La femme est-elle l’avenir de l’homme?

Détail de Judith et Holopherne. Klimt 1901. Galerie Belvédère. Vienne

Détail de Judith et Holopherne. Klimt 1901. Galerie Belvédère. Vienne

   Restitution du débat du 25 novembre 2015 à Chevilly-Larue

Animateurs: Edith Deléage-Perstunski, philosophe. Guy Pannetier. Danielle Vautrin.
Modérateur : Lionel Graffin
Introduction: Edith Deléage Perstunski

 Introduction : C’est dans  le poème « Le Fou d’Elsa », que Louis Aragon mentionne que « L’avenir de l’homme est la femme », ce qui deviendra une célèbre maxime et (après une inversion de l’ordre des mots) le titre de la chanson de Jean Ferrat « La femme est l’avenir de l’homme ». Et c’est dans ce même poème qu’Aragon explique « Je suis l’ennemi de ce règne de l’homme qui n’est pas encore terminé. Pour moi, la femme est l’avenir de l’homme, au sens où Marx disait que l’homme est l’avenir de l’homme. »
C’est-à-dire,  et là c’est moi qui commente, que l’humanité de chacun ne sera accomplie que lorsque sera annulée l’exploitation de l’homme par l’homme et l’oppression de la femme par l’homme. Donc, Aragon souhaite qu’advienne une société qui réalise la fin de l’exploitation de l’homme et la fin de l’oppression de la femme.
Or, l’évolution de notre société libérale et technophile malgré des avancées remarquables, nous entraîne loin de cet état: pensons aux milliers de femmes qui, notamment en Inde, vendent  leurs ovules et louent leur ventre pour permettre à des hommes et à des couples de notre société d’acheter des enfants. Et la grossesse par autrui est en passe d’être légalisée en France.
Je ne vais pas soutenir une thèse sur ce sujet. Je vais poser des questions, plusieurs, qui peuvent sembler datées des années 1970 en France, mais qui me semblent encore d’actualité.
Si on consulte « L’atlas mondial des femmes » paru en janvier 2015, on constate que durant la seconde moitié du 20ème siècle, la question de la lutte pour les droits des femmes a pris une dimension internationale avec l’adoption de la charte des nations unies  en 1945, qui a établi les principes généraux d’une égalité entre les sexes. Depuis, une série de conventions internationales destinées à protéger les femmes et à éliminer les discriminations à leur encontre ont été signées. Mais : il n’y a pas un seul pays qui rassemble les conditions d’une égalité réelle entre les hommes et les femmes pour l’accès à l’instruction, à l’emploi, du point de vue des salaires, de la représentation politique, de la transmission du patrimoine. Certes il y a des événements comme celui de mai 2015 en France, où ont été célébrés au Panthéon deux grands hommes : Jean Zay et Pierre Brossolette et deux grandes femmes Germaine Thillon et Geneviève De Gaulle Anthonioz de la Résistance. C’est un événement car jusqu’ici il n’y avait au Panthéon que deux femmes et soixante quinze hommes. D’ailleurs, sur le fronton du Panthéon est écrit « la patrie reconnaissante à ses grands hommes ». Et ce ne sont que des événements ponctuels et non des réformes durables. Il y a même une évolution régressive du fait de la société ultra libérale D’après l’anthropologue américaine Wednesday Martin de plus en plus de femmes surdiplômées, restent au foyer  par choix, et sont récompensées par leur mari sous la forme d’un bonus, de leur contribution au bon fonctionnement du ménage  et notamment au bon développement des enfants (excellence scolaire, diversité des apprentissages et des activités). C’est la logique du business avec distribution de bonus pour la réalisation des objectifs qui se met en place aux Etats-Unis. (Magazine du monde 30 mai 2015).
Notons aussi que certaines avancées, liées à des mobilisations féministes subissent parfois  des retours en arrière. La remise en question récente du droit à l’interruption volontaire de grossesse dans un pays comme l’Espagne le montre. Et on retrouve toujours l’argument  différentialiste: les inégalités sont justifiées par l’ordre naturel.
Alors comment réaliser l’égalité réelle au delà des déclarations formelles ?
C’est là ma 2ème  question.
Dans certains pays (et notamment là où les fondamentalistes religieux ont du pouvoir) les inégalités entre hommes et femmes touchent à la vie même des femmes Des jeune filles sont réellement en danger de mort en Syrie, au Nigeria, au Cameroun, au Pakistan. Et les femmes ont un statut d’infériorité,  dans les pays où règne la loi islamique  Comment intervenir?
Pour la troisième année, l’assemblée générale des Nations Unies organise une journée internationale de la fille le 11 octobre pour le droit à  l’éducation des filles. Des ONG comme Plan International pour l’éducation des petites filles, auquel je participe, organisent des parrainages et recueillent des soutiens financiers. . Mais c’est une goutte d’eau dans la mer.
Une autre question (la 3ème):
Y a t-il une façon de penser spécifique, féminine ou masculine ? Michèle Le Doeuf, docteure en philosophie, a mis en place il y a longtemps (en 1978) à l’Ecole Normale supérieure de Fontenay-aux-Roses , c’est-à-dire dans l’institution philosophique, un séminaire «  Cheveux longs, idées courtes »  pour réorienter la recherche philosophique en expliquant : « Qu’en dépréciant les femmes, en les condamnant à n’être qu’un simple objet de réflexion, et non pas des sujets philosophiques, voire en les excluant, la philosophie « échoue à tenir sa promesse fondamentale de constituer une rationalité- en- commun » alors qu’elle prétend penser ce qui est commun et universel ». Son livre « L’Etude et le rouet » est son alerte pour réorienter la pensée philosophique. Ce n’est qu’un début. En effet, dans l’histoire de la philosophie occidentale, les femmes sont des inspiratrices ou/et, les boites aux lettres ou des confidentes, elles n’apparaissent, comme sujets philosophiques, comme des auteures, qu’au 20ème siècle avec Simone de Beauvoir, Simone Weil, Hannah Arendt.
Du 4ème siècle av. J.C. au 20ème siècle, les philosophes occidentaux ont perpétué les préjugés de leur époque liés à la situation sociale. Avec, à ma connaissance, une exception Epicure (au 4ème  siècle av. J.C.) qui acceptait les femmes dans son jardin au même titre que les hommes. Platon, et d’autres ont certes, conçu des sociétés avec égalité des rôles et des statuts entre hommes et femmes, mais seulement comme des utopies  Ils se sont rarement  exprimés sur la différence des sexes  et quand ils l’ont fait, c’est en considérant la différence sexuelle comme hiérarchisant les femmes comme inférieures et les hommes comme supérieurs. Raisonner sur les différences entre  l’homme et la femme signifie prendre en compte la dimension sexuelle de la condition humaine, ce qui n’apparaît réellement qu’au 20ème  siècle, les philosophes parlant, jusque là, de la globalité de l’être humain
Pourquoi les femmes philosophes  prennent-elles encore peu la parole ?
D’abord parce que la prise de parole, est encore difficile dans  une société où les hommes dominent socialement et aussi parce que les femmes sont, (comme l’analysent deux philosophes Vinciane Despret et Isabelle Stengers dans leur livre), des « faiseuses d’histoires ». « Refusant la position d’infériorité jusque là acceptée, elles développent une forme subversive de penser pour s’affirmer, qui les isolent ou les font  critiquer comme des faiseuses d’histoires », agressives, voire  hystériques.
Une autre question (la 4ème):
Faut-il se battre pour l’égalité des sexes ou pour l’égalité de tous les genres ? Les études sur « le genre » c’est à dire  ce mouvement, né aux Etats Unis, dans les années 1990, avec entre autres, Judith Butler qui a écrit, en 1990 « Trouble dans le genre »,  reprend la thèse selon laquelle la féminité, comme la virilité, sont des comportements socialement et historiquement construits. Comme l’a écrit Simone de Beauvoir dans « Le Deuxième sexe », «  on ne naît pas femme, on le devient »  Elle a écrit ce livre  pour que les filles et les femmes ne subissent plus les comportements et les attitudes sexistes comme un destin. Judith Butler et les disciples  de ces études sur le genre ont voulu aller plus loin  et affirmer que les êtres humains naissent neutres et doivent pouvoir choisir leur identité sexuelle, hétérosexuel homosexuel, bisexuel, transsexuel. Il y a un  bon livre  de la philosophe Bérénice Levet « La théorie du Genre ou le monde rêvé des anges » (2014) ; qui développe l’argumentation selon laquelle le nouvel Evangile du Genre, porteur de la bonne nouvelle que le féminin et le masculin peuvent être déconstruits, est une nouvelle mouture d’un puritanisme qui se dit progressiste et qui simplement dénie la réalité. Certes le machisme est partout inscrit dans nos us et coutumes, et dans nos réflexes, mais  certains gestes restent ceux des femmes ou des hommes. Il y a des comportements et des attitudes féminines et d’autres masculines, comme, par exemple, la séduction ou la courtoisie, qui se manifestent différemment historiquement parlant, mais qui subsistent malgré l’histoire. Nous ne fonctionnons pas de manière identique. Nos désirs ne peuvent se confondre.   Doit-on alors continuer de  parler de nature féminine  et de nature masculine malgré tout ?  C’’est là ma 5ème question.

