Peut-on se changer soi-même?

                       Restitution du débat du 20 janvier  2016 à Chevilly-Larue

Klee Paul. Senecio. 1922. Künstmuseum. Bâle.

Klee Paul. Senecio. 1922. Künstmuseum. Bâle.

Animateurs : Guy Pannetier. Danielle Vautrin.
Modératrice : France Laruelle.
Introduction : Lionel Graffin

 Introduction : Ce sujet comporte un problème, c’est le « se » pronom personnel renforcé par un autre pronom personnel qui est « soi » additionné du mot « même ». Autrement dit, le sujet, peut-il être le moteur de l’action qu’il exerce sur lui-même, ce qui aboutirait au changement recherché. Mais il n’aborde pas les motifs suivants : le canal par lequel s’opèrent les changements, la périodicité, l’action centrée sur le sujet lui-même, l’utilité de cette action dans la gouvernance de la vie du sujet lui-même.
Donc, dans cette espèce de circularité, où le sujet n’est abordé que par son action sur lui-même, on pourrait évoquer ce qu’on appelle, l’idiotisme, (ce qui ne fonctionne que pour soi) ou, encore, l’idiosyncrasie, c’est-à-dire qui est très particulier, qui ne peut être partagé, raisonnement qui ne renvoie qu’à soi.
Il m’a semblé pertinent de traiter ce thème en le subdivisant en deux éléments.
D’abord en premier, « peut-on changer ? » et ensuite « peut-on se changer, soi-même »
Peut-on changer ? La réponse clairement est oui ; nous changeons d’aspect en vieillissant, nous sommes différent à 20 ans ou à 60 ans,  nous avons pu exercer, une ou plusieurs professions, traverser les aléas de notre vie relationnelle et culturelle. Nous avons pu engager notre vie dans une ou plusieurs associations, dans des choix politiques, à l’origine d’enrichissement divers.Nous avons les épreuves de la maladie, des deuils qu’il faut surmonter pour continuer à vivre.
Rien ne peut se faire sans nous, souvent nous devons ressentir des chocs répétés, faire preuve de résilience de notre enfance jusqu’à la mort, le désir de vivre toujours nous fait nous relever.
Maintenant, je passe à « se changer ». Une prière connue par les Stoïciens disait : « Donnez-moi la sérénité d’accepter les choses que je ne peux pas changer, le courage de changer les choses que je peux changer, et la sagesse d’en connaître la différence ».
Dans le numéro de philosophie pratique (Mars/Avril 2014) je lis que le courage de changer les choses demande: « d’être conscient de ce qu’il advient de nos désirs de vie, en premier par la culture, avec l’idéologie dominante qui tend à nous faire renoncer, à nous faire croire que l’homme est mauvais par nature [….] ne pas remettre en cause les fondements sociaux et économiques, accepter les différents boucs émissaires [….] et accepter l’interprétation des événements qu’on nous propose, etc. ».
Refuser qu’on instrumentalise notre vie, c’est faire preuve de courage, cela ne va pas de soi, cela peut être source d’incertitude, de désarroi, mais cela en vaut la peine. Cela vaut la peine de se connaître soi-même, en connaissant les autres, en comprenant les événements de la vie sociétale sous tous ses aspects.
Anatole France, lui, disait le contraire : « Je tiens la connaissance de soi comme une source de souci, d’inquiétudes et de tourments. Je me suis fréquenté le moins possible ».
Marguerite Yourcenar, croit le contraire, elle évoque le besoin d’échapper à l’existence qui lui était promise : « Le véritable lieu de naissance » dit-elle « est celui où l’on a porté pour la première fois un coup d’œil intelligent sur soi-même : mes premières patries ont été des livres »
Gustave Jung, lui, résume cela en peu de mots : « Ce qu’on ne veut pas savoir de soi-même finit par arriver de l’extérieur, comme un destin »
Notre vie donc, est inséparable de celle des autres, des étrangers que nous rencontrons, qu’ils parlent notre langue ou non, le premier que nous avons connu, et qui nous connaît, c’est le visage étranger.
Dans « La pesanteur et la grâce » Simone Veil, écrit : « Aimer  un étranger comme soi-même implique comme contrepartie : s’aimer soi-même comme un étranger »
Nous sommes nous, en intégrant l’autre.

