Ciné-philo autour du film: Lion

                          Ciné-philo   à Chevilly-Larue
En partenariat avec le cinéma du théâtre André Malraux
Restitution du débat du 22 mai 2017

Affiche:, Lion. Image promotionnelle

Affiche:, Lion. Image promotionnelle

 Film de Garth Davis. Oscars 2017. 6 nominations

Thème du débat : «  Peut-on vivre sans ses racines » ?

Débat : ⇔ On peut penser que ce film a été sponsorisé par la marque « Kleenex » ; on dit même qu’il a été vendu autant de paquets de mouchoirs que d’entrées, (c’est pour rire). Néanmoins pendant la projection j’ai entendu souvent des gens qui se mouchaient. Bien sûr il y a de l’émotion ; je reconnais que lorsque je vois les yeux de Saroo dans la baignoire regardant sa mère adoptive, je craque, il a un regard d’une telle profondeur cet enfant.
Alors, bien sûr, il y a des gens qui ont dit, c’est un film pour faire « pleurer dans les chaumières », soit ! Mais c’est tout de même une histoire vécue, même scénarisée, avec sûrement des petits rajouts. Cela reste du beau cinéma qui parle au cœur de chacun (enfin si on en a). Ce qui serait intéressant, ce serait de connaître pour chacun de nous, quelle est l’image, le moment qui vous a le plus marqué ?

⇒ C’est la complicité des deux frères qui m’a marquée, cette fusion, leurs regards lorsqu’ils sont dans leurs lits.

⇒ Nous avons deux personnages Saroo, l’enfant puis l’adulte, lesquels se cherchent. Mais c’est l’enfant le plus émouvant, celui qui nous marque le plus.

⇒ On a le sentiment que Saroo adulte est tout à coup arrêté, il n’arrive plus à se projeter dans le futur, bloqué tant qu’il n’a pas retrouvé son passé.

⇒ De même que tant qu’il na pas résolu ce problème de ses racines, il n’arrive pas à s’investir dans une vraie relation amoureuse. Il n’en a pas les moyens tant qu’il n’est pas lui-même.

⇒  Il lui manque une part de lui-même. La psyché est, nous dit-on, constituée de ce que l’on est à cet instant, et de ce qu’on a été à tous les moments de sa vie ; cela semble bien s’appliquer au personnage.

⇒ Ce qui m’a marquée, c’est l’instinct de survie, de préservation. Lorsqu’il est recueilli par cette femme à Calcutta, et que vient cet homme, il sent quelque chose en lui qui lui dit « attention danger ! »

⇒ Ce qui nous rappelle que chaque année 80.000 enfants disparaissent en Inde. Quels médias en parlent ? Quels journalistes d’investigation enquêtent ? Alors qu’on nous assomme des péripéties des élections aux USA (par exemple). Alors, que deviennent  ces enfants, et qui s’y intéresse ?

⇒ On peut craindre qu’ils ne soient vendus, livrés à la prostitution.

⇒ Ou pire, qu’ils ne fassent l’objet d’un commerce d’organes.

⇒ Oui, lorsque recueilli par la jeune femme à Calcutta, le monsieur qui vient le voir dit à la femme : «  c’est bien ce qu’ils cherchent »  Donc on peut penser à la vente d’enfants, voire d’adoptions en dehors des lois des différents pays.

⇒ Une image qui est marquante, et qui me semble est un tournant du film, c’est celle des beignets, les « jalabis », c’est un déclic, et tout à coup resurgissent des souvenirs enfouis.

⇒ C’est la réminiscence de la « madeleine de Proust ».

⇒ Lorsqu’il était petit il avait ce souhait c’est que son frère lui achète 200 jalabis. Et  ce que qui m’a marquée, c’est ce côté bienveillant du grand frère, ce qu’on ne rencontre pas à ce point en occident, ce grand frère qui protège.

⇒ Il y a rupture affective de la part de l’enfant, de plus on ne voit pas de père, donc tout l’affectif se reporte d’abord et surtout sur la mère, puis sur son frère Guddu.

⇒ J’ai retenu une réplique de la mère adoptive qui lui dit qu’elle aurait pu avoir des enfants, mais que ce fut un choix avec son mari : « Nous avons choisi d’adopter des enfants qui souffraient, leur donner une chance, cela signifie quelque chose… »

⇒ Le moment que je retiens c’est lorsqu’il retrouve la maison de son enfance, laquelle est devenue une étable avec la chèvre.
Cela nous rappelle que des enfants qui ont recherché leur parent biologique sont allés parfois au-devant de grosses désillusions.
L’image que garde l’enfant et la réalité, peuvent ne pas correspondre.
Les racines pour Saroo, ça se résume à sa mère, son frère, quelques images de son village, auxquelles s’ajoute celle de la réserve d’eau dans cette gare.

⇒ Il vit en Australie, mais il n’est pas Australien, il sait qu’il est Indien, et il veut retrouver son pays. Il est entre deux cultures, il est travaillé entre l’amour de ses deux mères.

