Voltaire, figure centrale des Lumières

             Restitution du débat du 29 avril 2017 à Chevilly-Larue

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Atelier de Nicolas de Largillière. Portrait de Voltaire, Détail.
Musée Carnavalet

 

Animateurs:
Edith Deléage-Perstunski, philosophe. Guy Pannetier. Danielle Pommier Vautrin

Modérateur : Hervé Donjon

Biographie, 1ère partie (Danielle) : 1ère partie :

De Arouet à Voltaire : Filiation, études, jeunesse et Angleterre.
Voltaire est né officiellement le 21 novembre 1694 à Paris et a été baptisé le lendemain. Il est le deuxième fils de François Arouet, notaire, marié avec Marie-Marguerite Daumart, fille d’un greffier criminel au Parlement qui lui donne cinq enfants (dont trois atteignent l’âge adulte). Voltaire perd sa mère à l’âge de sept ans. Il a comme frère aîné, Armand Arouet, avocat au Parlement, très engagée dans le jansénisme. Sa sœur, Marie Arouet, seule personne de sa famille qui ait inspiré de l’affection à Voltaire, épousera Pierre François Mignot, et elle sera la mère de l’abbé Mignot, qui jouera un rôle à la mort de Voltaire, et de Marie-Louise la future « Madame Denis », qui partagera une partie de la vie de l’écrivain. Cependant, Voltaire a plusieurs fois affirmé qu’il était né le 20 février 1694 à  Châtenay-Malabry  Il a contesté aussi sa filiation paternelle, persuadé que son vrai père était un certain Roquebrune. Voltaire prétendait que l’honneur de sa mère consistait à avoir préféré un homme d’esprit, à son père, le notaire Arouet, car Arouet était, selon Voltaire, un homme très commun. Aucune certitude n’existe sinon que l’idée d’une naissance illégitime et d’un lien de sang avec la noblesse d’épée ne déplaisait pas à Voltaire.

Du côté paternel, les Arouet sont originaires d’un petit village du nord du Poitou, où ils exercent une activité de marchands tanneurs. Le premier Arouet à quitter sa province s’installe à Paris en 1625 où il ouvre une boutique de marchand de draps et de soie. Il épouse la fille d’un riche marchand drapier et s’enrichit suffisamment pour acheter en 1675 pour son fils, François, le père de Voltaire, une charge anoblissante de notaire au Châtelet, lui assurant l’accès à la petite noblesse de robe. Le père de Voltaire, travailleur austère et probe, aux relations importantes, arrondit encore la fortune familiale.

Études chez les Jésuites:
À la différence de son frère aîné chez les jansénistes, François-Marie entre à dix ans comme interne au collège Louis-le-Grand chez les Jésuites . Le plus cher de la capitale, ce serait aussi l’établissement le mieux fréquenté et François-Marie y reste sept ans. Les jésuites enseignent le latin et la rhétorique, mais veulent avant tout former des hommes du monde et initient leurs élèves aux arts de société : joutes oratoires, plaidoyers,, concours de versification, et théâtre. Un spectacle, le plus souvent en latin et d’où sont par principe exclues les scènes d’amour, et où les rôles de femmes sont joués par des hommes, est donné chaque fin d’année lors la distribution des prix.
Arouet est un élève brillant, vite célèbre par sa facilité à versifier. Il apprend au collège Louis-le-Grand à s’adresser d’égal à égal aux fils de puissants personnages. Le tout jeune Arouet tisse de précieux liens d’amitié, très utiles toute sa vie : entre bien d’autres, les frères d’Argenson, René-louis et Marc Pierre, futurs ministres de Louis XV et le futur duc de Richelieu. Bien que très critique en ce qui concerne la religion en général, il garde toute sa vie une grande vénération pour son professeur jésuite Charles Porée.

Débuts comme homme de lettres et premières provocations
 :

Arouet quitte le collège en 1711 à dix-sept ans et annonce à son père qu’il veut être homme de lettres. Devant l’opposition paternelle, il s’inscrit à l’école de droit et fréquente la société du Temple, qui réunit, dans l’hôtel de Philippe de Vendôme, des membres de la haute noblesse et des poètes (dont Chaulieu), épicuriens lettrés connus pour leur esprit, leur libertinage let leur scepticisme. L’Abbé de Châteauneuf, son parrain, qui y avait ses habitudes, l’avait présenté dès 1708. Il va y apprendre à faire des vers « légers, rapides, piquants, nourris de références antiques, libres de ton jusqu’à la grivoiserie, plaisantant sans retenue sur la religion et la monarchie».
Son père l’éloigne un moment en l’envoyant à Caen, puis en le confiant au frère de son parrain, qui vient d’être nommé ambassadeur à La Haye et accepte d’en faire là-bas son secrétaire privé. Mais son éloignement ne dure pas. À Noël 1713, il est de retour, chassé de son poste et des Pays-Bas pour cause de relations tapageuses avec une demoiselle. Furieux, son père finit par le placer dans l’étude d’un magistrat parisien. Il est sauvé par un ancien client d’Arouet père, lettré et fort riche, M. de Caumartin marquis de Saint-Ange, qui le convainc de lui confier son fils pour tester le talent poétique du jeune rebelle.
En 1715, alors que débute la Régence , Arouet a 21 ans. Il est si brillant et si amusant que la haute société se dispute sa présence. Il aurait pu devenir l’ami du Régent  mais se retrouve dans le camp de ses ennemis. Invité au château de Sceaux  centre d’opposition le plus actif au nouveau pouvoir, où la duchesse du Maine, mariée au duc du Maine  bâtard légitimé de Louis XIV, tient une cour brillante, il ne peut s’empêcher de faire des vers injurieux sur les relations amoureuses du Régent et de sa fille, la duchesse de Berry  qui vient d’accoucher clandestinement.
Le 4 mai 1716, il est exilé à Tulle. Son père use de son influence auprès de ses anciens clients pour fléchir le Régent qui remplace Tulle par Sully-sur-Loire, où Arouet fils s’installe dans le château du jeune duc de Sully. À l’approche de l’hiver, il sollicite et obtient la grâce du Régent. Le jeune Arouet alors recommence sa vie turbulente à Saint-Ange et à Sceaux, profitant de l’hospitalité et du confort de leurs châteaux. Mais il récidive. S’étant lié d’amitié avec un certain Beauregard, en réalité un indicateur de la police, il lui confie être l’auteur de nouveaux vers satiriques contre le Régent et sa fille. Le 16 mai 1717, il est envoyé à la Bastille par lettre de cachetl. Arouet a alors 23 ans et restera embastillé durant onze mois.

Premiers succès littéraires et retour à la Bastille (1718-1726)
Voltaire devient célèbre à 24 ans grâce au succès de sa tragédie Œdipe (1718).
À sa première sortie de la prison de la Bastille, conscient d’avoir jusque-là gaspillé son temps et son talent, il veut donner un nouveau cours à sa vie, et devenir célèbre dans les genres les plus nobles de la littérature de son époque : la tragédie et la  poésie épique.
Pour rompre avec son passé, afin d’effacer un patronyme aux consonances vulgaires et équivoques, il se crée un nom euphonique : Voltaire. On ne sait pas comment il a élaboré ce  pseudonyme. De nombreuses hypothèses ont été avancées : inversion des syllabes de la petite ville d’Airvault  (proche du village dont est originaire la famille Arouet), anagramme d’Arouet l.j. (le jeune) ou référence à un personnage de théâtre nommé Voltaire.
Le 18 novembre 1718, sa première pièce écrite sous le pseudonyme de Voltaire, Oedipe, obtient un immense succès. Le public, qui voit en lui un nouveau Racine, aime ses vers en forme de maximes  et ses allusions impertinentes au roi défunt et à la religion. Ses talents de poète mondain triomphent dans les salons et les châteaux. Il devient l’intime des Villars  qui le reçoivent dans leur château de Vaux c, et l’amant de Madame de Bernières, épouse du président à mortier  du parlement de Rouen.
En janvier 1726, il subit une humiliation qui va le marquer toute sa vie. Le chevalier de Rohan-Chabot,  jeune gentilhomme arrogant, appartenant à l’une des plus illustres familles du royaume, l’apostrophe à la Comédie-Française: « Monsieur de Voltaire, Monsieur Arouet, comment vous appelez-vous ? » Voltaire réplique : « Voltaire ! Je commence mon nom et vous finissez le vôtre ». Quelques jours plus tard, dans la rue, il est frappé à coups de gourdin par les laquais du chevalier. Blessé et humilié, Voltaire veut obtenir réparation, mais aucun de ses amis aristocrates ne prend son parti. Le prince de Conti , écrit sur l’incident que les coups de bâtons « ont été bien reçus mais mal donnés ». Les Rohan obtiennent que l’on procède à l’arrestation de Voltaire, qui est conduit à la Bastille  le 17 avril. Il n’est libéré, deux semaines plus tard, qu’à la condition qu’il s’exile.