 Débat

 Débat : ⇒ On change chaque jour, car chaque jour a quelque chose de nouveau, « Nous nous baignons et nous ne nous baignons pas dans le même fleuve » (Héraclite), autrement dit l’évolution de notre environnement nous amène à changer, ou dirons-nous évoluer, même inconsciemment.
L’Être en devenir change pour durer.
Maintenant, ai-je parfois entendu, penser qu’on peut se changer soi-même est pure vanité, les événements, les autres nous amènent, voire nous obligent, à changer.
Autrement dit, tout au long de ma vie j’ai changé, mais force m’est de reconnaître que j’aurais bien du mal à définir de ce qui ressort de ma seule volonté. Entre ce que je suis et ce que j’aurais voulu être, quand en ai-je réellement décidé ?
Maintenant, si je suis déterminé, si mon avenir est inscrit, il ne sert à rien que je veuille changer.  Je suis, je serai, quoi que je fasse, ce que j’étais depuis le début destiné à être.
Le changement serait suivant la définition du dictionnaire « abandonner une chose pour une autre », alors si je désire changer y a-t-il abandon, reniement d’une part de moi-même, et ne pas vouloir changer, ne jamais vouloir changer,  est-il le fait  d’un être borné ?
A moins de vivre en ermite, les changements que nous voudrions opérer sur nous-mêmes peuvent affecter les autres. Cela peut être une réelle conséquence et cela peut créer des situations conflictuelles, jusqu’à risquer d’amener des ruptures. Alors parfois devant la difficulté, les conséquences, on renonce.
Nous avons plus de pouvoir sur notre esprit que nous avons de pouvoir sur notre corps. Nous sommes êtres de désirs, d’aspiration, de volonté plus ou moins potentielle.
Si je désire être un grand blond aux yeux bleus, je peux oublier ça ! Mais si je veux être plus avisé, plus sage dans mes décisions, plus modéré ; si mon identité, l’image que je renvoie de moi, ne correspond pas tout à fait à celle que je m’imagine montrer aux autres, il n’appartient qu’à moi d’y remédier ; encore faut-il que je ne sois pas totalement sourd
aux remarques mêmes gentilles, délicates qui désigneraient des points de faiblesse.
Nous voyons des choses chez les autres, des choses qu’ils ne sont pas en mesure de voir eux-mêmes. Bien sûr, que cela est valable dans l’autre sens.
Alors pourquoi changer ? « Pourquoi devrais-je absolument changer. Moi je me plais bien comme ça, je n’ai pas à me renier, etc. »,  c’est le discours  des personnes  qui sont satisfaites d’elles-mêmes, qui ne doutent pas,  (vous en connaissez peut-être) ; des personnes  qui disent  « – moi je suis comme ça, c’est pas aujourd’hui que je vais changer ». Là, la philosophie reste à la porte.
Et puis question subsidiaire, si vous aviez, demain matin,  la possibilité de vous changer vous-même, que changeriez-vous ?

⇒ J’ai réfléchi sur le « changer soi-même » et cela m’amené à penser que l’homme n’est pas fait pour vivre en ermite, et j’ai retrouvé cette citation de Paul Eluard : «  Nous avons inventé autrui. Comme autrui nous a inventés. Nous avions besoin l’un de l’autre ».
Pour changer il faut faire le point sur soi, faire preuve d’humilité, puis se regarder à travers les autres, écouter. Il ne s’agir pas de se regarder le nombril, se dire « ce n’est pas si mal ! Pourquoi est-ce que je changerais ? ».
Je pense que dans l’échange avec autrui, à condition qu’il y ait de la sincérité, il faut tâcher de retenir ce que l’autre nous renvoie de nous, et pourquoi on peut nous voir autrement que nous nous voyons. L’échange, dans ce domaine, peut être un partage de richesse.

⇒ Ce « peut-on » m’interpelle : Sommes-nous capables ? Sommes-nous en capacité de ? Et, est-ce que les circonstances permettent que ? Et puis, pourquoi changer et changer pour quoi ? Quelle est la cause ? Quel est le but ? Et si l’on pose la question, c’est qu’il y a le choix ? Et puis changer en bien, changer en mal ?
Bien sûr, et nous l’avons dit les circonstances nous font changer, nous font nous adapter, et là ce n’est pas de notre seule volonté. Quelle aura été la part d’autonomie dans ces choix de changement ? Y a-t-il eu un long mûrissement avant de changer ? Et enfin, quelle est la part de déterminisme, quelle est la part d’auto-détermination ?

