Diderot, l’esprit des Lumières

Denis Diderot, par L.M. Van Loo. 1767. Musée du Louvre.

Denis Diderot, par L.M. Van Loo. 1767. Musée du Louvre.

       Restitution de la réunion du  27 mars 2019 à Chevilly-Larue

Animateurs, animatrices : Edith Perstunski-Deléage, philosophe – Danielle Pommier Vautrin  – Serge Carbonnel – Thibaut Simoné – Guy Pannetier.
Modérateur : Hervé Donjon

Biographie de Diderot (Danielle)
Premières années de bohême.
Denis Diderot naît le 5 octobre 1713 à Langres, au sein d’une famille de la bourgeoisie aisée. Son père coutelier le pousse à suivre des études auprès des Jésuites, convaincu qu’une carrière ecclésiastique conviendrait à son fils. Diderot, lui, n’y voit pas d’objection et pense lui-même être sur la bonne voie. Aussi, il se rend à Paris pour approfondir ses enseignements. Entre philosophie, théologie et droit, tout l’intéresse. Il obtient le titre de maître es art en 1732.
Au sortir des études, Diderot réalise finalement que la prêtrise ne lui convient pas. Il tente alors de gagner sa vie selon les opportunités, tantôt précepteur, tantôt employé d’un procureur. Avide de savoir, il apprend l’anglais, les mathématiques, les langues anciennes. C’est ainsi qu’au rythme d’une existence bohême, il croise la route de Rousseau, avec qui il se lie aussitôt d’amitié. Durant cette même période, il tombe sous le charme d’une jeune lingère, Antoinette Champion, qu’il épouse sans le consentement paternel et dont seule une fille survivra Marie-Angélique.

Premiers écrits : matérialisme et athéisme
Suite à sa rencontre avec Rousseau Diderot est bien décidé à prendre la plume. D’abord traducteur, il est aussi amené à rencontrer Condillac. Au fur et à mesure qu’il nourrit son esprit, ses pensées évoluent vers l’athéisme.. Déjà avec Pensées philosophiques, en 1746, il tend vers la notion de déisme et de religion naturelle. Ce premier ouvrage est aussitôt condamné. Lorsqu’il écrit Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient, la dernière étape vers l’athéisme est franchie.
   Ainsi, Diderot y avoue sans réserve un matérialisme athée qui le conduit directement à la prison de Vincennes en 1749. Les quelques mois qu’il y passe s’avèrent une expérience douloureuse et dès sa sortie, il abandonne l’idée de publier la totalité des ouvrages qu’il écrira. Toutefois, il ne démord pas de ses positions philosophiques. Selon lui, le monde, la vie, la pensée appartiennent à la matière et évoluent seuls, par une sensibilité universelle et sans aucune intervention divine. Il se distingue alors du matérialisme mécaniste de La Mettrie, d’Holbach ou d’Helvétius.

Du drame au critique d’art
Denis Diderot ne peut concevoir l’existence sans écrire. Aussi s’adonne-t-il au théâtre avec le Fils naturel
, rédigé en 1757, mais joué seulement des années plus tard. S’ensuit dès 1758 le Père de famille. Dans ces nouvelles œuvres dramatiques, Diderot entend bien s’éloigner de la tragédie classique pour laisser place au drame domestique bourgeois. Pour lui, la prose naturelle doit supplanter le vers. Mais ses réalisations ne remportent pas un franc succès. Au cours de cette période, Diderot et Rousseau se fâchent définitivement.
    Tout en assumant la lourde tâche de l’Encyclopédie (qu’on lui a confiée en 1747), Diderot fréquente les milieux savants et artistiques. Il ne peut alors s’empêcher de mettre sur papier ses ressentis et analyses face aux œuvres et ouvrages qu’il découvre sur son chemin. Ainsi, dès 1759, il publie dans la Correspondance littéraire de Grimm son premier Salon, ce qui fait de lui l’un des fondateurs de la critique d’art. De plus, en parfait esthète, Diderot accorde une grande importance à l’art dans son Encyclopédie.

L’Encyclopédie
L’Encyclopédie, justement, vient d’être interdite suite à la publication de l’Esprit, essai philosophique d’Helvétius qui heurte considérablement l’Église. Diderot, travaillant à ses critiques d’art, n’entend pas abandonner un projet qu’il affectionne et pour lequel il se démène depuis 1747. D’Alembert ayant renoncé, il poursuit seul sa tâche. Selon lui, il est indispensable de diffuser le savoir à tous. C’est là le seul moyen de contrer l’intolérance et de promouvoir la raison, d’autant plus qu’il ne s’agit pas seulement de rassembler les connaissances mais aussi de leur apporter le souffle philosophique de l’époque. Ainsi, Diderot s’attelle à la rédaction des dix derniers tomes de l’ouvrage monumental. Publiés en 1766, ils laisseront un goût d’amertume à son principal auteur, trahi par son éditeur qui le censure à plusieurs reprises. Toutefois, l’ouvrage n’est pas tout à fait terminé. Diderot publiera encore un volume de planches en 1772 ainsi qu’un supplément à la fin des années 1770.

Œuvres narratives et dialogues philosophiques
   Le projet encyclopédique touchant à sa fin, Diderot peut se consacrer à d’autres formes d’écriture. Au cours des années précédentes, il avait déjà commencé la rédaction de quelques œuvres narratives importantes, sans pouvoir les achever. C’est le cas par exemple de la Religieuse, du Neveu de Rameau, ou de Jacques le Fataliste. Enfin, il a le temps de les remanier et de les terminer.
   Finalement, que ses œuvres soient publiées ou non, peu lui importe. Diderot est un philosophe pour qui l’écriture est un dialogue interne qui permet de façonner ses pensées. Ainsi, il retrouve ses préoccupations sur l’origine de la vie dans le Rêve de d’Alembert (1769) et sur la morale dans Supplément au voyage de Bougainville (1772, publié en 1796).

Voyages et vieillesse
   À partir de l’été 1773, Diderot se rend à La Haye avant de rejoindre l’impératrice russe Catherine II à Saint-Pétersbourg. Des années plus tôt, celle-ci lui avait acheté sa bibliothèque et lui en avait laissé le bénéfice. Il l’en remercie en apportant ses lumières sur l’éducation en Russie. Ses voyages finissent toutefois par le fragiliser et, de retour à Paris, il écrit de moins en moins.
   Parmi ses dernières œuvres figurent Paradoxe sur le comédien (1773-1778, publié en 1830), Entretien avec la maréchale (1776) et Essai sur les règnes de Claude et de Néron (1778). En 1781, il écrit sa dernière œuvre dramatique : Est-il bon ? Est-il méchant ? Vieux et malade, il abandonne l’idée de publier la totalité de ses ouvrages inconnus. Sophie Volland, sa maîtresse bien-aimée qu’il fréquente depuis 1756 et avec laquelle il a échangé une correspondance remarquable, meurt en février 1784. Diderot s’éteint le 31 juillet suivant, à l’âge de 70 ans.
   Mal connu de ses contemporains, tenu éloigné des polémiques de son temps, peu enclin à la vie des salons et mal reçu par la Révolution, Diderot devra attendre la fin du XIXe siècle pour recevoir enfin tout l’intérêt et la reconnaissance de la postérité dans laquelle il avait placé une partie de ses espoirs.
   Ainsi, cet homme destiné à la prêtrise a emprunté une toute autre voie, guidé par sa soif de savoir et ses convictions philosophiques. Cette voie a fait de lui l’un des plus grands représentants des Lumières et son œuvre, dans laquelle l’Encyclopédie ne peut se dissocier de ses autres productions, reste l’une des plus importantes de la littérature française.

