L’art rend t-il l’homme meilleur?

 Restitution du débat du 8 octobre 2014 à L’Haÿ-les-Roses

Chirico de Georgio. Les muses inquiètes.1916. University of Iowa. Museum of Art.

Introduction par Annie : L’art est utile, bien sûr. Il s’est créé en France plein de groupes, d’associations autour de la culture, dont une se nomme : « Culture et lien social » ; cela permet à des gens de se rencontrer en parlant de poésie, de littérature, de théâtre… Cela permet de sortir de l’isolement. L’art est utile et nécessaire pour soigner les enfants ; on connaît mieux leurs souffrances par le dessin, la musique, les expressions corporelles… On soigne les enfants avec l’art dans les hôpitaux. Dans un spectacle, on se sent heureux quand tout le monde se lève à la fin pour applaudir ; il y a comme une communion, c’est fantastique! Maintenant, que l’art rende meilleur, je dirai que non. Non, parce que, par exemple, les Allemands de l’époque du nazisme pleuraient sur le jeune Werther, ils adoraient la musique, ils adoraient la peinture, et pourtant, dans ce même temps, ce peuple « cultivé » va brûler des livres, des partitions de musique (parce qu’elles avaient été écrites par des Juifs). Et l’on sait la place de l’art dans les camps de concentration où des orchestres jouaient pour les prisonniers lorsqu’ils partaient le matin pour un dur travail, et ces mêmes orchestres jouaient pour ceux qu’on emmenait vers leur mort. Le nazi Josef Mengele, grand amateur d’art, avait fait faire le portrait d’une quarantaine de victimes qui allaient être exterminées. L’artiste (une prisonnière également), sachant qu’ils allaient mourir sous peu, les a magnifiées. Par ailleurs, l’art a été parfois élitiste, c’est-à-dire que les gens du peuple ne pouvaient accéder à la culture ; ainsi, par exemple, quand on a fait des livres à bon marché, cela a fait réagir ; cela a révolté certaine personnes. Cela remettait en cause la création d’une séparation des couches sociales par l’art.
Débat : GDans une de ses œuvres [R comme résistance tiré du film L’Abécédaire], Gilles Deleuze dit : « L’homme ne cesse pas d’emprisonner la vie, de tuer la vie, la honte d’être un homme. L’artiste, c’est celui qui libère une vie, une vie puissante, une vie plus que personnelle ; ce n’est pas sa vie. »
Que nous dit donc Deleuze ? Que notre être, notre condition humaine, nous enferme et que, comme nous sommes bien conscients, trop conscients qu’étant toujours en dessous de l’idéal que nous pourrions poursuivre, que ne sachant pas échapper à nos démons, c’est l’artiste qui réhabilite, qui crée du beau, qui met l’homme au-dessus de sa condition par l’acte de créer. Ainsi, l’art nous grandit, nous redonne confiance dans l’homme, nous redonne confiance en nous. Donc, Deleuze nous dit que l’art nous libère de nous-mêmes. C’est aussi ce que nous dit Nietzsche à sa manière [dans Fragments posthumes] : « Nous avons l’art afin que la vérité ne nous tue pas. »
Autrement dit, l’art nous libère de nos certitudes, dont celle de notre finitude. Le philosophe a parfois de la difficulté à débattre de l’art, car ce dernier, ne se laisse enfermer dans aucun concept ni immanent, ni transcendant ; il échappe au réalisme comme à l’idéalisme, il est de fait a-moral. L’art peut être néanmoins un acte de liberté, presque un acte subversif. Ainsi, Delacroix veut rendre hommage aux insurgés de 1830. C’est très mal reçu ; il expose quand même son œuvre monumentale de La liberté guidant le peuple. Pour la petite histoire, il va même jusqu’à coiffer la femme qui est la Liberté du bonnet des anciens esclaves affranchis. L’artiste a œuvré pour plus de liberté, pour le progrès social, lequel est censé rendre l’homme meilleur. L’évolution