⇒ Je reposerai la question différemment, soit » peut-on changer ce que nous sommes ? ».
Partant de là, j’avance l’idée que nous sommes tous des pièces uniques dans l’histoire  de l’humanité. Il n’est pas nécessaire de vouloir changer parce que c’est le caractère unique, avec nos défauts et nos qualités qui fait nos qualités intrinsèques.
Je crois, qu’Être, consiste à accepter ses défauts et ses qualités, à tel point qu’un psy. Christophe André a intitulé un ouvrage : «  Imparfaits, libres, et heureux » (sous-titre : Pratiques de l’estime de soi).
On ne peut s’arrêter au regard d’un individu, ni à différents regards d’un même individu ou de tous les individus, regards différents dans l’instant et dans le temps. Alors à vouloir changer en fonction de tous ces regards, on va devenir gravement schizophrène.
Alors, changer en regard de l’autre, est-ce pour être aimé de lui, mais a-t-on besoin de cet amour ?
L’idée de base, est, si nous sommes ce que nous sommes, cela nous amènera à être aimés par certains, et détestés par d’autres.
Alors pourquoi changer, tout court ? On naît avec un patrimoine génétique, on ne peut le changer, on arrive sur terre avec un héritage atavique, c’est comme l’ADN, on n’en change pas ou alors on va faire des transhumanistes. Vouloir changer pour s’améliorer participe à un certain eugénisme. Je n’ai pas besoin de vouloir m’améliorer.

⇒ Je réponds, non catégoriquement, parce que cette vie n’est qu’une évolution, involontairement nous évoluons, comme les plantes, les animaux, nous n’avons pas pouvoir.
On ne peut pas se rajeunir, je ne peux pas devenir : grande, blonde, et mince, pas plus que je ne peux prévoir ce qui nous fera évoluer dans un sens ou dans un autre. Notre évolution dépend d’un environnement, physique, sociétal, idéologique, et nous n’avons finalement peut-être pas de pouvoir sur les choix de nos idéologies, puisqu’elles sont elles-mêmes dépendantes de tout un environnement.
Donc, je dis qu’on ne peut pas « se changer ». En revanche on peut choisir une espèce de morale. Mais de là des difficultés peuvent apparaîtrent, parce que nous serons en désaccord avec une partie de notre environnement social, et là il faudra avoir la force de choisir. Mais je n’appelle pas ça, « se changer ».
Il nous faudra peut-être choisir plus ou moins librement le sens de l’évolution vers laquelle nous irons. Est-ce que nous aurons la force de maintenir ce choix ? On ne peut le prévoir.

⇒ Texte d’Hervé :
Ceux qui sont partis vers un nouvel univers, ceux qui ont pris le bateau pour aller vers un changement total, savaient qu’ils allaient transformer toute leur vie, se retrouver avec des activités très diverses, d’autres métiers, tout cela au gré des opportunités.
Ce furent « les pionniers »

 LA NOUVELLE FRANCE
Les pionniers

L e début de l’épopée est à Gaspé,
E xtasiés, éberlués, fascinés par l’immensité
S auvage, cette nouvelle terre est convoitée

P ar des étrangers venus d’un pays appelé France.
I ncités à immigrer, des Français viennent tenter leur chance :
O uvriers, agriculteurs, nobles, religieux vivent d’espérance
N avigant vers l’inconnu, avec courage et confiance.
N ouvelle, cette terre est accostée avec méfiance,
I ndiens de diverses tribus sont hostiles à cette ingérence.
E xplorer, récolter, construire se fait sans défaillance,
R ésistant à l’agression persistante, avec vaillance.
S ouvenez-vous Canadiens Québécois, c’était la Nouvelle-France.

⇒  Les remarques que nous font les autres sont souvent des projections d’eux-mêmes, ils vous reprochent leurs problèmes, il faut savoir d’où ils parlent. Ils ne demandent pas de se changer en fonction de ce qui nous est dit.
Les gens qui fuient un pays en temps de guerre, ou encore les juifs lors de la seconde guerre mondiale on dû changer d’identité, changer de nom, changer de lieux de vie, c’est là une véritable révolution intérieure, ça c’est un vrai changement de soi-même.
Par ailleurs, si on est sur l’idée qu’ « on pense mieux seul » (thème d’un récent débat du café-philo) on pense qu’on peut se changer soi-même. Si on est sur l’idée qu’ « on pense mieux à plusieurs », dans ce cas on doit répondre qu’on ne peut pas se changer seul.
Si on change, si on évolue dans ses différentes vies tout au long de son séjour sur terre, on suit toujours le même fil, celui de sa propre histoire.
Quand on rencontre une personne trente ans plus tard, on sait que c’est elle. Bien sûr, physiquement on a changé, on a pris des cheveux blancs, etc. mais fondamentalement cette personne reste conforme à sa réalité, il y a continuité de l’individu.