 

Débat

 

 Débat : ⇒ Je ne voudrais pas m’engager dans ce combat féministe qui dure depuis un demi-siècle, je préfère qu’on parle d’avenir. Je ne fais partie des ces « messieurs » qui devraient faire repentance des mauvais comportements de mes ancêtres, jusqu’à cet aïeul de la caverne qui tirait sa femme par les cheveux ; allons au-delà !
Bien sûr, et qu’au-delà d’affrontements stériles, la femme est l’avenir de l’homme. La femme est source de vie, en cela elle détient l’avenir. Comme la Terre, est elle aussi, symbole de fertilité, source de vie, (et non pas ressource).  Depuis toujours quand les hommes ont déifié la Terre, elle fut toujours représentée par une femme, de Gaïa chez les Grecs à la « Pacha mama » des peuples de la forêt d’Amazonie.
Je reviens sur la phrase « La femme est l’avenir de l’homme » .
En faisant quelques recherches, on voit que le poète Aragon s’est inspiré du texte d’un poète arabo andalou qui déjà disait que « l’avenir de l’homme, c’est la femme ». Le poète andalou fait  référence au « fou de Leïla » célèbre et très vieux poème persan qui parle de l’amour fou de Majnoun pour Leïla, sa cousine.
Et l’on voit le rapprochement : « Fou d’Elsa » et « Fou de Leïla »
Majnoun était un tout jeune homme qui aimait Leïla depuis l’enfance, il chantait cet amour et voulait épouser Leïla. Mais ils n’appartenaient pas au même clan, de sorte que les parents étaient mécontents de ce sentiment réciproque et qu’ils cherchaient sans cesse à éloigner les jeunes gens l’un de l’autre. Un jour, un ami de la famille de Majnoun lui dit : – mais cette Leïla que tu aimes avec tant de constance n’est pas plus belle que d’autres ! ». Majnoun répondit : » Pour voir Leïla il faut avoir les yeux de Majnoun« .
Leïla sera mariée par sa famille, le  temps passa, et un jour Leïla devenue veuve se présente à la porte de Majnoun devenu fou. Il lui fait répondre : « Dis-lui de passer son chemin car Leïla m’empêcherait un instant de penser à l’amour de Leïla. »
Majnoun ne pouvait concevoir de vivre  sans Leïla, cette femme seule, était la part indispensable de son avenir.

⇒ La lutte pour l’égalité hommes femmes a plus de cinquante ans, on a eu le combat des suffragettes au début du siècle dernier, elles ont lutté pour le droit de vote, puis entre les deux guerres mondiales des femmes ont aussi lutté en France pour ce droit ; elles avaient participé à la guerre, en tant qu’infirmières, ambulancières, cela leur ouvrait des droits d’égalité, celui d’être électrices, et celui d’être éligibles. Il a fallu une autre guerre pour qu’elles puissent avoir le droit de voter. La France a été parmi les derniers pays à accorder ce droit aux femmes.

⇒ J’ai entendu les mots égalité et les mots inégalité, l’inégalité évidente est déjà celle des inégalités physiquesEt puis, je reviens sur la chanson chantée par Jean Ferrat, ce poème ; dans les paroles ce qui m’a le plus touchée, ce sont ces quelques phrases qui montrent bien cette différence : « …pour accoucher sans la souffrance, pour les contrôle des naissances, il a fallu des millénaires. Si nous sortons du Moyen-âge, vos siècles d’infini servage pèsent lourd sur la terre […..] Il faudra réapprendre à vivre, ensemble écrire un nouveau livre, redécouvrir tous les possibles…. » Rien que ces mots c’était déjà un espoir extraordinaire pour des changements futurs, mais est-ce que tous ces rêves se sont réalisés ? Non, pas encore ! Et puis cette phrase : «  …chaque chose enfin partagée, tout dans le couple va changer d’une manière irréversible », ces paroles me touchent au plus profond de moi, et elles militent pour l’évolution de la femme dans la société.
   Maintenant, la femme, oui, est l’avenir de l’homme, déjà parce qu’elle porte la vie en son sein, pendant toute sa grossesse, elle prolonge sa propre vie, tout en développant une autre vie. Par cet état extraordinaire de préparation à une vie future, elle est l’avenir de l’homme : son présent, son futur, et l’avenir, celui de l’enfant qu’elle porte.
   Quant à l’égalité, je pense qu’il reste du chemin à faire.

⇒ Je viens d’assister à une réunion sur « la violence faite aux femmes », et l’introduction à ce débat posait la question « comment aller vers l’égalité quand on est si différent ? »  Oui, il y a, et fort heureusement, des différences, mais quand la Révolution française a marqué dans le marbre :  Liberté- Egalité –Fraternité, l’égalité était considérée au point de vue physique, mais du seul point de vue du citoyen. Mais c’est un marché, un peu borgne, car cette égalité concernait les hommes, la preuve c’est que pendant la Révolution et ce sera ainsi jusqu’en 1944 les Françaises n’ont pas le droit de vote, alors qu’un pays comme la Suède avait donné le droit de vote aux femmes en 1718, et que le Chili (mon pays) l’avait donné en 1933.
   Donc, le problème de l’égalité homme femme est essentiellement lié à la situation sociale dans un moment historique donné. Et, je donnerai un cas, celui de Camille Claudel, la maîtresse de Rodin, du même niveau, voire supérieur, à celui de Rodin. Elle fut condamnée par la morale étroite de son époque, on la déclara folle, et un demi-siècle plus tard on découvre que c’était une grande artiste.
   Aujourd’hui on considère la femme comme l’altérité de l’homme, son autre, mais comme cela  a déjà été dit, on donne à la femme un rôle très déterminé, et même dans cette société ou « tout à prix » le corps de la femme a un prix comme dans la publicité commerciale.

