Qu’entendons-nous par spiritualité?

Restituion du débat du 23 novembre 2016 à Chevilly-Larue

Détail de l'œuvre de Puvis de Chavannes. Marie Madeleine au désert de la Beaume. 1869. Städel Muséum. francfort.

Détail de l’œuvre de Puvis de Chavannes. Marie Madeleine au désert de la Beaume. 1869. Städel Muséum. Francfort

Animateurs: Edith Deléage-Perstunski, philosophe. Guy Pannetier. Danielle Vautrin
Modératrice: France Laruelle
Introduction: Guy Pannetier

Introduction : Je laisse pour le débat les approches étymologiques de « spiritualité », je n’en ai retenu une seule : « découle du mot latin « spritus »/esprit ».
Le désir d’étudier ce thème fut suscité d’abord par une relecture récente de l’œuvre de Jean Giono : « Regain »
Puis ensuite la lecture d’un ouvrage de Michel Onfray : « Cosmos »
Et, enfin, c’est une réplique du chanteur Abd el Malik, dans le film : « Qu’Allah bénisse la France » où, il dit : « La philosophie est un exercice spirituel »
Dans le domaine des idées, terrain de chasse privilégié des philosophes, la spiritualité échappe à l’analyse scientifique, et au concept bien défini. Elle se trouve au-delà de la physique, soit métaphysique.
Qui que nous soyons, nous ne pouvons échapper à la spiritualité, c’est-à-dire : une quête de ce qui est au-delà des besoins immédiats, des nécessités et besoins terrestres.
Pour certains cela passe par la religion, ou encore par les sectes, pour d’autres se sera une démarche individuelle, non pour autant dépourvue du lien avec les autres, non individualiste, ce que l’on nomme aussi « spiritualité laïque ».
Cette dernière peut se traduire dans l’humanisme, elle peut se traduire dans un désir de partage, ce sentiment de faire partie d’un tout, ce que Romain Rolland nommait « un sentiment océanique ».
Cette forme de spiritualité laïque est également bien définie par les textes hindous des Védas, quelque chose qui peut être un sentiment d’appartenance à entité suprême, à l’universel, à la fois unité et pluralité, d’appartenance à un tout : « chaque être est en toi, et tu est en chaque être » nous dit ce texte hindou des Upanishad.
Mais ce sentiment de communauté des hommes, de destin lié, ne peut se faire nous disent les mêmes textes que si nous savons nous écarter, un tant soit peu de notre individuation ; cela peut être une profonde réflexion philosophique, recherche personnelle hors de tout dogme, tel le yoga, qui est qualifié aussi « destruction du moi » ; c’est-à-dire : (je cite) : « je suis une source et je suis l’océan, et chaque être est une partie de moi ».
C’est là un propos qui n’est en rien religieux, il rappelle que la spiritualité n’est pas un terrain réservé aux religions ou aux sectes. Nul ne peut s’approprier le terme spiritualité ; on peut atteindre des dimensions spirituelles avec pour seul guide le cœur et la raison. La spiritualité n’a nul besoin d’un catéchisme.
La spiritualité elle ne se convoque pas, elle s’éprouve
Le prêtre Patrice Gourier, un psychologue clinicien, écrivait: « L’aspiration spirituelle est présente en chacun de nous, son expression prend des formes variées, mais la petite flamme est là »
Il ne manquera pas de personne pour me dire : mais alors ! votre spiritualité, votre petite flamme, c’est un besoin de Dieu ? Si Dieu est un besoin, alors cela réduit la foi à peu de chose. Non, le questionnement métaphysique existe sans cette nécessité d’un dieu. Dire cela, ce serait dire que la foi n’est seulement qu’un besoin, ce qui serait désobligeant à l’égard de ceux qui ont une foi, et qui peuvent grâce à leur foi, connaître des moments de spiritualité intenses.
