Humanisme et émigration

Restitution du débat du 7 octobre 2015 à l’Haÿ-les-Roses

The last of England. Ford Madox Brown. 1855. Birmingham and Art Gallery. jpg

The last of England. Ford Madox Brown. 1855
Birmingham Museun and Art Gallery

Introduction : Guy Pannetier :

Tout d’abord, il nous faut spécifier le sens du mot humanisme dans cette formulation « Humanisme et émigration ». Je reprends la première partie de la définition du dictionnaire Lalande : «  Doctrine d’après laquelle l’homme, au point de vue moral, doit s’attacher exclusivement à ce qui est d’ordre humain… »
Pour Sartre: «Par humanisme, on peut entendre une théorie qui prend l’homme comme fin et valeur supérieure » (L’existentialisme est un humanisme).
J’ajouterais à ces définitions, en référence à la question du débat, les mots : empathie, souci d’autrui, altruisme.
Si demain, je me trouvais dans la situation de ces personnes émigrées ; des personnes qui n’ont d’autre choix que de quitter leur terre natale, je n’aurais plus qu’à espérer dans  les qualités humaines, lesquelles décideront de mon avenir. Tout à coup, je me retrouve entièrement à la merci du bon vouloir des autres ; l’autre voudra-t-il m’aider, l’autre voudra-t-il m’accueillir ?
Nous sommes ces autres, – je suis- vous êtes – ces autres -, leur bouée de secours, la seule issue possible pour ces gens qui ne pourront plus jamais revenir en arrière.
Les événements récents montrent une situation qui a pris une autre dimension, car nous sommes passés de la notion d’émigrants économiques,  à celle de réfugiés, les premiers fuient la faim et la misère, les seconds fuient en plus la guerre et ses exactions, pour eux c’est :  fuir ou mourir.
Le 19 avril de cette année (2015),  un naufrage en Méditerranée fait une hécatombe, 700 morts. Même si nous apprenons chaque jour des naufrages en mer (1650 du 1er janvier au 19 avril 2015) nous avons tous été vivement émus face à cette horreur, où des femmes et enfants sont engloutis par la mer ; et cela nous pose la question : au nom de l’humanisme, au nom de notre solidarité envers notre prochain, pouvons-nous continuer à entendre « noyés (es) » dans le flot médiatique de ces terribles informations ?
Puis, ce 2 septembre récent, les télévisions du monde entier montrent le corps du petit Aylan, gisant noyé sur une plage. Puis, dans les images chocs, nous avons vu ce camion frigorifique en Autriche qui contenait les cadavres congelés de 71 personnes ; puis, nous avons vu des policiers hongrois, (le 11 septembre), qui ayant parqué des réfugiés derrière des grillages, leur jetaient de la nourriture par-dessus les grillages, comme on le ferait pour des animaux.
Cette image, non seulement nous brise le coeur, mais elle nous fait honte.Nous pouvons bien sûr penser, voire, nous réfugier dans l’idée que ce problème ne dépend pas de nous, que nous sommes individuellement impuissants. Nous sommes bouleversés, et puis après… ?
Ce n’est pas qu’un défi aux gouvernements. Même si nous ne pouvons pas agir directement cela mérite, pour le moins, que nous nous interrogions sur notre positionnement, car il ne s’agit pas que de se répandre en bons sentiments ; on ne fait pas de la philosophie assis sur un nuage.
La question, inévitablement sera : faut-il instaurer une fois pour toute la libre circulation de par le monde, de tous les individus ? Faut-il supprimer toutes les frontières, ou faut-il, comme le dit Catherine Wihtol de Wenden dans un récent ouvrage « Faut-il ouvrir les frontières ? », les ouvrir ainsi que nous l’avons déjà fait avec la libre circulation des capitaux et des marchandises ?
Nous voyons pour des raisons parfois diverses des pays qui s’ouvrent spontanément aux nouveaux arrivants, et nous voyons des pays où les habitants refusent tout nouvel arrivant, puis nous voyons comme en France, des habitants plus partagés. La crainte est chez certaines personnes, celle de l’accélération d’une dissolution d’un modèle de société, voire de la civilisation occidentale.
Les réticents font appel aux problèmes : de chômage (cinq millions de chômeurs en France), problèmes de la misère, tous les problèmes que le pays n’a su résoudre à ce jour, et  auxquels vont s’ajouter des nouveaux sans emplois, des nouveaux sans ressources, et des nouveaux sans abri.
Dans des reportages on a même entendu : « les Français d’abord ! »
Alors ! (et j’en termine, avec cette question),  en dehors du fait que nous allons sûrement évoquer les causes de cette migration massive ou, plus précisément, de cet exode,  quelle part va l’emporter chez nous : raison du cœur ? Ou raison économique ?
Nous allons en débattre.