⇒ Moi ça me gène toujours qu’on ne précise pas ce qu’on entend par égalité. Egalité d’être comme un mec, avoir un pouvoir de mec, baiser comme un mec. Tout ça pour moi, ce n’est pas un progrès, ni pour les femmes, ni pour les hommes.
   Maintenant quand on dit « la femme est l’avenir de l’homme », Renaud lui dit dans une chanson et que « l’homme est l’avenir des cons ». Je dis ça par boutade, comme on fit la femme est l’avenir de l’hmme. En fait, la femme est l’avenir de l’humanité, homme ou femme. Ce que je crois, c’est qu’elle porte plus que la vie, elle porte le sentiment, elle porte la tendresse, l’empathie, le souci de l’autre.
   Il y a des choses plus faciles à faire pour des femmes que pour des hommes, plus pour le féminin que pour le masculin. Il y a dans chacun du féminin, et dans chacun du masculin ; la société des femmes est moins belliqueuse parce qu’elle prend plus en compte les valeurs de l’humanité. Je préfère retenir que la femme est l’avenir de l’humanité, plus que « la femme est l’avenir de l’homme ».
Je pense que l’écologie, le socialisme sont plus dans l’esprit du féminin, alors que le capitalisme est plus dans l’esprit du masculin, qui lui est plus dans l’esprit de compétition, de combativité, dans la lutte, plus dans le profit que dans le sentiment.
   Et quand je cite Renaud : « l’homme est l’avenir des cons » c’est pour dire que l’humanité c’est l’avenir, c’est l’avenir contre la bêtise, c’est-à-dire que plus on sera humain, plus on sera attentif à l’autre, à l’écoute dans l’envie de faire une société plus juste, plus belle, autant d’attitudes du côté du féminin, et plus on aura de chances d’évoluer en terme de civilisation, et de faire davantage obstacle à la bêtise.
   Quant au féminin et au masculin, chacun a une part des deux en lui, et chacun doit avoir accès aux deux, à la compréhension des deux en tout cas ; le reste c’est une question de curseur en plus ou moins homme ou femme….

⇒ Je reviens sur la question : « Y a-t-il une façon de penser, femme ? ». Moi, je suis de ceux qui pensent qu’il n’y pas de façon de penser, femme ; que la façon dont pensent les femmes, et celle dont pensent les hommes, sont historiquement ancrées en nous par un comportement sociétal, et là-dedans il n’y a rien de naturel. C’est à dire que si l’homme est un macho, il ne l’est pas intrinsèquement, mais c’est aussi parce qu’il y a toute une histoire derrière, et si la femme est opprimée, il y a en a qui finissent par croire, mêmes chez les femmes, que c’est normal. La preuve en est, c’est que des femmes qui sont des grandes prêtresses de l’émancipation des femmes, reprennent les thèmes qui sont dans la société depuis fort longtemps comme l’émancipation de l’homme, mais la femme, elle dit, hop ! Et  l’émancipation de la femme, attend ! Je ne suis pas idiote ! Il faut qu’on fasse pareil pour nous. Toutes ces valeurs, ce sont des valeurs de la société qui circulent d’une manière telle qu’on ne peut pas dire que l’homme et la femme pensent différemment, c’est une société qui ainsi s’inscrit dans l’histoire. La pensée paraît-il, est faite par le cerveau, et quand on regarde des cerveaux, on ne sait pas faire la différence entre un cerveau de femme et un cerveau d’homme.
   Je ne crois pas non plus, qu’il y ait une nature homme et une nature femme ; je pense qu’il n’y a qu’une nature, celle du genre humain. Pour moi la femme n’est pas l’avenir de l’homme parce qu’elle porte un enfant pendant neuf mois. C’est le genre humain qui est l’avenir du genre humain. Parce que pour faire un enfant il faut être deux, ce n’est pas la femme qui fait l’enfant, c’est le couple. Cela ne doit pas nous faire dire  oh ! la femme elle est mieux avec les enfants, et elle plus tendre, etc. Je n’en suis pas certain ; là-dedans, nous les hommes,  on a aussi un rôle, un rôle que la société nous dicte. La femme elle est parfois bien, parfois mal, parce qu’il y a aussi des femmes qui ont assassiné leurs enfants, hélas ! Et puis, il y a des hommes qui parfois s’écrasent un peu, parce que la société est ainsi faite qu’on en voit abandonner leur paternité, et c’est parfois la société qui leur vole leur paternité. Parce que la paternité c’est aussi porter un enfant, plus tard, et l’homme se laisse voler cette paternité.
   Et puis, dans les interventions on a évoqué le sort des femmes dans les pays musulmans. J’ai entendu récemment qu’un des bras droit de Daesh disait : « Mais si vous violez dix fois une femme, elle devient automatiquement musulmane » Donc, c’est un blanc seing pour violer, et là j’aimerais entendre réagir les Musulmans qui ne sont pas pour Daesh

⇒ Il y a  en  France, une femme qui tous les trois jours meurt sous les coups de son conjoint, et il y en a qui n’osent pas aller se plaindre. Mais est-ce pour autant qu’il faut se dire qu’être une femme c’est mieux que d’être un homme, on a vu dans les camps de concentrations des femmes aussi cruelles que des hommes (les kapos). La femme n’est pas un être angélique et l’homme n’est pas qu’un être stupide. De chaque côté nous voyons le mauvais.

⇒  « La femme est  l’avenir de l’homme », ça me semble n’être qu’une formule, ça me semble tout à fait illogique. La violence, la sagesse, la réflexion, ça ne varie pas en fonction du sexe, mais en fonction de l’individu lui-même.
Ce que je remarque c’est qu’il y a de plus en plus de femmes indépendantes, des femmes qui quittent le foyer, cela indignait les hommes, il y a peu, mais le contraire ne les indignait pas, les moeurs ont changé.
C’est dur d’être femme, un gros problème reste, le salaire égal à travail égal. Alors allez chanter aux femmes qui travaillent dans les usines que « la femme est l’avenir de l’homme » je ne sais comment elles vont prendre cela.

 

⇒ La chanson chantée par Jean Ferrat « Le femme est l’avenir de l’homme » est du chanteur compositeur, Léo Ferré.
   Revenant sur la violence envers les femmes, dans un débat sur ce thème une jeune femme disait : « Les femmes sont en infériorité, c’est normal, parce que les mecs, ils cognent plus fort que les nanas », ce qui laisserait à penser que si elles cognaient plus fort, cela s’inverserait ? On doit aussi prendre en compte, que nous sommes dans une société ou la jeunesse est de plus en plus violente, et que les femmes aussi sont parfois violentes, violentes dans les propos jusqu’à la provocation, ce qui n’excuse en rien la violence masculine.
  Maintenant je reviens sur les inégalités, c’est essentiellement un problème politique, l’électorat féminin représente 52% des électeurs, cette démarche est-elle mal dirigée, ou alors toutes les femmes ne souhaitent pas de changement à la situation ?
  Que les femmes soient meilleures que les hommes, j’en doute quand même un peu. J’entendais il y a peu une femme qui disait dans un débat que « Si des femmes avaient été au conseil d’administration de Volkswagen, cela ne serait pas arrivé » (scandale sur les moteurs diesel) que les femmes aient plus de morale que les hommes, qu’elles soient plus honnêtes, j’en doute !
   Maintenant quelles que soient les critiques dans ce domaine, notre modèle occidental aussi imparfait soit-il, il est bien des endroits dans ce monde où l’on voudrait, pour les femmes, qu’il soit adopté.

⇒ (Quelques remarques liées aux dernières interventions): Quand on parle d’égalité, effectivement comme cela a été dit on ne parle pas d’égalité  physique, donc, en ce sens on reconnaît la différence des sexes, mais on affirme l’égalité des droits. Puis  à mon avis, celles qui font des recherches sur « le genre » et qui à mon sens veulent aller plus loin  que de dire, on ne naît pas femme, on le devient, de même qu’on ne naît pas homme, mais on l’apprend, elles veulent  aller plus loin en confondant justement, égalité et identité.
Et puis d’accord sur le fait que la femme porte la vie et c’est en ce sens qu’on peut entendre la formule d’Aragon « La femme est l’avenir de l’homme » parce qu’elle est porteuse de vie, mais il faut remarquer qu’il y a une lutte technoscientifique qui est revendiquée par certaines féministes, et notamment les féministes du « genre » comme quoi les nouvelles technologies vont permettre d’augmenter l’homme et la procréation artificielle, et donc éliminer la différence.