Denis Diderot : quelques dates-clés

5 octobre 1713 : Naissance de Denis Diderot
1 septembre 1732 : Diderot est maître es art
1 janvier 1742 : Diderot rencontre Rousseau
6 novembre 1743 : Mariage avec Antoinette Champion
1 janvier 1746 : Les « Pensées philosophiques » sont brûlées
Le Parlement de Paris condamne l’œuvre de Diderot, intitulée « Pensées philosophiques », à être brûlée en public.
1 octobre 1747 : Le projet de « l’Encyclopédie » est lancé
24 juillet 1749 : Diderot est emprisonné à Vincennes
7 février 1752 : L’Encyclopédie est censurée
1 janvier 1756 : Rencontre avec Sophie Volland
1 janvier 1757 : Composition de la pièce « le Fils naturel »
1 janvier 1759 : Diderot participe à « la Correspondance » de Grimm
3 septembre 1759 : Le pape Clément XIII condamne l’Encyclopédie de Diderot
1 janvier 1760 : Diderot commence la Religieuse
1 janvier 1762 : Première ébauche du « Neveu de Rameau »
 janvier 1765 : Les premiers traits de « Jacques le Fataliste »
1 août 1769 : Diderot écrit « le Rêve de d’Alembert »
1 janvier 1772 : Parution du « Supplément au voyage de Bougainville »
11 juin 1773 : Diderot part pour la Russie
31 juillet 1784 : Mort de Diderot

        Contexte politique et social, et, Diderot le génie mal aimé (Guy)
 Diderot, agitateur d’idées de ce 18ème siècle, philosophe, romancier, dramaturge, conteur, critique d’art, maître d’œuvre de l’Encyclopédie, cette plume incomparable, parfois même au service de ses amis, est (dira Michelet) : « le Prométhée du siècle des lumières ».
Il est celui qui va apprendre inlassablement pour faire savoir, pour éclairer (sans jeu de mots particulier) les esprits de ses contemporains.
   Et ce n’est pas une mince affaire, ce n’est pas sans risque que de dire, d’oser dire, car la monarchie et tous ceux qui y sont attachés sentent que ce modèle vacille. Alors le pouvoir se fait plus dur, celui-ci tente de mettre le Parlement « au pas », et contrôle sévèrement tous les écrits.
   La censure est plus active que jamais, des mouchards sont infiltrés partout, on s’en méfie dans les lieux d’expression ; dans les salons, ou, comme au Procope où des hommes de lettres se réunissent souvent après les spectacles, des mouchards y ont leur table. C’est la chasse aux écrits, aux publications qui remettraient en cause les deux pouvoirs : du temporel à l’intemporel ; et qui attaque l’Eglise, alors, attaque le roi.
   A la Chancellerie, administration chargée de la censure, et donnant autorisation ou non de publier, une soixantaine de personnes contrôlent en permanence les écrits. Et il existe parallèlement un  cabinet du secret des postes, dit aussi « cabinet noir », lequel surveille tous les courriers ; ce qui fera dire à Voltaire,  toujours prêt à une flèche d’humour : «  Jamais le ministère qui a le département des postes n’a ouvert de lettres de particulier, excepté quand il a eu besoin de savoir ce qu’elles contenaient »
   Diderot comme le fait Voltaire, va parfois utiliser le récit, le conte philosophique pour contourner la censure. Il dit alors qu’il use d’ « une philosophie en habit d’Arlequin ».
Des individus pris en possession de livres interdits sont arrêtés, torturés, exilés, ou envoyés aux galères.
   Le régime est d’autant plus fragilisé qu’il s’est endetté pour faire la guerre ; les caisses sont vides, le royaume est en situation de faillite, un nouvel impôt est créé, impôt qui touche cette fois les nobles et le clergé.
   Les nombreux troubles, les émeutes qui éclatent dans le royaume sont dus à la subsistance ; nombreux sont les pauvres qui doivent dépenser 50% de leur revenu d’un travail pour acheter le pain. Turgot va autoriser la libre circulation du commerce des grains, ou, la concurrence déjà « libre et non faussée », laquelle va aboutir à la spéculation, rendant le prix du pain inaccessible pour beaucoup ; on parle alors des troubles « frumentaires » on parle de « la guerre des farines », les boulangeries sont gardées par des soldats. Quinze ans plus tard les femmes de Paris forceront les grilles de Versailles pour demander du pain.
   Diderot avec certains écrits, sème des idées révolutionnaires, par exemple: « La nature n’a fait ni maître ni serviteur », « Aucun homme n’a reçu de la nature, le droit de commander aux autres
   Diderot qui participe à cet éveil de son siècle, annonce la rupture avec les philosophes des siècles précédents, de Pascal à Descartes, et tout ceux qu’il nomme, les « méthodistes », il dénonce chez ces philosophes un « galimatias métaphysico-théologique »
  Diderot en son siècle est particulièrement connu par son engagement dans l’Encyclopédie, la plupart de ses œuvres seront posthumes; il n’ose publier, il craint la censure, il craint la prison, il craint d’être coupé d’un monde d’intellectuels, en fait il supporte mal la prison, souvenir peut-être de son enfermement au couvent. Il sera incarcéré à Vincennes pour ses écrits entre autres pour la « Lettre sur les aveugles pour ceux qui voient » ; tout d’abord il niera l’avoir écrit, puis il dira : « Ce n’est pas moi qui l’ai écrit, mais je vous promets de ne plus recommencer ». C’est paradoxalement à partir de ce séjour en prison qu’il acquiert une certaine notoriété.
    Diderot reste cet esprit opiniâtre qui veut éduquer le peuple pour qu’il se libère. Se libère des superstitions, des croyances, et c’est pour ça que, contre vents et marées il va passer plus de 20 ans attelé à ce monument de savoir qu’est l’Encyclopédie : « Le but de l’encyclopédie »  écrit-il, «  est de ramasser les connaissances éparses sur la terre […] afin que les travaux des siècles passés n’aient pas été des travaux inutiles pour les siècles à venir, et que nos neveux, nos descendants devenant plus instruits deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux »
   Et enfin, je reviens sur les accusations quant aux responsabilités attribuées à Diderot dans les excès de la Révolution, et pourquoi il fut si longtemps, ce génie mal aimé.
  Alors que les œuvres de Voltaire et de Rousseau sont de leur temps et après eux, connues et diffusées, celles de Diderot seront « mises au placard ». Et même si elles ne sont publiées que bien après sa mort, (car de contenu trop dangereux), elles seront décriées, voire caricaturées  par ceux qui en auront connaissance.
   Trois choses seront reprochées à Diderot. En premier, son athéisme affiché, revendiqué ; ce qui sera même dénoncé sous la Révolution. Alors qu’on brûle des églises, qu’on tue des prêtres, Robespierre qui souhaite faire référence dans la Constitution à un « Être suprême »,  dit le premier exécrer Diderot et les encyclopédistes. « Longtemps l’athéisme fera peur ».
   En second, on lui reproche ces quelques vers dans le « Discours d’un philosophe à un roi »
«  C’est alors qu’un trône vacille;
Qu’effrayé, tremblant, éperdu,
D’un peuple furieux, le despote imbécile
Connaît la vanité du pacte prétendu »
Puis il ajoute à ce texte un propos repris au prêtre philosophe Jean Meslier :
« Et les mains ourdiraient les entrailles du prêtre ?
Au défaut d’un cordon pour étrangler les rois »
   Toujours dans cette accusation d’incitation au régicide, un texte où il utilise une métaphore liée à l’activité de son père, la coutellerie : « Je serai, (celui) qui dit que ce sont des couteaux à deux tranchants se disposant alternativement suivant leurs intérêts, ou, entre les mains du roi pour couper le peuple, ou, entre les mains du peuple pour couper les rois »
  Donc, pour ses détracteurs, il appelait à décapiter le roi, alors qu’on le découvre dans les diverses biographies, dont la très bonne de Jacques Attali, «  Diderot, ou le bonheur de penser », un homme pacifiste, ami des hommes, « Ce combattant du verbe était l’homme le plus doux de la terre » (écrit Jacques Attali), lequel homme n’aurait sûrement pas accompagné le côté sanguinaire de la révolution.
    Et enfin, troisièmement, il lui sera longtemps reproché d’avoir démoli cette valeur qu’est le mariage, ainsi il écrit (parmi d’autres textes contre le mariage) : Le mariage « Une notion excellente pour trois ou quatre têtes bien faites, mais funeste pour la généralité. Le vœu du mariage indissoluble fait et doit faire presque autant de malheureux que d’époux ». Il évoque même la possibilité pour une femme d’avoir un enfant sans se lier en aucune façon au géniteur.
   Aujourd’hui des féministes, telle Elisabeth de Fontenay dans son ouvrage : «  Diderot ou le matérialisme enchanté » voit même là, (avec ses lunettes d’un féminisme de combat) un des premier textes ébranlant la société patriarcale, et l’assujettissement de la femme par le mariage.
   Longtemps ostracisé par une philosophie universitaire, il  aura fallu presque un siècle pour que Diderot, soit reconnu, avec un hommage en 1850 par Pierre Larousse, et que tous les arguments réactionnaires soient balayés pour redonner la vraie dimension de génie, de cet ami du genre humain.
    On va nommer Voltaire et Rousseau comme responsables de la Révolution: « C’est la faute à voltaire, c’est la faute à Rousseau », mais, ce n’est pas la faute à Diderot. Et pourtant !  nombre de ses écrits, tout ce renversement  de la pensée auront participé à l’esprit de révolte qui donnera 1789.
   Diderot est un des premiers qui a compris qu’on ne renversera pas les tyrans, les rois de droit divin, sans remettre en cause, le « pouvoir divin ». Les nostalgiques du royalisme, les religieux intégristes ont bien fait cette analyse.
   La haine pour Diderot se retrouvera lors du bicentenaire de sa naissance en 1913. Les mouvements d’extrême-droite menés par Maurice Barrès, et les catholiques-ultra,  manifestent contre cette célébration. Cette haine est aussi alimentée par ses propos qui sont les principes de la laïcité avant la lettre.
 Le 21ème siècle remettra sur le podium, ce génie, cet esprit des Lumières.

