La ballade des illusions

Ma comète est en panne, au bord de l’irréel
Et mes plans s’éparpillent, en pluie d’étoiles filantes
Je suis tombée par terre, aux pieds d’un monde cruel
Les cadavres de rêves et les visions brûlantes
D’arcs en ciel sans espoir font des vies flageolantes
Où l’on marche à tâtons dans un monde inconnu
La lumière est trop crue, le magicien est nu
Le décor démonté, déclassé le palace
Il ne reste plus rien quand le tableau s’efface
Vendu aux enchères mes utopies d’occasion
A la décharge des envies je me prélasse
Je n’ai plus d’illusions, mais c’est une illusion

J’ai vu de la lumière au bout de ce tunnel
Je marche dans cette réalité fuyante
J’ai aimé des ombres et le fantôme charnel
D’un amour impossible m’a laissée pantelante
Nom de Dieu, que la vérité est insolente
Vrai, le prince charmant n’est qu’un vil parvenu
Et son discours au fond est un peu convenu
Le bal était masqué, le bal où l’on s’enlace
Quand l’ivresse est cuvée le quotidien se lasse
Sur la pointe des pieds est partie l’effusion
A la décharge des sentiments je ressasse
Je n’ai plus d’illusions, mais c’est une illusion

Je suis bercée comme un bébé plus qu’éternel
La vie a des couleurs bien plus affriolantes
Et je veux croire encore un peu au Père Noël
Je veux de la magie, des visions ensorcelantes
Et des projets comme des vagues déferlantes
Repousser la frontière du monde inconnu
J’enfourche une hypothèse, un concept chenu
Car il mènera bien quelque part dans l’espace
Entre les vrais mensonges et les songes en impasse
Je m’agite et sautille en pleine confusion
A la décharge des doctrines je m’escagasse
Je n’ai plus d’illusions, mais c’est une illusion

O toi le serpent, ô toi le diable cornu
J’ai croqué dans ta pomme, résolument bécasse
L’avenir est un leurre, le présent une nasse
Et la révolution est nourrie d’explosions
Dans un monde en devenir je me décarcasse
Je n’ai plus d’illusions, mais c’est une illusion

Ecrit et lu par Florence Desvergnes
Lors du débat du café-philo du 11 octobre 2013
Thème:  Peut-on vivre sans illusions?

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Une réponse à La ballade des illusions

  1. Nicolas Lafont dit :

    J’adore, c’est magnifique! J’ai lu aussi votre article complet sur les illusions, je ne peux que vous remerciez.
    Et oui.. après les illusions perdues, que nous reste-t-il qui ne soit pas sujet au doute? Peut-être cette envie de vivre, d’expérimenter la vie sous ses innombrables facettes, se démener tant bien que mal dans notre condition humaine.. on peut se demander parfois à quoi bon? Mais s’il n’y a aucune raison de vivre, pourquoi il y en aurait une de mourir? Je m’accroche à cette idée. C’est la révolte Camusienne qui me semble plaisante d’entreprendre…
    Même si je considère que toute affirmation n’est que l’illusion qu’on se donne d’avoir capturé l’idée la plus pure d’illusion, j’adopte celle-ci consciemment car elle semble prendre en compte mon éternel doute…

    Il faut se souvenir de cette phrase emblématique de Dostoievski:  » Si Stavroguine croit, il ne croit pas qu’il croie. S’il ne croit pas, il ne croit pas qu’il ne croie pas. »

    Aussi, il y a de ces plaisirs éphémères qui nous redonnent une certaine légèreté à des moments inattendus, j’ai essayé d’en écrire une facette:

    « Parfois, dans ces heures noires où se débattait son désespoir de vivre, une accalmie se faisait sentir au détour d’une page dont les mots évocateurs peignaient le tableau d’une vielle et plaisante impression qui jadis le remplissait de désirs juvéniles. Alors il restait là, relisant et s’attardant sur chaque mot afin que ceux-ci fassent résonner l’instant dans son rêve momentanément retrouvé et le remplisse d’une légère ivresse poétique. Le fait qu’un homme d’il y a plus d’un siècle, dévoile son intimité, ses craintes, ses espoirs, ses tendresses, et que celles-ci s’enflamment dans son âme était pour lui une sorte de consolation, de fraternité retrouvée. N’était-il pas étrange et rassurant qu’un homme d’un autre pays, d’une autre époque, ne lui redonne, par un sentiment de fraternité, une certaine joie? Bien sûr, ce ne sont que des mots, celui qui les a écrit est mort depuis longtemps, et les hommes se ressemblent, mais c’est là une consolation, et de loin la plus honnête, que celle de se sentir moins seul secrètement, par l’art et par désespoir. « 

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