⇒  On n’arrête pas de comparer les hommes et les femmes, et ça me gène parce qu’on ne peut pas prétendre que la femme est  plus tendre, etc. Ce que je veux faire comme distinction, à la différence du masculin et du féminin, c’est qu’il y a des comportements qui n’appartiennent  ni à l’homme, ni à la femme.
   Bien sûr qu’un homme peut être très affectueux très tendre, et avoir des comportements qu’on dira de « féminins », il y a dans chacun  du féminin et du masculin dans les comportements, donc s’en tenir à comparer l’homme et la femme, on va droit dans le mur.  

⇒ Et suite au texte d’introduction, encore une autre question (la 6ème) faut-il revendiquer la parité qui veut forcer les usages par la loi ? Peut-être est-ce un passage, mais en l’état elle pousse souvent les femmes à emprunter les pires attributs stéréotypés de la masculinité: le rapport de force et la compétition
Alors comment faire pour aller vers une parité réelle et pas une parité formelle ?
   Et puis (7ème question) comment en finir avec les stéréotypes?
  En France, dans les années 1970 il y eut, en liaison avec ce qui s’appelle le mouvement féministe de la deuxième génération, de nombreux ouvrages pour éduquer à l’égalité des sexes, montrant que les filles n’étaient pas prédestinées aux travaux ménagers ni aux métiers dédiés au care, à prendre soin des autres, et les garçons aux activités « viriles »  et aux métiers de force ou/et intellectuels. Notamment dans un ouvrage  « Du côté des petites filles » Helena Gianni Beloti, en 1973,  «  souligne, à l’aide d’une enquête  par observation dans les familles, les crèches et les  écoles la puissance des stéréotypes enracinés en chacun de nous qui assignent des propriétés et des qualités différentes aux filles et aux garçons dès avant la naissance et pendant la prime éducation. Elle signale en outre que « toutes les différences relevées manifestent l’infériorité du sexe féminin, les filles ayant finalement une valeur sociale moindre que les garçons ». (Article Wikipédia » Du côté des petites filles)
  Alors l’éducation pour contrer les préjugés est primordiale mais pour cela il faut qu’il y ait un consensus Comment obtenir ce consensus? Comment convaincre les jeunes générations pour lesquelles les luttes féministes sont du passé ? Celles  qui profitent des acquis (la pilule, la légalisation de l’avortement, etc.) sans connaître les luttes qui ont été menées pour cela.
   En France le gouvernement a voulu légiférer à partir de cette idée de l’égalité des droits et a voulu introduire dans l’éducation nationale, dès 6 ans, dés l’école primaire, une éducation « genrée » qui explique aux enfants et adolescents que le sexe biologique n’est pas déterminant dans la vie et que chacun peut choisir d’être femme, homme, bisexuel ou transsexuel. Il y a  eu en 2014, dans certaines écoles, des livres, les ABCD de l’égalité, pour   contrer les stéréotypes de la féminité et de la virilité et les préjugés sexistes en transmettant cette thèse de la neutralité de l’être humain, au nom de l’éducation au respect des différences,   au delà de l’éducation à l’égalité des sexes.
  Il me semble que la confusion est entretenue entre le principe d’égalité des droits pour les deux sexes et le principe du respect des différences qui devient d’ailleurs l’éloge des différences.  Et c’est en ce sens aussi qu’en 2012, avec la loi du 6 août relative au harcèlement sexuel il y a de nouvelles incriminations ajoutant le critère de l’identité sexuelle à celui de l’orientation sexuelle dans la définition des délits de provocation à la haine et à la discrimination, injure et diffamation, individuelle ou collective (à l’encontre non seulement des homosexuels mais aussi des transsexuels et des bisexuels).
   Il me semble qu’on a déjà discuté des  dérives communautaristes de notre société. Celle-là en est une. Sert-elle, la cause de l’égalité des droits homme femme ?
 Encore une question, la 8ème): faut-il féminiser la langue?
Le lien nature-culture devient de plus en plus discuté, et la langue elle même est sommée d’évoluer : pendant  la journée de la femme (8 mars) le mot Egalité devient «Egalitée »  comme tous les mots féminins qui sont appelés à se féminiser. Cela s’inscrira-t-il dans le dictionnaire de la langue française ? Je suis perplexe sur ce fait : autant je suis sensible au fait que les noms des professions et des métiers se féminisent (comme docteure ou chercheure) car cela correspond à une évolution sociale, autant je m’interroge sur la féminisation systématique de mots qui ont une dimension universelle comme égalité ou liberté car cela relève d’un volontarisme qui m’apparaît comme dogmatique ; mais je me trompe peut-être.
Dans les années 1970 cette question est présente dans les milieux féministes. Un livre « Les mots et les femmes » (1978) d’une linguiste, professeure à Paris 7, Marina Yaguello, s’interroge sur le sexisme de la langue française et note en particulier le sexisme des injures, des blagues, et des insultes, mais aussi celui des métiers et souligne que l’évolution sociale entraîne une évolution des langues.  Elle prend cet exemple : « Dans les langues sémitiques, avant la révélation du livre, ces sociétés étaient animistes pas encore empreintes de patriarcat. « Grammaticalement, à cette époque, le genre féminin est prédominant  » Puis, après la révélation monothéiste, un glissement s’opère. « Le ciel était féminin pour les Sémites primitifs, mais devenu résidence d’un dieu homme, il est passé au masculin. » Et Marina Yaguello se pose deux questions que je reprends à mon compte: « Si la langue est sexiste, peut-on y porter remède ? ». Et encore. » Suffit-il de supprimer les termes racistes ou sexistes pour supprimer les mentalités sexistes ou racistes ? »
Mais l’histoire est imprévisible. Et je viens de lire cette belle phrase de l’anthropologue Margaret Mead «  Ne doutez jamais qu’un petit groupe de gens réfléchis et engagés puisse changer le monde. En fait, c’est toujours comme cela que ça s’est passé. ».
Alors pour que la femme ait, simplement, le même avenir que l’homme, continuons le combat mais comment ? C’est vous qui allez le dire sans doute. Combat qui s’articule aux combats pour l’égalité de droits dans une société libre que nous devons mener contre ceux qui veulent tuer notre mode vie.

G  « Il n’y a pas de plus grand adversaire des femmes que leurs propres soeurs » dit l’auteure   Natacha Polony  dans « L’homme est l’avenir de la femme ».
  Parfois les femmes sont responsables des situations qu’elles dénoncent. Par exemple, on sait que, ce sont les mamans qui font les machos, les hommes étant en grande partie élevés, éduqués par leur mère.
  Très souvent la femme reproduit le modèle social. Dans nos sociétés latines quand une bru souffre sous la férule de la belle-mère, lorsqu’elle devient belle-mère, elle reproduit le comportement, voire inconsciemment se venge  sur la bru.
   Ce concept de « femme avenir de l’homme » est très occidental. Certains d’entre-vous ont sûrement vu ce reportage à la télé, où une jeune femme indienne explique pourquoi elle a tué son bébé parce que c’était une fille. Elle disait : «  je l’ai mise dans une boite en carton, et j’ai rempli de terre jusqu’à l’étouffer, ainsi que cela se fait toujours. Si je ne l’avais pas fait (poursuit-elle) ma belle famille m’aurait tuée, moi et mon bébé. C’est normal, on ne peut pas faire autrement ! »
  Alors pour que la femme soit l’avenir de l’homme, là, il y a encore beaucoup de chemin à faire ? Et là c’est un véritable combat qu’il faut mener, hommes et femmes, ensemble,  pour que dans tous les pays les petites filles soient éduquées, éduquées au même titre que les garçons.
  A ce combat revendicatif  de femmes, qui seraient victimes des hommes, subordonnées, je préfère qu’on puisse, hommes et femmes,  œuvrer ensemble, j’insiste sur l’expression « oeuvrer ensemble »  pour toutes les femmes du monde.

