Café-littéraire autour de l’oeuvre: Des fleurs pour Algernon

Restitution du débat du Café-philo du 12 février 2014 à Chevilly-Larue
Café-littéraire autour de l’oeuvre: Des fleurs pour Algernon de Daniel Keyes

Des fleurs pour Algernon. (Affiche promotionnelle du film)

Animateurs: Guy Pannetier et Edith Perstunski-Deléage, philosophe.
Modératrice: Jacquotte Rezard
Introduction: Guy 
L’auteur du livre Des fleurs pour Algernon (titre original : Flowers for Algernon), Daniel Keyes, né le 9 août 1927 à New-York, est un chercheur universitaire américain en  psychologie. Son roman de science-fiction paraît en 1959 sous forme de nouvelle dans The magazine of Fantasy & Science Fiction, avant d’être publié en livre en 1966.  Succès mondial, il sera traduit dans de nombreuses langues. Un premier film adapté du livre sera réalisé en 1968 sous le titre de Charly, puis le téléfilm franco-suisse Des fleurs pour Algernon sortira en 2006.
Cette œuvre étant également une comédie dramatique, elle sera montée en pièce de théâtre  et jouée en 2012 au studio des Champs-Elysées, puis elle fera l’objet en 2013 d’une autre mise en scène qui passe actuellement au Théâtre Hébertot.
L’éditeur Jacques Sadoul, évoquant ce roman, écrit : « C’est une œuvre poignante de beauté, un récit humain et désespéré. »
On ne ressort pas indemne d’une lecture comme celle-ci. Le regard que nous pouvons avoir sur les déficients mentaux s’en trouve changé et cela peut nous amener à nous poser cette   question : Quelle part d’humanité refusons-nous à ces personnes, même si ceci n’est nullement intentionnel ? Nous sommes très vite attachés au personnage, je devrais dire aux deux personnages qui se trouvent en Charlie, le Charlie adulte attardé et encore l’enfant, et le Charlie adulte d’après l’intervention médicale, lesquels sont  inséparables tout au long de l’œuvre.
Sur la quatrième de couverture de l’édition J’ai lu, il est dit dans les dernières lignes que Charlie « se sent retourner à l’état de bête ». C’est maladroit comme expression, c’est refuser à un déficient mental, le statut d’humain.
Ce sujet d’expérience sur l’intelligence est une traversée du miroir qui est symbolisée par Charlie enfant regardant Charlie à travers une fenêtre. Ce passage au-delà du miroir est le symbole  du « nous » intellectualisé, symbole d’une traversée vers l’inconscient.
Souvent, ce qui fut fiction devient avec le temps une réalité. Ce qui nous pose la question de savoir si, demain, nous ne trouverons pas le gène responsable de cette déficience? Qui sait si nous ne pourrons pas agir sur les parties du cerveau qui ne remplissent pas leur fonction ? Qui sait si la neurobiologie pourra pallier tous ces dysfonctionnements ?
Il y a aussi, sous-jacent dans cet ouvrage, la recherche pour faire « une race de surhomme intellectuel » (page 14), ce qui est dans le droit fil de la théorie de l’homme augmenté. Si c’est pour pallier une déficience, c’est à encourager, si c’est pour créer des surhommes, c’est à combattre.