Diderot et la science. (Thibaut)
   « Quel plaisir de raconter la vie d’un homme immensément intelligent, puits de science, totalement libre, follement amoureux, incroyablement créatif ». C’est par ces quelques mots que l’écrivain Jacques Attali débute la très érudite biographie qu’il consacre au grand philosophe des Lumières, Denis Diderot.
   C’est dans la très célèbre Encyclopédie que Diderot va examiner le statut de celui qu’il nomme le philosophe. Cette définition pourrait, à n’en pas douter, se rapporter avec beaucoup de justesse à lui-même, alors qu’il décrit, « ce philosophe qui foulant aux pieds le préjugé, la tradition, l’ancienneté, le consentement universel, l’autorité, en un mot, tout ce qui subjugue la foule des esprits, ose penser de lui-même et n’admettre rien que sur le témoignage de son expérience et de sa raison. »
    Quelle plus belle définition pourrions-nous espérer que celle tirée de l’article « éclectisme » de L’Encyclopédie, à l’endroit de celui qui ne cessera toute son existence de s’abreuver profondément à « la fontaine piérienne », pour citer un vers fameux du grand poète anglais Alexander Pope. Dans son œuvre, « Pensées philosophiques », Diderot déclara que « si ces pensées ne plaisent à personne, elles pourront n’être que mauvaises ; mais je les tiens pour détestables si elles plaisent à tout le monde ».
   Et des pensées il en eut de fulgurantes ! En effet, bien qu’il ne soit l’auteur d’aucune découverte scientifique importante comme Galilée ou d’aucune véritable théorie à l’instar de Newton, il eut de nombreuses intuitions, d’incroyables fulgurances en matière de science, qui rendent sa pensée si moderne et par le même fait, si proche de l’humain du XXIe siècle ! Moderne en effet par la pensée athéiste et matérialiste dont il ne se cache pas et qui lui vaudra un séjour en prison.
   Voyez plutôt ce qu’il déclare dans ses « Pensées philosophiques » à propos du fonctionnement et de la nature du monde : « Grâce aux travaux de [Newton], le monde n’est plus un Dieu : c’est une machine qui a ses roues, ses cordes, ses poulies, ses ressorts et ses poids. » N’est-il pas piquant de remarquer comment les métaphores technologiques s’adaptent aux progrès de chaque époque. Ne comparons-nous pas de nos jours l’Univers à un ordinateur, comme nous pouvons le lire dans certains articles de cosmologie ? De plus, se faisant l’infatigable promoteur de l’observation rigoureuse du monde, il déclare quelques lignes plus en amont que « Les méditations sublimes de Malebranche et de Descartes étaient moins propres à ébranler le matérialisme, qu’une observation de Malpighi. »
   Rappelons que ce dernier peut être considéré comme le fondateur de l’anatomie microscopique, à la suite de Van Leeuwenhoek, drapier à Delft, qui perfectionne les loupes pour observer les tissus et qui se targue d’avoir décrit le premier les spermatozoïdes, les protozoaires et les bactéries en plein cœur du XVIIe siècle. Et bien entendu, Diderot fera état de « la découverte des germes » dans la section suivante de ses « Pensées ».
   Des pensées, il semble oser en attribuer aux animaux, comme pour leur offrir une théorie de l’esprit ainsi en témoigne ce dialogue issu, lui aussi des « Pensées » : « Êtes-vous un être pensant ? Lui demandais-je… – En pourriez-vous douter, me répondit-il, d’un air satisfait…- Pourquoi non ? Qu’ai-je aperçu qui m’en convainque ? … des sons et des mouvements ?… Mais le philosophe en voit autant dans l’animal qu’il dépouille de la faculté de penser : pourquoi vous accorderais-je ce que Descartes refuse à la fourmi ? » Il ne vous aura pas échappé l’allusion que Diderot fait au concept de « l’animal machine » cher au philosophe cartésien. Ce dernier se sera souvent trompé mais comment pouvait-il savoir et admettre en son temps que les non-humains font, eux aussi, preuve de capacités cognitives surprenantes.         Regardez plutôt les derniers travaux concernant les poules, les poulpes, les éléphants, les abeilles. Gageons que Diderot, lui, n’aurait pas été plus étonné que cela.
   Mais il est un domaine où, Diderot s’est particulièrement illustré par sa prescience. Il s’agit de l’idée de transformisme. En son temps, il est clairement admis que les êtres organiques tels qu’ils se donnent à voir, sont le produit de la création du Très-Haut, les sciences biologiques à l’époque ne se sont pas, en effet, encore émancipées de leur dire théologique. Ce « fixisme », tel qu’on le nomme ne sera balayé qu’un siècle plus tard avec la parution en 1859, de l’ouvrage majeur de Charles Darwin, « L’origine des espèces ». Dans son opus de 1754, « Pensée sur l’interprétation de la nature », Diderot nous expose l’idée d’organes homologues entre espèces différentes, ces homologies étant interprétées comme le signe d’une ascendance commune : « Quand on considère le règne animal et qu’on s’aperçoit que, parmi les quadrupèdes, il n’y en a pas un qui n’ait les fonctions et les parties, surtout intérieures, entièrement semblables à un autre quadrupède, ne croirait-on pas volontiers qu’il n’y a jamais eu qu’un premier animal, prototype de tous les animaux, dont la nature n’a fait qu’allonger, raccourcir, transformer, multiplier, oblitérer certains organes. » Texte véritablement précurseur ! Nous constatons de fait, que Diderot nous explique que les animaux auraient été précédés d’un « prototype » primitif, dont la plasticité organique serait à l’origine de la grande diversité des parties qui se donnent à voir sur les différentes espèces vivantes. Le fixisme passe un sale quart d’heure puisque les êtres seraient susceptibles de se modifier.
   Plus étonnant encore est le texte suivant : « N’est-il pas très remarquable que la main de l’homme faite pour saisir, la griffe de la taupe destinée à fouir la terre, la jambe du cheval, la nageoire du marsouin et l’aile de la chauve-souris, soient toutes construites sur le même modèle et renferment des os semblables, situés dans les mêmes positions relatives ? » Ces dernières lignes ne sont pas de Diderot mais de Darwin lui-même. Il est troublant de constater une ressemblance dans la pensée.
   Mais là où Diderot n’émet que supputations, le grand naturaliste anglais va patiemment construire pendant vingt ans une admirable théorie scientifique argumentée et confirmée à maintes reprises depuis. Dans « Le rêve de d’Alembert » de 1769, Diderot, enfonce le clou : «Qui sait à quel instant de la succession de ces générations animales nous en sommes ? Qui sait si ce bipède déformé, qui n’a que quatre pieds de hauteur, qu’on appelle encore dans le voisinage du pôle un homme, et qui ne tarderait pas à perdre ce nom en se déformant un peu davantage, n’est pas l’image d’une espèce qui passe ? Qui sait s’il n’en est pas ainsi de toutes les espèces animales ? » Ce texte datant du milieu du XVIIIe siècle est extrêmement téméraire.
   En écrivant de la sorte, Diderot sait que les êtres organiques passent et se transforment. L’espèce humaine elle-même ne fait pas exception à la règle. La matière est corruptible et ne saurait rester à jamais l’image fidèle d’elle-même. Ainsi, « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve » affirmait Héraclite, pour qui la seule permanence est à chercher dans le changement lui-même. Le « bipède déformé » dont Diderot esquisse le portrait, ce sont les esquimaux, que l’on vient juste de « découvrir ». De ce texte, il en ressort des conséquences philosophiques et théologiques absolument considérables. Ne vaut-il pas mieux pour lui que les faire apparaître en songe et ainsi faire passer ses idées révolutionnaires sans pour autant risquer l’embastillement.
   Enfin, dans ses « Pensées philosophiques ». Diderot fustige l’esprit humain et son incapacité à se représenter les grands nombres, source de croyances et de mésinterprétation des probabilités. Il déclare : « Selon les lois de l’analyse des sorts, […] je ne dois pas être surpris qu’une chose arrive, lorsqu’elle est possible, et que la difficulté de l’événement est compensée par la quantité de jets. »
   L’encyclopédiste a alors tout dit. Ainsi, plutôt que d’expliquer la survenue d’un phénomène rare par le miracle, il mise sur ses très nombreuses occurrences faisant ainsi passer sa survenue de l’état « improbable » à l’état « certain ». Par le même fait, il contredit les bigots et autres thuriféraires de Lourdes, qui, par méconnaissance de la taille de l’échantillon, préfèrent voir dans les guérisons « miraculeuses » le geste divin d’un Démiurge plutôt que les conséquences naturelles de la loi des grands nombres. Diderot, ayant conscience de sa propre limitation mentale, se plaît à penser contre lui-même et se fait le pourfendeur de l’obscurantisme. Il mettra en pratique ce qui deviendra la devise des Lumières : « Sapere aude». Espérons ne jamais rompre d’avec elles si tant est que nous ne les ayons jamais épousées