Et si j’ose ce jeu de mots, pour essayer d’être « spirituel », je dirais: la spiritualité laïque, n’est pas une crise de foi !
Le questionnement, l’étonnement, voire la stupéfaction, devant un monde si extraordinaire, si complexe, si beau, si impressionnant, n’est en rien une recherche absolue de réponse ; recherche d’une quelconque réponse par des forces extraterrestres, par un ordre divin quelconque, non ! ce n’est que de l’étonnement pur, de l’admiration pure ! Un moment de plénitude. Un moment de sérénité, un moment où rien ne vous manque, c’est un moment de transcendance dans l’immanence. Osons le dire, une certaine approche du sublime.
Les personnes ayant vécus certains moments intenses de spiritualité, nous disent que ce fut pour eux comme une impression de suspension du temps, comme un moment d’éternité. Moments nous dirait Spinoza, où : « Nous sentons et expérimentons que nous sommes éternels », moments d’éternité dans une vie intérieure, ici, et maintenant ; toutes sortes d’instants particuliers, où tout à coup le cœur bat plus vite, le pouls s’accélère, et où parfois, on a la chair de poule.
Cela peut être, comme une communion entre l’homme la nature, l’homme et l’univers.
Et la fourmi que je suis, a besoin de sentir en lien avec tous les autres, un besoin d’être relié aux autres ; relié au sens strict, sans croyance en prime, puisque qu’on me dira que la religion vient du mot relier. Dans ce lien spirituel laïque et humaniste, par instants le « moi » se fond dans « un nous ».
Alors on pourra me dire, que c’est aussi, une réponse à ce discours de la postmodernité ; expression (plus rattachée à une ère industrielle qu’à une l’ère numérique dans laquelle nous sommes entrés de plain pied) post modernité qui à a fait le bonheur des années 80 /90 et qui nous disait que nous serions perdus parce que « Dieu est mort » parce que nous n’avons plus de grands récits, comme si les religions et les grands récits avaient à coup sûr fait le bonheur des peuples. L’énumération des faits serait superflue.
Aujourd’hui, des personnes, mêmes accrocs aux nouvelles technologies, qu’on pourrait cataloguer de matérialistes, des non croyantes vont faire des retraites dans des couvents, elles y séjournent pour faire le point avec elles-mêmes. D’autres vont faire le chemin de Compostelle, ceci en dehors de l’agitation du monde, cela peut être pour eux un moment de spiritualité. Dans son ouvrage « Cosmos » Michel Onfray met cette phrase de Nietzsche en exergue : « Aller par delà moi-même…éprouver d’une manière cosmique »
Et c’est aussi ce que j’avais découvert, je dirai ressenti, avec l’œuvre de Giono : « Regain », où son héros Panturle a un rapport viscéral avec la terre, ce qui est un véritable panthéisme. Il y a là, tous les symboles : de la terre, du blé, du pain, de l’amour de la femme pour ensemencer la terre, il y a cette perpétuelle communion avec la Nature. Là aussi une spiritualité cosmique.
Qui de nous en dehors de tout sentiment religieux ne s’est interrogé sur les mystères de ce monde, ce mystère abyssal de la vie, de l’existence, ces « pourquoi » de l’enfance qui, quoi qu’on n’y fasse pour beaucoup, nous poursuivent. Ces grands « pourquoi » pour lesquels nous n’avons pas de réponse, qui, pour les non croyants, nous satisfasse.