Contexte politique et social (Guy) :

Après 64 ans de règne rigoureux de Louis XIV, et l’ère d’austérité et de dévotion due à l’épouse morganatique du roi, Madame de Maintenon, la régence de Philippe d’Orléans moins sévère, laisse place à une société qui cherche à s’émanciper. Les arguments d’autorité de l’Eglise, même dans les salons où l’on disserte, ne sont plus intouchables, les nouvelles idées des philosophes se répandent, depuis les salons, jusqu’au peuple, à la bourgeoisie et, de plus en plus dans une certaine noblesse.
Cette libéralisation sociale s’accompagne de plus de liberté d’esprit, et une partie du peuple est à l’écoute de tous les nouveaux intellectuels, de toutes les nouvelles idées. C’est dans la continuité du siècle précédent toujours des découvertes, des découvertes qui font aussi tomber nombre de certitudes.  Dans les domaines de la science, de l’industrie, c’est la machine à vapeur et ses applications industrielles, c’est l’époque de Benjamin Franklin, de Lavoisier, de Newton…
Si les structures sociales bougent, les structures économiques bougent aussi ; la noblesse, comme une partie du clergé ne répugnent pas aux affaires, à la spéculation, ces derniers voient que leur intérêt n’est plus forcément que du côté du pouvoir royal.
Le libéralisme économique que nous allons connaître prend racine en cette époque, avec le « laisser faire, laisser passer » que va appliquer Turgot. On parle déjà de « libéralisme sans frein »
Dans cette moitié du 18ème siècle la misère sévit dans les villes, dans les faubourgs, des centaines d’enfants mendient dans les rues de Paris. La lente dégradation d’autorité de la citadelle du pouvoir ; royauté et Eglise, est pour partie imputable à la révocation de l’édit de Nantes, et aussi et surtout liée à cette guerre intestine qui dure depuis plus de cent ans au sein de l’Eglise entre les jésuites et les jansénistes.
Une philosophie comme celle de Voltaire ne peut être interprétée, comprise, ainsi qu’elle l’aurait été au temps de l’auteur. Il nous faut l’admettre, nous lisons en décalage. Voltaire aurait-il pu écrire le dictionnaire philosophique 100 ans plus tard, peut probable ! Cent ans plus tôt, encore moins !
Imaginez une époque intellectuellement explosive, si l’on peut dire. Une époque où se côtoient des guides intellectuels, les Phares du 18ème siècle: Voltaire, Rousseau, Diderot, d’Alembert, Montesquieu, et tous ceux qui vont participer à cette « mèche de la Révolution » que fut l’Encyclopédie. Monument intellectuel où vont participer 125 personnalités, dont des écrivains, des industriels, des nobles, neuf abbés, trois pasteurs. Laquelle encyclopédie va participer grandement à l’évolution de la société et entrer en résonance avec les écrits de l’époque, participer grandement à ce siècle des Lumières.
Jusqu’au 18eme siècle la majorité des livres avaient pour auteurs, ou des religieux, ou des nobles, et parmi ces livres beaucoup étaient écrits en latin. Ne pouvaient paraître que les livres avec l’autorisation royale, soit une censure politique et religieuse. De là, certains ouvrages seront parfois édités à l’étranger, puis vendus sous le manteau et de fait, souvent très recherchés.
Voltaire fait ou laisse circuler sous son nom, ou anonymement des libelles, des pamphlets, (les ancêtres du « Canard enchaîné » et de « Tweeter »), ils sont vendus « sous le manteau » aux sorties des théâtres, on les trouve dans des cafés « branchés » où l’on l’en discute,  comme par exemple au Procope. Dans ces brûlots Voltaire va parfois brocarder le régent, puis le roi, voire sa famille, et le plus souvent les gens de l’Eglise, jésuites ou jansénistes.
Un nouveau pouvoir souterrain prend forme, c’est l’opinion publique. L’homme du peuple ne pense plus systématiquement comme son roi, ne pense plus systématiquement comme son évêque, comme son curé. Voltaire qui rêve de célébrité va naviguer entre reconnaissance des grands et reconnaissance dans l’opinion publique. On dit d’ailleurs qu’il a créé ce concept d’opinion publique.
Des articles de l’encyclopédie sont comme des bombes lors des parutions, ainsi  à « Autorité politique (article de Voltaire), on lit : «  Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres, la liberté est un présent du ciel, et chaque individu de la même espèce, a le droit d’en jouir, aussitôt qu’il jouit de la raison… »
Nous avons là sur le fond, l’article 1er de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.
En 1768, Voltaire dans une lettre à l’ambassadeur de France à Genève, qui est plus jeune que lui, écrit : « Que vous êtes heureux, Vous verrez le jour de la Révolution, dont je n’ai vu que l’aurore, et cela sera fort plaisant »
Alors, même si les premiers révolutionnaires se sont réclamés de Voltaire,  il n’est pas sûr qu’il aurait sauvé sa tête dans cette affaire, car Voltaire n’est pas Rousseau, c’est un monarchiste convaincu. Voltaire est un libéral politique, tout comme libéral économique, ainsi il écrit en 1717 à d’Alembert qu’il est hostile à l’éducation des laboureurs, car cela pourrait les détourner de leur métier. Il est hostile à toute redistribution allant vers plus d’égalité.
L’œuvre de Voltaire et essentiellement liée à une époque spécifique, celle  des Lumières, celle d’un contexte politique et social très particulier. Un siècle où s’entendent déjà les craquements d’un modèle de société, où les deux pouvoirs : temporel  et intemporel, chancellent.

La religion de Voltaire ? 1ère partie (Edith) :

   Quand j’ai passé mon bac, j’ai eu à traiter de la critique de Voltaire à l’encontre des religions et j’ai été inspirée par la formule  par laquelle Voltaire signait ses lettres « écr-inf » « écrasons l’infâme ». Cette formule invitait ainsi son correspondant à le joindre dans son combat contre l’obscurantisme, notamment religieux. La lutte contre cet « infâme » qu’il faut écraser, a été la grande affaire de Voltaire qui y a mis toute sa pugnacité, tout son génie.
Qui est l’« infâme »? Voltaire répète que l’infâme est un « fantôme hideux », « un monstre abominable », « l’hydre abominable qui empeste et qui tue ». Le mot « Infâme » ramasse en allégorie les têtes monstrueuses du fanatisme. Il n’y a pas là qu’une image. Voltaire est véritablement hanté par cette créature de cauchemar et il n’a de cesse d’en dépister les traces pour « rogner les griffes et limer les dents du monstre ». L’Infâme s’identifie à toutes les formes d’oppression intellectuelle et morale, à tous les dogmes arrogants, à toutes les certitudes tyranniques. Et à l’époque il désigne épisodiquement le jansénisme; c’est tout aussi bien le calvinisme et  la religion de la France, « toute catholique » depuis la révocation de l’édit de Nantes. L’infâme est donc l’intolérance pratiquée par des Églises organisées, et inspirée par des dogmes chrétiens. En fin de compte, l’infâme, c’est le christianisme.
II faut faire à Voltaire la justice de reconnaître son audace, quelque jugement qu’on en porte : il voulut abattre l’imposant édifice, vieux de dix-huit siècles. Dans son Dictionnaire philosophique (1764) Voltaire  définit le fanatisme, la superstition, l’enthousiasme religieux  en ayant recours au vocabulaire de la pathologie. :
1° Fanatisme : « Comportement, état d’esprit de celui qui se croit inspiré par la Divinité » (celui qui vénère le temple et ses cultes…..)  « Lorsqu’une fois le fanatisme a gangrené un cerveau, la maladie est presque incurable. J’ai vu des convulsionnaires qui, en parlant des miracles de saint Pâris, s’échauffaient par degrés malgré eux : leurs yeux s’enflammaient, leurs membres tremblaient, la fureur défigurait leur visage, et ils auraient tué quiconque les eût contredits… » (Voltaire. Dictionnaire philosophique)
«  Il n’y a d’autre remède à cette maladie épidémique que l’esprit philosophique, qui, répandu de proche en proche, adoucit enfin les mœurs des hommes, et qui prévient les accès du mal; car, dès que ce mal fait des progrès, il faut fuir, et attendre que l’air soit purifié. Les lois et la religion ne suffisent pas contre la peste des âmes; la religion, loin d’être pour elles un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés.[…] » « Les lois sont encore très impuissantes contre ces accès de rage; c’est comme si vous lisiez un arrêt du conseil à un frénétique. Ces gens-là sont persuadés que l’esprit saint qui les pénètre est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi qu’ils doivent entendre », et il ajoute : « Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »
2° Superstition : « comportement irrationnel vis-à-vis du sacré, crédulité. Les superstitions sont pour Voltaire les causes les plus dangereuses du fanatisme parce qu’elles émanent de l’ignorance populaire. Si les juges sont des fanatiques de sang-froid, la « populace », elle, est emportée par ses croyances. Dans l’affaire Calas, c’est la rumeur populaire qui, circulant sur une famille protestante, a entraîné les suspicions des juges puis les a transformées en certitudes ». www.site-magister.com
   3° L’enthousiasme : c’est le transport divin, inspiration sacrée (grec « theos », dieu). C’est dans le traitement qu’il fait subir à ce mot qu’on décèle le mieux comment Voltaire limite tout élan de foi aux organes. Dans le Dictionnaire philosophique, en effet, le mot enthousiasme reçoit la définition suivante : « Ce mot grec signifie émotion d’entrailles, agitation intérieure. Les Grecs inventèrent-ils ce mot pour exprimer les secousses qu’on éprouve dans les nerfs, la dilatation et le resserrement des intestins, les violentes contractions du cœur, le cours précipité de ces esprits de feu qui montent des entrailles au cerveau quand on est vivement affecté »

Voltaire a-t-il donc, par sa phobie du fanatisme, versé dans des extrêmes presque aussi redoutables: une tolérance intolérante, un anti-fanatisme fanatique. Des critiques se réclamant de la psychanalyse font remarquer qu’il était particulièrement émotif et aussi hypochondriaque : A Ferney, chaque 24 août (jour anniversaire de la Saint-Barthélemy, où 3000 protestants furent massacrés), Voltaire avait la fièvre. Il tombait dans la prostration et devait s’aliter. En 1765, se voyant déjà arrêté et torturé parce qu’on a saisi chez le chevalier de La Barre son Dictionnaire philosophique, Voltaire entre dans une frayeur terrible que son médecin a bien du mal à calmer. « Eh bien oui, je suis fou », avoue Voltaire en fondant en larmes.
Sur le fanatisme religieux est-ce qu’on aurait peur d’écrire en toutes lettres « écrasons l’infâme »,  ce que Voltaire ajoutait en abrégé. Aujourd’hui aurions-nous peur de le faire, de l’écrire sur tous nos courriers. Je pense qu’il avait raison d’être si violent à cet égard.
Nous avons eu ici un café-philo le 6 avril 2016, sur « La tolérance aujourd’hui », et nous avons dit où étaient les limites de la tolérance, et notamment par rapport au fanatisme  qui se réclame de Dieu. Mais aussi par rapport à certaines pratiques, dites culturelles parce qu’elles sont liées à la tradition de certains pays, comme l’excision.
Et là, nous avons, me semble t-il, rejoint Voltaire qui a écrit un article « Tolérance » dans l’encyclopédie, (il dit) : « La discorde est le plus grand mal du genre humain, et la tolérance en est le seul remède. Je précise, la tolérance est un moyen d’éviter la discorde, un moyen  de coexistence pacifique. Pour éviter les troubles et les guerres de religion, il faut tolérer en l’État catholique, les autres cultes ».
Donc, la tolérance pour Voltaire, n’est pas le malheur, elle n’a rien à voir avec le respect, mais, sont intolérables ceux qui ne veulent pas soumettre aux lois communes et qui veulent imposer leur foi, ou leurs croyances.
Dans une deuxième partie je montrerai en quoi vouloir « écraser l’infâme » n’exclut pas par une profession de foi philosophique d’argumenter la nécessité de Dieu. Et je montrerai que Voltaire a d’abord été, déiste, puis théiste.