Débat G Je vais repartir sur cette expression qui est en quatrième de couverture, laquelle ne correspond pas au sens du livre qui montre le drame atroce d’un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner à un état de déficience, qui n’est pas un état de bête. Je trouve au contraire que c’est un très beau livre sur la condition humaine et pas du tout sur la dégradation, ni surtout, sur un passage de la bête à l’homme ou la dégradation de l’homme à la bête. Il y a là une résonance de notre situation d’aujourd’hui dans la société. A mon sens, c’est un livre qui pose d’abord le problème de la place de l’amour.
D’abord, Charlie n’a pas été aimé – ou du moins n’a pas senti avoir été aimé – ; il n’a pas senti, dans la relation avec  ses parents, qu’il était quelqu’un.
Ensuite, l’auteur souligne que l’amour humain (y compris dans sa dimension sexuelle) consiste toujours à traiter l’autre comme quelqu’un et non pas comme quelque chose, comme un sujet et non pas comme un objet.
Quand Alice veut « faire l’amour » (cette expression trop courante qui objective le sentiment), Charlie, qui est devenu intelligent, se sent ne pas être une personne ordinaire, qui a non seulement des sensations, mais aussi des sentiments, qui souffre, qui aime, qui pense, etc. « J’ai été un attardé, je suis devenu un surdoué, je serai toujours exceptionnel. » Il a appris cinq langues, il est du niveau de doctorat en biologie, il a un Q.I. qui est passé de 60 à 190, il a appris à jouer du Mozart en un mois, mais il n’a pas les émotions d’un sujet quelconque.
Quand Charlie arrête le traitement, il dit : « Pour la première fois de ma vie, je choisis. »
Quand Charlie rentre chez lui après avoir compris que la souris a été, comme lui, prise pour un cobaye, il l’enterre et lui offre des fleurs comme à une personne.
Enfin, quand Alice vient lui apprendre qu’elle déménage et s’en va, il court après elle et crie son émotion, son désespoir : « Alice! », mais elle est partie et il ne peut pas croire qu’elle l’aime comme il est.
Donc, c’est déjà un livre sur le sens de l’amour et sur la condition humaine.

G Ce qui fait peur, ce qui inquiète dans ce genre de recherche scientifique menée sur la personne de Charlie, c’est le risque de vouloir former des hommes aptes à toutes les épreuves, pas forcément pour les améliorer, mais pour faire des soldats pour la guerre ou le renseignement, faire des hommes programmés, manipulables et sans état d’âme.

G J’adhère à cette approche à partir de l’aspect humain. Ainsi, lorsque Charlie a une vive discussion avec les professeurs Strauss et Nemur, ils lui disent (page 202) : « Tu es injuste comme d’habitude. Tu sais que nous t’avons toujours bien traité, que nous avons fait tout ce que nous pouvions faire pour toi. » Il leur répond : « Tout, sauf de me traiter comme un être humain. Vous vous êtes vantés bien des fois que je n’étais rien avant l’expérience et  je sais pourquoi. Parce que si je n’étais rien, vous étiez ceux qui m’aviez créé et cela faisait de vous mon seigneur et mon maître. Vous vous irritez du fait que je ne vous témoigne pas ma gratitude à toutes les heures du jour. Eh bien, croyez-le ou non, je vous suis reconnaissant. Mais ce que vous avez fait pour moi – si merveilleux que ce soit – ne vous donne pas le droit de me traiter comme un animal d’expérience. Je suis maintenant un individu, et Charlie l’était aussi avant qu’il ne soit jamais entré dans ce labo. Vous avez l’air choqué ! Oui, brusquement, nous découvrons que j’ai été une personne –même avant – et cela défie votre croyance selon laquelle quelqu’un qui a un Q. I. inférieur à 100 n’est pas digne de considération. »
Dans ce même esprit, il va ajouter (pages 203-204) : « Comprenez-moi bien, l’intelligence est l’un des plus grands dons humain. Mais, trop souvent, la recherche du savoir chasse la recherche de l’amour. C’est encore une chose que j’ai découverte par moi-même récemment. Je vous l’offre sous forme d’hypothèse, l’intelligence, sans la capacité de donner et de recevoir une affection, mène à l’écroulement mental et moral, à la névrose, et peut-être même à la psychose. Et je dis que l’esprit qui n’a d’autre fin qu’un intérêt et une absorption égoïste en lui-même, à l’exclusion de toute relation humaine, ne peut aboutir qu’à la violence et à la douleur. »
Donc, c’est bien dans cet esprit de reconnaissance en tant qu’individu qu’il se manifeste vivement. J’ai eu dès le début une grande sympathie pour le « petit » Charlie, puis pour le Charlie adulte. On sent tout à la fois son besoin d’amour et de recherche de quelque chose qu’il ne trouve pas.