Il y a une demande de spiritualité chez les agnostiques comme chez les athées. Cela peut même amener à des choses paradoxales ; ainsi en 2015 s’est créé à Londres, « une Eglise athée » (oxymore). Certains nous diront qu’ils sont en train de créer par là, une religion, proche d’une religion laïque (nouvelle oxymore) prônée par Auguste Comte.
Je pense plutôt que les hommes ont besoin de rituel, besoin de lien, lien qu’ils ne savent établir dans la société qui développe, plus, une altérité virtuelle.
Ce spirituel et les rituels sont une piste de réflexion dans ce domaine
Les hommes, disais-je, trouvent leurs voies spirituelles, par divers moyens, le plus connu étant les religions, puis les sectes, et divers mouvements ésotériques.
C’est aussi une démarche dont se réclame des francs maçons, d’une recherche de voie spirituelle, une quête spirituelle adogmatique. Si vous êtes conviés à une réunion maçonnique, le rituel, tout le symbolique, ressemble à s’y méprendre à une cérémonie, et le sentiment est fort que ceux qui y participent sont dans cette forme de spiritualité : « une spiritualité fraternelle »
Dans un autre domaine, lorsque vous allez sur Google, et que vous saisissez « spiritualité », vous allez atterrir, après les premières pages occupées par les religions, sur tout un tas de sites des plus curieux, ce sera des sectes, des gourous, des guérisseurs, des chamans, des marabouts, des magiciens de méditation, du new âge, etc.., vous trouverez des sites liés au Yoga, des multiples recettes; le plus souvent du simple business.
« Les spiritualités », disait Régis Debray lors d’une de ses conférences l’été dernier sur France culture (Qu’est-ce qu’une religion ?)  » elles ont le vent en poupe. Elles sont mises au service de l’ego, et rebaptisées méthodes de développement personnel. Les spiritualités ça a un avantage, ça n’exige pas de discipline de groupe et d’éducation préalable, et le consumérisme ambiant peut en faire ses choux gras, avec « vade mecum », stages et séminaires, qui engorgent le marché du bonheur, les recettes pour être bien dans sa peau, au bouddhisme, aux méditations, aux stages bio énergétiques »
Dans ce même ordre d’idée, nous entendons de plus en plus parler de méditation, en tant qu’exercice spirituel, ainsi des pubs dans le métro pour vous inviter : « Méditer chaque jour » c’est la pub pour le livre du même nom.
La méditation, la spiritualité en kit, avec tous ses sites accrocheurs sur la Toile, abritent un certain nombre de charlatans prêts à abuser de la bonne foi, de personne à la recherche d’une complétude de soi. Tous ces exercices de méditation utilisent les termes : d’état modifié de conscience – de réalisation de son identité spirituelle – d’éloignement de soi – absence de soi – de développement de soi, etc..
Enfin, comme il y a peu de belles idées non dévoyées, je me demande si la spiritualité n’a trouvé son faux ami qui la pastiche, le spiritisme ?
Je laisse aussi cette question pour le débat
Je ne retiens pas les termes utilisés souvent dans ce domaine qui sont : ontologie naturaliste ou monisme, car je suis plus enclin à penser que la spiritualité est purement, ou d’abord ( à mon sens) du ressenti et ne cherche à être un système, ou, vouloir expliquer ce monde. Ne cherchons pas à attraper l’inaccessible étoile, ce qui ne nous empêche pas d’admirer les étoiles, l’univers.
Et puis, j’ajouterai, que, comme nous l’a dit le chanteur Adb el Malik, si  : « La philosophie est un exercice spirituel », alors partageons cette quête