Débat

 

Débat :  ⇒ Ce siècle, dit des « Lumières » est défini ainsi dans un numéro de philosophie magazine, comme étant : «  …celui de la raison par la volonté de quitter son enfance intellectuelle pour acquérir l’usage de la raison. Mais c’est aussi l’époque de la science, de l’entendement, de la recherche de connaissance et de compréhension… », ce que Kant va résumer dans une phrase : « Ose penser par toi-même ».
J’ai lu le Candide de Voltaire, avec plaisir et d’un trait. Voltaire y dépeint la violence de son époque. Voltaire y précise entre autre, que Dieu n’est qu’un principe, une explication donnée, tout en reconnaissant que l’univers ne peut être le fruit du hasard, et qu’il y a nécessairement un horloger à cette horloge.
A travers l’œuvre de Candide, Voltaire critique les institutions de son époque, il y fait la critique d’un certain optimisme béat de l’homme qui ne cherche nullement à comprendre, il dénonce cet excès d’optimisme qui peut lui être néfaste, lui occulter la réalité de la vie.
Avec Candide Voltaire illustre cette connaissance qu’à travers « le petit bout de la lorgnette », en se référent uniquement au point de vue de son seul environnement ; ou encore de propos  qui le laisseraient se confiner dans l’erreur d’un « meilleur des mondes », en occultant toute la violence, le mensonge..
Dans la première partie de son ouvrage Voltaire décrit Candide comme un naïf éduqué et enfermé dans un monde aseptisé, et nullement averti des réalités qu’il va affronter et découvrir à ses dépens. Il va, tout au long de son périple, se faire rouler dans la farine, détrousser, rosser. Il lui faudra apprendre à rendre les coups.
Candide va connaître nombre de désillusions, de désenchantements dus au fait qu’il n’avait pas appris à « raisonner par lui-même ».
Bien qu’écrit au 18ème siècle, nous trouvons dans Candide des causes produisant toujours les mêmes effets ; ce sera : la soif du pouvoir, appât du gain, obtenus par le mensonge ou la violence ; violences des religions dévoyées, afin de manipuler…

 ⇒ J’aimerais que dans le débat on précise la différence entre déiste et théiste.
Et, lorsqu’on parle de « siècle des Lumières » cela ne concerne en fait qu’une petite partie des gens. Mais ce sont ces nouvelles idées qui partent des « Lumières » qui allaient amener la Révolution.
Si je compare avec aujourd’hui, nous avons plein de « lumières » et pourtant la situation reste opaque. Quant au rapport à la religion à cette époque, elle a une autorité presque totalitaire, et toujours culpabilisant encore le peuple. Même si la religion a évolué, même au-delà de Voltaire il y a encore des gens des gens qui ont besoin de religion, voire même une simple croyance comme chez Voltaire. Nous avons vu que la Révolution a été obligée de rétablir une certaine croyance, ce fut, « l’Être suprême », la « déesse raison »…

⇒  Je pense que durant toute sa vie Voltaire a été ce que nous appellerions aujourd’hui un anti-système. Cela semble être un fil conducteur depuis sa jeunesse jusqu’à sa mort ; il refuse le pouvoir excessif de la religion qui envahit tout le monde culturel et social de cette époque. De plus il préconise l’égalité face à la loi, et aussi, et surtout la liberté d’expression. Liberté d’expression qu’il réclame d’abord pour lui-même. Il est monarchiste, mais favorable à un monarque éclairé. Toute sa pensée en fait un des précurseurs de la Révolution.
Dans ce 18ème siècle tout ce qui compte comme scientifiques en France comme en Angleterre, est déiste comme Voltaire, c’est-à-dire, reconnaissant une puissance créative qui n’intervient pas dans la vie des croyants.
Je me souviens des paroles de la chanson de Gavroche : « Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau ». Au lycée j’ai étudié Zadig, puis l’affaire Calas, et plus tard à l’université ce fut l’encyclopédie. Dans le parcours de Voltaire on peut voir comment il a voulu, tenté, de jouer un rôle politique auprès de Frédéric II, le roi de Prusse qui l’a accueilli.
Dans les archives municipales, j’ai trouvé la trace d’un habitant de cette ville, un certain marquis de Cubières, écuyer de Louis XVI, lequel au retour d’un voyage à Chambéry (en 1775) a rendu visite à Voltaire en sa propriété de Ferney, lieu de rencontre de toute l’Europe cultivée. Et il lui a adressé ce courrier en vers (comme il se devait) :
« »Mais voir un vieillard respectable âgé de quatre vingt deux ans
Souper avec des jeunes gens, et plus longtemps qu’eux tenir table
Se permettre un doux badinage, et même en dépit de son âge, séduire encore la beauté,
Le voir enfin par complaisance, s’amuser de notre caquet….  »
   Le voyageur dit qu’il va rendre visite au « Grand Lama » de la littérature enfermé dans ce lieu saint. Il dit : « J’étais assis à quelque distance  de Voltaire, avec à sa table des Genevois, des Russes, des Allemands, des Anglais, des Italiens, venus comme moi pour adorer ce dieu ». On voit là, cette vénération pour Voltaire.

La religion de Voltaire (Edith) 2ème partie :

    Voltaire aussi a besoin de religion, il le dit, et il défend « le culte de l’Être suprême »; d’abord en déiste, puis en théiste, et que dans le culte de « l’Être suprême », il n’y a pas que le culte de la raison, il y a aussi du sentiment.
   D’abord le déisme. A la mort de sa soeur Madame Mignot, il s’enferme et devient celui qu’on va appeler, « l’hypocondriaque Voltaire ». Et puis madame du Châtelet entre  dans sa vie, et donc il reprend son rationalisme négateur, ses ressources de vigueur. Il fait des recherches sur l’esprit des Nations, et il traite l’histoire universelle en philosophe ; il découvre dans les faits, une vérité : le déisme est dans toutes les religions.
   D’une part Voltaire dénonce toutes les religions d’être coupables d’engendrer des haines et de corrompre les esprits. Mais d’autre part, dès ses premières recherches sur l’histoire générale, Voltaire affirme que le déisme est très ancien, et qu’il est universel. Voltaire pense que toutes les nations policées eurent la connaissance d’un dieu suprême, maître des dieux subalternes et des hommes.
   Et il a affirmé l’universalité du déisme dans un opuscule en 1742, intitulé : «  Du déisme ». (Je cite) : « Le déisme est une religion répandue dans toutes les régions. C’est un métal qui s’allie avec tous les autres, et dont les veines s’étendent sous terre aux quatre coins du monde ». C’est le fond commun de toutes les religions que Zadig révèle aux convives de Bassorah. L’adorateur du dieu Apis, celui de Brama, le Chaldéen, le chinois, le Grec, le Celte, allaient en venir aux mains quand Zadig leur prouva sans aucune peine, qu’ils adoraient tous l’Être suprême.
   A l’époque on a aux portes de l’Europe, la présence d’un immense empire qui subit les lois de Mahomet, ce qui est l’objet de réflexion et de scandale. Bossuet avait préféré traiter par l’ellipse ce « mahométisme » qui rompait fâcheusement, «  la suite de la religion ». Mais des diplomates et des voyageurs avaient visité ces nations infidèles, Galland avait traduit, les contes des Mille et une nuits, et avec Montesquieu, les ingénieux persans étaient venus en France s’étonner qu’on puisse être musulman.
   Des européens du 18ème siècle découvraient que d’autres hommes existaient, qu’ils n’étaient pas chrétiens. Voltaire eut l’idée de tirer de cette découverte, une tragédie, qui serait «  turco-chrétienne », une tragédie où les religions se rencontreraient sur scène. Le spectateur ferait la comparaison. Il n’est rien qui déniaise comme de regarder ce qui se passe chez son voisin….Voltaire a cru peindre les mœurs turques opposées aux mœurs chrétiennes. Dans les faits, l’opposition se réduit au contraste de deux personnages, Nérestan et Orosmane, et la philosophie de Voltaire fait que le musulman a autant de vertu que son rival chrétien ; ce qui prouve que la morale est universelle, tandis que les croyances sont imposées par les hasards de la naissance et de l’éducation. Zaïre dont la destinée illustre si bien cette vérité, le dit, dans ces vers : « Je le vois trop, les soins qu’on prend de notre enfance forment nos sentiments, nos mœurs, nos croyances. J’eusse été près du Gange, esclave de faux dieux, chrétienne dans paris, musulmane en ces lieux ».
   Et d’ailleurs les abbés comprennent que cette tirade déiste, signifie le caractère historiquement contingent du christianisme. En effet, ce que suggère Voltaire par la bouche de Zaïre, c’est que les croyances adoptées sous l’influence de l’entourage n’ont pas de fondement rationnel. Elles sont diverses, alors que la vérité est une. Dans un autre ouvrage, « Mahomet le prophète », le dieu de Mahomet est un dieu terrible qui a ses humeurs, et qui veut surtout qu’on le craigne. Et à ce trait, les jansénistes se reconnurent. Son frère était janséniste, et il procédait à des expériences d’invulnérabilité, et d’incombustibilité…Et Voltaire a vu ces convulsionnaires tordre leurs membres et écumer, ils criaient : « il faut du sang ». Il a vu ces enragés, et il les a mis dans « Mahomet ». Mais dans les premiers chapitres de son « Histoire de l’esprit humain » (1745), relatif aux religions orientales, il admet que Mahomet prêchait une religion assez pure, il enseignait aux arabes adorateurs des étoiles, « qu’il fallait adorer ce dieu qui les a faites ». Et même, il affirme dans un texte rédigé pour Emile du Châtelet, qu’il y a dans le monothéisme musulman, une conception plus rationnelle, que celle de la trinité chrétienne.

   De même il découvre un déisme mêlé de superstition, aux Indes, chez les Perses, ou en Chine, et partout il voit qu’il y a au fond de toutes les religions le déisme.
Alors ! Qu’est-ce que le déisme ? Ce sera ma prochaine intervention.

⇒ Hervé                                                                            VOLTAIRE
                                                        (En acrostiches : Le polémiste inspiré)

L e jeune François Marie Arouet, bâtard, manie le verbe avec habileté,
E n quête d’un pseudonyme, Arovet  Le  I  (V pour U et I pour J de jeune) donnent Voltaire.