Diderot ou la naissance de la critique d’art  (Serge)
Il existe une œuvre importante de Diderot : « Les Salons ». Ce sont des comptes rendus, rédigés lors des Expositions organisées tous les deux ans par l’Académie royale de peinture et de sculpture dans le Salon carré du Louvre entre 1759 et 1783. Beaucoup de critiques considèrent que ceci est la naissance de la critique d’art comme genre littéraire.
    Frédéric Melchior Grimm a l’idée de créer une revue manuscrite, la « Correspondance littéraire », recopiée à la main et expédiée en correspondance privée pour échapper à la censure. Les abonnés sont les princes des principales cours d’Europe de l’est et du nord, qui lisent parfaitement le français et sont friands de ce genre de nouveautés
   C’est Grimm qui rédige les premiers comptes rendus. En 1757, il s’attarde devant un tableau et fait parler Diderot sur ce qu’il en pense Il demande ensuite à Diderot de se charger des comptes rendu mais dans le même esprit que leur discussion devant le tableau en question.
  En 1759, Diderot se lance et propose son premier compte rendu.
  Diderot rédigera en tout neuf Salons de 1759 à 1781. De quelques pages en 1759, les Salons, avec leurs suppléments de réflexions occupent en 1765 et en 1767 plusieurs centaines de pages.  « À partir de 1769, les Salons sont plus brefs, Diderot y consacre moins de temps : Il est reconnu, l’Encyclopédie a été publiée, il va se consacrer à son œuvre proprement philosophique et politique, dont on trouve d’ailleurs souvent l’embryon dès les Salons » https://fr.wikipedia.org/wiki/Salons_(Diderot)
   En principe Diderot décrit chaque œuvre. Mais dans les Salons, les critiques n’ont pas de frontière nette entre description et le jugement qui lui-même mêle le propos sur l’art et la fantaisie comme dans bien des œuvres de Diderot.
   L’évocation que Diderot fait des toiles exposées par Vernet en 1759 fournit l’argument d’une rêverie musicale et d’une réflexion philosophique. « La tempête est un spectacle, elle est un concert où sonnent le grondement du tonnerre et les cris des victimes. La voix humaine est donc présente dans le concert de la nature, c’est elle qui souligne le désordre de la tempête et marque l’impossibilité soudain d’accorder la nature et l’histoire, les puissances de l’océan et le destin des hommes ».
Cette réflexion philosophique se retrouvera dans le « Supplément au Voyage de Bougainville » (écrit en 1772) lorsque le vieillard de Tahiti menace les Européens » (Michel Delon. « Diderot et Vernet dans la tempête »)
   Le Salon de 1761 (45 pages de descriptions et 5 de discussions) considère les problèmes de la composition et de la technique, sans oublier le rôle de l’idée et du moment. Si Joseph-Marie Vien est loué par Diderot, c’est que sa peinture montre « la vérité […] de tous les temps et de toutes les couleurs ». Il s’interroge sur le cas d’une peinture qui ne serait pas fondée sur l’imitation de la nature.
    À propos d’une toile de Deshays, il déclare : « il y a des passions bien difficiles à rendre. Presque jamais on ne les a vues dans la nature. Où donc en est le modèle ? Où le peintre les trouve-t-il ? Qu’est-ce qui me détermine, moi, à prononcer qu’il a trouvé la vérité ? »
  Il prolongera cette réflexion jusque dans l’Encyclopédie, où il se demande comment ont pu faire les « Anciens qui n’avaient pas d’antiques » à copier. Dans le Salon de 1763, (69 pages) Diderot fait une réflexion sur l’art du portrait qu’il estime devoir d’abord correspondre au modèle, mais aussi avoir un certain trait de beauté « pour la postérité » : « Il faut qu’un portrait soit ressemblant pour moi, et bien peint pour la postérité. » On voit ici l’évolution de Diderot maîtrisant la critique au point d’en faire une véritable philosophie de l’art. Son point de vue apparaît comme le passage vers une théorie du génie créateur.
   Dans le Salon de 1765, (227 pages) il prétend ne pas avoir vu le Corésus et Callirhoé de Fragonard, qui avait attiré les foules ; mais il dit avoir fait un rêve, dans lequel le film du Corésus était projeté sur le mur de la caverne de Platon à des gens enchaînés qui tournent le dos à l’entrée mais à qui l’on interdit de regarder ailleurs que vers l’écran.
   Ce Salon de 1765 marque un tournant décisif. Le compte rendu introduit une nouvelle tendance de l’histoire de l’esthétique : la théorie de l’imitation se teinte de certaines réserves et admet que si le vrai a toujours partie liée avec la nature, le vraisemblable, lui, s’oriente résolument vers l’art. Je la résume en un conseil que Diderot prodigue aux jeunes artistes : « Éclairez vos objets selon votre soleil, qui n’est pas celui de la nature ; soyez le disciple de l’arc-en-ciel, mais n’en soyez pas l’esclave « .
   L’activité artistique devient une création particulière et non plus seulement une reproduction aliénée à son modèle. C’est, enfin, reconnaître que si la nature est vraie, l’art peut et doit comporter l’artifice et le mensonge. L’artiste, en ce qui le concerne, se fait témoin affranchi, traducteur indépendant et libre interprète.
   Je résume le point de vue en disant : on peut créer ce que l’on voit dans la caverne même si l’on sait que ce n’est pas le réel.
  Ce salon comporte en annexe un essai sur la peinture de 75 pages. (Il y aborde le dessin, la couleur, le clair-obscur, l’expression, la composition et l’architecture). Dans le Salon de 1767 (367 pages), avant d’aborder la description des œuvres Diderot introduit par une réflexion sur le « sens ». Il rend compte des paysages de Vernet, sept  tableaux qu’il n’a pas vus… Il est allé à la campagne où, se promenant avec un abbé philosophe, il va de sites en sites, qui sont autant de tableaux de Vernet !