d’une société s’appuie, se construit sur l’esprit d’une époque. Cet esprit se construit sur la culture d’une époque et les artistes sont les artisans, les bâtisseurs de cette culture. La création artistique a besoin du champ infini de la créativité. Rarement les artistes ont été du côté du pouvoir absolu. On a souvent dit qu’il n’y avait pas d’art sous les dictatures, sous les régimes autoritaires ; c’est faux et vrai à la fois. Vrai, car la création est souvent étouffée sous ces régimes, et faux, lorsqu’on repense à Sacha Guitry et Jean Anouilh et d’autres qui ont continué à créer sous l’Occupation, mais vrai également, car l’art fut parfois un acte de révolte que l’on veut réprimer. D’autre part, est-ce que l’artiste partisan ou captif d’une idéologie, captif ou engagé à fond dans une doctrine, est encore en création libre ? L’art, on le sait, peut servir une cause. Les œuvres de Wagner qui avait versé dans l’antisémitisme, au-delà de leur valeur esthétique, ont accompagné l’idéologie de la race supérieure. La musique adoucit les mœurs, soit ! Mais ce n’est pas pour cela qu’on me fera marcher au pas sur une musique.
Mais, soyons un peu optimistes : l’art peut sublimer, sublimer celui qui crée et sublimer un instant celui qui admire une œuvre d’art, mais de là à le rendre meilleur, on peut en douter. Mais on peut s’en remettre à une sagesse plus optimiste avec ces lignes de Nietzsche tirées de, Humain, trop humain : « L’art doit avant tout embellir la vie, donc nous rendre nous-mêmes tolérables aux autres et être agréables si possible : ayant cette tâche en vue, il modère et alors tient en brides, crée des formes de civilité, lie ceux dont l’éducation n’est pas faite à des lois de convenance, de propreté, de politesse…De plus, l’art doit dissimuler ou réinterpréter tout ce qui est laid… » 
G L’art rend-t-il meilleur ? On peut s’interroger sur cette formulation. J’aurais préféré, par exemple : « que nous apporte l’art ? », car la notion de meilleur, cela ressort du domaine moral. De plus, comment définir l’art : Un domaine ? Une discipline ? Des disciplines ? Comment le cerner ? S’il rend meilleur, qui va-t-il rendre meilleur ? L’artiste, les destinataires ? Est-ce que cela les rend différents ? Qu’est-ce que cela leur apporte ? L’art peut nous émouvoir sur l’instant, nous rendre meilleur, mais, à terme, qu’en est-il ? Ceux qui habitent à Chevilly-Larue ont pu lire dans Le Journal municipal d’octobre 2014 l’article Mémoire de l’archiviste municipal traitant de L’art présent dans la Cité aux Sorbiers et à La Saussaie. La SCIC (Société Centrale Immobilière de la Caisse des Dépôts), organisme de logement social créé en 1954 dans l’urgence de la crise du logement, avait en plus la volonté de rendre l’art présent dans la cité en y implantant des œuvres d’art. L’art était alors encore assez élitiste et des populations entières n’avaient pas l’habitude de côtoyer des œuvres d’art sur leurs lieux de vie ; cela avait pour but d’y rendre la vie plus agréable.
G La question de rendre meilleur peut concerner aussi bien l’artiste, celui qui crée, que le public qui va accéder aux œuvres d’art. Est-ce que cela les rend différents ? L’art peut, bien sûr, créer de l’émotion, mais ce n’est pas cela qui va vous changer ; cependant, il peut vous ouvrir a d’autres choses, vous enrichir… 
G Je ne crois pas non plus que l’art puisse rendre meilleur. Je suis plus convaincue de son utilité. En revenait sur l’art dans les camps, dans le livre Le violon d’Auschwitz de Maria Angels Anglada, un homme va améliorer ses conditions de détention simplement parce qu’il est luthier et qu’il va pouvoir réparer le violon d’un officier, un gradé, qui est un musicien.