P assionné par la poésie, la philosophie, le théâtre, élève brillant, il est surdoué.
O bjets  de la pensée, la rhétorique, le latin, l’histoire sont enseignés sans lui déplaire.
L ieu d’études au Collège de Clermont, chez les Jésuites, il combat la médiocrité.
É crire sur (l’infâme), l’injustice, le fanatisme, l’ignorance, tel est son savoir-faire.
M assives, les dévotions diverses provoquent chez lui un rejet de la religiosité.
I ronie satirique sur les turpitudes du Régent offensé, il est embastillé pour l’affaire.
S es contes philosophiques, orientaux ont traversé ce siècle dit des lumières mouvementé.
T oute son œuvre est devenue une arme au service de la tolérance, de la vérité en vers.
E ntré à l’Académie et à la Comédie- Française, elles  nous ont  livré et dévoilé son odyssée.

I ndigné par les injustices, ses pamphlets mordants, raisonnés, sensés, ont été salutaires.
N ombreuses sont ses lettres parues dans les 13 volumes de La Pléiade, quelle notoriété !
S es 42 œuvres de tragédie, de comédie, de poésies  théâtrales ou littéraires sont exemplaires.
P hilippe d’Orléans, François Chabot l’ont envoyé, par deux fois, à la Bastille, il est exilé.
I nsatiable, la liberté éditoriale de la perfide Albion lui  permet d’apprécier ses hôtes insulaires.
R eçu à la cour de Frédéric II de Prusse, déçu, Voltaire s’installe en Suisse à Ferney, fatigué.
Épuisé, il décède à Paris puis enterré à Ferney, il entre au Panthéon en 1791, quel bel itinéraire !
Hugo avait raison lorsqu’il a dit : « l’homme qui est mort le 30 mai 1778 est mort immortel »

⇒  Je conteste le titre donné au débat, plaçant Voltaire comme « figure centrale » des Lumières. Il n’est qu’une des figures des Lumières, lesquelles Lumières viennent déjà d’Angleterre, et il y a eu d’autres acteurs importants si ce n‘est plus, ce sont, par exemple : Diderot, d’Alembert, Jean-Jacques Rousseau. Je considère, en regard de ce que je sais de Voltaire, que ça a été surtout un grand pamphlétaire, un grand propagandiste. Ça a été comme cela a été dit, un anti-système, quelqu’un qui s’est battu contre des injustices ; mais qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans son propos ? Diderot, d’Alembert, Rousseau – oui ! Eux, ils ont amené des choses fondamentalement nouvelles. La contestation anticléricale n’était pas quelque chose de nouveau. Il a su faire parler de lui en bien comme en mal Et il avait un esprit terrible quand on s’attaquait à lui.
Quand Rousseau lui envoie son ouvrage, « Discours sur l’inégalité » il lui fait une réponse d’une grande méchanceté. Il fallait qu’il domine l’esprit du siècle.
Sur la contestation du système, la plupart des grandes figures de ce siècle étaient tous pour ce qu’on a nommé « un despote éclairé » ; soit la liberté d’expression, même liberté d’expression religieuse, mais jamais Voltaire ne remet en cause le système social.
C’était un homme éminemment épris de lui-même. Pour moi, Voltaire n’est pas un philosophe. D’ailleurs lui-même écrit dans son dictionnaire philosophique, à l’article :  Philosophe : « Finalement, tous les philosophes qui ont essayé de monter des systèmes, ça ne vaut rien, ça ne débouche sur rien…Tout ça ne vaut pas l’inventeur de la navette… » (L’outil à tisser). Puis il faut faire attention, parce qu’à cette époque là, on parle de « philosophie naturelle », c’est-à-dire, la science. Newton  a écrit  «  Les principes de la philosophie naturelle ».
Le seul du siècle des Lumières qui ait émis un peu de scepticisme par rapport au despotisme éclairé, c’est Diderot. C’est Diderot dans un ouvrage : « Les observation sur la : lettre sur l’homme et ses rapports » »  qui prend ses distances avec le despotisme.

⇒  En 1741 est présenté à Lille pour la première fois la comédie de Voltaire : «  Le fanatisme ou Mahomet le prophète ». C’est un succès, et tout le monde clérical de la région applaudit à cette attaque d’une autre religion. Puis l’année suivante la pièce est présentée à la Comédie Française, et les doctes de la Sorbonne, (ecclésiastiques) voient très vite la supercherie, de l’utilisation de l’Islam pour ne pas nommer la religion catholique que Voltaire attaque, brocarde… L’œuvre sera interdite par Arrêt du Parlement.
Voltaire qui critique vivement l’Eglise, est assez fourbe, et va jusqu’à la flagornerie pour essayer d’obtenir du pape l’approbation, la reconnaisse de son œuvre « Le fanatisme ou Mahomet le prophète ».
  « Votre sainteté, » écrit Voltaire « pardonnera la hardiesse que prend l’un de ses plus infimes fidèles, mais l’un de ses plus grands admirateurs de la vertu, de soumettre au chef de la vraie religion cette œuvre contre le fondateur d’une secte fausse et barbare.
A qui pourrais-je plus convenablement dédier la représentation de la cruauté et des erreurs d’un faux prophète qu’au vicaire et à l’imitateur d’un dieu de vérité et de miséricorde ? Que votre sainteté m’accorde donc le pouvoir de mettre à ses pieds le livret de l’auteur, et de lui demander humblement sa protection pour et ses bénédictions pour l’autre. En attendant, très profondément incliné, je baise vos pieds sacrés »
Il reçoit une réponse du pape avec deux médailles, il aura une réponse, le pape le félicite pour une de ses œuvres, mais pas celle de Mahomet. Qu’importe Voltaire fera une traduction, un faux en écriture où il va substituer à l’œuvre citée, celle de Mahomet. Il fera connaître cette lettre (falsifiée) ; le pontificat ne réagit pas. Cela permettra à Voltaire de regagner l’appui de quelques personnalités pour obtenir ce qu’il désirait depuis longtemps, être élu à l’Académie Française.

(Ce faux en écriture ne sera découvert par des historiens qu’en 1957)

Biographie (Danielle)  2ème partie :
En Angleterre, Émilie du Châtelet, Cirey, Berlin et Ferney

En Angleterre
Écrites en partie en Angleterre, les Lettres philosophiques sont « la première bombe lancée contre l’Ancien Régime ». Elles vont faire à Paris en 1734 un énorme scandale et condamner leur auteur à l’exil.

Voltaire a 32 ans. Cette expérience va le marquer d’une empreinte indélébile. Il est profondément impressionné par l’esprit de liberté de la société anglaise. Alors qu’en France règnent les lettres de cachet, la loi d’ Habeas corpus de 1679 et la Déclaration des droits de l’homme de 1689 protègent les citoyens anglais contre le pouvoir du roi. La réussite matérielle du peuple d’Angleterre suscite aussi son admiration. Il estime que, là où croît l’intensité des échanges marchands et intellectuels, grandit en proportion l’aspiration des peuples à plus de liberté et de tolérance.
   Il ne lui faut que peu de temps pour acquérir une excellente maîtrise de l’anglais. En novembre 1726, il s’installe à Londres. Il rencontre des écrivains, des philosophes, des savants (physiciens, mathématiciens, naturalistes) et s’initie à des domaines de connaissance qu’il ignorait jusqu’ici. Son séjour en Angleterre lui donne l’occasion de découvrir Newton dont il n’aura de cesse de faire connaître l’œuvre. C’est en Angleterre qu’il commence à rédiger en anglais l’ouvrage où il expose ses observations sur l’Angleterre, qu’il fera paraître en 1733 à Londres sous le titre Letters Concerning the English Nation et dont la version française n’est autre que les  Lettres philosophiques.
   À l’automne 1728 il est autorisé à rentrer en France pourvu qu’il se tienne éloigné de la capitale.
Voltaire veut être riche pour être un écrivain indépendant. À son retour d’Angleterre, il n’a que quelques économies qu’il s’emploie activement à faire fructifier. Il gagne un capital important en spéculant et en recevant sa part de l’héritage paternel. Ces fonds sont placés  dans le commerce et Voltaire va prêter de l’argent à des grands personnages. Il s’enrichit considérablement.
   En 1730, il est auprès d’ Adrienne Lecouvreur Adrienne, une actrice qui a joué dans ses pièces et avec laquelle il a eu une liaison, lorsqu’elle meurt. Le prêtre de la paroisse de Saint-Sulpice refuse la sépulture (la France est alors le seul pays catholique où les comédiens sont frappés d’excommunication. Le cadavre doit être enterré dans un terrain vague sans aucun monument. Quelques mois plus tard meurt à Londres une comédienne, Mrs Oldfield, enterrée à Westminster Abbey. Là encore, Voltaire fait la comparaison.

Emilie du Châtelet :
Depuis des mois, sa santé délabrée fait que Voltaire vit sans maîtresse. En 1733, il devient l’amant d’ Emilie du Châtelet  qui a 27 ans, 12 de moins que Voltaire. Fille de son ancien protecteur, le baron de Breteuil elle décide pendant seize ans de l’orientation de sa vie, dans une situation quasi conjugale. Ils ont un enthousiasme commun pour l’étude et sous l’influence de son amie, Voltaire va se passionner pour les sciences. Elle joue un rôle essentiel dans la métamorphose de l’homme de lettres en « philosophe ». Ils vont connaître dix années de bonheur et de vie commune. La passion se refroidit ensuite. Les infidélités sont réciproques (la nièce de Voltaire, Mme Denis devient sa maîtresse fin 1745, secret bien gardé de son vivant ; Mme du Châtelet s’éprend passionnément de Saint-Lambert en 1748, mais ils ne se sépareront pas pour autant, l’entente entre les deux esprits demeurant la plus forte. À sa mort, en 1749, elle ne sera jamais remplacée.

 Cirey:
1734 est l’année de la publication clandestine des Lettres philosophiques. Le livre est condamné par le Parlement à majorité janséniste et brûlé au bas du grand escalier du Palais. Une lettre de cachet est lancée contre Voltaire qui s’enfuit à Cirey, le château champenois que possèdent les Châtelet.