⇒ Rien n’est figé, tout se meut, ce sont les propos d’Héraclite ; l’Être est éternellement en devenir… Alors que Parménide lui parle de l’unité de l’Être, duquel on ne peut pas déduire  un avenir, l’Être pour lui, est immuable dans son identité.
Se changer, c’est souvent chez les philosophes signe d’abandon de soi, de renoncement pour aller vers la sagesse, vers l’ataraxie.
Mon sentiment est que nous devons avoir la maîtrise de nous, déjà pour nous protéger d’une société qui parfois nous aliène. Le ressort premier c’est la désillusion, une sorte de révolte intérieure, une non-acceptation des vérités imposées et qui ne font pas corps avec nous.

⇒ C’est toujours utile de rappeler les principes mêmes de la philosophie stoïcienne, surtout sur ce sujet de la puissance ou non d’agir sur les événements, et donc aussi d’agir sur soi.
En substance cette philosophie nous dit que : pour les choses qui ne dépendent pas de nous, il ne faut pas dépenser en vain, notre énergie, qu’il faut la conserver toute entière pour agir sur les choses qui dépendent de nous, je m’applique le plus possible ce principe si utile, et je le fait connaître. C’est là une grande sagesse.
Maintenant, je reviens sur la question initiale avec deux expressions :
Si je dis à une personne : « tu n’as pas changé ! » ce n’est pas forcément un compliment,
Si je dis à une personne : « tu as bien changé ! » ce n’est pas forcément un compliment.
Alors, oui ! Le monde il change, et même parfois, avec le poids des ans, il peut nous échapper, jusqu’à se dire que je ne sais peut-être plus m’adapter au changement. Alors, paradoxe : arrive le moment où le grand changement est ne plus pouvoir changer.
Par ailleurs, nous devons être conscient de l’extrême limite de notre pouvoir de décision sur les orientations ayant défini les changements au cours d’une vie, et nous ne pouvons évacuer la crainte qui a sa part dans ces choix, car changer comporte tant de risques ; on connaît l’expression : « Choisir, c’est quitter » ;

 ⇒ Nous avons la pression de l’environnement et on peut être obligés de suivre ; on peut aussi refuser ce que l’environnement nous impose et c’est parfois, une question de survie. Si on vous dit que : si vous n’arrêtez pas de fumer, vous allez vous tuer, c’est vrai  mais il reste que c’est à soi seul qu’il appartient d’agir, l‘environnement ne parvient pas seul à déclencher l’action ; c’est pareil pour toutes les addictions, alcool, drogue…

⇒ Créer, c’est faire sans cesse des choses différentes, c’est amener un changement en soi, ça permet de  voir autrement, de sortir du rituel, du répétitif. Dans la création on est obligé d’apporter de la différence, de la nouveauté, on est plus un soi-même figé, on a un nouveau regard, même sur soi.

⇒ Pour soigner les addictions, plus efficace que les proches, il y a des associations qui souvent aident à changer. On n’est pas le meilleur thérapeute de soi-même.

 ⇒ Certains vont changer de comportement, d’attitude ou même de raisonnement sous le fait de la pression des autres, de leurs amis, de leurs parents, de leur patron. Lorsqu’ils pensent qu’ils ont envie de changer en connaissent-ils les causes ?

⇒ Le changement on l’a dit, est toujours en devenir, ça me rappelle une formule électorale
«  Le changement c’est maintenant !»  Et bien, c’est toujours, maintenant, il n’y a qu’à attendre, …
Plus sérieusement, changer pour certains c’est abandonner ses habitudes, sortir de sa routine ; pour eux c’est perturbant, car le rituel peut-être rassurant, jusqu’à constituer un confort existentiel. A l’opposé nous avons des personnes qui ne peuvent vivre que dans le changement perpétuel ; on change sans cesse les meubles de place, on change de lieux de vacances, etc.
Je suis sensible au jugement des autres, cela peut même m’amener à changer, par contre, je me cabre si je sens qu’on veut me mettre sur les rails, et lorsqu’il faut décider je repense parfois à cette formule : « Pour prendre une décision, il faut être un nombre impair de personnes, et trois c’est déjà trop » (Citation attribuée à Clemenceau)
Le contraire de changer, ou de vouloir changer, c’est avoir peur. Je crois que nous sommes dans une société où l’on s’adapte plus qu’on ne change par soi-même. Je crois que la société avec son accélération, ses normes, ses usages, la bien-pensance, fait beaucoup de résignés, de timides, plein de gens qui n’osent changer.