Débat

 

Débat : ⇒ Il y a des gens qui s’opposent à l’immigration, alors que c’est une chose naturelle que d’accueillir les gens qui doivent fuir de chez eux, les réconforter, leur redonner le goût de la vie. Et je pense aux Maliens qui viennent d’un pays où il y a beaucoup de misère et ici, ils vivent mal car ils envoient une grande partie de l’argent qu’ils gagnent, au pays.

⇒ Les émigrés peuvent ils compter sur l’humanisme de ceux chez lesquels ils viennent se réfugier ? Il faut reconnaître le magnifique élan de générosité individuelle en France depuis août 2015, peut-être lié à la médiatisation de la photo de ce petit enfant syrien noyé et échoué sur la plage turque. Mais cette  formidable réaction du cœur est à l’opposé des hésitations du gouvernement français à la traîne de l’Allemagne, et des atermoiements de l’Union européenne. Et encore plus à l’encontre des gouvernements de la Pologne, de la Hongrie, de la Tchéquie et de la Slovaquie. Et aussi en réaction aux propos xénophobes de l’extrême-droite française.
Néanmoins il faut distinguer la solidarité qui est une valeur de l’Etat républicain et qui impose l’accueil de réfugiés en vertu de conventions internationales des droits de l’homme, donc en vertu de l’humanisme comme principe de gouvernement, et la charité qui est une valeur propre à toutes les religions et qui implique l’individu. Je ne les oppose pas et je m’incline devant le comportement charitable qui me tente et met en question mon égoïsme.
J’ai moi-même bénéficié de cette générosité: j’ai été enfant cachée en 1943, à Monbahus dans le département du Lot-et-Garonne par une femme Lucienne Deguilhem qui a recueilli vingt enfants juifs, agissant avec un réseau de résistants et qui a été  honorée comme Juste depuis.  Et mes parents ont été accueillis et placés comme ouvriers agricoles chez des fermiers à Cambes de Pujols par l’ORT (organisation juive de reconstruction par le travail), une ONG créée en 1921 pour placer des réfugiés juifs et leur donner une formation professionnelle.
Mais j’applaudis les Etats et les communes qui mettent en oeuvre des structures d’accueil et d’insertion (logement, emploi, apprentissage de la langue, scolarisation des enfants) pour accueillir les demandeurs d’asile. Ivry est une de ces communes et j’en suis fière; cela est dans la tradition de ses valeurs
Quatre cérémonies de parrainages d’enfants de parents émigrés sans papiers ont eu lieu le 3 décembre 2005, le 17 juin et 9 décembre 2006 et enfin le 16 mai 2007, auxquelles j’ai participé en étant moi-même marraine .Cette initiative exemplaire a été prise avec l’idée  d’un lien « existant entre les hommes considérés comme membres de la famille humaine »; c’est la définition que donne le petit Robert du mot fraternité inscrit au fronton de nos afflux de migrantsmairies
Il y a de nombreuses associations dont France terre d’asile qui mettent leurs membres et leurs compétences au service et des individus et des communes qui manifestent cette volonté humaniste.
Mais la question « Y a-t-il des limites à l’hospitalité? » m’obsède. D’une part, il y a un tel afflux de migrants et si peu de partage entre les pays d’Europe, et entre les communes en France par exemple, que l’insertion peut devenir très difficile et alimenter les réflexes xénophobes  .D’autre part comment réaliser l’intégration de tous ? C’est une question qui se pose davantage aujourd’hui qu’hier, parce que dans les années 50, la conscience collective était favorable à l’assimilation des émigrés alors qu’aujourd’hui se pose le problème de l’intégration des différences avec le risque de plus en plus grand de l’affirmation des moeurs et coutumes différentes, ce qui fait problème pour les pays et les communes d’accueil.
Il faut vraiment que les règles de l’insertion et que les moyens d’intégration soient clairs et appliqués. Et c’est aux gouvernants de travailler à indiquer les moyens d’appliquer les conventions internationales et aussi aux législateurs d’élaborer des lois et des décrets d’application pour une réelle politique du partage.
S’il ne faut pas confondre les migrants fuyant la guerre, les tortures, et la misère avec les Roms fuyant un pays qui ne peut plus les aider, néanmoins je veux vous raconter ce qui s’est passé à Ivry avec les Roms parce que cela pose le problème des moyens de l’accueil de la diversité culturelle.
Nous avions, sur le territoire d’Ivry, un énorme bidonville de 300 personnes roms. Depuis quatre ans la municipalité a travaillé à leur donner les conditions d’une vie décente. Elle leur a proposé un contrat d’insertion (un logement, des aides pour chercher du travail, la scolarisation des enfants et des cours d’alphabétisation). 32 familles ont très vite, avec le travail d’explication d’élus de la municipalité et de membres d’un comité de soutien, accepté ce contrat et ont été intégrées. Les autres qui ont refusé ont progressivement repris les habitudes de mendier, faire les poubelles et tout laisser traîner, et sont pour la plupart devenus trafiquants et en particulier de métaux. Pendant l’hiver, pour se chauffer ils ont brûlé des stocks de métaux, ce qui a entraîné des fumées toxiques pour les habitants des  immeubles voisins et notamment pour les élèves du collège voisin. Des enfants ont été intoxiqués et ont dû être hospitalisés…….Et on apprend maintenant (à vérifier) que certains sont logés dans des studios à 1500 euros de location par mois avec les aides du service étatique d’urgence.  Il y a des hôteliers pour profiter de la misère, comme il y a des passeurs pour profiter de la tragédie migratoire (comme cela a été bien montré dans une émission spéciale sur Arte). N’y a t-il pas là une perversion du droit d’asile?
Alors si je suis d’accord avec un tract diffusé par le comité de soutien des Roms : « qu’il ne faut pas chasser les pauvres mais la pauvreté »,  je pense qu’il faut mettre en œuvre à tous les niveaux (commune, région, Etat, Europe, et maintenant continent), les moyens adéquats pour une réelle intégration et qu’elle soit voulue des deux côtés de ceux qui accueillent et de ceux qui émigrent.
Et je conclurais avec le cri de Charles Aznavour «  c’est le melting-pot qui a fait de la France ce qu’elle est », .ce qu’elle est c’est à dire une terre de liberté ….pour ceux qui veulent ce contrat social.