   Dans ce salon il introduit la critique sous forme de dialogue, cinq pages En annexe il traite de la Manière ainsi que des deux académies huit pages « La manière est un vice commun à tous les beaux-arts. Ses sources sont plus secrètes encore que celles de la beauté. Elle a je ne sais quoi d’original qui séduit les enfants, qui frappe la multitude, et qui corrompt quelquefois toute une nation ; mais elle est plus insupportable à l’homme de goût que la laideur ; car la laideur est naturelle, et n’annonce par elle-même aucune prétention, aucun ridicule, aucun travers d’esprit. Un sauvage maniéré, un paysan, un pâtre, un artisan maniérés, sont des espèces de monstres qu’on n’imagine pas en nature ; cependant ils peuvent l’être en imitation. La manière est dans les arts ce qu’est la corruption des mœurs chez un peuple. Il me semblerait donc premièrement que la manière, soit dans les mœurs, soit dans le discours, soit dans les arts, est un vice de société policée ».
   Salon de 1769 (76 pages). Les critiques du Salon font 76 pages, sous forme de 17 lettres séparées.  « Regrets sur ma vieille robe de chambre ou Avis à ceux qui ont plus de goût que de fortune » est un essai rédigé par Denis Diderot en 1568 et inséré l’année suivante dans la  Correspondance littéraire. L’écrivain avait rendu un service signaléà Marie-Thérèse Geoffrin, fameuse par le salon littéraire qu’elle tint avec tant de distinction. Pour lui témoigner sa reconnaissance, elle fit un jour déménager tous les pauvres meubles du philosophe et les remplaça par d’autres qui, quoique plus beaux et meilleurs, ne méritaient pas un éloge. Ce texte, écrit sur un ton ironique, est prétexte à une réflexion douce-amère sur le destin des philosophes, comme des artistes, face à la prospérité et les compromis auxquels on peut, l’âge aidant, se laisser aller : Il lance une réflexion « allégorique » sur la valeur marchande de l’art en face de sa valeur artistique. « Mes amis, gardez vos vieux amis. Mes amis, craignez l’atteinte de la richesse. Que mon exemple vous instruise. La pauvreté a ses franchises ; l’opulence a sa gêne ».
   Diderot fait parfois preuve d’« athéisme pictural », en parlant de la beauté dans la nature, notamment dans les paysages de Vernet, et en affirmant une large préférence de la scène mythologique, ou des motifs plus triviaux ou sensuels par rapport aux sujets sacrés portés par une idéologie de l’Eglise.
    Défendre l’école moderne « N’est-ce pas une façon de juger bien étrange que de ne regarder les Anciens que par leurs beaux côtés, […] et que de fermer les yeux sur leurs défauts, et de n’avoir au contraire les yeux ouverts que sur les défauts des Modernes, et que de les tenir opiniâtrement fermés sur leurs beautés ?» (Van Loo).
   Mais l’héritage antique n’est pas nié. Il donne l’Antiquité comme âge d’or de la culture et des arts, où la concurrence stimulait l’artiste et faisait progresser l’art. Diderot reste attaché à l’éducation par les arts, aux bienfaits de la concurrence artistique. Cependant, une différence importante réside dans le sujet. Ce que relève et apprécie Diderot, c’est le mélange, ou plutôt l’abolition des classes sociales face à l’art. La démarche de Diderot au fil de ses salons c’est la genèse de la critique d’art. Elle sera poursuivie par Baudelaire (1821-1867) un siècle plus tard qui lui donne le virage de la modernité.
   Au Siècle des Lumières, on élabore une « philosophie des Beaux-Arts » qui se divise en arts mécaniques d’une part, en arts libéraux d’autre part.
   À la recherche du vrai, Diderot substituera celle du sens. Et il ira plus avant dans la réflexion qui mène au seuil de la création. Critiquant l’enseignement académique Diderot affirme une nette préférence pour les coloristes – en donnant la primauté de la couleur sur le dessin – et engage les artistes à aller chercher l’inspiration dans la rue où s’expriment le mieux, selon lui, les passions humaines. D’autres textes essentiels apportent un éclairage particulier à la critique de Diderot qui ne tient aucunement compte de la caution officielle et exerce son esprit critique en toute indépendance. Diderot se réclamera toujours de cette liberté souveraine. «  L’œuvre se doit aussi d’éveiller les sens et permettre au spectateur d’être affectivement touché. Selon Diderot, le mouvement et le détail extraordinaire et expressif font tout le piquant d’une toile et attirent l’attention […] La question de la vraisemblance reste toujours un argument de poids dans la critique de Diderot. Cette qualité qui rend possible le mensonge de l’art, dépend du choix que fait l’artiste dans la conception de son œuvre. L’expression, quant à elle, dépend essentiellement de l’inspiration, [….] Le philosophe exige enfin que conception et expression soient mises au service du vraisemblable ». (Olivier Deshayes. Diderot ou la naissance de la critique d’art)
   « Les systèmes de pensée sur « L’esthétique » n’apparaissent qu’au XVIIIe siècle. Diderot en est l’un des principaux initiateurs qui pose comme essentiels la relativité du goût et ses avatars » (Idem)
    En 1751 et 1755 avant les Salons il avait écrit « Recherche philosophiques sur l’origine et la nature du beau » puis « L’histoire et le secret de la peinture en cire ». Ainsi, avec ses réflexions préalables aux Salons puis avec les Salons, il a donné une orientation et une force nouvelles à des recherches sur l’esthétique qui à cette époque sont souvent des interprétations conventionnelles. « Je puis m’être trompé dans mes jugements, (écrit-il dans sa chronique De Salon 1763)  soit par défaut de connaissance, soit par défaut de goût ; mais je proteste que je ne connais aucun des artistes dont j’ai parlé, autrement que par leurs ouvrages, et qu’il n’y a pas un mot dans ces feuilles que la haine ou la flatterie ait dicté. J’ai senti, et j’ai dit comme je sentais. La seule partialité dont je ne me sois pas garanti, parce que franchement je ne sais pas comment on s’en garantirait, c’est celle qu’on a tout naturellement pour certains sujets, ou pour certains faire »