⇒ « Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement »  (Francis Blanche)

⇒ Dans ce sujet, il y a une question quant à la volonté. Est-ce qu’on maîtrise soi-même ses choix, ou est-ce que la bonne volonté ne suffit pas ? Et changer ça peut être parfois pour combler un vide, pour y remédier.

⇒ Nous avons d’un côté la pièce unique qu’on ne peut pas changer, qui ne veut pas changer, et de l’autre côté le besoin de l’autre qui va remettre en cause ce que l’on est ; c’est le mariage et le divorce.

⇒ « Les hommes se trompent lorsqu’ils pensent être libres, et cette opinion consiste en cela qu’ils sont conscients de leurs actions, et ignorants des causes par lesquelles ils sont déterminés » (Kant)

⇒ Lorsque Nietzsche écrit : « Deviens ce que tu es », est-ce une injonction au changement ? Si c’est pour aller à ce que vous êtes déjà, il n’y a rien à faire, il n’y a pas de changement à opérer.

⇒ Dans cette injonction de Nietzsche « Deviens ce que tu es » j’y vois plutôt : osez être vous-même, ne vous mettez pas vos propres contraintes, refusez d’être modelé par votre environnement, allez chercher votre personnalité, découvrez qui vous êtes.

⇒ On ne change pas sur ordre, on change parce qu’on en a envie. Si on me fait une remarque sur ma façon d’être, de me comporter, de parler, et si je me rends compte (souvent a posteriori) que c’est vrai, le changement n’appartient qu’à moi, qu’à ma volonté, sinon on tue le rôle de l’intelligence.

⇒ Est-ce que ce n’est pas que la volonté est toujours au service du désir ?

⇒ Je ne pense pas que je suis une pièce unique, je pense déjà que je suis multiple, parce que je ne me suis pas fait tout seul ; j’entends souvent dans des débats « ma singularité ! », ce terme est bien dans l’air du temps, il va bien avec l’individualisme, (parce que je le vaux bien) cette survalorisation de soi, me gène beaucoup.
Souvent je pense que j’ai changé sans m’en rendre compte, j’ai été influencé bien sûr par mon environnement, j’ai imité des modèles, voire, j’ai changé par simple mimétisme.

⇒ Je pense que nous somme tous uniques ; il n’y a pas deux êtres semblables, ni la même expérience, ni le même vécu. Nous sommes anatomiquement différents. Et on peut penser que parfois on change parce qu’on est sensible aux phénomènes de mode.

⇒ Ne pas vouloir changer, ça peut être ne pas vouloir vieillir, et c’est ce qu’on voit avec la chirurgie esthétique. Pour une femme c’est par exemple : se faire refaire le nez, se faire tirer les peaux, etc, parfois se transformer en « bimbo ». Le changement physique parfois tue la personnalité, les personnes ne se ressemblent plus, on voit « des têtes de grenouilles ».