⇒ J’ai relevé la définition que donne André Comte Sponville sur l’égalité, il dit : « …la réponse (sur l’égalité des hommes et des femmes) n’est pas dans les laboratoires de généticiens, ni dans les tests des psychologues. Elle est dans nos cœurs, dans nos parlements – dans nos principes et dans nos lois.» et il ajoute « La lutte pour l’égalité de sexes est une forme d’humanisme qui prend acte de la différence sexuelle sans renoncer à l’individualisme, ni donc à l’égalité, à la fraternité ».
   Ensuite, quant à la parité dans les entreprises, j’ai pu voir qu’elle n’existait pas, au même échelon les salaires sont différents, et cela parce que la femme est considérée comme moins productive que l’homme : sont évoquées, la maternité, les maladies des enfants, etc. elle ne pourrait de ce fait assumer une fonction à responsabilité.
   Et revenant sur une autre chanson de Jean Ferrat, « Que serai-je sans toi ? », que serais-je sans l’autre ? Là, il nous parle de la famille, il nous parle du couple.
   Et je rappelle que quand on porte un enfant on se sent une grande responsabilité quant à l’avenir en général.

⇒  Pour Aragon, il plaçait cette phrase sous le signe du combat social, la femme est le prolétaire de l’homme, et même Lénine l’a repris.
  Mais, ne pas se tromper d’adversaire dans ce combat social, parce que parfois dans le féminisme on se trompe d’adversaire. Je me souviens que dans les années 75 des féministes ont lancé la guerre de l’amour, c’est quelque chose que je n’ai pas compris, qu’est-ce que ça venait faire là-dedans ?
  Revenant sur les femmes battues, récemment dans une émission on disait que dans les partenaires, les victimes battues, et qui finalement meurent, il y  avait 5% d’hommes.
  Et puis, après avoir parlé de la condition de la femme en pays musulman, on doit rappeler qu’en Inde les épouses finissaient vivantes sur le bûcher avec leur défunt mari, et qu’en Afrique du sud, du temps de l’apartheid, la femme noire, du point de vie juridique était considérée dans la constitution comme un animal domestique, et qu’à la mort du mari, elle était renvoyée dans sa tribu d’origine.

 ⇒ Les femmes, on l’a dit, étaient parfois victimes de l’image qu’elles avaient d’elles-mêmes. Quand les femmes ont des professions artistiques, il leur faut être reconnues ; par exemple, Madame de Staël ne montrait ses écrits à personne ; parce qu’une femme ne devait pas écrire, c’était dans la mentalité.
  Moi la parité, je ne suis ni pour ni contre, ça m’a beaucoup gêné quand on l’a instaurée, parce que je me disais, que c’est une insulte à la femme. Je l’ai vécu comme ça, on considère que la femme n’est pas capable de montrer ce qu’elle peut faire, alors on l’impose, c’est pour moi un aspect négatif.
  Il faut enfin tenter d’en finir avec les stéréotypes, mais moi je crois qu’il y a une grosse responsabilité des média, et en particulier des journalistes. Rien que lorsqu’on regarde le journalisme de sport, on ne parle que des activités masculines, alors que nous avons une équipe de football féminine qui a été presque championne du monde.
  Quant à la féminisation de la langue, ça me fait rire, certaines organisations font des tracts avec entre parenthèses toutes les combinaisons possibles pour montrer qu’on n’oublie pas les femmes, ça m’horripile ! Je trouve ça d’une absurdité totale.

⇒  Même, au-delà des propos « féminolâtres », où les femmes seraient des victimes et les hommes des bourreaux, où la femme ne serait que bonté, et les hommes porteurs des pires défauts, je reste très optimiste quand aux capacités, et aux volontés des femmes avec les hommes, pour œuvrer vers une société plus égalitaire à tous niveaux. Je préfère « œuvrer pour l’égalité » que « lutter pour l’égalité »
  L’auteure, Natacha Polony dénonce dans son oeuvre « L’homme est l’avenir de la femme », tous les mouvements cantonnés dans la vindicte, dont l’agressivité de mouvements comme « Les chiennes de garde »
  A ces dernières elle adresse ces lignes, presque en provocation : «  J’ai moi-même choisi, je le confesse de vivre avec un spécimen en voie de disparition, un de ces authentiques machos que la modernité féministe voue aux gémonies et condamne aux oubliettes de l’histoire. Un être qui ne repasse pas ses chemises, qui paye l’addition au restaurant […..]. Un homme dans toute l’horreur. Un homme sensuel et râleur, […..]
Un homme dans le regard duquel, je lis que je suis une femme.
J’avoue, j’aime l’altérité. J’aime cette différence essentielle qui fait que lui et moi sommes humains sans être semblables.[….]. Rien n’est plus destructeur du désir que l’abolition des frontières, le lissage minutieux des aspérités au nom de notre incapacité millénaire à penser la dualité. Messieurs ne soyez pas dupes des injonctions contradictoires des femmes…Ne soyez plus dupes des discours ambiants qui vous intiment l’ordre de vous renier au nom du métissage du féminin et du masculin, dont on veut nous faire croire qu’il constitue le stade ultime de l’humanité….
   Et j’adresse ces lignes à mon fils, aujourd’hui si petit, à peine sorti du statut de l’ange, […..] Puisse t-il apprendre à regarder les femmes dans leur complexité, leurs contradictions et leurs incertitudes. Puisse t-il les aimer, fières, fragiles,  pudiques et passionnées, telles qu’elles seraient si notre triste époque ne leur enseignait l’infantile niaiserie qui les empoisonne… »

 

Œuvres, références, citées.

Livres.

Atlas mondial de la femme. 2015.
L’Etude et le rouet. Michèle le Doeuf. 1989.
Faiseuses d’histoires. Vinciane Despret et Isabelle Stengers. 2011.
Trouble dans le genre. Judith Butler. 1990.
Le deuxième sexe. Simone de Beauvoir. 1949.
La théorie du genre ou le monde rêvé des anges. Bérénice Levet. 2004.
Du côté des petites filles. Helena Gianni. Beloti. 1973.
Les mots et les femmes. Marina Yaguello. 1978.
L’homme est l’avenir de la femme. Natacha Polony. 2008. 

 

 

 

En la Feria de Sevilla. Bejarano (Manuel Aguado Cabral) 1855 Museo Carmen Thyssen. Malaga.

En la Feria de Sevilla. Bejarano (Manuel Aguado Cabral) 1855 Museo Carmen Thyssen. Malaga.

Restitution du débat du Café-philo du 10 décembre 2014 à Chevilly-Larue

 

 

 