DébatDébat : ⇒Longtemps j’ai assimilé spiritualité à la religion, donc, je ne pensais pas pouvoir être dans une spiritualité. Avec les temps deux valeurs sont venus développer une spiritualité chez moi, c’est l’humanisme, et la laïcité.

⇒ D’après le « Vocabulaire technique et critique de la philosophie », de Lalande, « La spiritualité est le caractère de ce qui est spirituel et non matériel »: ce qui relève de l’esprit que l’on oppose à la matière. Nous sommes alors dans une façon de penser dualiste. L’Etre se divise en deux ; il y a les étants, choses matérielles et les étants, ou choses de l’esprit. C’est aussi ce qui est impliqué par l’expression: il a de l’esprit, il n’est pas grossier; il ne se complait pas à ce qui est matériel. Avec, implicitement l’idée que le monde matériel est en bas alors que le spirituel est en haut. On retrouve cette opposition de valeur dans la forme de penser chrétienne : l’opposition entre la chair et l’esprit. Pour Voltaire, au 18ème siècle : « nous savons que l’âme est spirituelle. Les anges sont des substances spirituelles ». C’est un terme de dévotion: le spirituel regarde la conduite de l’âme: la vie spirituelle, l’habitude de la méditation ou la contemplation par opposition à ce qui est sensuel, charnel, corporel. Autrefois un concert spirituel, c’était un concert que l’on donnait un des jours de la semaine sainte ; aujourd’hui c’est un concert où l’on exécute une musique d’un caractère religieux.
Il y a aussi les médecins spirituels, les pères spirituels, les guides spirituels, les confesseurs : ceux qui proposent une lecture spirituelle ou des exercices spirituels. En ce qui concerne la religion, le pouvoir spirituel, c’est celui de l’Eglise, par opposition au pouvoir temporel. En parlant de l’interprétation des livres dits révélés, le spirituel s’oppose à littéral et se dit du sens allégorique : les prophéties ont un sens caché et spirituel. Notre langue française est évidemment très marquée par la religion chrétienne dominante jusqu’à aujourd’hui. Et le dictionnaire « Robert historique de la langue française du 20ème siècle » souligne que l’évolution du mot spiritualité (à partir du 13ème siècle) est empruntée au dérivé bas latin spiritualitas (immatérialité) et suit celle du mot spirituel qui désigne d’abord le caractère de ce qui est considéré dans son existence religieuse surnaturelle (spiritualité de Dieu et de l’âme). Réemprunté en philosophie à partir du 16ème siècle, il signifie « caractère opposé à la matérialité » et jusqu’à la fin du 18ème siècle au sens de « caractère ontologique de l’esprit », par opposition aux corps naturels. Attesté seulement au 20ème siècle (par l’Académie en 1935). comme « l’ensemble des principes qui règlent la vie spirituelle d’une personne ou d’un groupe ».
C’est de cela je pense, que Guy souhaite que l’on discute. Et cela m’a poussé à réfléchir aux principes et aux valeurs enseignées par l’école publique hier et aujourd’hui. Quelle est la spiritualité transmise par l’école républicaine ? Ce sera ma première contribution à la question posée.
Dans sa Lettre aux instituteurs du17 novembre 1883, Jules Ferry, alors Président du Conseil , Ministre de l’instruction publique et des arts, écrit : « L’instruction religieuse appartient à la famille et à l’Eglise, l’instruction morale à l’Ecole […]».: pour Jules Ferry , l’enseignement de la morale appartient à l’Ecole (non par ‘’défaut’’, parce que les familles seraient défaillantes, comme on l’entend souvent aujourd’hui) mais , dit-il , « parce que c’est son rôle éminent et un honneur pour les enseignants… … que les enfants rapportent de votre classe de meilleures habitudes, des manières plus douces et plus respectueuses, plus de droiture, plus d’obéissance, plus de goût pour le travail, plus de soumission au devoir, enfin tous les signes d’une incessante amélioration morale, alors la cause de l’école laïque sera gagnée… ».
Avec les lois Ferry de 1881 et de 1882, l’instruction primaire est obligatoire pour les garçons et les filles âgés de 6 à 13 an.
En 1959, le plan Berthoin prolonge la scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans. Elle avait déjà été portée à 14 ans par la loi Jean Zay du 9 février 1936
En octobre 2012, Vincent Peillon a nommé trois personnalités pour conduire une mission de réflexion sur l’enseignement de la morale laïque de l’école primaire au lycée. Un enseignement laïc de la morale pour tous les élèves dès la rentrée 2015. L’enseignement laïque de la morale vise, en développant une morale commune et la capacité de jugement de chacun, une appropriation libre et éclairée par les élèves des valeurs qui fondent la République et la démocratie. Préparé en relation avec le conseil supérieur des programmes, cet enseignement doit pouvoir être assuré par tout enseignant.
Rentrée 2013 : Un module de formation à l’enseignement de la laïcité et des valeurs républicaines sera dispensé dans les écoles supérieures du professorat et de l’éducation Rentrée 2014 : Ouverture dans les ESPE d’un deuxième module de formation à l’enseignement de la morale. Rentrée 2015 des horaires dédiés à l’enseignement de la morale laïque sont mis en œuvre une heure par semaine à l’école et au collège.
De quoi s’agit-il ? A quelle spiritualité éduque-t-on à l’Ecole ? de Jules Ferry (1883) à nos jours. Eduquer à la citoyenneté, à la démocratie, à la laïcité, aux droits de l’homme, à la responsabilité envers l’environnement. Liberté, égalité, fraternité.
Les deux candidats de droite à l’élection présidentielle (Alain Juppé et François Fillon) disent dans leurs discours, que l’éducation est une priorité, parce qu’elle insuffle une spiritualité à nos enfants déboussolés, en manque d’idéaux, et dont certains deviennent des « sauvageons » meurtriers.

