute sincérité
Elle nous met à l’abri de trop d’altérité
Personne ne pourra nous accuser d’ostracisme
Et je vais mon chemin en toute sincérité

Snobisme ? Suivisme ? Nenni ! Relativisme !
Personne ne pourra nous accuser d’ostracisme
Il est juste question d’acceptabilité
Snobisme ? Suivisme ? Nenni ! Relativisme !

La belle hypocrisie en toute cécité
Il est juste question d’acceptabilité
Doser la tolérance avec l’ethnocentrisme
La belle hypocrisie en toute cécité

Il est juste question d’acceptabilité
Doser la tolérance avec l’ethnocentrisme
La belle hypocrisie en toute cécité
C’est le voile absolu de notre absolutisme

G Trois réactions : Dans l’ensemble, on refuse l’individu standard, c’est-à-dire l’indifférenciation ; cela rejoint notre dernier débat sur « culture et lien social », où nous avons défendu l’idée qu’il fallait préserver cette richesse que sont nos différentes cultures.
Puis, revenant sur l’aspect génétique de la différence, nous voyons des progrès formidables grâce à une nouvelle technique qui consiste à dédifférencier les cellules, c’est-à-dire, que des cellules de muscle (par exemple) sont alors capables de se multiplier pour faire ou des cellules de sang ou des cellules de  peau…
Et, pour poursuivre sur Darwin, lorsque ce dernier part pour son périple sur le Beagle, il pensait comme l’Angleterre de son temps, à savoir que les noirs sont si différents qu’ils sont à mi-chemin entre l’homme et l’animal. Au cours de son voyage, il va rencontrer des populations noires, il va constater en quoi ils lui sont semblables ; ils ont des émotions comme lui… En rentrant en Angleterre, il va lutter contre cette discrimination d’une différence et deviendra abolitionniste.

G Rappelez-vous la controverse de Valladolid (en 1550 et 1551), que relate Jean-Claude Carrière : il y avait deux camps, ceux qui étaient dignes de vivre, ceux qui n’étaient pas dignes de vivre, ces « différents » qui n’avaient pas d’âme. Las Casas rappelle comment les indiens sont considérés au même rang que les bêtes ; un soldat va couper une jambe à un indien pour la donner à manger à son chien. Au final, ils seront considérés, comme « semblables », comme « humains ». Il restera la longue lutte pour la différence envers les personnes noires.
Dans un tout autre domaine, une différence fait aujourd’hui l’objet de luttes, de pétition : c’est le statut de l’animal. Des personnes s’élèvent contre la différence du statut de l’animal, pour qu’il cesse d’être l’animal-machine de Descartes, objet d’expériences. Comme un être humain, il éprouve des émotions, du chagrin, de la douleur.

G Anecdote : Selon les vieux sages d’une région colombienne, Adam et Eve étaient noirs et noirs étaient leurs fils Abel et Caïn. Quand Caïn tua son frère Abel d’un coup de bâton, Dieu se mit en colère. Devant la furie du Seigneur, l’assassin pâlit de culpabilité et de peur, et il pâlit tant qu’il demeura blanc jusqu’à la fin de ses jours. Nous, les Blancs, nous sommes les fils de Caïn.