⇒ Est-ce seulement avec la raison du cœur, ou la raison économique, comme cela a été dit,  que nous allons aborder ce sujet de l’émigration? Il y a des choses essentielles : dans tous les pays du monde le droit international permet l’installation de ceux qui arrivent, et les émigrés qui arrivent dans un pays ont les droits des citoyens du pays, protection sociale, protection juridique, etc. Mais il se trouve malheureusement que lorsqu’on fait le point, nombre de pays vomissent les émigrés. J’ai l’exemple de ce que je connais le mieux, je suis d’origine congolaise (Congo Brazzaville), un pays où il y a eu beaucoup d’émigration, mais cela a surtout été une émigration scolaire, universitaire. Après mes études, je pensais renter chez moi, mais ces pays sont aux mains de dictateurs, lesquels sont soutenus par des Etats tels la France, parce qu’on ne fait rien pour que ces pays assainissent leurs méthodes ; exemple, les Présidents élus passent outre les Constitutions pour garder le pouvoir.
Mais dans ces pays-là il y a des ressources, des minerais, du pétrole, et, c’est vendez-nous votre pétrole, et faites comme vous voulez. Cela donne de la pauvreté, l’école qui ne marche pas… Si aujourd’hui l’Europe décide de taper du poing sur la table pour dire à ces gouvernements d’arrêter ces méthodes dictatoriales, alors l’émigration sera moins forte.
Une fois arrivé en Europe, voire en France, l’intégration est très difficile, déjà du point de vue administratif pour l’obtention de la carte de séjour ; c’est la pire épreuve.
L’émigré d’Afrique n’est pas toujours venu pour fuir la faim ; il fuit un manque total de débouchés, un manque total d’avenir dans son pays.