Animateurs : Edith Deléage-Perstunski, philosophe. Guy Pannetier. Danielle Pommier Vautrin
Modératrice : France Laruelle.
Introduction : Danielle Pommier Vautrin
Introduction : Pour parler du rôle de la fête, je suis partie d’abord d’une liste de fêtes possibles :
– Les fêtes populaires : 14 juillet, 1er mai…
– Les fêtes politiques : soirs d’élections, fête de l’Humanité et des partis, commémorations…
– Les fêtes familiales et amicales : anniversaires, fêtes, baptêmes, mariages, PACS, retraites, banquets, etc.
– Les fêtes religieuses : Noël, Pâques, Assomption, Ascension, Epiphanie, etc. Hannoukka, Yom Kippour, Roshashanah, Pessah, Soukkot, etc. L’Aïd, le Ramadan, la fête du Têt…
– Les fêtes ethnoculturelles : Soirées des cultures du monde ou des provinces de France sur un thème des cultures traditionnelles…
– Les fêtes sociales : Marchés de Noël, marchés campagnards, Journées du Patrimoine, fêtes communales, fêtes foraines, carnaval, réveillons, jeux de cirque et sports, etc.
Ces différentes fêtes ont un certain nombre de choses en commun :
1) Elles rassemblent un groupe de personnes qui ont quelque chose en commun : famille, ethnie, parti politique, communauté religieuse, groupe social ou associatif…
2) Elles sont composées en partie d’un rituel, d’une façon de se réunir et de partager les mêmes choses à chaque fois : un kérygme (une partie immuable et répétitive à chaque fête).
3) Elles commémorent la mémoire d’un événement fondateur dans l’histoire du groupe. Elles rappellent des souvenirs communs qui fondent l’histoire du groupe et sa mémoire collective.
4) Elles se passent en général dans un rassemblement fraternel, voire dans la joie (ou l’apaisement comme dans des funérailles).
5) On y partage un repas : du pain de la messe au repas de réveillon au premier de l’an ! Les nourritures peuvent être spéciales pour les fêtes (pain levé après la fête pour les juifs, galette de l’Epiphanie pour les chrétiens, agneau de l’Aïd…)
On mange de la barbe à papa, des frites et des pommes d’amour dans les fêtes foraines… On boit et on partage de la charcuterie dans les fêtes politiques…
6) Il y a une notion d’abondance par rapport à d’habitude, de débauche de nourritures, de boissons, de cadeaux, de manifestations (chants, danses, musiques…), et de conjugaison de tous les talents du groupe concerné.
7) Parmi les rituels, le corps est à l’honneur (repas, chants, costumes, danses, flirts, paroles échangées ou même corps du Christ à la messe)…
8) La fête suppose certains discours, des paroles spécifiques : on parle de naissance à Noël ou de renaissance à Pâques, de morts et de saints à la Toussaint, du passage de la Mer Rouge et de l’histoire du peuple juif à Pessah, de la tradition musulmane et du partage à l’Aïd, des mythes et des signes du zodiaque chinois à la fête du Têt… Sans oublier les discours aux « grandes messes » politiques !
9) Des accessoires sont associés à la fête : des rubans, des guirlandes, des ballons, des décors, un sapin ou une crèche, des œufs ou des cloches de Pâques, des livres et des récits collectifs… Il existe aussi un art de la table pour les fêtes.
10) Le costume aussi est important, traditionnel ou soigné et spécial pour la fête : costumes régionaux, djellabas brodées, paillettes, sequins et strass, ors et étoffes de qualité, déguisements, costumes des officiants dans certaines communautés religieuses ou secrètes…
11) On est censé être heureux et de bonne humeur un jour de fête, bienveillant et dans le partage mutuel ou recueillis et en paix ; c’est la trêve des conflits.
12) Les fêtes dans une année liturgique (ou aussi civile) tranchent avec les périodes de grand ordinaire et c’est un événement exceptionnel qui se produit une fois dans l’année pour chaque type de fête….
Leur rôle est alors à mes yeux de raffermir le groupe dans son histoire, dans ses credo, dans sa réalité, et de partager autour de ce que l’on a en commun ; la fête assure la cohésion du groupe et lui permet de sortir de ses préoccupations ordinaires dans lesquelles elle s’enfonce parfois et de sortir des habitudes pour être créatifs pour la vie du groupe, ce qui n’est pas incompatible avec un certain rituel autour duquel on peut broder.
Mais j’arrête là ; pour la suite de la définition de la fête et de son rôle, je vous laisse la parole.
Débat: G Depuis des siècles, les pouvoirs établis ont pensé à offrir, à organiser des fêtes pour le peuple : « Au peuple, donnez-lui du pain et des jeux ! » [(« panem et circences »)] ; cette expression latine est issue [de la Satire X] du poète Juvénal; ceci pour avoir la paix sociale. Les fêtes publiques vont souvent conforter d’idée d’appartenance à une cité, à un pays, à une nation.
Dans son aspect social, la fête est peut-être un exutoire qui va régulièrement désamorcer des idées de rébellion. Parfois même, une certaine licence est autorisée. Pouvoir temporel comme pouvoir intemporel ont longtemps fermé les yeux, avec un peu d’hypocrisie, autorisant que les règles morales des rapports amoureux entre hommes et femmes n’existent plus pendant le temps d’un carnaval ; ce fut parfois un renversement total de la morale, comme dans les Saturnales chez les romains où les rôles maîtres/esclaves sont inversés le temps de la fête. C’était alors le sifflet de la cocotte-minute qui relâche cette surpression pour éviter l’explosion, un moment libérateur. C’est un moment où, disent les sociologues, vont se relâcher tous les processus d’inhibition. Longtemps, passé les fêtes, les individus se remettaient d’eux-mêmes le collier de leur servitude.
Le temps de la fête et son rôle, c’est désinhiber, rompre avec la routine, le quotidien, la monotonie, laisser libre cours à la fantaisie. Les fêtes, ce sont parfois des souvenirs qui vont vous accompagner toute une vie, comme des marqueurs du temps. Par exemple, je me souviens encore, lorsque j’étais enfant, des noces à la campagne qui duraient trois jours. Enfin, je dirai, que la fête, c’est quand les hommes, les femmes, sont un instant fatigués d’être des adultes.
G Ma première réaction à cette question a été de me demander, comme le propose Nietzsche, dans Le gai savoir : Qui parle du rôle de la fête ? Qui s’interroge sur son rôle ? Certes pas le fêtard, pas celui qui aime la fête, ni celui qui pratique, régulièrement, les rituels festifs. Ici, au café-philo, nous sommes invités à festoyer avec des douceurs gourmandes en même temps qu’à réaliser la fête de l’esprit qui vagabonde jusqu’en les idées les plus intempestives et inactuelles. Alors pourquoi s’interroger sur le rôle des fêtes ? Sont-elles en voie de disparition ?
Il y a une multiplicité de fêtes très diverses les unes des autres, mais il y a un élément commun : la fête est une activité sociale. Il n’y a pas de fête solitaire. Faire la fête, aller à une fête relève d’une intention sociale et c’est ce qui lui confère une signification et un rôle. Sauf dans un cas, celui d’une rixe, d’un combat, lorsque quelqu’un vous dit : « Cela va être ta fête ! », mais c’est là, sans doute, une forme détournée de langage.
En consultant l’Encyclopédie Universalis j’ai retenu une caractérisation, celle du sociologue Emile Durkheim, dans Les formes élémentaires de la vie religieuse (1912), comme quoi la fête est un rassemblement massif générateur d’exaltation ayant une fonction récréative et libératoire. Si j’ai retenu cette caractérisation, c’est parce qu’elle m’a semblé correspondre aux fêtes auxquelles j’ai participé – comme les chahuts ou le monôme après un examen comme le baccalauréat, comme les carnavals ou comme les fêtes de fin d’années de travail. Elles signent la fin d’une longue contrainte et le moment d’une rupture par rapport à cette contrainte, voire le départ d’une libération par rapport à elle.
Cette caractéristique est confirmée par Freud qui ajoute dans Totem et Tabou (1913) : « Une fête est un excès permis, voire ordonné, une violation solennelle d’une prohibition. » La fête ressort ainsi au « sacré de transgression ». Elle manifeste la sacralité des normes de la vie sociale courante par leur violation rituelle. Elle serait nécessairement « désordre », renversement des interdits et des barrières sociales, fusion dans une immense fraternité, par opposition à la vie sociale commune qui régule et qui sépare.