Pendant les dix années suivantes passées pour l’essentiel à Cirey, Voltaire va jouer un double jeu : rassurer ses adversaires pour éviter la Bastille, tout en continuant son œuvre philosophique pour gagner les hésitants. Voltaire restaure Cirey grâce à son argent. Les journées sont studieuses.
En 1736, Voltaire reçoit la première lettre du futur roi de Prusse. Commence alors une correspondance qui durera jusqu’à la mort de Voltaire. Frédéric veut l’attacher à sa cour. Voltaire lui rend plusieurs fois visite, mais refuse de s’installer à Berlin du vivant de Mme du Châtelet qui se méfie du roi philosophe.
Pour cette raison peut-être, Madame du Châtelet pousse Voltaire à chercher un retour en grâce auprès de Louis XV. De son côté, Voltaire ne conçoit pas d’avenir pour ses idées sans l’accord du roi. En 1744, il est aidé par la conjoncture : le nouveau ministre des Affaires étrangères est d’Argenson, son ancien condisciple de Louis le Grand et surtout il a le soutien de la nouvelle favorite Mme de Pompadour, qui l’admire. Son amitié avec le roi de Prusse est un atout. Il se rêve en artisan d’une alliance entre les deux rois et accepte une mission diplomatique, qui échoue. Grâce à ses appuis, il obtient la place d’historiographe de France, le titre de « gentilhomme ordinaire de la chambre du roi » et les entrées de sa chambre.
   De même, la conquête de l’ Académie Française  lui paraît « absolument nécessaire ». Il veut se protéger de ses adversaires et y faire rentrer ses amis (à sa mort, elle sera majoritairement voltairienne et aura à sa tête d’Alembert qui lui est tout dévoué. Après deux échecs et beaucoup d’hypocrisies, il réussit à se faire élire le 2 mai 1746.
La même année, Zadig , un petit livre publié clandestinement à Amsterdam est désavoué par Voltaire.
À la mort de Madame du Châtelet, avec laquelle il avait cru faire sa vie jusqu’à la fin de ses jours malgré leurs querelles et infidélités réciproques, Voltaire est désemparé et souffre de dépression. Il a 56 ans. Il ne reste que six mois à Paris. L’hostilité de Louis XV et l’échec de sa tragédie Oreste le poussent à accepter les invitations réitérées de Frédéric II.

Berlin :
Il part en juin 1750 pour la cour de Prusse. Magnifiquement logé dans l’appartement du maréchal de Saxe, il travaille deux heures par jour avec le roi qu’il aide à mettre au point ses œuvres. Le soir, soupers délicieux avec la petite cour très francisée de Postdam où il retrouve Maupertuis, président de  l’Académie des sciences de Berlin.

   Voltaire va passer plus de deux ans et demi en Prusse. Mais après l’euphorie des débuts, ses relations avec Frédéric se détériorent. Un pamphlet de Voltaire contre Maupertuis provoque la rupture. Voltaire demande son congé.

Ferney :
Jusqu’à la fin de l’année, il attend à Colmar la permission de revenir à Paris, mais le 27 janvier 1754, l’interdiction d’approcher de la capitale lui est notifiée. Il se dirige alors, par Lyon, vers Genève. Il pense trouver un havre de liberté dans cette république calviniste de notables et de banquiers cultivés parmi lesquels il compte de nombreux admirateurs et partisans.

Grâce à son ami  François Tronchin, Voltaire achète sous un prête-nom (les catholiques ne peuvent pas être propriétaires à Genève), la belle maison des Délices et en loue une autre dans le canton de Vaud pour passer la saison d’hiver. Les Délices annoncent Ferney. Voltaire embellit la maison, y mène grand train, reçoit beaucoup, donne en privé des pièces de théâtre.
Voltaire collabore à L’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (125 auteurs recensés). Ce grand dictionnaire vendu dans toute l’Europe  (la souscription coûte une fortune) défend aussi la liberté de penser et d’écrire, la séparation des pouvoirs et attaque la monarchie de droit divin . L’Encyclopédie est interdite le 8 mars 1759, par décret royal.
Pour mieux assurer son indépendance et échapper aux tracasseries des pasteurs de Genève,  Voltaire achète le château  de Ferney en territoire français, mais loin de Versailles et à quatre kilomètres de la république genevoise  où il peut trouver refuge.

Voltaire est devenu riche et en est fier. Sa fortune lui permet de reconstruire le château, d’en embellir les abords, d’y construire un théâtre, de faire de son vivant du village misérable de Ferney une petite ville prospère et aussi de tenir table et porte ouvertes.
C’est la nièce et compagne de Voltaire, Madame Denis, qui reçoit comme maîtresse de maison. Les visiteurs de Voltaire, sont en général frappés par le charme de sa conversation, la vivacité de son regard, sa maigreur, son accoutrement.
Ferney est la période la plus active de la vie de Voltaire. Il va y résider vingt ans jusqu’à son retour à Paris. C’est à Ferney qu’il va acquérir une nouvelle stature, celle d’un champion de la justice et de l’humanité et livrer ses grandes batailles. Suite dans la troisième partie.

⇒  Voltaire prône, dans l’esprit des épicuriens, dans l’esprit des philosophes libertins, (même si le terme n’est pas évoqué à cette époque), la laïcité.
Son séjour en Angleterre l’amène à écrire : «  S’il n’y avait en Angleterre qu’une seule religion, le despotisme serait à craindre, s’il y en avait deux, elle se couperaient la gorge, mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses » «  Un Anglais, comme homme libre, va au Ciel par le chemin qui lui plaît »                                        (Lettres philosophique)

⇒  Il existe un très bon film « Emilie du Châtelet » qui met en lumière cette femme exceptionnelle, cette femme érudite, « savante », laquelle a traduit l’ouvrage de Newton sur la gravité, Voltaire n’ayant été en cela que son rédacteur. Maîtresse et compagne intellectuelle de Voltaire, il l’a surnommée : « Pompon Newton » ;
Quant au feuilleton de Voltaire et du clergé, celui-ci désire entrer à l’Académie Française, mais les « dévots » qui sont près du roi, lui font barrage. Il lui faut donner des gages, revenir en religion. Alors feignant d’être mourant (à Ferney) il obtient que le curé du village lui donne l’absolution, et ceci en présence de son secrétaire. Lorsque le curé est parti, il saute de son lit comme un cabri et dit : « maintenant allons faire un tour » (Voltaire. Pierre Milza)

Voltaire l’impertinent, et, le génie d’un arriviste (Guy)

Dans son introduction aux « Lettres philosophiques » de Voltaire. (Flammarion 2005), Roger-Pol Droit, donne un bon portrait de Voltaire : « …. Voilà au premier regard ce qui caractérise Voltaire. De l’esprit, assurément. De l’ironie, toujours. Un sens permanent de la provocation, du détail assassin, un talent pour mettre les idées en situation et les transporter en images, puis en récits [… ] cet homme est d’abord un frondeur doué pour narguer les pouvoirs, faire sourire aux dépens de l’universelle bêtise… »
   L’influence et la réputation de Voltaire en Europe, est aussi due au fait que dans toute l’Europe peu ou prou cultivée, on lit et on parle le français.

Voltaire est classé comme « l’impertinent », et parfois, au cynisme de ses billets il ajoute comme à plaisir des pointes de méchanceté.
C’est dans sa nature, « un coup d’encensoir, un coup de griffe ».  Voltaire sait flatter, comme il sait  mépriser. Ainsi lorsque Rousseau qui admire Voltaire, lui envoie en 1755 son « Discours sur l’inégalité » …Voltaire lui répond ironiquement : «  J’ai reçu, Monsieur, votre nouveau livre contre le genre humain, je vous en remercie (…) On n’a jamais tant employé d’esprit à vouloir nous rendre bêtes ; il prend envie de marcher à quatre pattes quand on lit votre ouvrage. Cependant, comme il y a plus de soixante ans que j’en ai perdu l’habitude, je sens malheureusement qu’il m’est impossible de la reprendre » (Leur échange de lettres est publié dans le Mercure de France 1755)
   « Habile courtisan, dévoré d’ambition, il vise la plus haute branche. Il s’y installe. Il jouit de sa position dominante jusqu’au moment, où, à propos de tout et de rien,  – une trahison mineure, un propos désobligeant- ou par pure fidélité à une coterie, il coupe la branche et se retrouve simple mortel blessé, au pied de l’arbre qu’il a eu tant de mal à escalader »  (Voltaire. Pierre Milza. Albin Michel. 2007)
Voltaire se lance  à fond dans  les affaires avec âpreté, avec une totale  absence de scrupules et de sentiments qui vont de pair avec une ladrerie qui deviendra légendaire. Les opérations les plus douteuses ne le font  pas reculer. Il va s’accoquiner avec des affairistes juifs dont Salomon Levi ce qui ne l’empêchera pas plus tard d’écrire contre celui qui n’est, je cite: « d’aucun pays que celui où il gagne de l’argent », et ce même Voltaire devenu riche va prêter de l’argent à des nobles et à des taux aux limites de l’usure.
Voltaire est un duelliste, son épée c’est sa plume, mais un duelliste avec les mots, d’une ironie décapante, et incapable de réfréner un bon mot.
D’ailleurs l’écrivain toujours plus ou moins malade, hypocondriaque  souvent mourant, et se connaissant bien, dira : « Je cesserai de mourir s’il me venait un bon mot ».
Voltaire prend toujours des risques avec sa plume. Il écrira au sujet de Frédéric, aux mœurs particulières,  lequel l’a accueilli, hébergé, «  la coquette, l’aimable putain »
Voltaire est essentiellement polémiste, il dit de lui-même qu’il est un « escarmoucheur », ainsi dans une lettre à Condorcet (11 janvier 1776), il écrit : « Pour moi, chétif, je fais la guerre jusqu’au dernier moment. Jansénistes, Molinistes, Frérons.., à droite à gauche et de prédicants et J.J. Rousseau. Je reçois cent estocades : J’en rends 200, et je ris. J’ai passé ma vie (dira t-il) à escarmoucher »
   Voltaire est toujours entre deux aspirations, faire partie du tout Paris de son époque, avoir la reconnaissance du roi, dévoré par la soif de la célébrité, avoir sa notoriété aussi dans le peuple ; il évolue dans ce triangle : le roi, les nobles, le peuple ; cherchant à les séduire tour à tour au gré de l’intérêt du jour. Voltaire n’est fidèle qu’aux intérêts de Voltaire.

Le jeune Voltaire, bien qu’il dénonce le pouvoir absolu, vise une charge honorifique à la cour, charge qu’il finira par avoir, mais il veut conserver sa liberté de parole ; ce qui s’avère incompatible, et lorsqu’il va séjourner à Versailles, il dit qu’il se sent parfois « comme un athée dans une église »
   Voltaire est un mondain, (d’aucun le qualifierait de BHL du 18ème siècle). Manipulateur, hypocrite parfois, sans morale et à l’occasion de la plus extrême mauvaise foi, capables de volte-face….