⇒ De l’Afrique, à la Syrie, on ne pourra pas éviter de parler des racines du mal.

 

⇒ Poème de Florence :

Exil

Je suis venu de loin, des chemins de traverse
Si la planète est ronde, les fils sont barbelés
Les murs des champignons sauvages et désolés
Qui poussent un peu partout dans cette forteresse

Il pleut sur mon bonheur et moi je pleure à verse
L’histoire s’effiloche en fils emmêlés
Tiens ma main mon enfant, je vais les démêler
Une vie nous attend derrière cette averse

Là-bas est l’oasis aux confins des déserts
On y cultive le droit avec des bulldozers
S’il reste un peu de miel, s’il reste des abeilles

Qui se cognent aux parois de la maison de verre
Nous chercherons ensemble une issue au calvaire
Lève les yeux au ciel, du fond de ta bouteille

Je suis venu de loin, j’apporte des nouvelles
Je suis le voyageur, j’ai pris une hirondelle
Les oliviers se meurent, la colombe est en panne

Et l’arche de Noé a coulé ce matin
Dieu s’était endormi dans son petit jardin
Et tous ses serviteurs ont battu la campagne

 

⇒ Je reviendrai sur quelques interventions. D’abord je pense qu’on peut déconnecter aujourd’hui cet exode massif, du fait colonialiste, dont l’étape finale remonte déjà à plus d’un demi-siècle.
Par ailleurs, on peut rappeler que parmi les réfugiés qui arrivent en Europe, 38% demandent l’asile en Allemagne, seulement 8% en France. A cet effet, il faut saluer le peuple allemand d’avoir accueilli 80.000 migrants, même si l’on sait que ce pays a besoin de main-d’oeuvre, et de plus de main d’œuvre à bas coût pour conserver son leadership économique.
Mais ces derniers jours la Chancelière Angela Merkel fait l’objet de vives critiques, bien qu’elle ait vite fermé les frontières (dans une Europe sans frontières), supprimé les trains pour les réfugiés. Elle perd 10 points dans les sondages, et hier (9 septembre 2015) elle déclare : « Ceux qui sont venus pour raison économique devront repartir » (Info FR 2 Journal de 20h- 9/10/2015). Nous voyons là comment l’humanisme peut rencontrer le mur des réalités
Les réalités c’est aussi dans les chiffres. A cet effet la Commission européenne a estimé le coût d’un réfugié à 1000 euros par mois. L’Europe s’engage à verser une aide de 6000 euros par réfugié (une fois pour toutes), et à la suite notre Ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, dans une déclaration officielle, avec grand renfort médiatique, annonce que l’Etat français va donner aux collectivités (déjà en difficulté financière et à qui on repasse le mistigri), 1000 euros (une fois pour toutes). On en est à 7000 euros par réfugié. Bien, bien ! Et après, qu’est-ce qu’on fait ?
Là, les bons sentiments sont le masque d’une certaine hypocrisie.
Si on s’en tient aux données démographiques, nous aurons environ 10.000 à 15.000 émigrés à accueillir pour une population de 66 millions. Si la volonté politique ne se contente pas de discours, cela ne semble pas dramatique.
Alors, on débat de ce sujet entre-nous pour se forger un avis, on tente de se faire hors media, une opinion. Cela doit nous servir dans nos choix, dans les questions que nous pouvons poser aux candidats de futures élections à venir, comme (par exemple) : quelle est votre positionnement quant à la vente d’armes, quant à l’exploitation par des entreprises française des ressources, des richesses de pays pauvres ?