G En dehors de son propre handicap, enfant, il va souffrir de cette psychose de la mère qui fait un  véritable déni de réalité, c’est-à-dire qu’elle refuse d’admettre que Charlie ait une déficience mentale. Pour elle, son enfant est « comme les autres » (situation que nous retrouvons parfois). Se persuadant qu’il peut apprendre et être comme tous les enfants de son âge, elle le rudoie, elle lui inflige des punitions, elle le déstructure totalement. C’est là, pour la mère, un cas de psychanalyse. Elle le punit un jour où, sans malice de sa part, il a regardé sa petite sœur nue. Charlie va traîner ce traumatisme toute sa vie, et, lorsqu’il voudra avoir une relation sexuelle, au moment de passer à l’acte, il verra le « petit Charlie » qui l’observe, alors, ce sera le blocage.

G Je ressens dans le personnage de Charlie surtout un grand manque d’affection ; comme on ne peut reproduire que ce que l’on a reçu, il aura ces blocages dans ses relations aux autres.
Revenant à l’expression  relevée sur la quatrième de couverture « il se sent revenir à l’état de bête », si on se met à la place de Charlie, il a une relation affective avec la souris (Algernon) ; c’est son binôme ; il s’identifie à cette bête.
J’ai entendu tour à tour : « Il n’a pas été aimé » et il y a eu « absence d’amour ». Une différence peut être faite entre ces expressions. S’il n’a pas été aimé, cela exprime, à mon sens, qu’au sein de la famille, il y avait de l’amour, mais que lui n’en a pas reçu. Quant à l’absence d’amour, cela nous dit que ce sentiment n’existait pas dans le foyer parental ; de fait, il a été rejeté.

G Concernant le comportement de la mère, il est dit sur elle (page 211) : « Le plus important avait toujours été ce que les autres pensaient ; les apparences passaient avant elle et sa propre famille. Elle en faisait une vertu. » Donc, le regard des autres sur son enfant handicapé, elle ne le supportait pas.

G C’est aussi un livre sur les possibilités de la science actuellement dans notre société en France. Notre société et la société des Etats-Unis (le pays de l’auteur) sont des sociétés du « toujours plus », surtout dans le domaine des performances, avec les progrès des technosciences ; on avance vers l’homme augmenté dont les capacités physiques comme intellectuelles sont augmentées, mais, en même temps, on s’avance vers ce posthumain, vers un être qui se comportera plus comme un robot et sera de plus en plus performant. Le traitement que subit Charlie agit sur son intelligence, mais pas sur sa sensibilité. Mais est-ce que ce n’est pas là la préfiguration du monde dans lequel nous allons vivre et pire encore, puisqu’il est question de faire des robots sensibles ? On peut s’en émerveiller, mais cela signifie peut-être qu’il n’y aura plus ce qui fait l’humain, c’est-à-dire sa liberté, l’imprévisibilité de ses actes et de ses pensées, donc plus du tout de hasard.
Il y a un autre aspect dans ce livre, c’est la compétition, comme celle que nous voyons de plus en plus dans nos sociétés et aussi dans la recherche scientifique. Les chercheurs qui expérimentent sur la souris Algernon, puis sur Charlie, sont divisés. Il y a ceux qui veulent poursuivre l’expérience jusqu’au congrès qui va avoir lieu et qui ne soucient pas des conséquences réelles pour Charlie comme pour la souris. Enfin, il y a ceux qui se soucient de ce qui se passe pour Charlie. Mais il faut publier, toujours l’emporter sur ses concurrents, faire carrière, et laisser les interrogations éthiques à d’autres. C’est raconté sous forme d’un roman. En fait, cela correspond souvent à la réalité d’aujourd’hui.

G « La science ne pense pas », dit Heidegger. Elle cherche.

G Ce qui ressort le plus tout au long du développement de Charlie, c’est le décalage entre le développement de la connaissance cognitive et le non-développement de l’intelligence émotionnelle. On peut envisager des robots qui réagissent à nos émotions, mais on n’imagine pas une conscience numérisable qui produise de vraies émotions et pas les simples réactions d’un programme.