⇒ Pour moi la spiritualité fait qu’on s’interroge sur sa vie. C’est vrai que la question de nos origines, de notre nature profonde, et bien ! les hommes ont créé des institutions pour répondre à ces questions. Déjà les Eglises, mais ce n’est pas tout, on a la laïcité qui est comme une forme d’Eglise, l’Eglise de ceux qui ne veulent pas prier.

⇒ Quand dans son enfance on a été pétrie de religion, et bien, elle revient, elle m’emplit, si on veut me l’enlever je me sentirai vide, cela devient culturel. Ce qui ne m’empêchera de trouver de grands moments de spiritualité, comme dans un concert de Mozart.

⇒ Pour moi la spiritualité c’est l’esprit qui doit dominer tout ce qui est matériel ; parce que j’ai eu un métier (j’ai travaillé en génétique) où, à la limite on peut faire des erreurs quand on analyse un peu les choses, on voit la dérive matérialiste. Pour moi la spiritualité, ça n’a pas la religion pour référence. La première chose que je vois dans l’homme, dans l’organisation de l’humanité, c’est d’abord : acquérir l’esprit critique, les connaissances.

⇒ La spiritualité n’est ni la question du vrai, ni la question du faux, mais celle du sens des choses. La spiritualité touche à la mort, le but de la vie, ou son but (sa fin). La mort est-elle un terme, ou un recommencement ?
Le corps touche à la spiritualité, Est-il un tombeau, ou est-il ce qu’il y a de plus réel, de plus vrai ?
L’amour touche à la spiritualité, lorsqu’il échappe à la passion, ou la sentimentalité, qu’il n’est qu’admiration de Dieu, et acceptation joyeuse de tout.
La nature touche à la spiritualité, c’est elle et non Dieu que Pascal décrit comme une sphère infinie, « dont le centre est partout, et la circonférence nulle part ». Donc pour moi la spiritualité c’est la recherche de cet autre chose.

⇒ Je veux faire une opposition entre spiritualité et métaphysique. Initialement la spiritualité s’oppose au réalisme ; c’est un état qui dit la seule réalité qui existe, c’est que je suis dans ce monde, c’est la seule spiritualité qui existe ; je suis le monde, et je suis dans le monde. Et la métaphysique, elle, elle cherche les causes premières. Ça a commencé avec les grands poètes, les aèdes, les mythes grecs…

⇒ On parle de spiritualité comme si c’était nouveau ; nous avons même des candidats aux prochaines élections qui se réclament du pape. Pour moi la spiritualité ça n’a rien à voir avec la religion. La spiritualité c’est une vertu prodigieuse qui permet à l’homme de réfléchir sur sa vie, avec ce prodige qu’est la pensée ; « je pense donc je suis », elle fait de l’homme son propre miroir. Je suis un être contemplatif, je peux passer, une heure, deux heures, devant un paysage, et ce moment me transcende, c’est un moment de bonheur, la spiritualité, ça grandi l’homme.

⇒ La spiritualité a toujours existé, existé même avant le mot pour la nommer, elle fut déjà chez les premiers hommes. On a trouvé en Afrique du sud des gravures pariétales, symboles de spiritualité, datant de 70.000 ans avant notre ère. La spiritualité a précédé les religions, animisme, paganisme, ou panthéisme, et les religions qui suivirent ne furent qu’une des réponse à cette quête première de spiritualité
La spiritualité est, et fut, une expérience, un état accessible tout autant « à celui qui croyait », comme « à celui qui ne croyait pas »
Donc nous pouvons évoquer une spiritualité laïque, laquelle se trouve dans un humanisme transcendant où l’autre, tous les autres sont, comme moi, la partie d’un tout, « un tout plus grand que la somme des parties », un univers auquel j’appartiendrais au-delà de moi-même, dans ce tout qu’est l’humanité. Une appartenance au-delà de mon temps. Au-delà de mon temps de vie, je serai dans les strates de cette coulée de vie, depuis le premier homme, depuis la première femme.
Alors, pour paraphraser Malraux, (enfin l’expression qu’on lui attribue) je pose la question : le 21ème siècle sera-t-il spirituel, ou pas ? Un certain matérialisme, au sens courant du terme, qui découle de l’avidité, du profit, de l’apparence, donne le sentiment qu’on coupe l’individu de son lien humaniste, ce qui ressenti comme une destruction de son Être spirituel, ce qui alors, pourrait laisser place au retour du religieux fondamentaliste, des sectes, ou autres ersatz de spiritualité; «… l’avenir de l’humanité » écrit Natacha Polony, dans son livre : « Nous sommes tous la France », « passera demain non pas seulement par la résolution de la crise financière, mais de façon bien plus essentielle par la résolution de la crise spirituelle sans précédent qui traverse notre humanité toute entière »
Et je reviens sur la spiritualité et le business, la spiritualité, nouveau « produit », ou quand la spiritualité est galvaudée.
Les pages sur la spiritualité dans de nouveaux magazines de psychologie dopent les ventes.
Les voyagistes occupent ce créneau, et on vous vent la spiritualité « clefs en mains », des voyages « terres nouvelles de spiritualité » (sur des bateaux îles flottantes on vous emmènent voir les pans de la banquise qui tombent dans la mer » « C’est sublime ! »
On trouve des voyages, « communiez avec la nature » (tiens revoilà la communion)
Dans ce même ordre d’idée, le « Guide des monastères » Editions Horay) est devenu un best seller.

