Descartes et l’esprit cartésien

Restitution du débat du Café-philo
du 26 mars  2014 à Chevilly-Larue.
Descartes et l’esprit cartésien

Philosophe Descartes

 

Animateurs : Edith Perstunski-Deléage, philosophe – Guy Pannetier – Danielle Pommier Vautrin – Günter Gorhan. Michel Garlasain
Modérateur : Emmanuel Lazinier

Textes introductifs:
1 – Biographie. (Danielle)
2 – Contexte politique et culturel de l’époque de Descartes, puis, l’esprit cartésien. (Guy)
3 – Descartes, le fondateur de la philosophie moderne occidentale. (Edith)
4 – Descartes et Pascal, deux façons de philosopher. (Günter)
5 – Le rationalisme cartésien. (Michel)

Nous avons listé divers aspects de la philosophie de Descartes qui seront évoqués dans les interventions : Le cogito – La méthode – Le dualisme cartésien – Descartes et la preuve ontologique – Descartes et les passions – Se rendre maître et possesseur de la nature.

Biographie de René Descartes (1596 – 1650)
René Descartes, né le 31 mars 1596 à La Haye en Indre-et-Loire (commune dénommée Descartes depuis 1967) et mort le 11 février 1650 à Stockholm, est un mathématicien, physicien et philosophe français.
La maison natale de Descartes est une bâtisse éclairée de deux fenêtres gothiques en accolade datant en partie du XVIème siècle, transformée en musée en 1974.
Enfance : Il est le troisième enfant de Joachim Descartes (né à Châtellerault le 2 décembre 1563 et décédé à Sucé-sur-Erdre le 17 octobre 1640), conseiller au parlement de Bretagne à Rennes, et de Jeanne Brochard (née probablement à Descartes vers 1566, morte au même endroit d’une fièvre puerpérale le 13 mai 1597, quelques jours après la naissance d’un autre garçon qui ne survivra pas), mariés le 15 janvier 1589. René Descartes naît à La Haye (actuellement Descartes) chez ses grands-parents maternels, où sa mère effectue tous ses accouchements, son père étant de service à Rennes au moment de sa naissance. Il est baptisé le 3 avril en l’église Saint-Georges. Il n’a que 13 mois ½ lorsque sa mère meurt ; il est élevé par sa grand-mère maternelle Jeanne Sain (morte en 1610), son père et sa nourrice. Son père l’appelle son petit philosophe, car René ne cesse de poser des questions.
En 1599, son père se remarie avec Anne Morin.
Jeunesse et études : Il apprend à lire et à écrire chez sa grand-mère grâce à un précepteur. A onze ans, il entre au Collège royal Henri-le-Grand de la Flèche (Sarthe), ouvert en 1604, où enseignent les Jésuites, dont le Père François Fournet, docteur en philosophie issu de l’Université de Douai et le père Jean François, qui l’initiera aux mathématiques pendant un an. Il y reste jusqu’en 1614. Il y apprend la physique et la philosophie scholastique et étudie avec intérêt les mathématiques.
En novembre 1616, il obtient son baccalauréat et sa licence en droit civil et canonique à l’université de Poitiers. Après ses études, il part vivre à Paris. Il finit par se retirer en solitaire dans un quartier de la ville pour se consacrer à l’étude pendant deux années de vie cachée.  Il s’engage alors en 1618 en Hollande à l’école de guerre de Maurice de Nassau, prince d’Orange, et fait la même année la connaissance du physicien Isaac Beeckman. C’est à ce dernier que sont adressées les premières lettres que nous avons de Descartes et l’Abrégé de musique a été rédigé pour lui. Beeckman tient un journal de ses recherches, où il relate les idées sur les mathématiques, la physique, la logique, etc., que Descartes lui communiquait.
En 1619, Descartes quitte la Hollande pour le Danemark, puis l’Allemagne, où la guerre de Trente Ans éclate ; il assiste au couronnement de l’Empereur Ferdinand à Francfort. Il s’engage alors dans l’armée du duc Maximilien de Bavière.
Cette année-là, Descartes s’intéresse à l’ordre légendaire de la Rose-Croix.
Après une période d’exaltation intellectuelle, il raconte alors comment, enfermé dans son poêle (pièce chauffée), il a conçu sa méthode. Il fait alors voeu d’un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette à Loreto (accompli finalement en 1623), renonce à la vie militaire et, de 1620 à 1622, il voyage en Allemagne et en Hollande, puis revient en France.
En 1622, il liquide l’héritage de sa mère et bénéficie alors de 6 000 livres de rente, ce qui le dispense de travailler ; après avoir réglé ses affaires de famille, il recommence à voyager et visite l’Italie. De l’été 1625 à l’automne 1627, Descartes est de nouveau en France. Il rencontre le père Marin Mersenne à Paris et commence à être connu pour ses inventions en mathématiques.
Il s’installe définitivement en Hollande au printemps 1629. Il s’inscrit à l’Université de Franeker. Il continue pourtant de se déplacer (de 1629 à 1633 : Amsterdam, Leyde, Utrecht, Deventer, Egmond).
A Amsterdam, Descartes vit au centre de la ville, dans la Kalverstraat, le quartier des bouchers, ce qui lui permet de faire de nombreuses dissections.A la fin de 1633, Descartes quitte Deventer pour Amsterdam ; en 1635, il est à Utrecht. Il passe ensuite à Leyde (où il avait déjà été en 1630) et s’arrête à Santpoort en 1637.
De 1637 à 1641, Descartes vit principalement à Santpoort. Durant cette période heureuse, il publie en français le Discours de la méthode et polémique avec ses contradicteurs : Jean de Beaugrand, Pierre de Fermat, Gilles Personne de Roberval, Plempius et Jan Stampioen. Il fait venir auprès de lui Hélène Jans, une simple servante devenue compagne et amie. En août 1635, il a avec Hélène (et reconnaît) une fille baptisée Francine. Mais la fillette meurt en septembre 1640, laissant  Descartes éploré. Un mois plus tard, il perd son père. Ces disparitions rapprochées sont à l’origine du « plus grand regret qu’il eût jamais senti de sa vie ».
Suède et fin de vie : Il rencontre en 1643 Élisabeth de Bohême, fille de l’électeur Palatin détrôné en exil en Hollande et commence une abondante correspondance avec la jeune femme, traitant notamment d’éthique.
En septembre 1649, il accepte, sur son invitation, de devenir le tuteur de la reine Christine à Stockholm, résidant chez l’ambassadeur de France, Pierre Chanut. Dès cette époque naît la rumeur qu’elle a une liaison avec le philosophe, même si cette liaison est peu crédible. La rigueur du climat et l’horaire matinal de ses entretiens avec la reine (avant 5 heures du matin) sont inhabituels au penseur et auraient eu raison, selon la version officielle, de sa santé. Il n’a hâte que de partir au retour du printemps, mais serait mort le 11 février 1650.
Toute une mythologie sur les circonstances de sa mort voit le jour, dès son décès. L’hypothèse la plus évoquée dès cette époque est celle d’un empoisonnement à l’arsenic. Selon cette version, il aurait été empoisonné par une hostie, contenant une dose mortelle d’arsenic, donnée par l’aumônier François Viogué (père catholique), qui aurait craint que l’influence cartésienne (notamment son refus -comme Luther et Calvin- du dogme catholique de la transsubstantiation), ne dissuade la reine Christine, luthérienne, de se convertir au catholicisme. Christine de Suède envoie au chevet du philosophe le médecin Van Wullen qui note les symptômes suivants dans son compte-rendu : coliques, frissons, vomissements, sang dans l’urine. Descartes se fait préparer comme antidote, un émétique à base de vin et de tabac, ce qui laisse penser qu’il suspectait lui-même l’empoisonnement.
Le 24 juin 1667 le cercueil en cuivre de Descartes fut déposé sous un monument de marbre en l’église de l’abbaye Sainte-Geneviève à Paris, qui tombe en ruines au fil des décennies. Après plusieurs péripéties, les ossements sont conservés au couvent des Bernardins, puis réinhumés à l’église Saint-Germain-des-Prés où ils reposent depuis le 26 février 1819. Ses restes sont, deux siècles plus tard, toujours « coincés » entre deux autres pierres tombales – celles de Jean Mabillon et de Bernard de Montfaucon – dans une chapelle abbatiale de l’église Saint-Germain-des-Prés, à Paris.