G L’art, s’il ne rend pas meilleur, peut rendre heureux et faire découvrir des horizons nouveaux. Il peut nous transcender par la beauté, mais il peut aussi nous déplaire, nous dégoûter, nous écœurer. Je compare l’art au plaisir d’enrichir une recette déjà connue à laquelle on ajoute des saveurs nouvelles afin de disposer nos papilles à des découvertes. Même si ces nouvelles saveurs ne sont que modérément appréciées, elle suscite en nous une curiosité par l’expérience du nouveau, va nous permettre de faire des différences et de faire évoluer nos connaissances. 
G Shakespeare, dans Richard II, met en scène deux personnages qui s’affrontent : le duc de Norfolk et le duc de Lancaster. Les deux sont accusés de haute trahison envers le roi. Richard II, s’adressant au duc de Norfolk, va trancher le débat avec les paroles suivantes: Richard II – Je prononce contre toi cette parole sans espoir. Ne reviens jamais ! Norfolk – C’est une dure sentence de la bouche de Votre Altesse. Ce coup me rejette errant dans l’espace. Le langage que j’ai appris, mon anglais natal, il me faut l’oublier maintenant. Maintenant, ma langue n’est pas d’une plus grande utilité qu’une viole ou une harpe sans corde. […] Vous avez emprisonné ma langue au-dedans de ma bouche, derrière la double barrière de mes dents et de mes lèvres… » En tant qu’exilé, rejeté de mon pays, le Chili, ce texte m’a touché profondément ; il éveille cette solidarité entre tous les exilés du monde, ceux qui ont été mis hors de la lumière… Alors, comment lier morale et art, quand on sait que l’art ne peut pas se définir comme un être conscient qui pourrait choisir entre le bien et le mal ? 
G C’est vrai, l’art est multiple et, de plus, il s’adresse à l’inconscient. Autant il peut rendre meilleur et contribuer à l’édification morale (car, « meilleur », c’est de l’ordre de la morale), et autant il peut rendre pire, car on a déjà vu utiliser l’art à des mauvaises fins. Dans des révolutions, les messages passaient très bien par des chansons s’adressant à l’inconscient et elles ont fait passer aux actes. Quant à l’artiste, on sait qu’il peut être au service de celui qui le nourrit. Léonard de Vinci était au service de ses mécènes ; tant d’artistes ont travaillé sur commande. Et puis, on a évoqué l’art et les nazis, mais on peut aussi évoquer l’art stalinien. C’est ou l’art pour édifier, ou l’art pour manipuler. Aujourd’hui beaucoup de bénévoles travaillent dans les prisons, donnent des cours, des cours en atelier d’écriture, atelier de poésie, organisent des conférences. Cela crée du lien avec l’extérieur et est bénéfique aux détenus. 
G Le mot « meilleur » m’a intrigué dans son sens humain, social. Mais je me suis dit : si on en faisait un déterminant, un adjectif. Après tout : meilleur artiste, meilleur travailleur, meilleur tribun, meilleur manipulateur de foule. Lorsqu’ont été organisés les grands massacres des Juifs dans les pays de l’Est, c’est à des êtres très intelligents, les meilleurs, souvent des docteurs qu’on a confié l’organisation. Il fallait que les soldats, les exécutants, aient des êtres de qualité supérieure qui leur donnent ce genre d’ordres. Cela permettait de justifier l’injustifiable, de manipuler les paradoxes. C’est-à-dire de faire d’un champ d’horreur, un chant d’apothéose. Himmler s’est transformé en Wagner dans cette œuvre de mort. 