⇒ La spiritualité c’est une lecture de la vie, c’est la quatrième lecture; parce qu’on peut faire une première lecture matérielle. On peut faire une deuxième lecture affective, jusque là, ça va. On peut faire une troisième lecture intellectuelle. Et la dernière et 4ème lecture est la lecture spirituelle, immatérielle, laquelle ne peut rentrer dans les trois autres, elle est beaucoup plus symbolique. Le spirituel est dans la symbolisation, symbolisation par les mots, par les images, les histoires…

⇒ Quand on vit un moment de spiritualité, est-ce qu’on en est conscient à ce moment là ? ou est-ce qu’on a conscience ensuite d’un moment de grâce, d’une extase mystique. La spiritualité peut être un partage dans un groupe, et pas seulement une expérience personnelle.

⇒ Dans ces moments de spiritualité on est dans une élévation de l’être, on est au-delà de son quotidien, et la liturgie catholique nous dit qu’elle nous permet de sortir du « grand ordinaire », ce quelque chose qui est du côté de la fête de l’esprit.

⇒ Je pense effectivement que la spiritualité est recherche de sens. Et la question que je me pose, est à quelle spiritualité l’école éduque t-elle ? Si on peut se poser la question sur le rôle de la famille, comme le rôle de l’école dans la formation de l’individu. Et ma question est dans notre 21ème siècle quelle spiritualité allons-nous connaître ?
Abdenour Bidar, philosophe, musulman, a consacré sa thèse de doctorat au développement d’une « pédagogie de l’individuation » ou du « devenir-sujet ». De septembre 2012 à juin 2013, il a produit et animé l’émission de débat sur le thème du vivre ensemble et de l’identité –« Cause commune, tu m’intéresses » le dimanche de 16h à 17h sur France Inter. Je le cite (in Télérama d’octobre 2016). « Il y a actuellement le désir de sortir de la période noire de division et de conflit dans laquelle nous sommes. Une période où tous les replis sur soi et toutes les défiances envers l’autre sont attisés en permanence. Il faut une réaction collective et, surtout, une direction vers laquelle se tourner. Or, il y a dans la devise républicaine une grande oubliée que nous n’avons jamais osé transformer en projet politique : la fraternité….. La notion de fraternité dispose d’une vertu et d’une efficacité politique et humaine : elle parle à tout le monde »
À travers chacun de ses ouvrages Abdenour Bidar tente d’approfondir progressivement sa vision de ce que pourrait être « une vie spirituelle pour le XXIe siècle ». Il la cherche du côté d’une évolution de l’homme hors de ses limites anciennes de « créature » et de « finitude ». Il propose que nous cultivions une grande image de nous-mêmes comme Humanité Créatrice formée de créateurs humains successeurs des créateurs divins – qui étaient l’image anticipée de notre propre évolution. Une telle direction spirituelle permettrait à l’homme contemporain d’échapper à la tentation de revenir vers les religions du passé, et lui permettrait aussi de ne pas sombrer dans le vide existentiel d’une vie sans signification supérieure. Enfin, une telle perspective serait en phase avec ce qui nous arrive à travers le bond prodigieux de nos pouvoirs technologiques et de nos savoirs scientifiques : nous trouverions là une élévation de notre degré de conscience qui aille de pair avec ce saut en avant de notre puissance d’agir matérielle, c’est-à-dire qui l’oriente vers une finalité spirituelle dont cette surpuissance manque encore tragiquement.