 

Contexte politique et culturel de l’époque de Descartes
Une philosophie ne peut être détachée de l’époque, de la société dans laquelle elle a surgi. Ainsi, Descartes est encore un homme jeune lorsque débute la guerre de Trente Ans en 1618. Il s’écarte de cet univers « fanatique et sanglant ». Hors de France, il n’a pas à choisir, face à la Contre-Réforme. Il trouve le calme nécessaire à ses études en Hollande, où il est protégé par son statut de Français ; il écrira qu’il «  tient un pied dans un pays, un pied dans l’autre ».
Mais, même en Hollande, les protestants dénoncent les écrits de Descartes. Donc, il fait preuve de la plus grande sagesse : « je pourvois à ma sécurité en m’appliquant à me plier aux circonstances » (lettre à Guillaume Schickard du 27 août 1630). Il sait très bien que le philosophe est « une matière consumable ». Pour plus d’anonymat, il abandonne son titre de noblesse et il cesse de porter l’épée.
Publier des écrits scientifiques n’est pas sans risque à cette époque où l’Eglise censure tout ce qui n’est pas conforme aux Ecritures. Ainsi, Galilée devra se rétracter pour sauver sa tête ; Giordano Bruno qui soutient l’existence de l’infini, sera brûlé en place publique à Rome par l’Inquisition le 17 février 1600 ; Lucilio Vanini, théologien qui avait pourtant écrit « contre les philosophes, les épicuriens, les athées », sera condamné à Toulouse pour athéisme et pendu en place publique le 9 février 1619 ; en 1623, le Parlement de Paris fait brûler en place publique l’effigie du philosophe du courant des Libertins, Théodore de Viau, et, cette même année, il condamne « à peine de vie » toute critique d’Aristote.
Tout cela va perturber Descartes, qui hésitera souvent à publier ; pour se préserver, il va écrire plusieurs exemplaires de ce qu’il veut publier, et l’envoyer à des docteurs de la Sorbonne, afin d’avoir une sorte de visa, une d’assurance…
Sur le plan culturel, ce 17ème siècle voit le début d’un certain nombre de sciences expérimentales, lesquelles ne s’appuient nullement sur des hypothèses métaphysiques. Les premiers textes qui font appel à l’expérience pour valider une théorie scientifique sont de Léonard de Vinci ; « L’expérience », dit ce dernier, « est seule interprète de la nature ; il faut donc la consulter toujours de mille façons jusqu’à ce qu’on en ait tiré les lois universelles. » Nombre d’historiens de la philosophie donneront Léonard de Vinci, comme « père de la science expérimentale chez les modernes ».
« C’est la Renaissance : un monde commence, un monde finit. », a écrit Ferdinand Alquié. L’époque sera considérée comme « temps modernes », car c’est l’aube de grandes découvertes. Ainsi, en 1604, Kepler explique le phénomène de la vision. En 1609, Galilée met au point un nouveau télescope qui va permettre de « pénétrer des mondes inconnus ».
En Allemagne, en Italie, en Angleterre, en France, la physique et l’astronomie font de grands progrès. La chimie, qui utilise l’expérience, essentiellement matérialiste (au sens philosophique du terme), commence à exister. Toutes ces nouvelles idées, démontent peu à peu les principes rigides des théologiens, de ceux qui se réclamant de la philosophie naturelle.
C’est l’époque de grands esprits, comme Gassendi, le premier philosophe à remettre en cause la philosophie aristotélicienne, Francis Bacon, puis Giordano Bruno et Léonard de Vinci (déjà cités), mais aussi, de Raphaël, de Michel-Ange, de Cervantès, de Corneille, et de Shakespeare. C’est l’époque d’un courant de philosophie qu’on nomme « les libertins », qui font surtout connaître Montaigne et qui réhabilitent l’Epicurisme que combattent les jésuites.
Nombre de philosophes de cette époque (ou plus précisément des savants), de France, d’Angleterre, d’Allemagne…, communiquent entre eux ; ils font état, dans leurs courriers, de leurs recherches ; ils ont déjà créé une nouvelle méthode d’investigation et ils ne se plient plus systématiquement aux arguments d’autorité (« Aristote a dit », « Platon a dit ») ; Descartes communique avec certains d’entre eux. Leur philosophie – et ce sera le cas aussi pour Descartes –  ne se réfère plus à la Bible ; c’est une philosophie « sans Genèse », c’est en cela aussi qu’elle devient « moderne ». Après les grandes découvertes, dont un nouveau continent, avec les nouvelles approches scientifiques, les esprits évoluent, un nouveau champ des idées s’ouvre ; désormais le monde ne sera plus comme avant.
Il est à noter, pour plus de clarté des débats, que certains mots utilisés à l’époque de Descartes et par ce dernier n’ont pas tout à fait le même sens que de nos jours. Ainsi « la philosophie » concerne plutôt des domaines qui ressortent de la science, des mathématiques, de la géométrie, de la physique. Et lorsque Descartes parle de morale, nous verrons qu’en fait, il se contente d’une « morale par provision », c’est-à-dire respecter les us et coutumes de l’époque, à défaut d’en avoir trouvé une autre qui ne rencontre pas d’obstacle ; donc, aucun débat d’ordre moral ; il respecte ce que nous appelons aujourd’hui l’éthique de son époque.