G Au-delà de la réflexion sur l’intelligence, j’y vois une satire de la société, des apparences, comme pour la mère qui se préoccupe déjà de ce que vont penser les voisins. A la base, la mère aime son fils, mais elle victime de cette idée de l’apparence et cela s’accentue lorsque la petite sœur se fait traiter à l’école de «  sœur du débile ».
Puis, lorsque son Q. I. arrive très haut, il se rend compte que les « savants » ne sont pas loin d’être idiots (par rapport à son niveau) ; il se pose comme étant « sorti de la cuisse de Jupiter » et les propos des autres lui paraissent simplistes. Souvent, on retrouve de ces « savants » qui développent un certain mépris pour tout ce qui n’est pas de leur monde intellectuel, de leur microcosme.
Vers la fin de l’histoire, il va revoir sa mère. Même étant limitée par un Alzheimer, elle a un moment de lucidité et elle l’accueille les bras ouverts. Alors que son père, lorsqu’il le revoit, ne le reconnaît même pas. Lorsqu’il revoit sa mère, il a compris bien des choses et il veut lui dire : « Maintenant, tu peux dire aux voisins que je suis devenu intelligent. » Et, là, il comprend la souffrance de sa mère et de sa sœur.

G Pour une mère, avoir un enfant handicapé mental comme Charlie, c’est une souffrance. Notre société fait un rejet de celui qui n’est pas « comme tout le monde ». Donc, si on rejette cette différence, on finira par rejeter celui qui est légèrement différent.

G On a parlé de l’intelligence sans l’intelligence du cœur. Dans les familles où il y a un enfant handicapé, c’est souvent le plus choyé et c’est sur lui que se porte toutes les attentions.

G Dans le roman, Charlie est intégré à la société ; il travaille comme commis dans une boulangerie ; il a son petit statut social, il en est fier, il est content.
On voit qu’avec les siècles, du passage du village aux grandes villes, l’intégration des attardés mentaux devient plus difficile. Chaque village de campagne avait son « attardé mental » ; cela se passait bien, les gens étaient solidaires ; maintenant, beaucoup sont en « institution », hors la société.

G J’ai été souvent émue en lisant ce livre et parfois j’ai pleuré. Je reviens sur ce passage (page 226) où Charlie sent très nettement qu’il décline très vite : « J’ai des envies de suicide pour en finir avec tout maintenant que j’ai encore le contrôle de moi-même et conscience de ce monde qui m’entoure. Mais alors, je pense à Charlie qui attend à la fenêtre. Je n’ai pas le droit de lui enlever sa vie, je ne l’ai empruntée que pour un moment, et maintenant, je dois la lui rendre. » Donc, il a conscience de ses sentiments pour faire cette analyse sur ses deux personnalités. Il a le choix du suicide pour ne pas revenir à son état antérieur ou respecter sa personne, jusqu’à « Charlie d’avant ».

G Entre autres, j’ai retenu cette séance chez le psy, où il compare l’analyse avec la visite qu’il a rendu à son père (lequel ne l’a pas reconnu). Charlie dit (page 227) : « Lorsque vous voudriez une association libre d’idée, vous installeriez comme le fait le coiffeur pour lui passer du savon à barbe sur la figure ; quand les cinquante minutes seront écoulées, vous pourriez rebasculer le fauteuil en avant et lui tendre un miroir pour qu’il puisse voir quel aspect extérieur il a après que vous lui avez rasé son moi intérieur. […] Alors votre patient pourrait venir à chaque séance et dire : « Enlevez un peu d’épaisseur de mon anxiété. Pas trop court pour mon surmoi, s’il vous plaît. », ou il pourrait même venir pour un shampooing à la moelle – pardon se faire shampooiner le moi. Aha ! Vous avez remarqué, docteur, ce lapsus ? Moelle…moi…pas loin, non ? Est-ce que cela signifie que je veux être lavé de tous mes péchés ? Naître à nouveau ?… Ou rasons-nous de trop près ? Est-ce qu’un idiot a un « ça » ? »
J’ai relevé aussi ses difficultés dans la relation amoureuse. Déjà, une première fois, où il finit par avoir une relation avec une jeune femme qu’il n’aime pas. Mais ensuite, avec Alice, c’est de l’amour fort, c’est une explosion d’amour ; j’ai eu alors un espoir fou : ça y est, il va être sauvé, il va s’en sortir ! Hélas ! Cela ne sera pas le cas. Alors que lui sent qu’il replonge, qu’il régresse, Alice, elle, veut toujours le sauver, car elle l’aime, et lui la rejette (page 248) : « Je lui ai dit que je l’aimais plus et que je voulais pas redevenir un telligent non plus. Ce n’est pas vrai  mais.  Je l’aime encore et je voudrais toujours être un telligent, mais il fallait que je lui dise tout cela pour qu’elle parte. »
Puis, lorsqu’il revient travailler à la boulangerie et qu’il s’est remis à nettoyer les toilettes comme avant, il remarque (page 249) : « Je me disais, Charlie, si on se moque de toi, tu te fâcheras pas, parce que tu te rappelles qu’ils ne sont pas aussi un telligent que tu pensais autrefois qu’ils étaient. Et en plus ils ont été tes amis et s’ils riaient de toi, cela ne veut rien dire parce qu’ils t’aiment bien aussi. »
En fait, il réalise qu’il riait avec ses collègues et qu’un simple rire le rendait heureux.
Dernière remarque, il cherche ce qui peut être positif dans tout cela (page 251) : « En tout cas, je parie que je suis la personne bête au monde qui a trouvé quelque chose d’un portant pour la science. »