⇒ Les mouvements d’extrême-droite augmentent et faussent le coût de l’immigration. Les immigrés rapportent à la France, ils consomment, ils paient l’impôt principal, la TVA,  ils paient des loyers (s’ils trouvent un logement), ils paient des impôts, des charges. Pour les réfugiés économiques, si personne ne les accueille, on les renvoie à la mort.

⇒ Nous avons ici autour de cette table pas mal de réfugiés, ou d’émigrés, (arrivés il y a quelques années), et dont certains ont vécu des périodes difficiles, voire terribles

⇒ Le poème d’Hervé :

(Acrostiche)

La Liberté convoitée
-liberté- libéré-

Laissez passe, ce permis donne la liberté
Il signifie la libre circulation et l’espoir.
Bien leur est fait en promettant la nationalité
Espérée, un contre ordre suscite le désespoir
Résider en secret, vivre dans l’insalubrité,
Tâcher de s’échapper, c’est éviter le pourrissoir,
Etrangers, où trouver la liberté et la fraternité ?

La liberté que la loi permet, on vous l’accorde.
Interdits de séjour, sans papiers, on vous congédie
Bravant le droit, secourus, vous créez la discorde,
Estimant vivre libres malgré cette tragédie.
Réagir, surgir, fuir est le but de cette horde.
Eternel espoir d’aller vers la liberté et la concorde.

⇒ On a parlé beaucoup d’émigration dans ce débat, mais moins d’humanisme, je trouve. Après avoir écouté les prises de parole, je n’ai que des questions à partager.
Et ma première question est : est-ce qu’il y a un droit ou un devoir d’asile ?
Ma seconde question est : l’humanisme est-il à déterminer par rapport à des populations refusant cet humanisme qu’on doit avoir nous-mêmes ; ça revient un peu à la question : faut-il être tolérant avec des intolérants ?
Puis est-ce qu’on doit concevoir l’humanisme, comme une intégration, ou une assimilation ?
Et est-ce que l’humanisme serait appelé à s’auto-détruire par la qualité de sa réussite ? Car, dans un « grand humanisme », on finirait par absorber toutes les populations du monde.
Puis je vois des différences entre l’humanisme individuel, social, sociétal, dans certains cas on pourrait peut-être parler de charité, dans un autre cas de solidarité, notions intéressantes à développer. Et puis enfin, l’humanisme, est-ce que c’est l’accueil de l’autre dans toutes ses dimensions, est-ce l’accueil de l’homme ? Est-ce l’accueil des cultures ?

⇒ Je suis contre l’idée d’assimilation, je lui préfère le mot intégration, avec l’acceptation  de la culture du pays d’accueil, sans rejeter les cultures qui nous viennent d’ailleurs.

⇒ L’assimilation peut, être pris comme quelque chose de restrictif, ce peut être aussi assimilation à un projet commun, à un projet d’Etat.

⇒ Après la première guerre mondiale, les Français ont accueilli beaucoup d’émigrants, Polonais, Italiens, Espagnols (650.000 espagnols), mais c’était un accueil de gens qui avaient effectivement un même projet, construire une société de liberté, de fraternité, et de solidarité.

⇒ A l’époque, effectivement, la conscience collective dominante (mais aussi des dominés), c’était la conscience de l’assimilation, il fallait s’assimiler, apprendre à parler le français, apprendre à vivre avec  les accueillants, ce qui donnait droit à la santé, à l’éducation, etc. ;   le problème de l’accueil des émigrés n’était pas le même qu’aujourd’hui. Aujourd’hui le problème, effectivement, est qu’il y a une conscience collective différente, une conscience dominante ; à savoir qu’il faut tolérer les différences, et ça devient même à faire un éloge des différences, et donc, il faut considérer que la culture de ceux qui arrivent doit être tolérée, pas seulement respectée. C’est l’acceptation d’autres cultures sans se poser la question de savoir,  s’il y a des éléments de cette culture  qui peuvent être mis en question.
Et donc, je voudrais dire que je vis comme une contradiction difficile à dépasser, que l’intégration des migrants est légitime, et qu’on doit développer le droit à l’hospitalité, et les conditions concrètes d’une réelle hospitalité, avec eux qui participent au même contrat social qui est le nôtre.
Au 18ème siècle Kant a écrit un projet de paix perpétuelle, où il explique que les conditions de l’hospitalité soient seulement un droit de visite, et non pas un droit de résidence. Pourquoi écrit-il cela ? Parce qu’il voulait éviter que l’hospitalité rende possible la colonisation.
Aujourd’hui les philosophes contemporains comme Derrida qui a écrit un ouvrage sur l’hospitalité, considèrent que la mondialisation entraîne avec elle une donnée structurelle du système capitaliste qui contraint les peuples à aller vendre leur force de travail, là où il y a des possibilités d’emploi.
Donc l’humanisme n’est pas une valeur du système capitalisme, et l’hospitalité sans limite doit (pour ce système) être aujourd’hui revendiquée. Seulement, il y a une contradiction. Je suis effectivement favorable à revendiquer l’hospitalité sans limites, mais alors se pose la question de savoir ce que l’on fait avec des gens qui ne veulent pas des contraintes sociales. Il y a là, contradiction.