⇒ Pendant vingt ans tout se passe bien, puis il va entrer dans sa vie d’adulte, c’est une période charnière, et c’est souvent la période critique pour les enfants adoptés.

⇒ C’est lorsqu’il s’apprête à construire quelque chose, que le vide du passé devient une hantise. Il ne pense plus qu’à retrouver ses racines, il veut retrouver sa famille.
J’ai eu un exemple près de moi, et la question s’est posée, quand et comment faut-il aider des enfants adoptés dans cette recherche de leur famille d’origine.

⇒ Le déclic, c’est quand il a des contacts avec des jeunes originaire eux aussi d’Inde, il s’est senti concerné, et on lui a demandé d’où il était.

⇒ On est tous plus ou moins concernés par cette question de racines. Que ce soit nous, directement, nos parents. Et puis nous ne sommes pas tous nés là où nous habitons, pour beaucoup d’entre nous, il y a un village quelque part à la campagne dans notre mémoire d’enfance. Nous avons parfois des parents dans le cimetière de ce village, ça crée un lien.
Qu’on soit de la Corrèze, de Constantine (Algérie), d’Italie, etc., cette origine c’est une part de nous, c’est viscéral. Mais peut-être que certaines personnes ne le ressentent pas ainsi.

⇒ Je suis née en Algérie, le village de mon enfance  a été complètement détruit lors de la guerre. J’avais toujours envie de retrouver. Vingt ans plus tard j’y suis allé, et je recherchais les odeurs de mon enfance, j’ai revu ces maisons de pierre.., j’ai pleuré, maintenant, de là, à vivre là-bas je ne peux pas, ma vie elle est ici. Il m’en reste un peu de nostalgie.

⇒ Témoignage : Une personne proche a appris qu’elle était née « de père inconnu ». Elle a questionné sans cesse sa mère au sujet de ce père, laquelle lui a dit qu’il devait être militaire. Elle a fini par s’inventer un père militaire, elle avait ce besoin, elle a compensé de cette façon.

⇒ Est-ce que dans dix ans on ne fera pas un peu ce genre de film, avec un enfant GPA ?

⇒ Cette quête de ses racines, de sa famille, de son village, devient une obsession, c’est quelque chose qui bouscule toutes ses références habituelles.

⇒ (Témoignage) : A quinze ans, j’ai appris que mon père n’était mon vrai père. Je n’ai pas été surprise, je le pressentais depuis longtemps. J’ai cherché à retrouver ce père, j’ai eu une déception, ça m’a souvent travaillée.

⇒ (Témoignage) : Mon arrière grand-père portait le nom (qui est aussi le mien) du village où il a été recueilli bébé sur les marches de l’église. Je suis allé voir ce village dont je porte le nom.

⇒ La démarche de Saroo n’est pas une recherche de ses racines, mais de sa filiation. Et en ce sens, la question : peut-on vivre sans ses racines ? » je l’ai traduite par, les racines sont-elles la condition de la vie ? Et bien, je réponds, non ! Je n’ai pas besoin d’avoir des racines, je me souviens du village où je suis née, de la ferme où j’ai vécu trois ans, des oies qui me pinçaient les fesses. J’y suis retourné une fois, mais je n’en ai pas la nostalgie. Par contre j’ai des racines. Et les racines que j’ai : c’est toutes les idées, tous les savoirs, tous les enseignements qui m’ont été transmis par mes parents. Et en ce sens je voudrais reprendre un exemple de Descartes, qui dit : « La philosophie est un arbre dont les racines ne sont enracinées dans aucun sol. La philosophie est un arbre dont les racines sont la métaphysique, les branches, toutes les sciences… ». L’arbre dont parle Descartes n’a pas de racines, pour autant il n’est pas un arbre mort, il est vivant, il est ce qui dans votre esprit, tout ce qui vous  construit, et pas que votre mémoire, votre filiation.

⇒ On peut être construit de plusieurs arbres, filiation, connaissances, mémoire, vies matérielle, affective, intellectuelle, spirituelle…

⇒ Nous définissons différemment ce mot « racines ». Moi j’y mets : l’endroit où je suis né, là où j’ai grandi, puis les différents endroits qui m’ont imprégné. C’est la ferme de mon enfance, c’est un quartier de Paris, c’est l’Afrique du nord où j’ai vécu quelque temps, c’est aujourd’hui l’Andalousie.., tous ces endroits et les gens que j’y ai côtoyés, tout cela est une partie de moi. Quand on met une pousse en terre, elle n’a que peu de racines, les racines vont se former tout au long d’une vie, mais celles de l’enfance restent primordiales.

⇒ Saroo a pu retrouver son village, sa famille grâce à Google earth, bonne pub pour Google.   C’est quand il entre en contacts avec d’autres Indiens, que la question de son origine lui est posée, que viennent toutes les questions. Il réalise qu’il appartient lui aussi à cette communauté. Aujourd’hui il n’y a plus ce même enracinement dans les terroirs, il y a tant des diverses diasporas de par le monde.

 

 

 

 

 

 

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