G Le poème de Florence :

La forme du poème est liée au développement de l’histoire de Charlie, où l’on voit une progression, puis une régression, une montée et une descente ; donc, j’ai pris le modèle du poème Les djinns de Victor Hugo.

Nuit
Four
Bruit
Sourd
Toi
Moi
Coi
Jour

La serrure
Le couteau
La coupure
Cogito
Et j’ai peur
La stupeur
La torpeur
In petto

Dans le labyrinthe
Lapsus calami
Je tente une feinte
Souris mon ami
Car je suis le pitre
Rivé au pupitre
Quand on me chapitre
J’ai goût de vomi

Dans cet univers opaque
Je bute et cherche à tâtons
Une issue au cul de sac
Où je suis le factotum
Aux brimades coutumières
J’ai jeté ma muselière
Je quitte pour la lumière
La caverne de Platon

J’avance, au-delà des apparences
Le monde est peuplé de livres ouverts
Parmi tous ces génies de faïence
Moi le cobaye de leur univers
Jouet, je cherche la vérité
Muet, dans ma cage en verre trempé
Fouet, démons de l’altérité
Des sentiments restés en hiver

Et les questions restent toujours sans réponses
Les statistiques sont une science sans appel
Des fleurs sur une tombe, les mots que je prononce
Un enfant inquiet, étrange, intemporel
Me regarde par le trou de la serrure
Je n’ai plus le temps, il n’est plus de souillure
J’entre au paradis par une déchirure
Je tiens dans mes mains l’instant surnaturel

Ce qui me reste à vivre avant de redescendre
Est compressé entre deux immensités
Dans le sablier il n’y a que des cendres
Reste les écrits pour la postérité
Un passé si présent, le présent bégaye
Laissez-moi goûter encore quelques merveilles
Noyé dans la bouteille, noyé je m’égaye
Pour oublier la fatalité

J’ai déposé mon armure
Contre le mur, contre le vent
Mon cri se mue en murmure
Je suis un singe savant
Sur l’escalier qui recule
J’articule en majuscule
Si je lutte, je calcule
Que je resterai vivant

J’ai perdu la tête
Au bord du chemin
Je suis une bête
Mais je suis humain
J’ai ma dignité
Sans ambiguïté
Par ma volonté
Je garde la main

La nuit tombe
Sur ma vie
Hécatombe
De l’envie
Eperdu
Assidu
Le pendu
Me convie

Danse
Bruit
Chance
Fuis
Mot
Veau
Sot
Cuit

G Revenant à l’expression utilisée précédemment, « société des apparences », c’est vrai que nous sommes dans une société qui n’aime pas trop les différences, surtout physiques. Ce qui est dommage, c’est que, dans le déroulement, les savants n’aient pas profité des qualités qui étaient chez Charlie. Ils ont préféré en faire plutôt un génie, qu’en faire tout simplement un homme, ils l’ont formaté en deuxième Algernon.