Descartes, fondateur de la philosophie occidentale moderne. (1ère partie)
Dire que Descartes est fondateur de cette philosophie n’est pas dire qu’il fait table rase des Anciens, ni qu’il ne peut rien nous enseigner sur le monde dont nous sommes contemporains. C’est dire (mais il faut l’argumenter) qu’il s’inscrit dans le champ de pensée « moderne » et, à partir de là, comprendre ce que je retiens de la philosophie de Descartes pour m’orienter dans la vie aujourd’hui. Je m’explique :
Je reprends à mon compte la classification proposée par Michel Foucault dans son livre publié en 1966 Les Mots et les Choses. Il y a trois épistémès, c’est à dire trois « champs de pensée », trois façons de dire les choses : celle de l’Antiquité régie par l‘usage des plaisirs ( la manière d’user  ou de ne pas user des plaisirs, qui est caractérisée par tous les écrits philosophiques anciens) ; il y a l’épistèmê moderne, caractérisée par le souci de soi (le soin de son âme ou de son esprit) et il y a le champ de pensée contemporain, caractérisé par le culte du Moi.
Il n’y a pas que Foucault pour caractériser Descartes comme un philosophe moderne. Jean François Lyotard invente le terme « postmoderne » (dans son livre publié en 1979 La condition postmoderne) pour caractériser les philosophes contemporains qui refusent les « grands récits » de l’Histoire individuelle et / ou collective et notamment celle dont le sujet humain, le « Je », la conscience, est acteur. Or, le caractère fondamental de la philosophie de Descartes, c’est ce système de pensée qui raconte l’histoire de l’individu comme gouvernée par le « Je », le sujet humain, le « je pense », ce que je vais essayer d’argumenter.
Que signifie que Descartes peut être considéré comme ayant posé les fondations de la philosophie occidentale moderne? C’est ce que nous allons essayer de comprendre en deux ou trois moments.
Premier moment, je vais aborder le « je pense » et ses implications : l’égalité des humains et le dualisme. Je m’appuierai sur trois ouvrages de Descartes pour l’expliciter.
D’abord :
1° Le Discours de la méthode (1637), écrit en français, signe de la préoccupation de Descartes de « vulgariser » (au sens premier de rendre accessible ses idées au « vulgus », au peuple, à tout un chacun, à tous) : signe de la modernité qui, contrairement à la tradition, se soucie de tous et non pas seulement des lettrés. On retrouvera cette préoccupation moderne chez les philosophes des Lumières au 18ème siècle.
2° Les Méditations métaphysiques (1641), écrit en latin en 6 parties (les 6 parties et l’ordre des Méditations sont les mêmes que les parties et l’ordre du Discours).
Les passions de l’âme (1649), traité écrit en latin.
Descartes raconte dans la première partie du Discours de la méthode et dans la première Méditation métaphysique son enfance et souligne que l’enfance est pleine d’idées, de  pré-jugés (qui ne relèvent pas du jugement). Il a décidé alors d’étudier « le grand livre du monde », de voyager  pour apprendre d’autres idées  et il a alors compris la relativité des mœurs et des idées : « Vérité en-deçà des Pyrénées, erreur au-delà. » C’est  pourquoi, il s’est retiré dans son poêle (la seule pièce chauffée de la maison) et il a conçu l’idée d’une méthode universelle de recherche des vérités, méthode inspirée des mathématiques fonctionnant par idées claires et distinctes et rigoureusement enchaînées, méthode dont il expose les règles dans la deuxième partie du Discours.
La première règle (règle dite de l’évidence) est la suivante : « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je la connusse évidemment être telle: c’est à dire d’éviter soigneusement la précipitation et la prévention et de ne comprendre rien de plus en mes jugements que ce qui se présenterait si clairement et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le mettre en doute. »
C’est la règle des idées claires et distinctes et du doute.
La deuxième règle est celle de l’analyse (diviser un problème en parties et examiner chaque partie l’une après l’autre, pour le traiter et le résoudre).
La troisième règle est celle de la déduction ou de l’ordre : conduire par ordre ses pensées en commençant par les plus simples, puis en montant, comme par degrés, jusqu’ à la connaissance des plus composées.
La dernière règle est celle de la synthèse : vérifier qu’on n’a rien oublié.
Méthode pour traiter tous les problèmes, méthode logique, méthode d’un esprit rationnel qui ne fait pas appel à une quelconque intuition, et méthode qui se réfère au sujet pensant en chacun de nous. Car chacun de nous est un sujet pensant : c’est là un autre thème cartésien qui en fait le fondateur de la pensée moderne. Tous les hommes sont égaux : ils sont tous des sujets pensants, ce qui est démontré par l’application de la première règle de la méthode. C’est le fameux : « je pense, donc je suis ».
En effet, appliquons la méthode : je doute de toute idée qui n’est pas absolument claire et distincte,  donc je doute de toutes mes idées. Remarquons qu’il y a des idées innées (qui sont en moi, nées avec moi, qui sont en tout être humain) et des idées adventices (qui sont de mon milieu ou de mon environnement ou de mon époque) comme l’idée de « crime contre l’humanité » ou l’idée « des droits de l’humain ».
Il y a une idée innée, l’idée que « je pense », qui est claire et distincte en chacun de nous ; celle-là, je ne peux pas en douter, car, quand je doute que je pense, je doute encore quand je doute que je doute que je pense encore. Soyons précis et logique. Je doute de toutes mes idées. Il en reste une dont je ne peux pas douter à savoir que je doute, c’est à dire que je pense, et j’en déduis logiquement que je suis, c’est-à-dire que je suis une chose qui doute ou pense, c’est-à-dire une chose pensante. Je pense, donc je suis. Qu’est ce qu’un être humain? Un être pensant. C’est là une fondation de la pensée occidentale moderne qui est majoritairement dualiste. Pour le dire vite, mais j’espère clairement : l’univers (la totalité de l’être, la totalité de ce qui existe) se divise en deux mondes : le monde des idées, des sujets pensants, et le monde des objets étendus ; c’est cela qu’on appelle le dualisme. La pensée ancienne et orientale est majoritairement moniste. L’univers est un (monos) et tous les êtres, les êtres pensants et les êtres objectifs participent du même Etre.
Avec la conscience écologiste contemporaine, de nombreux philosophes de la pensée occidentale contemporaine retrouvent le monisme : tous les êtres vivants ont une âme ou un esprit et participent du même univers.
Ce qui est revendiqué aujourd’hui de Descartes et ce pourquoi certains philosophes contemporains disent qu’ils sont modernes et non pas postmodernes,  c’est l’idéal cartésien :  l’idée que tous les hommes sont des sujets pensants et que l’inégalité parmi les hommes n’est pas naturelle, mais liée à des contextes sociaux, économiques, culturels, etc. Aujourd’hui, dire « je pense, donc je suis », c’est résister au type de société qui impose le « je consomme, donc je suis ».