⇒ Chacun nous met quelque chose à soi dans cette notion de spiritualité. La spiritualité c’est l’approche de tous les problèmes liés à l’humain, toute notre différence avec les animaux, même les plus développés. La spiritualité conserve toujours une base matérielle dans le sens que cela change si l’on est d’une société où domine telle religion, cela change en fonction du continent où l’on vit. Elle peut avoir aussi un lien avec la politique, car cela peut être défendre les idées, l’idéal que l’esprit a choisi, comme valeur noble, comme fraternité, comme amour du prochain.

⇒ La finalité de la spiritualité c’est l’action, cela doit permettre d’aller au-delà de la seule contemplation ; oui ! d’amener à se changer soi-même. Se poser la question est-on en adéquation avec soi-même ? avec Dieu ? quelque chose plus fort que nous ? ou alors avec ce collectif ? de ce moi-même dans les autres.
Je ressens plus une spiritualité avec mes semblables, une spiritualité « non religieuse » je n’emploie pas l’expression de « spiritualité laïque »

⇒ L’homme est un être rituel, dans les actes rituels de la vie, les grands passages de la vie, il lui faut des cérémonies qui s’accompagnent de spirituel pour ces instants, ces passages, pour qu’ils ne soient pas, un des moments ordinaires de leur vie. Je pense aux divers rites d’entrée dans le monde, rites de passage à l’âge adulte, aux mariages, aux enterrements. Le mariage (par exemple) double l’union terrestre d’une union spirituelle.
Une spiritualité qu’on retrouve aussi dans des danses rituelles, quand les hommes et les femmes les mains sur les épaules dansent en rond. Je pense par exemple à « la ronde de Matisse » où de suite je vois de la spiritualité.
J’ai le souvenir d’un moment de spiritualité. Dans une exposition au Grand Palais « Autour du siècle Rubens », était exposé, un « madone ». Sur la joue de la « Madone » une larme, chaque spectateur s’arrêtait devant cette toile, et tous étaient tentés d’essuyer cette larme, tant on pouvait penser qu’elle allait tomber d’un instant à l’autre. Dans cette larme qui accrochait l’essentiel de la lumière dans l’œuvre, se trouvait toute l’âme de cette toile, s’y trouvait tous les regards de ceux qui avaient admiré ce tableau ; c’est le miroir inversé ! C’est l’expérience que Kant nomme « esthétique transcendantale », c’est une émotion esthétique, transcendantale, un moment de spiritualité ;

⇒ La spiritualité touche à l’universel, et nous permet de sortir de notre seule identité, de nos singularités. Je ne pense pas que toutes les émotions esthétiques soient des moments de spiritualité.

⇒ Je crois que la source de la spiritualité est aussi dans l’émotion, et oui ; bien sûr l’art peut créer ces émotions. La spiritualité on l’a dit grandi l’homme, et s’il grandi tout le monde en profite. C’est une spiritualité fraternelle, un lien entre les hommes.

⇒ Je reviens aux danses ou l’on se tient par la main, est-ce que cela crée de la spiritualité, je ne sais pas vraiment, mais la spiritualité c’est « quand il se passe quelque chose » !

Œuvres citées.

Livres

Regain. Jean Giono. Collection Cahiers rouges.1930.
Disponible à la médiathèque de Chevilly-Larue
Cosmos. Michel Onfray. Livre de poche. 2015.
Nous sommes la France. Natacha Polony. Plon 2015.
Guide des monastères. Editions Horay

Document
Lettre aux instituteurs. Jules Ferry. 1883.

Emissions
France culture : Qu’est-ce qu’une religion/Régis debray. Juillet 2016
France Inter. Cause commune, tu m’intéresses » 2012/2013

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