G Est-ce qu’il y a des circonstances où, pour moi, modestement, l’art me rendrait meilleur ? Oui, si effectivement je prends l’art au sens des situations où j’ai immédiatement adhéré, ressenti une émotion face à une production artistique. Sur le moment, je me sens meilleur, mais, trois jours après, je suis redevenu celui que j’étais avant. Par contre, il existe des circonstances où, étant confronté à une œuvre d’art, tout à coup, on prend du temps pour l’inutile, du temps inutile dans un monde utilitariste. Alors, éprouver ce temps inutile, c’est déjà, pour moi, me sentir meilleur. 
G Le fait de parler d’art, renvoie aux qualités qui sont dans l’art, cela nous permet de nous mettre en phase avec d’autres qualités. On peut penser que l’art nous renvoie à la beauté du monde, à cette beauté esthétique, car ce monde est beau et merveilleux avant tout, ce monde avec ses étoiles, le soleil, la lune et tout le merveilleux dans un flocon de neige. Cela peut aussi nous renvoyer à une certaine transcendance : il y en a qui ont utilisé l’art comme tremplin pour cette transcendance. A chaque fois, l’art est ce rappel de la beauté, beauté qui est aussi en nous et qui nous rappelle qu’on n’a pas le droit d’abdiquer. J’ai parfois entendu cette phrase [de Theodor Adorno] : « Il n’est plus possible d’écrire des poèmes après Auschwitz. » En fait, on se souvient de ceux qui dans les camps ont tenu grâce à la beauté de la poésie ; c’est ce qui leur a permis des résister.
Ce soir, il y a une éclipse totale de lune, alors pendant le débat, j’ai écrit sur ce sujet :
Une totale
Eclipse
Ailleurs
qu’en
Notre Europe
L ‘art nous
Rend-il meilleurs
S’il nous change
En veilleurs ?
Bibliothèque
A tous rayons
De nos étoiles
Livres d’un vers
Un vers unique
A l’ombre danse
Autre poème pour cette même éclipse totale de lune.
J’ai l’esprit
D’escalier
Et je voulais vous
Dire
Je voulais
Vous parler
D’escaliers
Dérobés
Marche après marche
Avec un mur
A l’arrivée
Puis l’ascenseur
Avec les touches
Lune et soleil
(Laurent Desvoux-Dyrek) 
G Un guide nous a fait visiter à Prague un cimetière juif qui avait été sauvegardé par les Allemands. Heydrich avait demandé à Hitler qu’il soit conservé intact, gardé par les nazis durant toute la guerre, afin d’en faire le musée d’une civilisation disparue. 
G L’art a servi pour les guerres : des peintures, des chants ont exalté l’esprit guerrier, tel : « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ». Au combat, la trompette sonnait la charge. 
G Citation [sous réserve] de Frédéric Lodéon : « Donnez la marche hongroise de Berlioz à jouer au philharmonique de Berlin et il vous en fera du Wagner. » 
G Citation de Woody Allen [dans son film Meurtre mystérieux à Manhattan] : « Quand j’entends trop de Wagner, cela me donne envie d’envahir la Pologne ! » 
G Une grande partie de notre patrimoine culturel et artistique, c’est l’art religieux. Certains diront que la religion s’est servie de l’art pour propager la religion catholique par la beauté des images, la beauté des œuvres, exploitant ainsi l’émotion qu’il en ressort. Mais on était dans un art totalement sous le contrôle de l’Eglise, un art sacré. Cet art sacré était censé rendre les gens meilleurs, en leur montrant, soit « La vierge à l’enfant », soit « Les stations du chemin de croix », etc. Cette fonction sacrée n’existe plus. L’art s’est libéré peu à peu de ses anciens carcans ; il choisit ses propres critères moraux, éthiques, philosophiques ou politiques.
Revenant à une précédente intervention, il arrive que l’expérience esthétique nous détache tout à coup du temps, nous mettent hors du temps, un peu de transcendance en fait, avec un aspect spirituel (on peut hésiter quant à l’interprétation) ; c’est l’émotion esthétique, dont nous parlait déjà Kant, et cela a pu aller pour certaines personnes jusqu’à ressentir des altérations psychosomatiques, comme se trouver mal ; c’est ce qu’on nomme le « syndrome de Florence » ou aussi « syndrome de Stendhal ».
