Le moi est-il haïssable?

Alenzo y Nieto. Suicide. 1839. Museo romantico. Madrid

Alenzo y Nieto. Suicide. 1839. Museo romantico. Madrid

Restitution de la réunion du 24 avril  2019 à Chevilly-Larue

Animateur : Guy Pannetier.
Modérateur : Hervé Donjon
Introduction : Thibaud Simoné.

Introduction : Cette question, très pascalienne, a été tournée et retournée dans tous les sens depuis plusieurs siècles et ce, par les plus grands penseurs. Alors, le Moi est-il vraiment haïssable ? Cette question traduit-elle une obligation ou une possibilité ? Le Moi peut-il ou doit-il se haïr en lui-même ou dans son rapport à l’autre ?
Ainsi, comme nous le rappelle Paul Valery avec sa pertinence coutumière, « Le moi est haïssable mais il s’agit de celui des autres » Mais le Moi, qu’est-ce à dire ? Un cogito ? Autrement dit une conscience unique, multiple et pensante sur fond de subjectivité. Nonobstant, le Moi peut tout à la fois être individuel ou collectif sans pour autant concerner le « tout ». La singularité du Moi constitue ainsi une « denrée pléthorique » pour reprendre la belle expression de l’écrivain Matt Ridley. En outre, le Moi ne peut-être séparé de l’Autre, son alter ego, lui-même se définissant comme Moi à part entière. Et Pascal de nous rappeler que le Moi « est injuste en soi, en ce qu’il se fait le centre de tout ; il est incommode aux autres, en ce qu’il veut asservir ; car chaque Moi est l’ennemi, et voudrait être le tyran de tous les autres » et la rencontre avec l’Autre est toujours inévitable, parfois violente et riche en préjugés, comme nous le rappelle l’essayiste Tzvetan Todorov : « La première réaction, spontanée, à l’égard [de l’Autre] est de l’imaginer inférieur, puisque différent de nous : ce n’est même pas un homme, ou s’il l’est, c’est un barbare inférieur […] » Il ajoute : « Peut-on vraiment aimer quelqu’un si on ignore son identité, si on voit, à la place de cette identité, une projection de soi [ou du Moi] ou de son idéal ? »
Notre thèse principale étant de considérer le Moi et son Autre pour eux-mêmes et non en vertu de propriétés qui, à la manière d’un chausse-pied, les font entrer de force dans des catégories préétablies et dont les valeurs sont jaugées à l’aune de nos propres références mentales ou autres biais cognitifs rassurants.
En outre, ne devons-nous pas définir le Moi par ce qu’il fait et non par ce qu’il est ? Ne dit-on pas, à l’instar de Sartre que « l’existence précède l’essence ? » Nous ne pouvons que faire la triste constatation que l’idée même d’essentialisme implique de verrouiller définitivement la porte à toute idée de variation, donnée pourtant fondamentale à qui veut comprendre la réalité du monde tel qu’il se présente à nous. Si essence il y a, le désordre en constitue la véritable incarnation et il préexiste à l’ « arrangement » socratique et au cosmos harmonieux et clos sur lui-même des penseurs grecs de l’antiquité. « Le monde est sans bout, le centre est partout », ce n’est qu’un gigantesque mouvement brownien sans dessein et l’évolution en constitue la substantifique moelle. Les régularités ne peuvent s’expliquer par des considérations transcendantes issues du monde platonicien des Idées. Nous souhaitons à n’importe quel prix projeter sur l’écran de nos inconscients (dont le mur de la caverne constitue à mon sens une analogie) des images parfaites, inaltérables et rassurantes, en lieu et place de ces flammèches qui naissent, se tortillent, et finissent par mourir comme pour nous rappeler toute la précarité de nos existences. Les publicitaires et les annonceurs l’ont bien compris en mettant en scène dans des spots pour gogos et avec pour espoir de vendre des crèmes de « beautés » qui ne servent à rien, des êtres déifiés et éternellement jeunes. Que penser également de ces gens, qui font appellent aux tous derniers résultats des neurosciences afin de s’introduire par effraction dans le cerveau du consommateur pour lui promettre monts et merveilles ? Consommez et vous serez heureux ! En réalité, ce sont les gens heureux qui ne consomment pas.
Que penser également de ces mises en scène pathétiques où l’on assène avec brutalité aux jeunes adolescent(e)s de ressembler à telle ou telle « star » décérébrée de la téléréalité qui devient, ipso facto, le modèle, l’icône, le moule ? Le Moi individuel à son acmé ! Peut-on vraiment se réaliser en tant qu’individu face à ce matraquage permanent ? Que devient alors notre unicité ? Le Moi n’est-il pas phagocyté par lui-même ? Le Moi devenant Narcisse n’est-il pas comme ce batracien se prenant pour un bœuf qui ne cesse d’enfler comme pour masquer sa petitesse, son imposture. Le Moi devient de fait sa propre idole, il se déguise derrière un pseudo et contamine les réseaux sociaux déclarant vrai ce qu’il aime plutôt que d’aimer ce qui est vrai.