G Notre époque est celle des lois sociétales. Dans ce prolongement, des personnes se sont mis en tête de supprimer le genre homme, le genre femme, ce qui leur paraît insupportable.   A vouloir supprimer un soi-disant aspect négatif d’une différence, on risque de tomber aussi dans des excès. La différence homme/femme en tant que genre leur paraît insupportable. C’est l’objet d’un nouveau projet sociétal et politique, appuyé par des lobbies et nommé « La théorie du genre », quelque chose qui tend vers la désexualisation dans le genre humain. Un article paru dans le quotidien Le Figaro du 16 mai 2013 donne la définition d’une députée, Julie Sommaruga, porteuse du projet. Cela consiste : « à substituer à des catégories comme le sexe ou les différences sexuelles qui renvoient à la biologie, le concept de genre, qui montre que les différences entre les hommes et les femmes ne sont pas fondées sur la nature, mais historiquement construites et socialement reproduites. »
Un rapport a été remis à l’Education nationale, pour préparer les manuels scolaires afin de supprimer toutes les notions de sexe masculin et de sexe féminin. Des supports sont proposés à cet effet. Il y a le film de Michel Ocelot, Princes et Princesses : le prince et la princesse s’embrassent, ils se transforment en souris, puis en grenouille, puis le prince deviendra princesse et inversement ; le prince est enchanté de vivre la condition de princesse. Deux albums font également partie de ces supports. L’un se nomme : Papa porte une robe. C’est l’histoire d’un boxeur blessé, qui devient une danseuse. Un autre album a pour titre : Lucie aime deux mamans qui s’aiment.
Des associations comme LGBT (Lesbiennes, gays, bi et transsexuels) œuvrent pour la mise LGTBT en place  de cette théorie. Le syndicat d’enseignants du premier degré SNUIPP a mis  à la disposition des enseignants un rapport de 192 pages qui déroule des chapitres comme : « Le genre, comme ennemi principal de l’égalité », ou : « Déconstruire la complémentarité des sexes ».C’est aller vers une désexualisation du genre humain. C’est créer un pronom nominatif neutre, ou l’équivalent du « it »  (anglais) réservé aux choses, supprimer toute identité sexuelle.
« L’existence précède l’essence », écrivait Sartre dans L’existentialisme est un humanisme ; ainsi, l’être, homme ou femme, existait avant d’être nommé. Nous aurons beau changer un terme, cette différence, cette altérité ne peut être annihilée.
La différence qui exclut doit être combattue. L’indifférence qui amalgame doit aussi être combattue.

G A mes élèves, je posais parfois la question : « Quelles sont vos valeurs ? Qu’est-ce qui est important pour vous ? » Leurs réponses étaient souvent : « De faire qu’est-ce que j’veux, Madame ! » Je leur expliquais que, pour être libre, il fallait avoir un choix, et, pour cela, avoir des ouvertures dans un tas de domaines. Donc, à travers les médias, la télévision, leur première référence, le choix était imposé, même à leur insu. Le reproche qu’ils adressent à l’enseignement, c’est de ne pas les singulariser ; alors, je leur demandais de se décrire. Le premier répond : « J’ai un teeshirt, un jean, des Nike. » Le deuxième répond : « J’ai un teeshirt, un jean, des Nike. » Le troisième, idem, et ainsi de suite. Alors, je leur dis : « Vous êtes clonés et vous réclamez un droit à la différence ! »
Il y a un mot dans l’éducation, c’est la pédagogie différenciée. Cela veut dire que, selon la personne à qui l’on s’adresse, on utilise un langage différent. Dans les cours, tout est clair au départ et, au final, les trois quarts n’ont rien compris. Donc, il faut s’adapter aux sensibilités différentes.

G La différence est la richesse d’un couple, sinon, on se regarde soi-même dans un miroir.

G Il y a des abolitionnistes de la différence et cela commence parfois avec le langage. J’ai souvent entendu des slogans qui à mon sens comportent une part de stupidité ou de naïveté.
Je pense à l’expression : « L’homme est une femme comme les autres », pourquoi pas « la femme est un homme comme les autres » ; des personnes annoncent ces phrases creuses à la mode chez les bobos.
Que cherchent ceux qui multiplient ces amalgames, avec par exemple ce langage abscons du politiquement correct, où l’aveugle devient un non-voyant, un sourd, un malentendant, un pauvre, une personne économiquement faible ? Alors, un riche deviendrait une personne économiquement forte ! Si Audiard était encore là, peut–être nous dirait-il qu’un C O N, est un mal-comprenant !

Œuvres citées :

Livres:

La connaissance d’autrui. Raymond Carpentier. P.U.F. 1968
Les mots. Jean-Paul Sartre. Gallimard. 1964.
L’identité malheureuse. Alain Finkielkraut. Stock.2013
Essai sur les variations saisonnières des sociétés Eskimos. Etude de morphologie sociale. Marcel Mauss. 1906.
Essais. Montaigne.
L’origine des espèces. Charles Darwin.
La controverse de Valladolid. Jean-Claude Carrière.
L’existentialisme est un humanisme. Jean-Paul Sartre.

Article de presse :
La théorie du genre. Le Figaro. 16 mai 2013.

Téléfilm / Film :

La journée de la jupe. Téléfilm de Jean-Paul Lilienfeld diffusé sur Arte le 20 mars 2009 et sorti en salle le 25 mars 2009.
(En DVD à la médiathèque de Chevilly-Larue.)

 

 

 

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