Finalement tous ces défauts, sont le contrepoids d’un immense talent, mêlant l’acuité, la capacité d’analyse, à une plume géniale.
Il est le premier animateur de cette époque des Lumières, il retient l’attention de tout un univers de son temps, c’est déjà un modèle de communicant, c’est aussi un agitateur d’idées, il serait aujourd’hui un lanceur d’alerte.

⇒  Voltaire est un esprit brillant et pétillant. Et à propos des événements récents j’ai relu des textes de Voltaire. J’ai acheté son « dictionnaire de la philosophie ». Je le trouve plutôt individualiste, c’est peut-être ce qui me gêne chez lui. Quand à la religion issue de la raison, je n’y adhère pas, nulle raison ne peut apporter une preuve à une croyance. Mais là où je rejoins Voltaire, c’est le refus du mysticisme, ou tout ce qui veut nous faire croire au surnaturel.

⇒  Si l’on considère l’époque de Voltaire, avec l’emprise de l’Eglise, est-ce que en regard du personnage de Voltaire, son déisme ne serait-il pas qu’un masque pour cacher un athéisme réel ? Parce qu’on a vu les gesticulations, les manipulations dont il fut capable, ne serait-ce qu’en faisant semblant de mourir pour avoir les sacrements.

⇒  Pour évoquer toute la verve de Voltaire, une anecdote nous raconte que la duchesse d’Aiguillon devait recevoir Monsieur de Montesquieu et elle avait demandé à Voltaire quatre vers pour son invité. Et Voltaire fit un pamphlet : «  Madame la duchesse d’Aiguillon m’a commandé quatre vers comme on commande quatre pâtés, je lui ai fait savoir que mon four n’était pas chaud ». Mêlant un jeu de mots, du four pas chaud à l’expression de l’époque « peu me chaud »
Et son humour féroce s’allie au talent du poète créant à l’impromptu des vers en octosyllabes. Ainsi lorsqu’à la cour on lui parle de son ennemi, Jean Fréron, chef de file des dévots, il déclame : « L’autre jour au fond d’un vallon / un serpent mordit jean Fréron / Que croyez-vous qu’il arriva / ce fut le serpent qui creva »

La religion de Voltaire. 3ème partie (Edith) :

 J’étais jusqu’à présent, jusqu’à ce que j’aie à travailler sur ce sujet, sur ce texte, très hostile à Voltaire. Ceci parce que j’aime bien Rousseau, lequel a fait beaucoup pour les idées de la Révolution, alors que Voltaire a surtout fait beaucoup pour lui.
Mais en réfléchissant sur ce qu’il a écrit sur les religions, et bien, malgré tout ce que j’ai pu entendre ce soir, je ne suis plus aussi hostile à Voltaire. Ceci parce qu’il a exprimé dans cet opuscule sur le déisme des idées (bien sûr déjà connues), mais c’est un mouvement d’esprit qui se met en route, et il dit une chose qui me semble importante, c’est que les religions, toutes les religions découlent de la religion naturelle. Eh bien, c’est le fait que la religion est fondée sur la connaissance d’une vérité qui s’oppose à la raison, et il dit ! «  La raison, dès l’origine ayant été le partage de l’homme, les « primitifs » ont du reconnaître d’emblée la vérité de la religion naturelle »
Comme la raison, la religion naturelle va étendre son empire sur toute l’humanité, et la reconnaissance du déisme sera ce qui permettra de réconcilier les hommes. D’ailleurs, à la fin du souper de Bassorah, tout le monde embrassait Zadig.
Alors c’est quoi cette religion de la raison, cette religion qui est commune, qui est le fondement de toutes les religions ? Eh bien ! C’est simplement que si l’on raisonne, si l’on réfléchit, eh bien, on retrouve une morale universelle : « J’entends par religion naturelle les principes de la morale  communs au genre humain ».
Et dans « Le déisme » toujours, il dit : « Celui qui ne reconnaît qu’un dieu créateur, grand architecte de l’univers, horloger nécessaire pour comprendre qu’il y a une horloge, il fut finalement, insuffisamment religieux. Il n’est pas plus religieux envers lui-même qu’un européen qui admirerait le roi de la chine ???»
   « Être fidèle à la religion naturelle, à cette religion qui est commune à tous, c’est penser que Dieu a désiré mettre un rapport entre lui et les hommes, qu’il les a fait libres, capables du bien et du mal, et qu’il leur a donné tout ce bon sens qu’est l’instinct de l’homme. Celui-là a en effet une religion. Une religion bien meilleure  que toutes les sectes qui sont tirées de là, et qui sont hors de notre Eglise. Toutes ces sectes sont fausses, alors que la loi naturelle est la vraie ». Ainsi, le déisme c’est tout simplement le bon sens, et l’idée que les hommes sont libres, et ont la raison qui leur permet de réfléchir.

Et puis dans la deuxième partie de sa vie de 1750 à 1778, Voltaire passe au théisme.
Alors pour cela je reprends Candide, et la conclusion de l’ouvrage : « Tout ce que nous avons de mieux à faire sur la terre, c’est de la cultiver ». Et cette morale s’appuie sur une philosophie optimiste qui suppose que la terre est  cultivable. « L’être humain ne jouit d’aucun privilège dans la création, l’homme est en contrebande sur une terre qui ne lui est pas spécialement destinée ».
Donc on retrouve cette philosophie profondément anticléricale, au sens anti-chrétien qui ne croit pas qu’un dieu s’intéresse à l’homme. Cependant Dieu n’est pas supprimé, il reste « le maître du vaisseau » comme il dit, ajoutant, «  Le monde est chaos du point de vue limité de l’homme souris. Mais il fut ordonné, le bâtiment divin a une charpente à laquelle on peut se confier, l’univers n’est pas absurde »
Et donc il écrit : « Je mourrai pour cette religion éternelle, la religion naturelle, mère de toutes les autres qui déchirent les entrailles dont elles sont sorties »
   Théisme et non plus déisme dit Voltaire depuis les Mélanges de 1751. Le mot de théisme était plus neuf et plus noble. Il désignait une conviction plus positive : le théisme professe un credo plus étoffé que le déiste ; il accepte qu’un culte soit rendu à la divinité. C’est le mot par lequel Voltaire désigne son évangile; c’est celui qu’il arbore dans sa Profession de foi des théistes (1768). Les théistes sont les « adorateurs d’un Dieu ami des hommes » ils déclarent solennellement qu’ils croient en Dieu. En quel Dieu ? Dans les œuvres de propagande Voltaire affirme que ce Dieu, justicier éternel, se charge de rémunérer les vertus et de punir les vices des hommes  Il faut que tous, petites gens et têtes couronnées sachent que les crimes secrets ou provisoirement impunis recevront un jour leur châtiment. Mais ce Dieu ne s’incarna jamais. Et si l’homme lui ressemble par la lueur de la raison il y a une disproportion entre cette pauvre flamme et la lumière de la raison divine. La prière ou l’hommage sont anthropomorphiques : résignation et non gloire à Dieu, il est trop au- dessus de la gloire « La distance réduit l’homme à l’adoration, qui n’est rien d’autre que le sentiment de cette distance »
   Alors d’après lui : toutes les religions dérivent par corruption de cette source théiste. Le théisme fut la religion primitive, simple et rationnelle. Malheureusement le théisme n’eut qu’un temps, après quoi il fallut qu’il dégénère .Mais on le retrouve encore au fond de toutes les religions. Il est la religion sous-jacente qu’un certain nombre de grands hommes s’efforcèrent de rejoindre. Socrate fut théiste, et Jésus, et même Mahomet. L’adoration d’un Dieu, la pratique de la morale sont essentielles à l’humanité. Le théiste ne se montre pas exigeant ; il demande seulement à son frère de reconnaître que cette loi « adore et sois juste » est gravée dans son cœur et il le prie de ne rien ajouter.

Donc les  théistes seront tolérants : « ils sont les frères aînés du genre humain et ils chérissent leurs frères »  Ils aiment ou du moins ils plaignent leurs frères égarés. Ils ne persécutent pas les superstitieux si leur superstition est inoffensive. Ils demandent qu’on tolère tous les cultes: il est absurde d’embastiller les partisans de la grâce efficace pour des opinions purement spéculatives, il est barbare d’envoyer aux galères, ou au supplice, des protestants, de mettre à l’Inquisition des Juifs parce qu’ils prient leur Dieu à leur manière.
Contre les crimes de l’intolérance, les théistes invoquent la protestation de la nature et de l’humanité. Le tolérant théiste prend soin de marquer cependant une hiérarchie : les théistes sont les frères aînés. Le théisme est le père. Toutes les religions se valent mais le théisme vaut mieux qu’elles toutes. La religion universelle et essentielle ne peut pas ne pas l’emporter à la longue .Une nouvelle réforme se prépare donc, en vue de laquelle Voltaire, apôtre du théisme, a risqué certaines initiatives et avancé quelques propositions « honnêtes ».

⇒ On a dit de voltaire qu’il avait popularisé les œuvres de Newton. Les écrits de newton n’étaient en fait que des chiffres, des formules, et les gens capables de les comprendre de les transcrire en français, n’étaient pas nombreux, et c’est le travail qu’a fait Emilie du Châtelet. Sa publication est restée la seule traduction officielle jusqu’à l’année 2000, la seule faisant foi dans le milieu scientifique.
Il aura fallu attendre 2000 pour qu’un hommage lui soit rendu.

Biographie 3ème partie : dernière période (Danielle)

Lutte contre l’injustice :
À partir de l’affaire Calas, le mot d’ordre « Écrasez l’Infâme » apparaît sous sa plume. Le 22 mars 1761, Voltaire est informé que, par ordre du Parlement de Toulouse un vieux commerçant protestant, nommé Calas, vient d’être roué, puis étranglé et brûlé. Il aurait assassiné son fils, qui voulait se convertir au catholicisme. Voltaire apprend bientôt qu’en réalité Calas a été condamné sans preuves. Des témoignages le persuadent de son innocence. Convaincu qu’il s’agit d’une tragédie de l’intolérance, il entreprend la réhabilitation du supplicié et l’acquittement des autres Calas qui restent inculpés.
Il réussit de même à faire réhabiliter Sirven, un autre protestant condamné par coutumace le 20 mars 1764 à être pendu, avec sa femme, pour le meurtre de leur fille que l’on savait folle et qu’on trouva noyée dans un puits.
L’affaire La Barre surpasse en horreur celles de Calas et de Sirven. À  Abbeville, le 9 août 1765, on découvre en pleine ville, sur le Pont-neuf, un crucifix de bois mutilé. Les soupçons se portent sur un groupe de jeunes gens qui se sont fait remarquer en ne se découvrant pas devant la procession du Saint-Sacrement en chantant des chansons obscènes et en affectant de lire le Dictionnaire philosophique de Voltaire. Le chevalier de La Barre, âgé de 19 ans, est condamné à avoir la langue coupée, puis à être décapité et brûlé. Le Parlement de Paris confirme la sentence. L’exécution a lieu le 1er juillet 1766. Le Dictionnaire philosophique est brûlé en même temps que le corps et la tête du condamné. Voltaire rédige l’exposé détaillé de l’affaire, fait ressortir le scandale, provoque un revirement de l’opinion. Le juge d’Abbeville est révoqué, les coïnculpés acquittés.
Son engagement pour combattre l’injustice va durer jusqu’à sa mort.