Voilà pourquoi elle est jubilatoire. C’est bien là, ce que j’attends d’une fête.
Or, aujourd’hui, dans notre société consumériste, les fêtes rituelles sont, pour la plupart, devenues des fêtes commerciales : fête des mères, des pères et des grands parents, fêtes de Noël devenues quasiment marchés de Noël, et fêtes religieuses, qu’elles soient de tradition chrétienne, juive ou musulmane.
Et dans notre société individualiste, les fêtes commémoratives d’événements historiques sont de moins en moins honorées et a fortiori les fêtes célébrant des temps nouveaux ou des formes nouvelles de société (fête des Lumières, fête communale…).
Mais, pour garder espoir, soyons attentifs aux fêtes de partage – que j’appelle ainsi en pensant au potlatch si bien étudié par l’anthropologue Marcel Mauss dans l’Essai sur le don (1923). Il montre que ce « fait social total » propre aux sociétés mélanésiennes se retrouve aussi dans les sociétés occidentales modernes ; il s’agit de fêtes et de rites qui concernent toute société qui valorise le « donner, recevoir et rendre » : c’est à dire que les échanges (de cadeaux, de politesse, d’invitation, etc.) sont sous le signe du don et du contre-don, du partage et non pas du calcul et du profit.
Sachons reconnaître ces échanges festifs au sein de notre société et sachons les organiser, c’est ce que la question de ce café-philo me suggère avant Noël.
G Dans toute l’antiquité, il y a eu des fêtes païennes, profanes, fêtes des moissons, des vendanges, etc. La religion chrétienne n’a pas voulu supprimer ces fêtes ; elle les a remplacées par des fêtes religieuses, comme pour le solstice d’hiver qui deviendra Noël.
Ces fêtes sont aussi des marqueurs du temps, basés sur la vie quotidienne. Il existe toujours en province des fêtes des moissons ou des vendanges, avec, à la fin, un grand repas. Le sens de la fête, c’est avant tout : nous sommes ensemble.
G Il y a plein de fêtes collectives qui ont disparu, mais on en invente, on en crée d’autres. On les remplace, on les recycle ; on ne voit presque plus de carnavals, ils ont été remplacés par Halloween.
G Les fêtes se recyclent et parfois le sens perdure. Ainsi, la Saint-Valentin était à l’origine une fête du culte de Mithra en Asie mineure, où l’on fêtait un dieu de la fécondité. Puis, chez les Romains, quelques siècles plus tard, on va fêter ce jour-là, un martyr, Valentin. Aujourd’hui, de nouveau, elle reprend ou prolonge sa symbolique première : c’est maintenant la fête des amoureux, la fête de l’amour. C’est une belle fête (même si on n’échappe pas à la récupération commerciale). Belle fête, dans le sens où tous les ans, on voit des trésors d’imagination, où un homme déclare sa flamme à la femme qu’il aime : ce sera de grandes affiches sur les murs avec des messages personnels, des banderoles tirées par des avions, des annonces dans les journaux, etc. Chaque année, il y a des trésors d’imagination pour trouver une nouvelle façon de dire : « Je t’aime ! »
G Quand je parle de disparition des fêtes, en fait je parle de disparition du sens de la fête, parce que toutes les fêtes païennes ou profanes étaient des fêtes d’échange, de partage, pas des fêtes commerciales. Ceci pour préciser que l’évolution de notre société consumériste et individualiste oriente vers le développement de ces fêtes commerciales.
G Voici une citation de Pierre Desproges : « La veille du Mercredi des Cendres, c’est Mardi Gras. Les cons se déguisent en imbéciles pour passer inaperçus ! »
G La fête, c’est aussi pour se défouler. La société d’aujourd’hui nous conduit à transformer le rôle de la fête, la dévoyant en ce sens où ce n’est plus l’homme, les êtres humains qui sont au centre de la fête. L’économie de marché à tout bout de champ trouve un bon motif pour faire du commerce avec quelque chose qui était : se retrouver, échanger, partager, dans ces moments festifs où il n’y pas d’enjeu.
La fête peut aider à régler des problèmes qui par ailleurs ne pouvaient se régler. Je pense que la fête reprendra tout son sens si on remet l’humain au centre de la fête. Les fêtes c’est pour se connaître, mieux se comprendre ; je crains qu’aujourd’hui, elles nous amènent à oublier où l’on est, qui on est, où on va.
G Poème d’Hervé (acrostiche) : LE 1er MAI
Fête du travail
Fêter ce jour férié, chômé, payé,
Exceptionnellement, l’Etat admet
Tradition oblige, de le populariser
En permettant la vente licite du muguet.
Défiler est la coutume désormais.
Utilisée, cette fleur fleurit en mai.
Travailleurs souvenez-vous !…
Revendicateurs, les ouvriers sont Américains,
Avant-gardistes de ce grand rendez-vous.
Vêtue de blanc à Fourmies, Marie Blondeau défile portant des fleurs.
Assassinée par la troupe, elle souhaitait faire baisser le temps du labeur.
Idéalisés, un triangle rouge et une fleur d’églantine rappelaient cette date,
Les clochettes odorantes symbolisent aujourd’hui le combat que je relate.
G Si on s’en tient à l’étymologie, la fête c’est une manière de rythmer le temps. Le calendrier romain se divise en jours « festi » et en jours « fasti » (selon l’Encyclopédie Universalis). C’est-à-dire que les jours « festi » étaient consacrés aux cérémonies religieuses, tandis que les jours « fasti » étaient ceux où l’on vaque aux affaires publiques. Le terme « festi » nous a donné : festif, festivité, festoyer, tout ce qui concerne la fête. Le terme « fasti » nous a donné : faste et son contraire néfaste, ainsi que fastueux. Le sens et le rôle, ce rythme avec le temps, avec le calendrier lunaire ou solaire, n’a plus rien à voir avec le rythme d’aujourd’hui.
G Quel est le sens de la fête parfois pour les plus jeunes ? Je me pose la question sur le sens et le rôle des « rave parties ». Cela me semble plus une manifestation de désespérance noyée dans l’alcool, un manque de perspective. Depuis toujours fête et musique ont fait bon ménage, et aujourd’hui nous avons une Fête de la musique, même si le commercial s’y mêle. Cela n’empêche pas des manifestations spontanées et gratuites.
Par ailleurs, la fête a souvent marqué des ruptures, des rites de passage, par exemple, le passage à l’âge adulte par des fêtes initiatiques dans beaucoup de sociétés. La conscription et la fin du service militaire étaient aussi fêtées.
G Je voudrais revenir sur la notion de plaisir lié à la fête et au sens où la fête est comme une vague qui vient sur la plage et qui repart, sauf si elle rencontre la falaise, la falaise de la société. Les « rave parties » rencontrent la falaise de la société. Il y a des gens qui disent : mais qu’est-ce que c’est que ces fêtes ? Mais en même temps, cette jeunesse réinvente la fête avec ces « rave parties » ; elle la réinvente avec ces moyens de communication sur le Net pour se retrouver. Ils montrent qu’ils veulent que la fête sorte des institutions, qu’elles sortent du rituel, car la fête dès qu’elle se répète devient rituelle.
Quant à la commémoration, déjà évoquée, ce n’est pas une fête. Pour que ce soit une fête, il faut qu’il y ait le plaisir d’être ensemble. Et je trouve qu’il y a de moins en moins de fêtes, de réunions de famille. Cela semble venir de l’éloignement géographique, de l’éclatement des familles… La société évolue, la fête évolue ; il faut sans cesse réinventer la fête.
G Je retiens le lien social. On fait des fêtes où l’on pense que ce sera de la gaîté et on se retient pour ne pas pleurer. J’ai le souvenir de la fête de mon départ en retraite, où gaîté et tristesse peuvent se côtoyer. La fête, c’est avec ceux qu’on aime, ceux qu’on connaît ; les quitter, ce n’est pas vraiment la fête.
Dans mon village des Cévennes, nous avions la Fête des oignons, tous les gens des environs venaient faire leurs provisions d’oignons.
G Revenant sur la question initiale, celle du rôle, plus que vers les énumérations des diverses fêtes, je voudrais évoquer la fête qui arrive bientôt : Noël, son sens, et son rôle aujourd’hui. J’aime particulièrement les fêtes qui réunissent les gens le plus possible. Le plus possible, dans le sens où vont se réunir des gens qui n’ont pas l’habitude de se réunir. C’est pour cela que je n’aime pas plus que cela les fêtes qu’on pourrait qualifier de « fêtes de clan », car elles confortent l’idée de clan. On est entre soi, dans sa communauté, ethnique ou religieuse.