G Dans le roman, on s’aperçoit que Charlie, lorsqu’il est « arriéré », croit qu’il a des amis, notamment les employés de la boulangerie, même s’ils se moquent de lui. Mais, ce qui est terrible, c’est que lorsqu’il devient intelligent, il n’a pas, il n’a plus d’amis, c’est-à-dire qu’il se trouve toujours être « hors norme ».
Revenant sur l’aspect scientifique, sur les manipulations génétiques, les clonages d’animaux, est-ce qu’on ne va pas cloner demain les gens les plus intelligents, les plus beaux. On sait que dans certains pays, on peut acheter des ovules sur catalogue. Si Hitler avait eu ces technologies, qu’aurait-il fait de cette arme ? Nous serions peut-être tous blonds aux yeux bleus.

Style : L’auteur a choisi la formule du journal intime, ce qui là se trouve sous forme de rapports. Le style est narratif, clair, sans recherche d’effets particuliers. L’univers intimiste de l’histoire de Charlie interdit des formules de style spécifique.
Il faut aussi tenir compte que la version française que nous lisons est une traduction, et que toute traduction, pour rendre très explicite un thème, un roman, ne peut traduire un style et donc rend obligatoirement quelque chose d’assez standardisé.

Rythme : Le rythme est imposé par le calendrier. Depuis avant l’intervention chirurgicale le 3 mars, l’intervention le 11 mars, le 29 mars, où pour la première fois il bat la souris Algernon dans le test du labyrinthe, et le dernier compte rendu, le 18 novembre. Depuis les premiers effets, puis l’apogée de la réussite, et enfin, après la récession d’Algernon, le début du processus de déclin pour Charlie. Tout au cours des trois phases, nous sommes toujours dans l’analyse. Nous retrouvons dans le rythme la rigueur de l’analyste.
J’ai trouve le récit bien construit ; on y voit l’évolution par le rythme, cette présentation avec des dates, avec des comptes rendus qui permettent de voir l’évolution. C’est comme un escalator, d’ailleurs Charlie va utiliser l’image de l’escalier mécanique ; puis, il redescend, il tombe vers la cage qui n’est autre que l’asile qui l’attend.

Syntaxe : C’est bien sûr dans l’expression de Charlie, expression orale, puis expression écrite, que se découvre tout l’aspect syntaxique de l’œuvre. L’auteur fait la boucle entre les fautes d’orthographe des premiers rapports, et celles qui réapparaissent vers la fin qui marquent le déclin inexorable.

G Revenant à la recherche, dans un passage, le docteur Strauss dit : « L’échec d’une expérience, la réfutation d’une théorie, peuvent être aussi importants pour l’avancement que l’est un succès. Je sais maintenant que c’est vrai. »

G Il ressort de ce débat que tous ceux, ou presque, qui ont lu ce roman, ont ressenti, voire vécu avec intensité l’histoire de Charlie ; on a même entendu plusieurs fois le mot émotion. Si on ne peut pas s’identifier au personnage principal, à Charlie, on ne peut pas avoir ce ressenti très fort, cette empathie.
Charlie est très attachant ; cet aspect est, avec ce curieux scénario du roman, une grande partie de l’attrait de ce livre. Cela est à un tel point que lorsque j’arrivais vers la fin du livre, je ralentissais ma lecture parce que je voyais venir l’instant de la séparation d’avec Charlie. L’auteur réussit, là, à créer un lien affectif entre un personnage virtuel et un lecteur ; c’est une performance d’auteur.

NB : Les renvois de pagination sont en regard de  l’édition J’ai Lu (1972)

 

 

 

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3 réponses à Café-littéraire autour de l’oeuvre: Des fleurs pour Algernon

  1. pannetier guy dit :

    Combien d’oeuvres aussi puissantes que celle-ci ne nous sont pas connues
    la littérature est toujours à revisité.

  2. Johnf827 dit :

    Definitely pent topic matter, appreciate it for selective information. debegdfkkkbe

  3. Plume dit :

    Bonjour,
    Je finis à l instant la lecture de ce roman, qui me laisse triste et perlexe.
    Il laisse libre cours à de nombreuses questions sur la condition humaine comme:
    « Quelles images du progrès, de la technologie et de la société peut on relever dans cette merveilleuse œuvre?
    Je poste un peu tard,mais qui sait,le débat pourrait se poursuivre?
    Merci
    Plume

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