Le rationalisme cartésien.
Avec Descartes, nous sommes dans un contexte où il y a un contrôle total de la pensée et du langage, contrôle exercé par les religieux, qui sont les seuls enseignants et maîtrisent toute expression écrite. Le mot « raison », qui donne rationalisme, sera avec Descartes ce rationalisme qu’on dira moderne (en raison de son époque considérée comme telle). Ce rationalisme cartésien mettra la raison comme unique principe pour parvenir à une vérité, mode de pensée en totale rupture avec les doctes de la Sorbonne.
A l’opposé de forme rationaliste plus ancienne, Descartes refuse toute part du hasard, toute argument d’autorité, les immuables principes d’alors, ceux de Platon ou d’Aristote.
Toute sa démarche rationaliste l’amènera au « cogito », puis s‘appuyant sur des idées intuitives, en éliminant toute idée dont il peut douter, il cheminera par une méthode déductive, avec une  logique construite comme des mathématiques, des chaînes de raison, il arrivera à une vérité, une certitude. Il a la plus grande confiance dans la certitude mathématique et dans « l’évidence de leur raison », dira t-il.
Sa méthode lui semble si rationnelle, qu’elle est alors pour lui accessible à tous, puisque l’entendement, qu’il nomme le bon sens « est la chose la mieux partagée », ce qui lui fera dire dans la Règle N° IV des Règles pour la direction de l’esprit : «  Quant à la méthode, j’entends par là des règles faciles et certaines dont l’exacte observation fera que n’importe qui ne prendra rien de faux pour vrai, et que, sans dépenser inutilement aucun effort d’intelligence, il parviendra par un accroissement graduel et continu de science, à la véritable connaissance de tout ce qu’il sera capable de connaître. » Toute la démarche rationnelle cartésienne résulte de la « méthode », à savoir :
1° Ne recevoir aucune chose comme vérité acquise, suspendre tout provisoirement, tout ce qui n’est pas certain.
2° Diviser et poser chacune des difficultés du problème.
3° Conduire sa pensée en allant du plus simple au plus composé.
4° Faire décompte et revue de toutes les données pour être sûr de ne rien omettre.
Il ajoute que ce n’est pas le théorème aisé qui permet d’accéder à la vérité indiscutable, mais une conduite à respecter, à appliquer à l’étude de tout sujet. Descartes nous dit « qu’il s’agit surtout d’un exercice de l’esprit à pratiquer toujours, comme s’exerce la gymnastique, exercice du corps, et se doit d’être utilisé comme pour aller vers la vérité, rejetant tout dogme qui se voudrait tenir lieu de raison. »
Il va comparer cette méthode aux arts de la mécanique (Règle pour la direction de l’esprit, Règle N° VI).
Mais ce rationalisme, cette pensée discursive, doit s’appuyer sur une intuition qui lui apparaît comme ne pouvant être fausse. Il part du principe que si une « intuition première » lui est parvenue, c’est qu’elle lui a été donnée comme «  semence de vérité » et que seul un Dieu qui « ne saurait être trompeur » lui a insufflé cette idée. C’est la base solide de tout un enchaînement patient qui selon lui, mené de façon rationnelle, ne peut aboutir qu’à la vérité. C’est l’aboutissement  de ce cheminement par la raison.

Descartes et Pascal, deux façons de philosopher
Descartes et Pascal sont contemporains et ils se sont rencontrés. J’utilise Pascal comme un levier pour montrer Descartes et le sortir de sa certitude, de son optimisme du progrès et de la raison conquérante.
Dans L’herméneutique du sujet, Michel Foucault nous dit qu’on peut voir Descartes autrement. Pour lui, il y a chez Descartes une raison, effectivement mathématique, logique, qui pense que le tout n’est que la somme des parties ou, par exemple, qu’un corps n’est que la somme de ses atomes, de ses cellules, et non que la somme est plus que la seule somme des parties ; forme de pensée assez actuelle où la vie n’est que psychique et réduite à cela.
Donc, il y a pour moi deux fondateurs. Pour Descartes, c’est la raison, pour Pascal, c’est l’entendement, où la raison dont nous entendons le monde d’une façon exacte, c’est-à-dire : deux et deux font quatre, ce qui n’est pas « raisonnable »,  mais exact, ce n’est pas la vérité, mais l’exactitude.
Pour Foucault, le moment cartésien mettra fin au souci de soi, ouvrant la modernité.
Depuis le Discours de la méthode, on tient pour assuré que le sujet est par nature capable d’accéder à la vérité sans conversion préalable ; il suffit de lui appliquer la méthode, c’est la traditionnelle exigence spirituelle de la transformation du sujet que Descartes expulse définitivement du champ philosophique, ce qui était une héroïque opposition à la scolastique dominante à son époque.
Mais ce qui était révolutionnaire à l’époque devient aujourd’hui réactionnaire, scientiste ; il faut se défaire de cette raison cartésienne qui nous réduirait à des robots.

 

 

Débat: G Il est à rappeler que Giordano Bruno, qui a été brûlé par l’Inquisition, était lui-même un moine, mais sa notion d’infini ne pouvait être acceptée, puisque alors seul Dieu était infini.

G Dans les Méditations métaphysiques, je me suis penchée sur cette relation entre le corps et l’âme. J’ai essayé de résumer ma pensée dans un texte :
Quand on parle du corps et de l’âme, on imagine un couple parfaitement uni.
Pourtant leur mariage est une liaison bigame, où l’un à l’autre masque une part de sa vie.
L’âme est immatérielle, cependant elle agit, elle a des sentiments, des règles, des pensées.
Le corps est bien réel et, comme l’automate mu par un mécanisme conçu comme le code certifié et précis, il n’obéit qu’aux ordres bannissant l’anarchisme.
L’âme et le corps ainsi associés produisent un accord sublime et talentueux de ce curieux orchestre.
La méthode est précise, prouvée, confirmée ; mais alors, toi, mon âme, pourquoi me fais-tu vivre ce rêve si étrange où soudain tu apparais sous les aspects d’un ange ?
Pourquoi me parles-tu de doute, d’imagination, de vérité, du corps et de l’esprit ?
Moi, je sais que j’existe, « je pense, donc je suis », avec le cogito qui trouble mon ego.
Mon âme ! Sois pourtant tolérante et miséricordieuse, tu blâmes ma tiédeur dans ta quête d’absolue vérité, alors qu’en ce concept, je me croyais heureuse ; désormais mon esprit viendra me tourmenter.
Toi ! Perle blottie dans ton écrin douillet, tu viens me débusquer et me jeter l’opprobre afin que ma pensée devienne rigoureuse face à la vérité s’émancipant ainsi de ses vues monocordes.
Tu veux l’exactitude d’un mathématicien et surtout tu me veux dans l’esprit cartésien.
Puis, d’un bruissement d’aile tranquille et duveteux, tu t’envoles auréolée, dont l’ange est le symbole.
Depuis ce rêve étrange où tu m’es apparue, j’affirme que le corps dissocié de l’âme devient un corps perdu.
Alors, mon âme, imprègne-moi de vérité, de jugement, de raison, afin de me sortir de mes incertitudes, de mes hésitations.
Rappelle-moi le morceau de cire, qui, malgré sa transformation d’apparence, de consistance, d’odeur et de couleur, demeure matière tirée de la ruche, des abeilles et des fleurs.
Car, bien que l’odeur ait pu s’évanouir, que la forme se soit modifiée, la substance initiale est restée la même, et cela personne ne peut le nier.

G Poème en acrostiche d’Hervé. L’esprit cartésien

 

L’évidence et le bon sens ont scellé son destin
Expliqué par ses écrits rationnels, méthodiques,
Scrupuleux, cohérents, avec l’aide du divin.
Perfection du raisonnement, synthèse logique,
Recherche de la vérité par et dans les sciences,
Initiateur des fondements de la métaphysique,
Toute son attention en son âme et conscience

Conduit à cogiter sur Dieu et son  existence.
Alors, ce savant dit : « je pense, donc je suis ».
Réflexion sur la volonté morale avec sagesse
Témoignée dans son discours, son état d’esprit
Édifiant révéla ses jugements et leur richesse.
Saluons cette œuvre qui, comme sur une carte,
Invite à étudier plusieurs directions spécifiques.
Engageant à méditer sur son parcours, Descartes
Nous laissa en héritage sa pensée philosophique.