Le Moi n’est-il alors pas haïssable du simple fait de se refuser à lui-même ? N’est-il pas plus commode de paraître que d’être ? N’est-il pas plus aisé et moins dispendieux d’être aveuglé que lucide ? Le Moi ne doit-il pas penser à rebours de lui-même, là où se cache la pensée critique ? Finalement, ne pêchons-nous pas par paresse ? Paresse psychologique et intellectuelle encouragée par la publicité et les médias et faisant de nous des êtres ne pouvant se réaliser qu’à travers la possession. Claude Lévi-Strauss, un de nos grands penseurs du XXème siècle, avait vu juste dans « La pensée sauvage » quand il affirme que « chaque civilisation [chaque individu] a tendance à surestimer l’orientation objective de sa pensée ».
En outre, comme il nous l’explique, l’humanisme le plus pertinent consiste à voir et à appréhender le monde dans son ensemble pour finir par se considérer soi-même et non l’inverse, travers que nous empruntons bien trop souvent.
Pourtant, nous devons tous être conscients que « l’observation des autres implique le décentrement de soi », comme Claude Lévi-Strauss, nous le rappelle encore, notamment dans son ouvrage essentiel « Race et histoire » que je me permets de citer : « Une première constatation s’impose : la diversité des cultures humaines est, en fait dans le présent, en fait et aussi en droit dans le passé, beaucoup plus grande et plus riche que tout ce que nous sommes destinés à en connaître jamais […] La notion de la diversité des cultures humaines ne doit pas être conçue d’une manière statique. […] » Ainsi, toute culture est le résultat de nombreuses hybridations faites d’emprunts, d’ajouts, de mélanges. Pourtant, bien que ces échanges, qu’ils soient culturels ou biologiques, soient constatés et avérés, nous tendons naturellement vers l’ethnocentrisme, piège gravitationnel déformant notre « espace-temps humain » qui nous pousse à déclarer presque d’une seule voix « le barbare c’est l’autre ! »
Ainsi certains peuples ont voulu imposer les lumières de leur civilisation aux autres peuples, ont voulu combattre « pour la perfection d’autrui, plutôt que de soi ». Comme le précisait Gaston Bachelard, « la lumière projette toujours des ombres » et c’est toujours au nom du bien que l’on fait le mal. Quand le « Moi collectif » et politique impose la liberté, n’y a-t-il pas contradiction dans les termes ?
Pour autant, malgré des heures sombres qui ponctuent notre histoire, il est utile voire indispensable de ne pas tomber dans une sorte « d’identité malheureuse ». Le devoir de mémoire, si tant est que la mémoire est un devoir, ne doit pas nous conduire à une auto flagellation permanente. Mais enfin, le Moi n’est-il pas un roi nu, invisible à lui-même, acteur principal d’une farce ubuesque et réclamant force bienveillance pour lui-même et envers lui-même ? Rappelez-vous la métaphore de la poutre et de la paille de l’évangile selon Matthieu. Pourtant « dans les rapports humains, la bienveillance a, bien évidemment sa place. Mais la bienveillance, érigée comme principe peut s’avérer extrêmement nuisible. Elle peut ainsi conduire à prendre en compte toutes les différences individuelles, les singularités de chacun et ainsi, par ce truchement, pulvériser les notions de communauté et d’égalité. A chacun alors, selon ses plaintes, ses besoins, ses victimisations. » , ainsi que le souligne le philosophe Yves Michaud. Elle est ainsi une manière de nous aveugler à la réalité du monde et d’acheter à un prix exorbitant la paix sociale en éloignant l’individu de ses responsabilités et en poussant la communauté à, systématiquement, réparer et assumer ses erreurs. Elle engendre des individus mués par un narcissisme exacerbé et ne supportant plus la frustration. Cette bienveillance totalitaire s’est muée en complaisance qui garantit la susceptibilité du Moi, devenu extrêmement chatouilleux à la moindre critique, et ne supportant plus le débat d’idées.
Enfin, si l’on en croit le physicien Albert Einstein « l’authentique valeur d’un homme [se mesure] d’après une seule règle : à quel degré et dans quel but l’homme s’est libéré de son Moi ? »
Dans ces conditions, peut-être viendra le temps de la grande réconciliation… Celle des autres et du Moi et du Moi envers lui-même. Mais le penser n’est-ce pas là plutôt la grande utopie ?