Pistes de réflexion en philosophie morale et politique chez Diderot
                                                                      (Edith)
   Les expressions précédentes ont montré un philosophe multiple, pluriel, interrogatif, et il en va de même sur les questions, philosophiques, morales, et sur les questions politiques. Mais avec un thème directeur, lequel est : comment réaliser le bonheur de vivre ? Le bonheur de vivre pour tous, et comment lutter contre les conventions et contre les préjugés ?
   Alors je me suis appuyée sur trois ouvrages ! L’Encyclopédie Universelle, l’Encyclopédie Universalis, et puis un ouvrage d’Yves Benot « Diderot de l’athéisme à l’anti-colonialisme »
   Si j’ai choisi cette approche, c’est parce que Diderot a été un philosophe engagé. Sa philosophie est un engagement où sa vie et son œuvre sont mêlées, (de son propre aveu).
   C’est, comme cela a été évoqué, le siècle de Louis XV, les guerres, les premières colonisations, la multiplicité des théories économiques, avec les luttes qui opposent le Parlement janséniste à la cour acquise aux Jésuites, et Diderot prend partie sans arrêt. Il prend d’abord partie pour le déisme, puis, pour la religion naturelle, puis, il évolue vers le scepticisme, et enfin il devient athée.
   Diderot reconnaît l’importance des intellectuels, et celle de « honnêtes gens » (comme il dit) avec lesquels il discute, soit sur les émeutes paysannes, soit sur Dieu.
  Il a été le seul, et c’est aussi une marque de son engagement, à suivre le convoi funèbre de Montesquieu (en 1748).
   Il s’intéresse, comme cela a été dit, à toutes les sciences. Il est en relation avec : Condillac, Montesquieu, La Mettrie, Helvétius, d’Alembert, et tous ceux qui interrogent la totalité du monde. Et donc, il est très sensible à ceux qui comme Rousseau et d’autres, s’inspirent de l’apport des sciences. Et en ce sens, il s’oppose à l’esprit de système du 17ème siècle, de Descartes, Pascal, Spinoza.. Donc, il veut que succède à l’esprit de système, l’esprit de l’Encyclopédie, c’est-à-dire un esprit qui cherche à établir l’inventaire de toutes nos connaissances, pour les exploiter, et pour mettre en place, une société heureuse.
   Donc, autre point, sa métaphysique ne peut plus se reconnaître comme, métaphysique dualiste qui oppose l’objet et le sujet, le monde matériel et le monde observable, et ce qui le transcende, dieu. Pour lui, comme pour les scientifiques avec lequel il est en relation, directement ou indirectement « de la pierre à l’homme, du ver de terre à l’étoile, l’univers reste « un », parce qu’il est un tout, formé d’organismes  vivants, différents»  (Encyclopédie)
   Et là, dit-il : il en va de même pour la société ; la société elle harmonise les tendances individuelles de chacun. Chacun cherche sa satisfaction, recherche le bonheur. Et bien, la société doit harmoniser toutes les tendances, et donc subordonner l’intérêt privé à l’intérêt général. Mais malheureusement, les hommes sont souvent ignorants, pleins de préjugés, esclaves des pensées qui les font se prétendre, supérieurs ; et donc, les hommes deviennent, fanatiques, dogmatiques, injustes. Donc, il faut une morale pour éduquer les hommes.
   Alors, dit-il : nous vivons tous, et nous avons tous vécu depuis l’aube de l’humanité avec une morale. La morale de l’espèce, la morale naturelle, la morale générale commune à toutes les nations, toutes les cultures, donc la morale respectable, qui refuse l’inceste…
Et puis il y a une autre morale, qui est propre à chaque nation, à chaque culte, voire, à chaque groupe social, voire, à chaque individu. Et par ailleurs chacun est naturellement égoïste, cruel et veut tuer l’autre.
   Alors que doit faire la société ? Et bien, pour Diderot, ce que la société doit faire et essaie de faire depuis toujours, c’est mettre en place une morale universelle, qui permet effectivement, de réguler l’égoïsme et la cruauté, dans chacun.
 Et donc la liberté de chacun consiste à connaître les lois de nature, les lois de notre propre nature, pour faire, réaliser, grâce à la science, et, à la politique, une société heureuse. C’est toute sa démarche.
   En 1773, Diderot invité par Catherine II de Russie, va, à sa demande, établir : «  Les plans et les statuts des différents établissements ordonnés par sa majesté Catherine II de Russie », pour l’éducation de la jeunesse, pour l’utilité générale de son empire.
Il en ressort quatre questions :
1° Quel est le meilleur gouvernement pour un grand empire ?
2° Y a-t-il un seul cas, où il est permis à un sujet de porter la main sur son roi ?
3° Faut-il sacrifier au hasard d’une révolution, le bonheur de la génération présente pour le bonheur de la génération à venir ?
4° L’état sauvage est-il préférable à l’état policé ?
  Et donc, il dit, qu’il y a trois problèmes politiques
Le problème constitutionnel (problème actuel) – La République, régime idéal est-il possible dans un grand pays ?
  Le problème des moyens d’action. Y a t-il un droit à l’insurrection ?
Et, comment organiser un régime rationnel pour tous. ?
Alors, les réponses, Diderot va les donner dans l’Encyclopédie, avec aussi des contributions de Rousseau, du baron d’Holbach.
Et, il écrit, avec Helvétius, un article (toujours dans l’Encyclopédie) sur l’espèce humaine, où il dit, que la traite des noirs est inhumaine, (pas a humaine).