G L’esprit cartésien (et pourquoi je ne suis pas cartésien)
En dehors du fait que je sois matérialiste au sens philosophique du terme et non pas idéaliste, comme l’est Descartes en nous présentant l’âme ou l’esprit séparé du corps, je n’intègre pas la démarche cartésienne.
Quant à ce fameux « esprit cartésien », j’ai posé la question à plusieurs personnes quant à ce qu’ils entendaient par « esprit cartésien ». J’ai eu comme réponses : 1°) Une personne qui ne croit en rien, qui doute de tout ce qu’on lui dit. 2°) Une personne incrédule. 3°) Un esprit rationnel et logique.  4°) Une personne méthodique. 5°) Un incrédule, un athée. 6°) Quelqu’un qui réévalue tout selon son propre jugement. 7°) Une personne qui ne croit que ce qu’elle voit. 8°) Une personne terre à terre.
L’expression esprit cartésien peut même être utilisée dans un sens plutôt péjoratif.
Dans une émission sur France Inter, le 13 juin 2003, « 2000 ans d’histoire », thème : « Descartes, c’est la France », on pouvait entendre une assez bonne définition : « Qu’ils aient lu ou non le « Discours de la méthode », qu’ils l’admirent, qu’ils le détestent, ou qu’ils l’ignorent, les Français, c’est bien connu, sont cartésiens. Et chacun d’entre eux connaît par cœur les cinq mots : « Je pense, donc je suis », sur lesquels Descartes a fondé sa philosophie ; et en les écrivant, notre philosophe national ignorait peut-être toutes les passions qu’il allait déchaîner. »
« Sceptiques et raisonneurs par principe, sûrs de leur bon sens, se méfiant toujours des dogmes et des autorités établies, les Français se reconnaissent volontiers dans ce personnage. »
C’est peut-être Descartes lui-même qui nous donne la bonne définition en parlant de lui dans cet extrait de la Règle N° X dans les Règles pour la direction de l’esprit : « Je suis né, je l’avoue, avec un esprit tel que le plus grand plaisir des études a toujours consisté pour moi, non pas à entendre les raisons des autres, mais m’ingénier moi-même à les découvrir. »
On peut penser que moins d’un Français sur mille a lu en entier un jour une œuvre de Descartes. Ainsi se retrouve-t-il affublé, estampillé « d’esprit cartésien » à « l’insu de son bon gré ». C’est là une fois de plus une de ces ruses de l’histoire.
D’Alembert, dans l’Encyclopédie, évoque la « secte » des Cartésiens, disant (dans le préliminaire du traité de dynamique) qu’elle n’existe presque plus et que cette opinion paraît absurde. Les philosophes des Lumières ne retiennent pas les théories de Descartes ; Voltaire lui-même se moquera gentiment de Descartes, rappelant que, s’il s’est trompé, il s’est du moins « trompé avec méthode » ; Molière, dans Dom Juan, va faire rire avec cette vérité cartésienne que deux et deux font quatre, parce que Dieu l’a voulu ainsi.
Ce n’est qu’à partir du milieu du 19ème siècle que les textes de Descartes sont remis à la mode. Les nombreux écrits débutent dans les années 1860 et ce sera surtout Victor Cousin qui va beaucoup écrire sur Descartes (18 volumes) ; on le donne même comme le promoteur de cet esprit cartésien attribué aux Français.
Cette notion d’esprit cartésien va diviser les Français. Les royalistes, qui ont été éduqués essentiellement par les Jésuites, vont haïr Descartes, car, pour ces derniers, la seule idée de vouloir prouver l’existence de Dieu est de l’ordre du blasphème, du parjure. Pour cette même raison, curieusement, certains acteurs de la Révolution française vont vouloir ériger Descartes en symbole de la « raison ». La raison sera un certain temps pratiquement divinisée ; on rendra hommage à la déesse « Raison ».
Comment une démarche, qui, des dires de Descartes lui-même, vise à créer (je cite) « une physique métaphysique » (bel oxymore, au passage), comment une méthode qui s’appuie sur (je cite toujours Descartes) « des semences de vérité » reçues de Dieu, ce dont Leibniz va se moquer, évoquant « un tour de cartes », comment celui qui nous dit que l’esprit, l’âme échappe à toute détermination du corps (le dualisme cartésien), comment quelqu’un qui sans vergogne déclare que tous les philosophes avant lui n’ont rien écrit qui vaille, comment ce savant si doué en mathématique, qui s’est trompé dans de multiples domaines, peut–il être ainsi passé à la postérité et être la référence des Français ? Voilà une question qui intéresse encore les historiens de la philosophie.
Si on s’était arrêté aux vérités spéculatives, nous serions encore au Moyen Âge sous l’autorité des scolastiques. Descartes, avec son intuition scientifique, « vérité de Dieu », pose une simple pétition de  principe. Le doute cartésien, la logique cartésienne, en ce sens, me paraissent, vus de nos jours et  avec l’éclairage de toute la philosophie, être  proches de l’imposture intellectuelle.
Par ailleurs, Descartes est à ce point infatué de lui-même qu’il écrit dans la lettre à Beeckman du 21 août 1634 (publiée dans le livre Descartes Geneviève Rodis-Lewis, page 129). : « …que si l’on pouvait prouver la fausseté de ses propos, il serait prêt à confesser sa totale ignorance en philosophie. ».
Il s’est grandement trompé quant à la circulation du sang ; il soutient que la lumière nous arrive en instantané, etc. Comment, après tout cela, nous a-t-on affublés de cet « esprit cartésien », j’en reste pantois. Si être cartésien, c’est être aussi suffisant que Descartes, je ne veux pas être catalogué « cartésien » et cela m’ennuie qu’en tant que Français, je sois réputé comme tel.