En ce sens, la fête de Noël, tend de plus en plus à remplir, pour le plus grand nombre, cette fonction de fête pour tous.
De fête païenne à l’origine, elle a été longtemps récupérée par la chrétienté.
Si l’on revient trois siècles avant notre ère, en Asie mineure, on célébrait dans le culte de Mithra le solstice d’hiver. C’était la nuit la plus longue et les gens alors avaient peur que le soleil ne revienne pas. Et comme, bien sûr, il revenait chaque année, on organisait une fête du retour du soleil, fête qui se terminait par un grand festin. Cette fête du retour cyclique du soleil va passer chez les Romains, puis deviendra fête de Saturne (dieu du temps) et donnera des fêtes nommées les Saturnales. Puis, elle devient à Rome en 330 la fête de la Nativité, fête carillonnée. Le Père Noël, lui, devra attendre, pour naître, le 19ème siècle. A partir de la seconde moitié du siècle passé, peu à peu, le côté religieux commence à s’estomper. Pour le plus grand nombre, elle devient: à la fois fête religieuse et fête laïque, fête profane et, je ne l’oublie pas, fête de la consommation. Elle devient avant tout une fête où les villes s’ornent de décorations, de sapins illuminés, un jour où l’on réunit la famille, les amis proches, où l’on fait des cadeaux, des cadeaux surtout aux enfants. C’est la fête où les yeux des enfants s’allument de mille feux.
C’est parce qu’elle est, avant tout, fête pour les enfants qu’elle devient fête laïque. En effet, comment dire à un enfant pour qui, dans la tradition familiale, Noël n’était pas une fête, que ce n’est pas pour lui, alors qu’il voit les autres enfants se préparer à cette fête.
Nous voyons aujourd’hui en France des personnes d’origines diverses, de confessions diverses qui participent à Noël. Noël qui alors, aide à estomper des différences, Noël qui rapproche, qui devient une fête pour tous, une fête propre à créer du lien social.
G La fête peut avoir un rôle de réconciliation. Dans la fête, on veut que tout le monde communique, on rit, on plaisante… C’est un moment où on est bien ensemble. Mais elle peut aussi cacher les conflits.
Dans une pièce de théâtre, L’inscription, une jeune femme réunit ses voisins pour faire la fête du pain. La fête va créer des liens amicaux, mais ne va résoudre tous les conflits. Le lendemain, on découvrira dans l’ascenseur une inscription antisémite hostile au mari de l’hôtesse de la fête.
G Le poème de Florence (Acrostiche) :
Quel est le rôle de la fête ?
Quand vient le moment de compter le temps
Un joyeux chaos s’invite à la table
En l’honneur de l’arrivée du printemps
Le roi et le mendiant sont permutables
Eméché tu te hisses au firmamen
Sans visage, sans honte et sans vergogne
Toc, toc, la sève bat et le sang cogne
La fête est l’alibi de ton tourment
Et tu te sens vivant, irremplaçable
Rassemblés autour de ce sacrement
Osons le mystère indéfinissable
Lorsque les âmes vibrent à l’unisson
Elles sentent bien qu’il leur pousse des ailes
Dans cette ribambelle universelle
Eternelle émotion de la chanson
L’instant est suspendu entre deux rives
Au jour où le petit miracle arrive
Fabriquée, improvisée, c’est fatal
Elle relie au présent ton ordinaire
Tambour, trompette et ses flûtes de cristal
Elle te fait un bonheur embryonnaire
G Dans une société où c’est parfois difficile de maintenir des réunions, des fêtes, avec les changements dans la société, il peut y avoir du désir malgré tout de créer du lien. Par exemple, depuis quelques années, il y a la Fête des voisins pour rompre l’anonymat. Par ailleurs, la fête, c’est participer, comme pour le 14 juillet où l’on incite les gens à pavoiser, à défiler, à aller au bal.
Revenant sur le rôle réconciliateur des fêtes, elles ne mènent pas toutes à la réconciliation. Des livres, des films, comme par exemple Festen, nous parlent de fêtes qui tournent mal, voire même, qui finissent en règlements de compte.
G Il y a encore fort heureusement des fêtes avec de grands repas de famille ; on arrive à réunir autour d’une même table tous les membres d’une même famille et toutes les générations. Là aussi, c’est des marqueurs, des souvenirs et de la convivialité.
G « Pour moi, la fête est avant tout une ardente apothéose du présent, en face de l’inquiétude de l’avenir », a écrit Simone de Beauvoir dans La force de l’âge.
On se rappelle qu’à l’approche de l’an 1000, les hommes pensaient que ce serait la fin du monde. Des gens se sont alors pour beaucoup adonnés à la fête. Des fêtes allant parfois jusqu’à l’orgie.
Et la phrase de Simone de Beauvoir nous rappelle que face à un avenir dont on n’est pas sûr qu’il soit porteur de jours heureux, on peut évacuer un temps son inquiétude, ne vivant, comme le dit Simone de Beauvoir, que l’instant présent. La fête est alors le véritable vivre pour vivre, le « carpe diem », l’instant qu’on cueille.
C’est peut-être aussi, une fonction de la « rave party », face au « no future » : se déchirer, oublier. On retrouve ça, sous une forme un peu différente, dans les grandes villes d’Espagne, avec les « botellon », soirées hebdomadaires où une jeunesse (à 25%) au chômage) se réunit pour boire, faire la fête. Ils apportent leur musique, leurs boissons, boycottant le système commercial. Au petit matin, le sol est jonché des bouteilles vides. Comment interpréter ?
La fête peut aussi avoir des aspects économiques. Ainsi, toujours en Espagne, la tradition et l’économie œuvrent à la sauvegarde des fêtes religieuses, lesquelles sont l’occasion d’attirer des touristes de toute l’Europe. Ce sera, par exemple, la « Semana Santa » à Séville ou d’autres célébrations à l’origine essentiellement religieuses. L’économie y trouve son compte, l’Eglise y trouve son compte, mais la participation spontanée des autochtones a bien diminué. Nous avons pu le constater sur ces trente dernières années : les appareils photos ont remplacé les chapelets. Peu de spiritualité, beaucoup de pixels ! Avant, c’était comme dans toute fête populaire : un moment où chacun se sentait vraiment acteur.
G Est-ce que les fêtes comme la Féria de Nîmes ou celle de Pampelune, où les gens risquent d’être blessés, sont encore des fêtes ?
G Je ne confonds pas fête et rituel. Ceux qui fêtent Noël, ne fêtent pas tous la Nativité.
Quant aux férias qu’on a évoquées, c’est devenu un truc commercial ; cela n’a plus rien à voir avec la fête. Par contre, ces mêmes jours, il y a des gens qui organisent des fêtes entre eux, en dehors du circuit commercial.
G Une note un peu moins optimiste : il arrive que, lorsque viennent les fêtes, on ait un petit coup de blues, parce qu’on pense encore plus à tous ceux qui ne sont plus là, ceux qu’on a perdus, et, là, on a hâte que les fêtes soient passées. Heureusement, il y a les enfants, ils nous font oublier et reprendre courage…
G Dans les grandes fêtes qui deviennent orgiaques, il y a le Carnaval de Rio, où il y a des morts, des assassinats chaque nuit…
Œuvres citées :
Livres
Le gai savoir. Friedrich Nietzsche.
Les formes élémentaires de la vie religieuse. Emile Durkheim.
Totem et tabou. Sigmund Freud.
Essai sur le don. Marcel Mauss.
La force de l’âge. Simone de Beauvoir.
Théâtre :
L’inscription. Pièce de Gérald Sibleyras créée le 11 janvier 2004 au Théâtre du Petit Montparnasse dans une mise en scène de Jacques Echantillon.
Film :
Festen. Film danois sorti en 1998 réalisé par Thomas Vinterberg.
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Une réponse à La femme est-elle l’avenir de l’homme?

  1. missouri dit :

    L avenir de la femme ce n’est pas l’homme puisque ce n’est pas son égo, ses attributs reproductrice ne sont pas les même. son corps créer un ovule et ce même corps le détruit. sa psyché est le résultat de celui-ci. elle est plus névrosé, par en guerre contre tout est n importe quoi. elle est chiante, emmerdeuse et elle veut toujours avoir le dernier mot. Elle demande le divorce dans 80 % des cas, même si elle a tord. elle est très narcissique, ne pensant que pour elle, même si elle est super moche.
    elle n’a pas d’égale avec l’ homme

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