⇒ On a bien mis en évidence les contradictions ; et on ne peut pas évoquer les problèmes d’émigration, d’exil, sans évoquer la situation internationale, et ce qui a déclenché la dernière vague d’émigration, celle de la Syrie entre autres. Les gouvernants occidentaux ont foutu un bordel monstre. On a fait la guerre en Afghanistan, en Iraq, en Libye, depuis « c’est le caca !»
Et pendant ce temps-là, des gens qu’on appelle Daesh ont fait leur chemin. Et d’un seul coup il y a des journalistes qui se réveillent, et il y a un petit enfant mort sur une plage, ce n’était pas le premier enfant mort en mer, et là, on se réveille, et nos dirigeants d’une manière totalement inconsciente, nous disent : il faut accueillir tout le monde, alors qu’on n’est pas foutu de résoudre nombre de problèmes, comme celui des Roms, de nos pauvres à nous, de ceux qui sont à la rue. Ce sont des réactions inconscientes de gouvernement cédant à la pression populiste. D’un seul coup, il y a des appartements, alors qu’on a des gens dans la rue.
On a organisé une émigration voulue en allant chercher des gens en Pologne, pour les payer moins cher, en bafouant les règles du droit français…On est dans un désarroi le plus total dans ce problème de l’immigration, et d’un seul coup, on est  capable d’accueillir tout le monde.
Soyez humaniste, soit ! Mais humanisme ce n’est pas que gentillesse, c’est des constructions, des appartements, des fonds ; quelle vie on leur offre ?
Quand on a affaire à des migrants, qu’on les rencontre, d’une façon générale, ils nous disent que s’ils pouvaient, ils rentreraient chez eux, parce qu’on leur a menti sur la situation qui les attendaient, ils se sont fait des illusions.
On n’est pas capable de régler matériellement ce problème, on ne peut pas les répartir mathématiquement dans chaque commune ; il faut qu’ils soient réunis, ne serait-ce que pour leur donner les cours de français.
Nous n’avons aucune structure, et d’un seul coup, on dit : ouvrez les vannes !
L’inconscience des gouvernants amène cet aller/retour d’Angela Merkel. Je trouve que la situation est très grave.

⇒ Je me souviens de l’expression : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde »*. Et tout à coup, je pense aux gens qui ont été inondés sur la côte d’azur, sinistrés, et là celui qui a été épargné a aidé son voisin. Est-ce qu’on peut rejeter ceux qui arrivent d’un pays en guerre ? Quelles solutions ont-ils ?
*NDR (Les journalistes avaient tronqué la phrase de Michel Rocard, qui disait précisément : « La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, (virgule) mais elle doit en prendre sa part)

⇒ Nous sommes le deuxième vendeur d’armes  au monde. Nous vendons majoritairement des armes à l’Arabie Saoudite, qui les revend à Daesh, qui tue, et qui pousse à l’exode…