G Descartes, fondateur de la philosophie occidentale moderne
(2ème partie)
D’entrée, je dirai que j’ai comme idéal une partie de l’idéal  cartésien.
Et maintenant, voici ma seconde argumentation, quant à l’existence de Dieu et ses implications : les hommes peuvent connaître les vérités, et, par là, « se rendre comme maîtres et possesseurs de la nature. »
Descartes va démontrer logiquement l’existence de Dieu ; là encore, il met en place une fondation de la pensée moderne qui sépare la pensée logique de toute inspiration divine ou de toute contemplation de la nature.
Il découvre en lui l’idée de perfection ou l’idée d’infini. C’est là une idée que chacun a en lui et elle est claire et distincte pour chacun : je ne peux, moi, être fini ou imparfait, être la cause d’une telle idée. C’est logique. De même, il n’y a dans tout l’univers aucune chose infinie ou parfaite qui pourrait être la cause de l’idée de parfait en moi. Donc, logiquement, l’idée d’infini implique l’existence d’un être infini ou l’idée de parfait implique l’existence d’un être parfait pour que je puisse en avoir l’idée.
Remarque : Kant et d’autres philosophes ont critiqué cette démonstration de l’existence de Dieu ou du parfait ou de l’infini, notamment en distinguant l’être de l’exister, l’essence de l’existence ; mais nous ne sommes pas là pour analyser les difficultés conceptuelles de Descartes (faut-il dire que Dieu ou l’infini ou la perfection, est ou existe ?), mais pour comprendre les enjeux de sa recherche philosophique.
Selon Descartes, nous pouvons considérer la clarté et la distinction des idées comme critères de leur vérité. Une science vraie est alors possible. C’est là encore une idée moderne. C’est armée de cette certitude, que sera construite la physique moderne, une physique mathématique telle que Galilée l’a conçue. « La nature est écrite en langue mathématique. » Descartes, lui aussi, a écrit un ouvrage de physique mathématique : Le traité du Monde. La science (physique) moderne est science d’une nature sans finalité, sans but, sans dessein. Nous sommes loin de la manière de penser des Anciens et des mythologies. La nature n’est plus qu’un ensemble de lois mécaniques, les lois du mouvement ou du repos de la matière. Leur connaissance permettra (comme l’écrit Descartes à la fin de la 6ème partie du Discours et dans la 6ème Méditation) de « se rendre « comme » maître et possesseur de la nature ».
C’est bien, là encore, le sens de la pensée moderne et occidentale qui a abandonné le « comme »  de l’expression cartésienne (qui signifiait que le sujet pensant peut tout connaître, qu’il peut avoir la maîtrise et la possession théorique de la nature, comme Dieu). La pensée occidentale  moderne déclare que  les hommes peuvent avoir la maîtrise et la possession pratique de la nature,  c’est à dire que  la pensée humaine peut  rationaliser et instrumentaliser tout l’univers. C’est, en effet, la forme de pensée de la mondialisation économique, c’est celle de la rationalité qui instrumentalise tout, y compris tout ce qu’il y a de plus intime chez l’être humain.
La pensée contemporaine, elle, est de plus en plus marquée par les catastrophes sociales (Auschwitz, le paradigme des crimes contre l’humanité et les génocides du 20ème siècle), les risques présents et les catastrophes écologiques probables et les crises du libéralisme mondial. Elle se tourne de plus en plus, pour dire le sens de ce qui est et de ce qui advient, vers la sagesse des Anciens, ou vers un au-delà de la pensée moderne. Elle est, en ce sens, majoritairement, postmoderne. Mais ce qui est à l’honneur de Descartes, c’est d’avoir démontré que les hommes, êtres finis, s’ils le veulent, ont les moyens (l’intelligence, l’esprit méthodique, l’esprit critique) de se rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature », qu’ils peuvent connaître ce qu’ils ignorent, s’ils le veulent.
Enfin, en répondant à la question « comment bien vivre ? », Descartes est apparemment fidèle aux Anciens, mais finalement, là encore, très moderne, car il valorise la volonté et son pouvoir dans l’analyse de l’action humaine.
Ne pouvant fonder la morale, comme il l’aurait voulu, sur une science achevée, Descartes, propose une morale provisoire, qu’il expose dans la 3ème partie du Discours et dans la 3ème Méditation et en partie dans le traité des Passions de l’âme et dans sa correspondance.
Outre les conseils d’adaptation aux moeurs de son pays et de tolérance aux autres, Descartes salue le consentement des Anciens à la finitude ; la règle fondamentale de cette morale est : « Tacher toujours plutôt à me vaincre que la fortune, et à changer mes désirs plutôt que l’ordre du monde. » Ceci, parce que nous sommes finis, dans un univers infini, imparfaits dans un univers parfait ; mais notre raison est capable de penser l’infini et de connaître clairement et distinctement tout l’univers et toute la nature, y compris la nature humaine ; alors, il suffit de vouloir penser rationnellement pour obtenir « le suprême contentement de l’âme ». Ayons, écrit Descartes, cette « générosité » de ne vouloir que ce que nous pouvons, et non l’excès, la démesure, et nous pourrons  avoir tout ce que nous voulons.
Donc : domination intellectuelle de la nature, gouvernement de soi, maîtrise de ses passions et soin méthodique  de son esprit, c’est bien là l’esprit moderne, que la pensée contemporaine va, un peu, pour certains, beaucoup, pour d’autres, bousculer, mais qui reste pour moi une partie (je dis bien une partie) des valeurs que je défends.
Complément ou 3ème moment de l’argumentation : je pense que l’humanisme moderne de Descartes, c’est la valorisation de la raison et l’optimisme de la volonté, qui donnent du sens à l’existence humaine. Avec, bien sûr, des dérives : par exemple, le scientisme (tout peut être objet de science), le volontarisme (il suffit de vouloir pour pouvoir)…
Ainsi, Descartes a voulu rendre  définitivement  caduc l’enseignement que l’on faisait encore de la physique d’Aristote dans les collèges, alors que la révolution galiléenne était un acquis accepté majoritairement par les penseurs de l’Europe, hors l’Eglise. Le Discours de la méthode est une préface à trois essais scientifiques, Dioptrique, Météores, Géométrie, qui sont eux mêmes des extraits d’un Traité du monde que Descartes a renoncé à publier en entier (j’avance « masqué », a écrit Descartes), parce que ce traité se réfère à la physique de Galilée qui s’est construite en rupture avec l’observation : chacun voit le Soleil tourner autour de la Terre, alors que le physicien sait que c’est l’inverse. Cela, Descartes ne peut l’écrire. En effet, il s’est rallié aux thèses de Galilée : l’univers est héliocentrique (tourne autour du Soleil) et non pas géocentrique (comme le soutenaient  les Anciens et Ptolémée). Mais Galilée a été condamné quelques années plus tôt pour avoir soutenu le système héliocentrique (et, avant lui, Giordano Bruno a été brûlé vif pour la même raison). Donc, Descartes avance les mêmes thèses, mais sous une forme logique et après avoir, aussi sous une forme logique, démontré l’existence de Dieu. D’autre part, méfions-nous des apparences, dit Descartes, partons du doute et avançons par le raisonnement, méthode qui peut s’appliquer à toute recherche scientifique.
Précisons : Il faut bien distinguer la méthode expérimentale (observation, hypothèse, vérification expérimentale, thèse), méthode d’invention scientifique (qui ne sera théorisée qu’au 19ème siècle par Claude Bernard), de la démarche de rigueur scientifique proposée par Descartes, parce qu’il s’agit de « chercher la vérité dans les sciences » et, pour Descartes, d’élaborer une méthode « pour bien conduire sa raison ». « C’est le titre complet du Discours de la méthode : « pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences ».
A mon sens, quand Descartes valorise en l’être humain la raison et la volonté, on ne peut que penser comme lui que « le bon sens » (c’est à dire l’intelligence) « est la chose du monde la mieux partagée » ; c’est la première phrase du Discours de la Méthode. Il invite les humains à penser  l’égalité de tous, quelles que soient leurs différences culturelles, et il les oriente vers l’idéal de  rechercher des vérités en partageant leurs savoirs et cela, sans préjugés et avec le plus de logique possible. N’est-ce pas ce qui nous anime dans un café-philo ? Et dans toute réflexion philosophique ? Et dans toute réflexion tout court, d’ailleurs ?
Cela reste pour moi, une partie des valeurs que je défends.