Débat

 

 Débat : ⇒ J’ai découvert Diderot à treize ans, et j’ai toujours de l’admiration pour ce philosophe. J’ai trouvé que c’était facile, et là je comprenais tout, c’était extraordinaire. Et si je suis devenue athée, c’est aussi grâce à lui.
   Je pense que s’il revenait aujourd’hui, il serait tout à fait d’actualité, même s’il ne pourrait pas être universel, tant les sciences ont évolué, progressé, et se sont spécialisées.

  Je reprends cette expression de Diderot dans « Le rêve de d’Alembert » parlant de l’homme : du « bipède déformé » ; lorsqu’il dit qu’il y a peut-être, pour lui, encore d’autres développements à subir, et d’autres accroissements qui nous sont inconnus, que l’homme n’est qu’à une étape, qu’un instant de son évolution, il serait assez en phase avec certaines conceptions transhumanistes, qui nous parlent d’un nouvel homme du troisième millénaire.
   Et je reviens sur l’épisode d’emprisonnement, qui est due aussi à un petit ouvrage dont il dénie être l’auteur, lequel est « Les bijoux indiscrets » où il fait parler le sexe des dames, et où, les deux personnages principaux, ne sont autres que : le roi, et Madame de Pompadour.

⇒  Il y a deux textes où Diderot utilise le dialogue, dont l’un ; « Jacques le fataliste »  où, se réclamant de la philosophie matérialiste d’Epicure et de Lucrèce, il moque le déterminisme avec l’enchaînement de situations dues au hasard qui créent le réel, il dénonce un certain finalisme : (Extrait)
« D’où venait-il ? Du lieu le plus prochain.
Le maître ne disait rien, et Jacques disait que son capitaine disait que tout ce qui nous arrive, du bien, du mal, est écrit là-haut ».
Le maître – Dîtes moi où l’on va ?
Jacques – Est-ce que l’on ne sait jamais où l’on va ? Personne n’en sait jamais rien, personne !
Le maître – Alors conduisez-moi.
Jacques – Comment puis-je vous conduire, si je ne sais pas où l’on va ?
Le maître – oui, mais tu as oublié ce qui est écrit. C’est bien le maître qui donne les ordres. Mais c’est jacques qui choisit lequel ; alors j’attends
Jacques  – Bon ! Je veux donc que vous me conduisiez : en avant !
Le maître – (regarde autour de lui, embarrassé) Je veux bien, mais en avant c’est où ?
Jacques – Je vais vous révéler un grand secret, une astuce séculaire de l’humanité. En avant, c’est partout. Partout où que vous regardiez, partout c’est en avant.
Le maître – Mais c’est magnifique Jacques !
Jacques – Oui, moi aussi, je trouve cela très beau
Le maître – Et bien Jacques, en avant !
    De cet ouvrage, « Jacques le fataliste », d’un passage,  un très beau film a été réalisé : « Mademoiselle de Jonquières »

⇒  J’ai retenu différentes choses, et je retiens, par exemple, qu’il aura démoli, attaqué, la valeur du mariage, et dit qu’une femme puisse avoir un enfant sans épouser son géniteur, sans le besoin de reconnaissance paternelle, donc il était en avance de l’air du temps.
  Je retiens dans le domaine scientifique l’idée qu’il développe de la transformation de l’espèce.
  Et enfin son approche politique, de l’harmonisation des sociétés, de l’intérêt particulier qui doit être subordonné à l’intérêt général.., donc, des propos des années 1770 qui sont toujours d’actualité. 

⇒ Texte d’Hervé :

L’écrivain du 18ème siècle était un esprit brillant

Enfant, il étudie chez les Jésuites et monte à Paris
Nourri de philosophie, de mathématique et d’anatomie,
Celui-ci vit de traductions, de pamphlets, en vivotant.
Y sopet, ces recueils de fables sont de son époque.
C érébrales, ses « Pensées philosophiques », quel fait marquant !
L e pouvoir est indisposé par son audace qui provoque.
O piniâtre, il publie l’Encyclopédie, c’est un apôtre ardent.
P antophile (ami de toute chose), ainsi l’a appelé Voltaire.
É rudit, il a écrit de nombreux ouvrages et romans,
D iscours, la critique des « Salons » est suggestive et littéraire.
I mpératrice, Catherine II le reçoit en Russie, quel bilan !
E nthousiaste de la vertu, il a laissé une nombreuse correspondance

 ⇒ Diderot est le fils de son époque, une illustration. Illustration de la liberté de pensée qui se fait jour, laquelle était jusque là prisonnière de la religion, prisonnière de l’idéalisme. Diderot est un passeur de l’idéalisme au matérialisme. La preuve est, que les grands penseurs de cette époque : Rousseau, d’Alembert, Goethe, vont également penser comme lui, la condition de l’homme.
  Diderot introduit sa conception de la matière. Il introduit une compréhension de l’animal, et il voyait déjà dans l’homme un animal qui avait évolué.
Même dans le domaine psychologique, il dit que la pensée est la coordination de particules matérielles, et toujours partant du principe matérialiste qu’il n’existe rien dans la pensée qui n’existe déjà dans les sensations.
Diderot a également traité de problèmes sociaux. Il pense à l’effet  que produisent la technique et l’industrie dans le développement de la conscience humaine, ce qui est une nouveauté pour son époque.

 L’idée, le souhait de Diderot est, qu’avec plus de connaissances nous serions plus heureux. Est-ce que cela s’est réalisé ?

⇒  Diderot est considéré comme le précurseur des drames bourgeois au Théâtre, notamment avec « le fils naturel ». Il a abordé le roman, la critique d’art, et chaque fois avec un talent époustouflant. Et aussi, ce qui n’est assez souligné, c’est la manière dont il aborde les choses ; manière à la fois simple, mais se servant beaucoup des allégories, et cela dans un sens poétique. Par exemple, dans l’entretien entre d’Alembert et Diderot, où il pose cette question : Entre un bloc de marbre,  et moi, bloc de chair, quelle différence ?  ; Alors s’établit ce dialogue, absolument dingue : la statue est de pierre, et la chair est plante. Mais la plante  c’est de la pierre pilée parce que c’est de la terre, comme une statue de pierre pilée, et vous consommez la plante… C’est époustouflant comment il va de l’allégorie à la poésie, pour nous dire finalement, la nature et nous c’est finalement, la même chose, l’être humain, c’est aussi la nature, comme cela l’est pour le marbre, la pierre, la plante…

⇒  Ce qui a animé Diderot toute sa vie, c’est sa soif de savoir, de la connaissance, pour la cristalliser, la transmettre, être utile. Est-ce qu’il n’est pas, vu sous cet angle, un républicain puisqu’il en fait une chose publique, du savoir partagé ?
  Parfois, je me plais à imaginer qu’on pourrait le faire revenir. Dans notre époque il serait abasourdi. Dans une classe de terminale, il ne comprendrait rien aux programmes. Dans un labo de physique encore moins, puis ensuite dans un fauteuil devant une chaîne commerciale un samedi soir, est-ce qu’il ne crierait pas, à la trahison ?

⇒  Internet aujourd’hui, c’est l’Encyclopédie vivante, dont tous peuvent profiter. Et c’est dans le même esprit que Diderot qui veut la connaissance soit accessible à tous : paysan, artisan.
  Si Diderot revenait, il serait surpris qu’on n’ait pas réglé certains problèmes, surtout il verrait que le mal est toujours très présent dans une société qui a pourtant, évolué.

⇒ Dans « le supplément au voyage de Bougainville » il évoque la fidélité sentimentale, le refus du changement de l’amour ; d’où cela vient-il, est-ce que ce sont les préjugés sociaux, est- ce que ce sont des aptitudes naturelles ? Cherchons, dit-il
Et par ailleurs, il dit, dans l’Encyclopédie, s’opposant en cela à Rousseau qu’il y a un beau luxe, et un mauvais luxe. Le mauvais luxe c’est le modèle de consommation des grands seigneurs, ceux à qui il faut une nombreuse et superflue domesticité, des chose somptueuses, des poules de luxe, des cours démesurées, des palais qui ne servent à rien. Et puis aussi, il y a l’imitation des grands seigneurs par les roturiers. Il dit, il faut aller outre ce modèle de consommation égoïste, mais vers un modèle de consommation qui accepte le bon luxe, car le luxe est bon, il est le fait du développement, il est l’abondance, l’enrichissement d’un pays. Et là, il s’oppose à Rousseau. Il demande aussi, comment réduire les inégalités sociales, tout en sachant qu’on ne pourra jamais les supprimer. 