Enfin, j’ajouterai que des pays ont beaucoup oeuvré pour que le peuple puisse accéder à l’art et se cultiver. Ce sera le cas avec les musées ouverts au public après la Révolution française. On l’a vu aussi dans les pays de l’Est au siècle dernier, que ce soit pour la peinture, la danse, l’opéra, la musique (même si certaines autres formes d’expression furent muselées). Pour que l’art puisse rendre les gens meilleurs, il faut pour cela les initier, initier les plus jeunes ; c’est le rôle de l’Etat, les rôles des parents et de tous les adultes. Nous avons eu il y a quelques années un débat sur « Faut-il être initié pour jouir de l’art ? » 
G Texte impromptu par Michelle : Je ne suis pas une artiste. Mais une poétesse à mes heures perdues. J’apprécie l’art qui m’éblouit les yeux ; que ce soit l’art contemporain, moderne, abstrait. L’art lyrique est doux à mon oreille. Pour aiguiser mes neurones, j’apprends l’art de la guerre. Et pour une détente bien méritée dans notre monde moderne, je m’invite au 7ème art. 
G Il y a eu des affrontements entre les écoles d’art ; le clou n’est jamais fixé une fois pour toute ; l’art se fait, se défait, évolue… Les grandes expositions d’art sont nécessaires, car elles sont destinées à fertiliser les yeux qui les regardent. On voit beaucoup, il reste peu et ce qui reste c’est l’art. 
G Je voudrais revenir sur l’art et le peuple parce que j’ai une expérience concrète. Je dirais que pour que l’art soit manipulateur dans le bon sens, comme dans le mauvais sens, il doit être un art de qualité et plus il est de qualité, plus grande est l’influence. Il y a manipulation et manipulation. Au Chili, nous avons eu la chance d’avoir un poète, Pablo Neruda, qui a fait une chose exceptionnelle. C’est un poète qui a pris tout un continent, l’Amérique latine, pour faire des poèmes merveilleux sur tout : sur la terre, sur l’air, sur la flore, la faune, sur l’espoir des peuples. Avec d’autres artistes célèbres, cela nous a beaucoup aidés ; cela a souvent fait évoluer le peuple sans une goutte de sang. Vu sous un aspect psychologique, il y a un psychiatre célèbre, Damasio, qui nous explique qu’habituellement, l’art nous frappe par les yeux, par les sens : le visuel, l’auditif, l’olfactif. De fait, nous dit-il, l’information arrive bien par l’un des sens, arrive d’abord au cerveau, mais ce dernier renvoie de suite l’information vers le corps, lequel va réagir, exprimer un sentiment de bien être, de relaxation, puis le renvoyer au cerveau et c’est là que se crée l’émotion artistique. Ceci nous expliquerait comment on travaille sur l’inconscient avec l’art, comment on soigne avec l’art. 
G Il y a des impulsions positives de l’art et je me suis toujours demandé si les dirigeants nazis n’avaient pas cet impérieux besoin d’art pour supporter la férocité de leurs actes de bêtes humaines. 
G Nous avons un très bel exemple pour illustrer ce thème, c’est le film de Roman Polanski, Le pianiste, où un artiste, un virtuose, va sauver sa vie grâce à la sensibilité de mélomane d’un officier allemand. 
Poème de Florence :
L’art de la ballade
Je suis le miroir ébréché
Où se reflète ta mémoire
Lorsque la vie t’a amoché
Je te raconte une autre histoire
Contre le vent de tes déboires
Un pansement, un placebo
Une question éliminatoire ?
Je suis le bon, le vrai, le beau !