G Nous ne sommes pas tous du même avis. Moi, j’adore Descartes. La découverte du Discours de la méthode dans mes études a été un grand bonheur pour moi. C’était : Comment penser ? Comment réfléchir ? Comment aborder le monde ? Plein de choses… Pour moi, c’est parfait !

G Dans son livre L’erreur de Descartes, Antonio Damasio prouve d’une façon cartésienne que les émotions et la pensée sont inséparables. Il y en a, effectivement, qui ne pensent qu’en philosophie argumentée, logique, et puis, il y en a d’autres, qui voient différemment. Selon Finkielkraut : « Le plus important est de comprendre l’autre. Il ne s’agit pas tant d’ouvrir les autres à la raison, que de s’ouvrir soi-même à la raison des autres. » Je suis plutôt de l’avis de Pascal pour qui « Le coeur a ses raisons, que la raison ne connaît point. »
Il a une autre chose de plus importante liée à cet esprit cartésien et à cet homme-machine, c’est que nous sommes tous désorientés parce qu’on pense que la science permet de nous orienter. Mais c’est impossible que la science, ou la raison, puisse nous orienter. Pour Wittgenstein (mathématicien, logicien, ingénieur) : « Si la science résolvait toutes les questions qu’elle se pose, la question du sens de la vie ne serait même pas effleurée. » C’est comme si on voulait faire de la philosophie avec un tournevis, cela ne sert à rien !
Quant à Pascal, il pense que Descartes fait de la science, comme d’autres vont à la chasse : c’est un divertissement, c’est-à-dire que cela lui évite d’affronter le problème du sens de la vie, ce que la science ne résoudra jamais. Avec lui, comme pour les axiomes mathématiques, nous avons une base, une certitude qui a son fondement à l’extérieur. Donc, aujourd’hui, Descartes, il faut s’en débarrasser ; il était très important à son époque ; aujourd’hui, il faut changer de « méthode ».

G Descartes, nous l’avons dit, est difficile à sortir de son contexte historique, mais sa démarche a permis de sortir d’une pensée sclérosée, la pensée scolastique. Mais, il a tellement été utilisé, avec tant d’abus d’un rationalisme conquérant, qu’on est maintenant dans une logique où Descartes est dangereux ; la théorie avec le temps s’est pervertie.

G Je suis « pro-Descartes » et, comme le sujet a été présenté par certains d’entre-vous dans ce débat, j’ai vu comme un système avec des enchaînements, comme des rouages avec des poulies, des engrenages, et, là, je me suis dit : voilà ! Descartes, c’est cela !
En fait, c’est assez drôle de dire  qu’on est « pro-Descartes » ou pas « pro-Descartes », parce que la culture, notre culture,  fait que notre pensée logique découle de cette pensée cartésienne.
Je suppose que pour faire vos exposés, vous êtes partis sur une pensée logique avec quelque chose de très général, puis, ensuite, c’est : où est-ce que je veux aller ? De toute une somme de connaissances sur un sujet, on conserve, on établit une argumentation, c’est un réflexe naturel de notre façon de penser. En revanche, si on utilise la « méthode » comme en entreprise pour la conduire, pour optimiser le rendement humain, cela peut être dangereux. Mais, cela permet de rationaliser, d’être optimum dans sa vie de tous les jours.

G Poème de Jean-Pierre Palissier:

Poésie de la méthode.

 

Dès qu’on me parle des cartes, il me vient à l’esprit,
bridge, poker, tarot, belote et puis rami.
Dès qu’on me parle des cartes, il me vient à l’esprit,
trèfle, carreau, cœur, pique et tout ce qui s’en suit.
Dès qu’onme parle des cartes, il me vient à l’esprit,
l’image d’un atlas où elles sont très fournies.
Dès qu’on parle de…Descartes, il me vient à l’esprit,
que deux et deux font quatre, comme il me l’a appris.
Un esprit cartésien ne s’embarrasse guère,
de tout ce qui fait l’art, il préfère la manière.
Tous ses raisonnements pour survivre ont besoin,
comme les poupées gigognes, d’un emboîtage très fin.
Discours de la méthode sous-entend de ce fait,
qu’une méthode ne s’impose jamais à l’imparfait.
Cette philosophie s’interdit de rêver,
chose pour un poète qui paraît insensée.
Mais elle a l’avantage pour ses thuriféraires,
de prouver qu’ils conservent les deux pieds sur la terre.
Alors, haut et fort, je proclame aujourd’hui,
Que cartésien je reste et cartésien je suis.
Il sera toujours temps de retourner ma veste,
car pragmatique je suis, et pragmatique je reste.

G Si j’étudie Descartes, je m’ouvre à la pensée de Descartes et j’essaie de voir ce qui vaut dans cette pensée pour moi. Ensuite, Descartes ne dit pas que la science dit tout, il dit simplement que l’esprit humain, quel qu’il soit, est capable de connaître ce qu’il veut connaître, et donc, il faut valoriser  l’esprit qui, naturellement, en regard de ce dualisme cartésien, habite un corps.
Dans la 6ème partie du Discours de la méthode, Descartes va résoudre cette question de l’âme et de l’esprit, du corps et de l’esprit, d’une façon logique. Il ne dit pas que les hommes sont de purs esprits et que le corps ne compte pas, de la même façon pour les animaux. Il dit : raisonnons et voyons ce dont j’ai l’intuition, à savoir que le corps n’est pas fait de la même consistance que l’esprit. Donc, en ce sens, il rêve aussi, comme tout le monde, mais il veut faire comprendre comment fonctionne la pensée. En ce sens, Descartes n’est pas un scientiste ; en ce sens, la méthode de Descartes, ce n’est pas la méthode scientifique. Descartes s’est trompé, bien sûr, comme d’autres scientifiques ; l’histoire de la pensée est semée d’erreurs. Descartes, c’est, pour moi, la valorisation de la raison et l’optimisme de la volonté. Le scientisme, ce n’est pas Descartes, c’est la dérive du cartésianisme, de la pensée moderne de la technoscience.

Renatus (René) Descartes., gravure de Cornelis A. Hellemans éditée par Johannes Tangena. Estampe réalisée entre 1687 et 1691, une quarantaine d’année après la mort de Descartes en 1650. (Rijksmuseum. Amsterdam)
Descartes est représenté foulant aux pieds les œuvres d’Aristote.