⇒  On a évoqué Diderot et le théâtre, et dans ce domaine il nous a laissé le paradoxe devenu célèbre du comédien, aujourd’hui très commenté quant au jeu de l’acteur, quant à la distance et l’implication du comédien dans son personnage. Ce paradoxe du comédien dit : «  Je prétends que c’est la sensibilité qui fait les comédiens médiocres, l’extrême sensibilité les comédiens bornés, le sang-froid et la tête, les comédiens sublimes ».
    Et vouloir connaître Diderot passe inévitablement par tout ce courrier, ces « Lettres  à Sophie Volland », amour épistolaire ou plus. Les biographes se posent des questions : est-il au-delà des lettres enflammées réellement son amant ou pas ? Quelle relation avec la sœur de Sophie, Charlotte ? Quelle relation  entre les deux sœurs ? Diderot fait souvent allusion à l’homosexualité de Sophie, « Ma Sophie »,  écrit-il, « est homme et femme à la fois »,  et il évoque les relations particulières entre les deux sœurs, Sophie et Charlotte, et très souvent parlant de cette dernière, il parle d’Uranie. L’uraniste était le mot à l’époque pour dire l’homosexualité. On ne retrouvera aucune lettre de Sophie adressée à Diderot.

⇒  On a tendance à attribuer à Diderot, avec l’Encyclopédie, l’idée que c’est l’accumulation de connaissances qui amènera le progrès humain et le bonheur. Il n’a jamais dit ça. Il prévient qu’il peut y avoir contre effet, et ainsi à chaque fois il pose le sujet, et contre le sujet, il nous invite à utiliser nos connaissances. D’où la nécessité d’acquérir des connaissances.

⇒  Diderot serait le bienvenu au café-philo. Dans un ouvrage (De l’interprétation de la nature), il nous dit : « Hâtons-nous de rendre la philosophie populaire »
On peut penser, quand on connaît l’œuvre du philosophe, que dans le propos de Diderot le mot « populaire » n’a pas la même connotation que celle que certains pouvaient lui donner : c’est-à-dire : la plèbe, le vulgaire, mais plutôt le sens de « connu ». Diderot souhaite que tous puissent accéder à une éducation, à un plus large savoir, à la connaissance, qui était jusque là l’apanage de la noblesse.
   C’est dans la démarche déjà une véritable rupture dans l’univers des savants et des philosophes des siècles passés. Nul ne s’était inquiété de ce manque de diffusion des savoirs.
  Evoquant l’Encyclopédie Diderot dira  « Cet ouvrage produira sûrement avec le temps une révolution dans les esprits, et j’espère que les tyrans, les oppresseurs, les fanatiques, les intolérants n’y gagneront pas. Nous aurons servi l’humanité ». Cette phrase de Diderot résonne encore à aux oreilles de tous ceux qui veulent participer à la promotion de la philosophie. Alors ! Qu’en est-il de ce conseil, de ce souhait de Diderot aujourd’hui ?
   La philosophie de Diderot était subversive. Philosopher a pu, en un temps, voire, souvent, être un acte subversif. Ce serait dommage de ne pas profiter de cette liberté.

⇒  Dans un texte « Dialogue d’un philosophe avec Madame la Maréchale  de …», Diderot dans l’esprit matérialiste propre à certains philosophes de ce temps, va imager, avec ironie,  une joute en paroles qui n’est pas sans rappeler le « pari de Pascal ».

La Maréchale –  N’êtes-vous pas Monsieur Diderot ?
Diderot           –  Oui, Madame
La Maréchale –  C’est donc vous qui ne croyiez en rien
Diderot           –  Moi-même
La Maréchale –  Cependant votre morale est d’un croyant ?
Diderot           –  Pourquoi non, quand on est un honnête homme ?
La Maréchale –  Que gagnez-vous à ne pas croire ?
Diderot         – Rien du tout, Madame la Maréchale. Est-ce qu’on croit parce qu’on a                                      quelque chose à gagner
La Maréchale –  Je ne sais ; mais la raison d’intérêt ne gâte rien aux affaires de ce monde                            ni      de l’autre                                    
                  ….Il me semble que si je n’avais rien à espérer ni craindre, quand je n’y   serai  plus, il y a bien des petites douceurs dont je ne me priverais point, à présent que j’y suis. J’avoue que je prête à Dieu à la petite semaine.
….oui ; on peut faire l’usure tant qu’on veut : on ne le ruine pas. Je sais                            bien que tout cela n’est pas délicat, mais qu’importe ? Comme le point c’est d’attraper le ciel, d’adresse ou de force, il faut tout porter en ligne de compte, ne négliger aucun profit. Hélas ! nous aurons beau faire, notre mise sera toujours bien mesquine en comparaison de la rentrée que nous attendons !

 ⇒ Beaucoup des manuscrits de Diderot ont été perdus. L’ouvrage « Jacques le fataliste » avait disparu et c’est Goethe qui le retrouvera. En reste t-il d’autres à découvrir ?

Œuvres, de Diderot :

Pensées philosophiques. Addition aux pensées philosophiques. 1746.
La promenade du sceptique. 1747.
Les bijoux indiscrets. 1748
Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient. 1749.
De l’interprétation de la nature. 1753.
Lettres à Sophie Volland. De 1755 à 1769.
Le neveu de Rameau. 1762
Entretien entre d’Alembert et Diderot. 1769.
Le rêve de d’Alembert. 1769
Paradoxe sur le comédien. 1769.
Supplément au voyage de Bougainville 1772
Réfutation d’Helvétius. 1774.
Entretien d’un philosophe avec Madame la maréchale de…1776
La Religieuse 1776
Jacques le fataliste. 1776
Essai sur les règnes de Claude et de Néron. 1778.
Avec D’Alembert, et 140 contributeurs. L’encyclopédie. De 1751 à 1772.

Théâtre, comédie.

Le fils naturel. 1757
Le père de famille. 1758.
Est-il bon, est-il méchant ? 1777.

Critiques d’art.

Premier salon. 1759
Second salon. 1761.
Troisième salon. 1763.
Quatrième salon. Essais sur la peinture. 1765.
Cinquième salon. 1767.
Pensées détachées sur la peinture. 1777.

Biographies et oeuvres sur Diderot

Diderot : Collection, Le monde de la philosophie. 2008
Diderot ou le bonheur de penser. Jacques Attali. Pluriel/Fayard 2013.
Diderot ou le matérialisme enchanté. Elisabeth de Fontenay. Grasset. 1981.
Denis Diderot. La culture et l’éducation. Aline Beilin. Philosophie en cours. 2011.
Diderot. Du Matérialisme à la Politique. CNRS Editions. 2013.
Histoire de la philosophie. Diderot et l’Encyclopédie. Émile Bréhier. PUF. 1968.
Diderot, jour après jour. Raymond Trousson (Disponible à la Médiathèque de Chevilly-Larue)
Vies de Diderot. Pierre Chartier. 2012.

Films inspirés de l’œuvre de Diderot

Les dames du bois de Boulogne. Robert Bresson. 1945.
La religieuse. Jacques Rivette. 1966
Mystification ou l’histoire des portraits. Sandrine Rinaldi. 2005.
Mademoiselle de Jonquières. Emmanuel Mouret. 2018

 

 

 

 

 

 

 

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