⇒ On est bien entrés dans le débat, on a des positions distinctes, et je réponds à deux questions entendues dans le débat, dont une demandait : est-ce qu’il y a un devoir, un droit d’asile ? Oui, et cela est à mettre au départ à l’actif de la Révolution française (Article 120  de la Constitution montagnarde le 24 juin 1793) révisé en 1936, et 1947, et puis existe le droit établi par l’ONU.
Sur les expressions solidarité et charité. Avant que n’existe le droit, il y avait un devoir d’asile avec toute sa subjectivité, donc faisant plus appel à la charité, ce qui devient solidarité avec   la loi républicaine. Mais si charité et solidarité se donnent la main, bravo !
Puis, nous avons entendu ce migrant bloqué par les policiers à la frontière hongroise qui disait : «  Nous sommes si nombreux, que nous sommes comme l’eau, et l’eau finit toujours par passer quelque part ». Alors, ça nous dit quoi ? Moi, ça me dit qu’il se pourrait fort que quoi qu’on fasse, avec le temps, avec les années, inexorablement il y aura des vagues d’émigration sur l’Europe, émigrations dues aux guerres, à la misère, au climat. Je pense que la France des années 2050 ne ressemblera en rien à celle de nos grands-parents. Alors quel combat mener pour ne pas aller vers la fin d’une civilisation ? Je pense qu’il faut être ferme pour intégrer avec nos valeurs républicaines,  avec la laïcité, toutes nos règles démocratiques, et œuvrer plus que jamais à transmettre nos valeurs culturelles.
En discutant de ce sujet brûlant  avec des parents plus jeunes que moi, j’entends : «  écoute ! Si à cette heure, un enfant naît à New-York, un autre à Amsterdam, un autre au Pakistan, et enfin, un, au Mali, est-ce ces quatre enfants arrivent au monde avec les mêmes chances ?». Je crois que le discours d’aujourd’hui est appelé à évoluer.

⇒ C’est vrai qu’on n’a pas assez parlé d’humanisme, mais cela amène la vraie question, que faire ? Comment répondre de façon humaniste ? Je ne crois pas que c’est en laissant tomber des bombes au Moyen-Orient. Les guerres n’ont jamais réglé les problèmes, ça ne fait que de nouvelles blessures. Donc, ou il faut accepter le discours des médias : si vous n’êtes pas d’accord qu’il faut bombarder les centres terroristes, ça veut dire que vous êtes partisan de Daesh, de l’Etat islamique. Donc, on met la société en demeure de choisir, c’est un dilemme qu’on ne peut accepter.

⇒ Je posais (plus avant) la question du droit d’asile dans le sens où celui qui arrive aurait un droit à l’hébergement, un droit d’asile. La question se pose de savoir si celui qui a le droit d’être accueilli l’impose à celui qui se fait un devoir de l’accueillir. On est dans le problème de la visite et de l’hébergement, là il y a à trouver le juste milieu.
Il faut remonter à l’origine : l’homme est à la fois animal, avec cette animalité qui fait qu’on se mange entre-nous, et de l’autre côté on a aussi besoin d’ouvrir nos cœurs. Donc, le sujet revient à dire : comment on le fait concrètement ?
Les solutions ne peuvent être que politiques, et là ça m’intéresse moins.

⇒ Tout ce qui traite de notre vivre ensemble est politique.

⇒La question est souvent revenue : est-ce que celui qui arrive dans un pays doit se soumettre aux règles, aux lois du pays ? Quand on arrive dans un pays on n’a pas le droit d’imposer ses règles, et c’est aussi à celui qui arrive de respecter l’humanisme, respecter le contrat social du pays qu’il a choisi de rejoindre. S’il refuse, cela risque d’être difficile. Et là, que faire face à ce genre de situation ? Faire valoir le droit en tant qu’élément régulateur, ou simplement faire valoir la force ?

⇒ Quelqu’un me disait que si on ouvrait les frontières, ça allait faire un terrible chambardement. Mais est-ce qu’il n’est pas souhaitable qu’il y ait ce grand chambardement, ce serait le moyen d’en finir avec ce modèle économique. Et là, il faudra reconstruire une nouvelle société ; il faut miser sur l’intelligence humaine pour faire un nouveau monde.

⇒ Je trouve admirable, et étonnant que la question de l’Islam ne soit pas venue dans le débat.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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