Dernier acte :
« J’ai été pendant 14 ans l’aubergiste de l’Europe », écrit-il à Madame du Deffand. Ferney se trouve sur l’axe de communication de l’Europe du Nord vers l’Italie, itinéraire du Grand Tour de l’aristocratie européenne au XVIIIe siècle. Les plus nombreux visiteurs sont les Anglais qui savent que le philosophe aime l’Angleterre mais il y a aussi des Français, des Allemands, des Italiens, des Russes.

   À Ferney, l’artiste genevois Jean Huber, devenu un familier de la maison, a fait d’innombrables croquis et aquarelles de Voltaire, dans l’ordinaire de sa vie quotidienne. En 1768, l’impératrice Catherine II  lui commande un cycle de peintures voltairiennes dont neuf toiles sont conservées au  musée de l’Ermitage.
   Les capitaux que Voltaire investit tirent Ferney de la misère. Dès son arrivée, il améliore la production agricole, draine les marécages, plante des arbres, achète une nouveauté dont il est fier, la charrue à semoir et donne l’exemple en labourant lui-même chaque année un de ses champs. Il fait construire des maisons pour accueillir de nouveaux habitants, développe des activités économiques, soieries, horlogerie surtout.
   Bien avant la mort de Louis XV, Voltaire souhaite revenir à Paris après une absence de près de 28 ans. Depuis le début de février 1773, Voltaire souffre d’un cancer de la prostate (diagnostic rétrospectif établi de nos jours grâce au rapport de l’autopsie pratiquée le lendemain de son décès). Les nouvelles autorités font comprendre à ses amis qu’on fermerait les yeux s’il se rendait aux répétitions de sa dernière tragédie. Après beaucoup d’hésitations, il se décide en février 1778 à l’occasion de la création d’Irène à la Comédie Française. Il s’installe dans un bel appartement de l’hôtel du  marquis de Villette.
   Dès le lendemain de son arrivée, Voltaire a la surprise de voir des dizaines de visiteurs envahir la demeure du marquis de Villette qui va devenir pendant tout son séjour le lieu de rendez-vous du Tout-paris « philosophe ».
Le 30 mars 1778 est le jour de son triomphe à l’Académie, à la Comédie Française  et dans les rues de Paris. Sur son parcours, une foule énorme l’entoure et l’applaudit. L’Académie en corps vient l’accueillir dans la première salle. Le public est venu pour l’auteur, non pour la pièce. La représentation d’Irène est constamment interrompue par des cris. À la fin, on lui apporte une couronne de laurier dans sa loge et son buste est placé sur un piédestal au milieu de la scène. On s’exclame : « Vive le défenseur des Calas ! ».
« Je meurs en adorant Dieu, en aimant mes amis, en ne haïssant pas mes ennemis, et en détestant la superstition ».
Voltaire a 83 ans. Atteint d’un mal qui progresse insidieusement pour entrer dans sa phase finale le 10 mai 1778, les mois qui lui restaient à vivre ont été pour lui, à la fois ceux de l’apothéose et du martyre. Il veut se prémunir contre un refus de sépulture. Dès le 2 mars, il fait venir un obscur prêtre de la paroisse de Saint-Sulpice, l’abbé Gaultier, à qui il remet une confession de foi minimale (qui sera rendue publique dès le 11 mars)  en échange de son absolution.
La conversion de Voltaire, au sommet de sa gloire, aurait constitué une grande victoire de l’Église sur la « secte philosophique ». Le curé de Saint-Sulpice et l’archevêque de Paris, désavouant l’abbé Gaultier, font savoir que le mourant doit signer une rétractation franche s’il veut obtenir une inhumation en terre chrétienne. Voltaire refuse de se renier. Un arrangement est trouvé. Dès la mort de Voltaire on le transportera « comme malade » à Ferney. S’il « décède pendant le voyage », son corps sera conduit à destination.

   Voltaire meurt le 30 mai dans l’hôtel de son ami le marquis de Villette. Le 31 mai, selon sa volonté, M. Try, chirurgien, assisté d’un M. Burard, procède à l’autopsie. Le corps est ensuite embaumé par M. Mitouart, l’apothicaire voisin qui obtient de garder le cerveau, le cœur revenant à Villette.
   Le neveu de Voltaire, l’abbé Mignot, ne veut pas courir le risque d’un transport à Ferney. Il a l’idée de l’enterrer provisoirement dans la petite abbaye sz  Scellière près de Troyes, dont il est abbé  commendataire. Le 31 mai, le corps de Voltaire embaumé est installé assis, tout habillé et bien ficelé, avec un serviteur, dans un carrosse qui arrive à Scellières le lendemain après-midi. Grâce au billet de confession signé de l’abbé Gaultier, il est inhumé religieusement dans un caveau de l’église avant que l’ évêque de Troyes, averti par l’archevêque de Paris, Christophe de Beaumont , n’ait eu le temps d’ordonner au prieur de Scellières de surseoir à l’enterrement.

Le Panthéon :
Après la mort de Voltaire, Mme Denis, légataire universelle, vend Ferney à Villette (la bibliothèque, acquise par Catherine II, est convoyée jusqu’à Saint-Petersbourg par Wagnière). Villette, s’apercevant que le domaine est lourdement déficitaire, le revend en 1785. Le transfert de la sépulture à Ferney devient impossible. L’abbé Mignot veut commander un mausolée pour orner la dalle anonyme sous laquelle repose Voltaire, mais les autorités s’y opposent.

   En 1789, l’Assemblée constituante vote la nationalisation des biens du clergé. L’abbaye de Scellière  va être mise en vente. Il faut trouver une solution. Villette fait campagne pour le transfert à Paris des restes du grand homme (il a déjà débaptisé de sa propre autorité le quai des Théatins en y apposant une plaque : « Quai Voltaire»). C’est lui qui lance le nom de Panthéon  et désigne le lieu : la basilique de Sainte-Geneviève .
Le 30 mai 1791, jour anniversaire de sa mort, l’Assemblée, malgré de fortes oppositions (les membres du clergé constituent le quart des députés) décide le transfert. Le 4 avril, l’Assemblée décrète que « le nouvel édifice de Sainte-Geneviève sera destiné à recevoir les cendres des grands hommes ». Mirabeau est le premier « panthéisme ». Voltaire le suit le 11 juillet. Comme le corps de Mirabeau fut retiré de ce monument des suites de la découverte de  l’armoire de fer, Voltaire est devenu le plus ancien hôte du Panthéon. Sur le sarcophage se lit une inscription : « Il vengea Calas, La Barre, Sirven et Monbailli.. Poète, philosophe, historien, il a fait prendre un grand essor à l’esprit humain, et nous a préparés à être libres. »

   Son œuvre littéraire est variée : son théâtre, sa poésie épique, ses œuvres historiques, firent de lui l’un des écrivains français les plus célèbres au XVIIIe siècle mais elle comprend également des contes et romans, les Lettres philosophiques, le Dictionnaire philosophique et une importante correspondance, plus de 21 000 lettres retrouvées.

L’héritage de Voltaire dans la culture française. (Guy)

L’esprit voltairien va être une marque du caractère français, esprit critique, de révolte, épris de justice.  Franco dans ses mémoires, parlant de l’arrivée des  touristes français, dira : «  Je me méfie des enfants de voltaire ». Alors sommes-nous plus voltairiens que cartésiens ?
Voltaire comme Montaigne est parfois exclu du « monde des  philosophes » et ceci parce qu’ils ne sont pas faiseurs de système. Plus que d’élaborer à la chandelle, des théories, Voltaire a vécu avec son temps, il  a vécu en philosophe, il écrit pour être compris de tout le monde, « …ce qui n’est pas à la portée du commun des hommes..,(écrit-il) n’est pas nécessaire au genre humain ».
   Et comment pourrait-on exclure de nos grandes références philosophiques, celui qui a écrit l’ouvrage de référence : « Le traité sur la tolérance », qui a écrit, « Les lettres philosophiques », « Candide » celui qui a combattu les différents fanatismes, qu’il nomme « la peste de l’âme ». Celui qui s’insurge contre le refus de sépulture de la comédienne de la Comédie française, Adrienne Lecouvreur. (Les acteurs qu’on nomme les saltimbanques étaient excommuniés par l’Eglise, et jetés à la voierie après leur mort,  la comédienne sera enterrée dans un terrain vague du quartier Grenelle).
De même, comment exclure  celui qui va se battre pour la réhabilitation du chevalier de la Barre, celui qui va mener un long combat pour réhabiliter Calas, pour ne citer que les affaires les plus connues.
Mais cet intellectuel prolifique est aussi un auteur de théâtre, plus de 40 œuvres, dont les plus connues sont « Œdipe, la mort de César, Le fanatisme, ou Mahomet le Prophète, Zaïre, etc.», Poète bien sûr, et ce que l’on sait moins, historien. Il écrira (entre autre) « L’Histoire du siècle de Louis XIV » et dans ce domaine il est des plus rigoureux, il consulte énormément, il écrit à des témoins, il va les rencontrer, il va même jusqu’à passer un mois dans une abbaye, dormant dans une cellule, vivant avec, et comme les moines, ceci afin de faire ses recherches dans leur fabuleuse bibliothèque. Il sera vulgarisateur scientifique avec Emilie du Châtelet qui lui a beaucoup  appris dans ce domaine. De plus il laissera des milliers de lettres (on parle de 21000 lettres) témoignant de tous ses contacts a à travers l’Europe.
Et de Voltaire nous avons hérité des modifications de règles de grammaire. Ainsi avec lui, et après lui, par exemple, on n’écrira plus les François ou les Anglois, alors qu’on prononçait, Français et Anglais.
Voltaire, philosophe engagé, tête de file des Zola, Hugo, Sartre, dit qu’il faut informer, faire savoir les injustices. « Si quelque chose », dit-il « peut arrêter chez les hommes le fanatisme, c’est la publicité ». Il donnera publicité à l’affaire Callas et à d’autres cas, il alerte l’opinion publique, laquelle notion « d’opinion publique » naît avec Voltaire. Il parle de « voie publique.., cette voie de toutes les honnêtes gens réunies qui réfléchissent »
Voltaire est philosophe avec son temps comme va le préconiser plus tard Hegel, il réagit à chaud sur les événement de son époque, ainsi le fera t-il avec son poème ; « Le désastre de Lisbonne », et là on découvre tout son style du poète et presque style journalistique, tant le propos donne à voir des scènes, et ce poème est aussi une fois de plus de s’opposer, à « ce tout est bien, ce « meilleur des mondes » Pope et de Leibniz. Il écrira : « L’optimisme est désespérant. C’est une philosophie cruelle sous un mot consolant. Hélas ! Si tout est bien quand tout est dans la souffrance, nous pouvons encore passer par mille mondes où l’on souffrira, et tout sera bien »  (Lettre à Elie Bertrand. 18 février 1756)
Voltaire est reconnu comme le premier intellectuel en France, un archétype de l’intellectuel engagé (même si ce thème intellectuel n’existait pas à son époque). La figure de Voltaire resurgit chaque fois que la liberté est bafouée.
Dans son émission 2000 ans d’histoire sur France Inter, Patrice Gelinet, débute ainsi : « En 2006 quand la publication des caricatures de Mahomet avait déchaîné la colère des intégristes et envoyé le directeur de Charlie Hebdo devant un tribunal, France Soir avait titré ; «  Au secours Voltaire, ils sont devenus fous.
   C’est dire à quel point, plus de deux siècles après sa mort, l’écrivain le plus célèbre du siècle des Lumières était encore d’actualité »