⇒ Alors, pourquoi faut-il changer ? Je pense qu’il faut parfois changer parce que nous avons perdu des bonnes habitudes, ou changer parce que nous avons pris de moins bonnes habitudes. Il nous faut faire de temps à autre notre examen de conscience. On connaît la formule de Voltaire : même l’égoïste, et surtout lui, veut qu’on l’aime et pour cela il est prêt à faire les efforts pour mériter l’amour, l’affection, l’amitié des autres.
Aujourd’hui nous voyons plein de « petits malins » qui cherchent à exploiter ce besoin chez des individus de se sentir bien dans leur peau, d’être au-dessus de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes, de s’afficher en « battants », en « winners », des personnes qui ont besoin de se créer une personnalité qu’ils n’ont pas.  C’est le créneau du développement personnel. C’est le nouveau créneau des coachs. Êtes-vous « coachés » ? Non ! Alors ! Vous n’exploitez pas toutes vos possibilités, vous avez peut-être une super personnalité à développer.
Je dis ça, mais moi non plus je ne suis pas coaché, je suis réticent et en fait, j’ai peur de rentrer dans un costume qui ne serait pas adapté, de me raconter des histoires, de n’être pas moi, de me trahir peut-être, et puis il faut d’abord en ressentir le besoin. Et, dans ce domaine nous savons que des gens vulnérables se sont fait abuser, et y laissent  beaucoup d’agent en plus des désillusions.
Mais le coaching, ou encore les stages de Training (de formation),  peuvent avoir des effets positifs, amener une meilleure connaissance de soi, ainsi lutter contre ses points faibles, mesurer qu’on a encore des possibilités d’évoluer, une sorte de maïeutique,  aider à combattre une timidité qui vous gêne pour bien prendre ses marques dans un groupe, par exemple pour prendre la parole. La connaissance de soi peut se faire par un spécialiste de l’analyse transactionnelle, ou même une initiation à l’analyse transactionnelle.
Cela peut aider à trouver ou retrouver l’indispensable estime de soi, ce quatrième niveau de l’échelle des besoins dans la pyramide de Maslow.
Des entreprises proposent parfois ce genre de stage. Cela peut amorcer cette analyse de soi et aider à plus de confiance en soi : si je crois dans mes capacités, déjà j’augmente mes capacités.
Si l’on nous montre qu’il est des voies où nous pouvons évoluer plus favorablement, nos prenons consciences de nos possibles, des possibles que nous n’aurions jamais risqués : « Ne donnez pas aux gens le choix, mais la possibilité de choisir. Peu d’entre nous tolèrent le vertige de la pure liberté »  (La Déesse des petites victoires. Yannick Granneck)

⇒ Les mythomanes sur ce thème nous posent problème. Comment définir chez eux, qui décide dans les différentes personnalités ?

⇒ Les événements extérieurs peuvent être le moteur de changement chez les individus, j’en veux comme exemple, que j’ai pu observer, des personnes que des situations X, Y, vont mettre un temps sous les projecteurs de l’actualité, des médias, qui vont passer à la télé, avoir leur photo et des articles dans la presse, devenir personnage public. Pour ces personnes, leur personnalité propre se trouvera de fait être avalée par un personnage qui émerge d’eux, ils se retrouvent avec un nouveau costume, il faut rentrer dans ce nouveau personnage, et ensuite l’assumer. Ce nouveau soi valorisé dans le regard des autres prend peu à peu la place de l’être de base. Mais la notoriété ne dure pas éternellement, et là, retomber dans l’anonymat peut être ressenti  par certaines personnes, un peu  comme une perte de soi-même.
Alors y a t-il parfois, une perte de contrôle, ne serions-nous que le produit de toutes les contingences de notre parcours de vie ?
Où est le moi, que j’aurais déterminé par ma seule et unique volonté ? Aurait-il été meilleur ou pire ?
Je pense que l’adolescent que j’étais aurait été très surpris de se rencontrer dans l’homme de trente ans – de même que cet homme de trente ans serait surpris de rencontrer l’homme que je suis aujourd’hui.
L’écrivain et poète argentin, Jorge Luis Borgès,  écrit : « C’est la porte qui choisit », nous disant par là que nous ne choisissons que dans un petit nombre de chemins que nous offre le hasard d’une vie. On ne prendra jamais tous les chemins que la vie nous offrait.

⇒ On dit que pour certaines choses on ne décide pas, on est déterminés, déterminé par son passé, déterminé par ses goûts, son histoire, ses rencontres. Quand on décide seul de faire  quelque chose, c’est parfois à partir d’une idée  qu’on a oublié avoir entendue. Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des synchronicités.

⇒ (Extrait de : La vie est-elle un roman. Café-philo. 27 09 06). Si ma vie est un roman j’aimerais connaître celui qui a écrit cette histoire… Histoire,  où j’ai parfois l’impression de jouer un rôle que je n’ai pas vraiment choisi; scénario que je découvre chemin faisant, chaque jour. Une question : cette histoire était-elle déjà écrite, ne serais-je que le personnage, jouant un rôle qui m’était défini, suis-je comme Macbeth « une ombre qui passe, un pauvre acteur, qui s’agite et parade une heure sur la scène… » Ou alors, pour être plus positif, et en accord avec l’existentialisme, suis-je l’auteur de ma propre histoire, suis-je réellement « les choix que j’ai faits, le choix absolu de moi », suis-je acteur et auteur de cette histoire ? Je n’ai jamais imaginé que je serais tel ou tel type d’individu, et de fait je suis, je ne suis, que « moi et mes circonstances ».

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Une réponse à Peut-on se changer soi-même?

  1. Chevestrier Robert dit :

    Beaucoup d’interrogations!

    Merci

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