G Poème de Florence :

Descartes

 

Cogito ergo sum n’en déplaise aux sceptiques
Je chemine en suivant ma méditation
Sans en rien oublier en revue systématique
Dans mes rêves égarés naît la révolution

Au cœur de la confusion de mes perceptions
Dieu est ma caution, mon guide énigmatique
J’habite dans mon corps faisceaux d’interactions
Cogito ergo sum n’en déplaise aux sceptiques

Ne pas fâcher l’Eglise, éviter la critique
La lumière des flammes de l’Inquisition
Enfermé dans mon poêle je n’suis point hérétique
Je chemine en suivant ma méditation

Le doute et le bon sens ferme résolution
Je coupe et je divise à des fins méthodiques
Pas à pas je construis mon argumentation
Sans en rien oublier en revue systématique

Jaillissent les éclairs d’une idée prophétique
Les délires agités d’une folle intuition
Dessinent au plafond des courbes elliptiques
Dans mes rêves égarés naît la révolution

Le corps est étendu, le corps est ma passion
Je pose la physique et la mathématique
Sur les inclinations de l’imagination
Un socle si solide, un esprit scientifique
Cogito ergo sum

G Comme le rappelle Jean-François Revel dans son Histoire de la philosophie occidentale, le titre intégral initial des Méditations métaphysiques était : « Méditation sur la philosophie première, dans laquelle il est démontré l’existence de Dieu et l’immortalité de l’âme* ». [* Traduction du titre en latin de la 1ère édition de 1641 (en ligne sur gallica.bnf.fr) : Meditationes de prima philosophia in qua Dei existentia et animae immortalitas demonstratur.]
On a évoqué brièvement la preuve ontologique. Avec ce postulat, pour Descartes, l’idée de quelque chose de parfait ne peut être que Dieu, mais  l’origine de cette formule, de cette pétition de principe, appartient à Anselme de Cantorbery (1033-1109). On y souscrit ou on n’y souscrit pas, et toute la théorie cartésienne part de là, et des « semences de vérité » reçues de Dieu. Mais Descartes dit qu’il ne connaissait pas la preuve ontologique d’Anselme, alors qu’il a étudié chez les Jésuites et que l’étude d’Anselme et des Pères de l’Eglise est incontournable. Il en sera de même pour le « cogito »  qui ne fait qu’adapter la célèbre formule de Saint-Augustin (354-430) dans La cité de Dieu (Livre XI) : « si enim fallor sum », « car si je me trompe, je suis ». La similitude avec le « cogito » saute aux yeux, mais là aussi, il prétend ne pas connaître cette formule de Saint-Augustin, alors qu’il est docteur en droit canon.
La question se pose de savoir si Descartes a développé son Discours, qu’il nomme aussi sa « physique métaphysique » (bel oxymore), avec plus ou moins l’intention de prouver l’existence de Dieu, ou s’il s’est trouvé dans une impasse philosophique, découvrant qu’une vérité mathématique n’est pas une vérité philosophique. Il fallait bien un premier anneau à la chaîne de raisonnement et, face à un vide pour échafauder sa théorie, c’est là que les idées innées reçues d’un Dieu « qui ne saurait être trompeur » lui viennent en aide. Alors, Descartes a-t-il servi son Dieu ou s’en est-il servi ? Là, c’est moi qui doute.
Il n’en reste pas moins qu’après Descartes et les savants de son époque, les grandes certitudes se lézardent et le questionnement chez les philosophes français est largement plus ouvert.  Finalement, quel que soit le jugement que l’on porte sur son œuvre en général, nonobstant, si beaucoup, comme les encyclopédistes, considèrent ses thèses comme désuètes, il est une véritable rupture de la pensée. Descartes a fait un apport conséquent, car toute quête philosophique est un bout de chemin pour la philosophie à venir.

Œuvres de Descartes

Discours de la méthode.
Méditations métaphysiques.
Règles pour la direction de l’esprit.
Traité du monde et de la lumière.
Les Principes de la philosophie.
Les Passions de l’âme.
Recherche de la vérité par les lumières naturelles.
Correspondance avec Élisabeth [la princesse Elisabeth de Bohème] de 1643 à 1649.
Correspondances diverses, notamment des lettres à Mersenne.

Sélection d’ouvrages de référence sur Descartes

Descartes et la France : histoire d’une passion nationale. François Azouvi. 2002. Fayard.
Descartes, c’est la France. André Glucksmann. 1987. Flammarion.
Descartes. Biographie. Geneviève Rodis-Lewis. 1995. Calmann-Lévy.
Descartes, sa vie, ses travaux, ses découvertes avant 1637. J. Millet. 1867. Didier. En ligne sur gallica.bnf.fr.
Notes sur la vie de Descartes et sur le Discours de la méthode.  Abraham Netter. 1896. Berger Levrault. En ligne sur gallica.bnf.fr.
Descartes, l’homme et l’œuvre. Ferdinand Alquié. 1987. PUF.
Descartes. John Cottingham. 2000. Seuil.
Descartes et le rationalisme. Geneviève Rodis-Lewis. 1966, réédition 1996. PUF, Que sais-je ?
Le rationalisme de Descartes. Jean Laporte. 1990. PUF.
Descartes selon l’ordre des raisons. Martial Guéroult. 1953. Aubier.
Descartes, bien conduire sa raison. Pierre Guenancia. 1996. Gallimard.
Monsieur Descartes. La fable de la raison. Françoise Hildesheimer. 2010. Flammarion.
Descartes. La fable du monde. Jean-Pierre Cavaillé. 1991. Vrin.
Descartes, promesses et paradoxes. Charles Ramond. 2011. Vrin.
L’erreur de Descartes. Antonio Damasio. 1995. Odile Jacob.
La découverte métaphysique de l’homme chez Descartes. Ferdinand Alquié. 1950. PUF
La pensée métaphysique de Descartes. Henri Gouhier. 1961 et 1999. Vrin.
Etudes sur Descartes : l’histoire d’un esprit. Jean-Marie Beyssade. 2001. Points, Essais.
L’esprit cartésien. Bernard Bourgeois et Jacques Havet. 2000. Vrin
Essai sur le discours de la méthode. Henri Gonthier.1973. Vrin.
L’art de penser. 15 philosophes au banc d’essai. in : Les grands dossiers des sciences humaines, N° 34,  mars, avril, mai 2014.
Histoire de la philosophie moderne et contemporaine. Jean-Michel Besnier. 1993. Grasset.
Histoire de la philosophie occidentale. Jean-François Revel. 2013. Pocket.
Boulevard des philosophes, de la Renaissance à aujourd’hui. Bertrand Vergely. 2005.
Milan.
Dictionnaire d’éthique et de philosophie morale. Monique Canto-Sperber. 1996 et 2004. PUF.
Encyclopédie  de la philosophie. Collectif. 1991 et 2002. Livre de poche, la Pochothèque.
Métaphysique et raison moderne. Denis Rosenfield. 1997. Vrin.
Les mots et les choses. Michel Foucault. 1966. Gallimard.
L’Herméneutique du sujet. Michel Foucault. 2001. Gallimard.
La condition postmoderne. Jean-François Lyotard. 1979. Editions de Minuit.

Emission radiophonique

Emission « 2000 ans d’histoire » du 13 juin 2003 sur France Inter  sur le thème : « Descartes, c’est la France », avec Patrice Gélinet et François Azouvi (disponible sur You Tube).

 

 

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Une réponse à Descartes et l’esprit cartésien

  1. pannetier guy dit :

    Merci aux partenaires qui ont préparer ce débat qui donne un éclairage particulier sur ce philosophe

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