 La religion de Voltaire, dernière partie : (Edith)

Je suis d’accord sur le fait que c’était un individualiste, imbu de lui-même ; Mais quand même, il a compris que la religion au sens «  religaré » ce n’est pas seulement un culte. Il a fait la distinction entre « religaré » et « relegere », et c’est en sens qu’il : « Si Dieu n’existait pas, il faudrait l’inventer ».
Donc, Voltaire fit dans de son château de Ferney une église voltairienne consacrée non pas à des saints, comme les églises ordinaires, mais à Dieu seul c’est-à-dire à l’Etre suprême. Et    dans l’article « catéchisme » il explique que « le curé, doit connaitre un peu de droit, un peu de médecine, un peu d’agriculture. Il fera du bien à ses paroissiens, avec l’aide du Seigneur et de sa femme qui ne sont pas dévots. Il s’arrangerait d’une femme honnête, douce et agréable ; il ne posera pas aux filles qui se confesseront à lui, de questions indiscrètes, il n’excommuniera ni les sorciers, ni les comédiens, ni les sauterelles. Il assistera aux représentations du Misanthrope et d’Athalie, que le seigneur donne en son château. Il combattra l’ivrognerie, en permettant à ses ouailles de travailler le dimanche. Il prêchera la morale qui vient de Dieu et non la théologie qui vient des hommes ». Voltaire lui-même s’avisa de s’ingérer dans le service divin, à Pâques 1768, en entrant à l’office précédé de 6 cierges. Il n’officie pas en personne mais il prononce le sermon qui commence par « la loi naturelle est la plus ancienne » puis à nouveau en 1769. Les évêques, à chaque fois lui proposent les sacrements qu’il refuse. Mais ses amis l’accusent  de compromission avec l’Eglise … En 1778, la veille de sa mort il récidive: il refuse de se plier au rite catholique.
Et en 1770, après la cérémonie –suspecte pour beaucoup – de Pâques il écrit un grand ouvrage d’apologétique, Dieu et les hommes. Contre la cabale des athées, contre le fanatisme, il récapitule toutes les preuves historiques du théisme. Il part de la méchanceté des hommes , à laquelle la seule croyance d’un Dieu rémunérateur et vengeur « peut porter remède » ; il établit que toutes les nations civilisées ont cru à un Dieu, que seuls les Juifs, peuple tardif, cruel aux croyances mal fixées, font tâche dans ce concert universel; il démêle dans les Evangiles que Jésus ne fût pas chrétien mais un excellent théiste; il soutient que ses disciples, égarés par le platonisme, fabriquèrent une théologie dont le Maître n’avait pas la moindre idée; ainsi le christianisme a été fondé et il s’accroît  et ses crimes couvrent la terre.
A la fin de son ouvrage il construit un nouveau Temple: il veut bien qu’on continue à adorer Dieu par Jésus mais le nom de Jésus ne couvrira plus que la religion naturelle, réduite à la morale, sans théologie. Il conserve le culte public: il veut qu’on célèbre dans les temples des «cérémonies augustes », « un culte majestueux ». Il conserve aussi  le clergé mais critiquant le haut clergé, « qu’on supprime les cardinaux qui coûtent cher et ne servent à rien » mais aux évêques et aux curés  et « surtout il faut payer mieux le curé qui accomplit les tâches pénibles et nécessaires » : il tient le registre civil, il assiste les pauvres, il met la paix dans les familles.
Il propose de transformer les couvents en asiles où les vieillards et les invalides finiraient leurs jours dans la paix. Ainsi, dans toutes ses parties, le souci de l’utilité sociale inspire cette réforme Voltairienne: le dogme est réduit aux seules croyances qui soutiennent la morale, le clergé est conservé mais un clergé modeste et qui sert la société, à la fois par le culte auguste qu’il célèbre et par ses œuvres de bienfaisance.
La religion ainsi réformée sera inféodée à l’Etat dans quelques textes il envisage la séparation de l’Eglise et de L’Etat, mais ces textes sont peu nombreux. Son anticléricalisme caresse plutôt le projet d’un clergé de fonctionnaires qui ne puiserait plus dans les dîmes des ressources indépendantes mais que briderait étroitement le pouvoir qui le paierait. « L’Eglise est dans l’Etat et non l’Etat dans l’Eglise ». Frédéric II de Prusse qu’il conseillait, prévoyait ainsi l’avenir: le roi de France terminerait ses embarras financiers en s’emparant des biens du clergé, l’empereur annexerait les biens pontificaux et indemniserait le pape par une grosse pension. La France, l’Espagne, la Pologne se donneraient des patriarches nationaux, et cette révolution, complétant l’œuvre de la Réforme, enfermerait la religion de chaque Etat à l’intérieur de ses frontières.
Il préconisera qu’il faut garder le bas clergé, un clergé de fonctionnaires de l’Etat, que le dogme sera réduit aux seules croyances, que la religion sera inféodée à l’Etat qui en récupéra les biens.. Au final ses idées ont été reprises dans ce qui allait être un contrat entre l’Eglise et l’Etat.

⇒  Voltaire évoque souvent le despote éclairé, et ce qu’il devient dans son château de Ferney. C’est ce qu’a ressenti son visiteur, le marquis de Cubière (déjà cité) quand il écrit : « …ce qui m’étonne encore plus, c’est la ville que vous faites bâtir (il s’agit de Ferney). Ce qui me charme, ce sont les encouragements que vous donnez à l’agriculture dans un pays où le sol était si ingrat qu’il ne pouvait suffire à la subsistance de ses habitants. Mais la ville que vous avez bâtie, ne sera pas habitée, je pense, par les guerriers qui peuplent la terre, pas par de plats auteurs qui l’ennuient, mais par d’honnêtes laboureurs qui la rendront fertile, par des commerçant estimables qui l’enrichiront… »
    Donc, on voit le Voltaire devenu seigneur de Ferney, despote éclairé de « son petit royaume », ce qui d’un certain côté nous renvoie à Platon, au roi philosophe…

                                         Œuvres de Voltaire, (liste non exhaustive) :

Dictionnaire philosophique.
Traité sur la tolérance
Candide ou l’optimisme.
Le philosophe ignorant.
La philosophie de l’histoire.
Essai sur les mœurs et l’esprit des nations.
Essai sur l’histoire universelle.
Zadig
Micromégas
Le siècle de Louis XIV
La Henriade
Histoire de Charles X
Et 21000 lettres

Œuvres théâtrales :

Œdipe.
Zaïre.
La mort de César
Brutus.
Rome sauvée.
Tancrède.
Le fanatisme ou Mahomet
Éryphile.
Sémiramis.

                                                              Bibliographie :

Voltaire. John Gray. Seuil/Essais 2000
(Disponible à la médiathèque de Chevilly-Larue)

Voltaire le conquérant. Pierre Lepape. Seuil. 1994.
(Disponible à la médiathèque de Chevilly-Larue)

Histoire de la philosophie. Tome II. Emile Bréhier. PUF. 1968.
Voltaire. Pierre Milza. Edit Perrin. 2007
La philosophie des Lumières. Ernst Cassirier. Edit. Gérard Montfort. 1966.
Voltaire, sa jeunesse et son temps. Roger Peyrefitte.
Moi, j’écris pour agir ; la vie de Voltaire. Max gallo. Fayard 2008.
Voltaire contra los fanaticos. Fernando Savater. Edicion Ariel. 2005

                                                            Emissions radio

Les chemins de la philosophie. « L’esprit Voltaire ». France culture. 20. 02.2017
2000 ans d’Histoire. Patrice Gélinet. France Inter
Voltaire/Rousseau, enemigos intimos. Juan Antonio Cebrián. Radio onda zero. 2015

                                                               Internet

Le siècle de Lumières. http://www.espacefrancais.com/le-siecle-des-lumieres/

De Voltaire à Rivarol. Philippe Roger. (Podcast) Le collège de France. 17/01.2017.
https://www.college-de-france.fr/site/audio-video/

Vidéo You tube/ C’est la faute à Voltaire
https://www.youtube.com/watch?v=4Zpfgs_Kj0s

Vidéo You Tube/ Une figure des Lumières, Voltaire
https://www.youtube.com/watch?v=x5dK5VKaYDk

                                                                Films

Divine Emilie. (Émilie du Châtelet). Téléfilm. Arnaud Sélignac. 2007
Voltaire et l’affaire Calas. Francis Reusser. 2007

 

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