Je suis un passage fléché
Que je sois né d’un rêve de gloire
Ou bien d’un esprit éméché
Je suis le pain de l’avaloire
Et le sujet du consistoire
Mon expression est un flambeau
Je suis l’esprit dans le ciboire
Je suis le bon, le vrai, le beau
Je suis né au creux d’un rocher
Dans une grotte toute noire
Je suis le verbe entrechoqué
Lorsque l’on gravait sur l’ivoire
Les stratégies et les victoires
On m’emmenait jusqu’au tombeau
J’apporte aux âmes de quoi boire
Je suis le bon, le vrai, le beau
Ô toi qui rêve encore d’y croire
Quand ton esprit est en lambeaux
Je suis là, dans ce champ de foire
Je suis le bon, le vrai, le beau 
G Dans le roman « Lorsque j’étais une œuvre d’art » d’Eric-Emmanuel Schmitt, un jeune garçon veut se suicider et, là, un artiste génial et un peu fou, lui demande de lui donner sa vie, ainsi il n’aura plus de vie à lui, il sera comme mort sans se suicider et sans la souffrance. Le candidat au suicide accepte. A coups de scalpel, l’artiste va le modifier, le sculpter, en faire un Apollon, une magnifique oeuvre d’art, qu’il va nommer « Adam-Bis ». Il l’expose et attire les foules… Il est arrivé que des artistes se soient affranchis des règles morales au nom de leur art. Nous avons connu cela il y peu avec une exposition de cadavres statufiés. Certains ont crié au génie, d’autres ont crié au scandale. Cela repose le problème du lien de l’art et de la morale, de l’art et de l’éthique. Doit-on mettre des limites de morale et de décence, de respect de la dignité humaine ? Même si l’art n’est pas soumis aux règles de morale, ce genre d’exposition a choqué nombre de personnes qui ont vu là un art dégénérescent. 
G Voici un extrait de William Shakespeare (L6/II) de Victor Hugo : « Ah ! Esprits ! Soyez utiles ! Servez à quelque chose. Ne faites pas les dégoûtés quand il s’agit d’être efficaces et bons. L’art pour l’art peut être beau, mais l’art pour le progrès est plus beau encore. Rêver la rêverie est bien, rêver l’utopie est mieux. […] Parlez-lui donc de l’art pour l’art à ce cénobite de l’idéal. Il a son but et il y va, et son but, c’est ceci : le mieux. Il s’y dévoue. »
GOn peut tenter aussi d’illustrer le thème avec le personnage mythologique de Pygmalion. (De mémoire): Ce dernier était fâché de la conduite des jeunes femmes de Chypre et aucune n’avait pour lui la grâce et la beauté qui aurait pu lui donner envie du mariage. Pygmalion avait un don dans l’art de la sculpture. Il se mit alors à sculpter la femme idéale. Il fit une œuvre d’une si grande beauté et si proche de la réalité qu’il tomba amoureux de sa statue. Rempli de tristesse de ne pas pouvoir rencontrer de beauté équivalente, il se rendit au temple d’Aphrodite et l’implora. Aphrodite, déesse de l’amour et de la beauté, touchée par ce garçon, touchée par cette sublimation de la beauté, décida de faire quelque chose pour lui. Revenu à son atelier, comme à l’accoutumée, il va caresser, puis embrasser sa belle statue, il lui pose un baiser sur les lèvres et, là, il sent, tout à coup, que les lèvres de la statue sont douces, que sa peau est tiède, que la statue lui rend son baiser. Aphrodite honorée par cette œuvre d’art avait donné vie à sa statue. Il la nomma Galatée et l’épousa. Si cela ne l’a pas rendu meilleur, pour le moins cela l’a rendu heureux. (Et il nous reste une belle histoire !)
Œuvres citées :
Les violons d’Auschwitz. Angels Anglada.
Richard II. Shakespeare.
Quand j’étais une œuvre d’art. Eric-Emmanuel Schmitt
Cette entrée a été publiée dans Saison 2014/2015, avec comme mot(s)-clef(s) , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , . Vous pouvez la mettre en favoris avec ce permalien.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>