Débat

 

 Débat : ⇒ Qui s’examine, qui consulte son moi profond, et y trouve une blanche colombe, à celui-là, à celle- là, je lui tends son auréole. Je connais la part noire qui est en moi, j’en connais la part de bonté, et d’amour des autres : « Être humain, c’est savoir pardonner aux hommes de n’être que ce qu’ils sont »  (Essais § 13). Depuis longtemps je fais mienne cette généreuse maxime. J’ai, avec les années appris à mieux me connaître, comme à connaître les autres, et cela m’amène tant à leur pardonner de ne pas être parfaits, que me pardonner d’être loin d’être parfait.
Vouloir l’homme, la femme, parfaits, est une démarche sans issue. C’est celle d’Alceste, le misanthrope, qui par trop d’exigence, par l’amour de l’être qu’il voudrait parfait, entité inaccessible, le punit,  en le montrant haïssable. Mais Alceste se déteste lui-même, ce qui nous rappelle que la haine des autres, entraîne, aussi, la haine de soi.
J’ai du mal à ressentir de la haine pour mon prochain, et charité bien ordonnée j’ai encore plus de mal à ressentir de la haine de moi-même. Il faut être un illuminé comme Pascal pour émettre cette idée.
Comment Pascal, croyant comme il l’était, pouvait-il à ce point haïr  la créature qui suivant sa religion est crée par son Dieu ?  Dans le propos du moi haïssable (cité dans l’introduction)  lequel est un dialogue,  Pascal parle du Moi qui n’est nécessairement lui (son Moi, en quelque sorte) et il parle du Moi de chacun, et ceci avant Freud et les trois instances du « Moi ».
Bien sûr qu’il se veut parfois être dominateur, ce « moi », et alors vouloir asservir les autres, en être le tyran,  alors oui, celui-là est haïssable.  Mais c’est bien là dans l’esprit de Pascal qui ne voit que l’homme mauvais. Pour un religieux illuminé, un croyant d’une religion qui prône l’amour de l’autre, Pascal est une sorte de terroriste de sa religion.
Et sur ce thème du « moi haïssable », on peut retenir (du même Pascal) quelques pensées toujours dans ce sens (pensées pour le moins haïssables) : « La vraie et unique vertu est de se haïr. » (Fragment 485/564) Ou : « Il faut n’aimer que Dieu et ne haïr que soi. » (Fragment 373) … Et enfin, cette autre pensée : « Nous naissons si contraires à cet amour de Dieu, il est nécessaire que nous naissions coupables, ou Dieu serait injuste. » (Fragment 429/205).
Tous ces prêcheurs de vertu ont fait le malheur du monde.
La haine de soi pour être aimé d’un dieu, me semble être une grosse névrose. Cela nous a donné le port du cilice, ceinture autour des reins en poils de chèvre, ainsi que les flagellations, des actes d’auto-mutilation, les mortifications, mot qui vient du latin « mortificare » (faire mourir). « Si vous vivez suivant la chair, vous mourrez » dit saint Paul,  c’est pour lui, faites mourir les besoins, les désirs du corps et vous vivrez.
Je conclus cette première intervention avec cette formule : « Il n’est de pire haine que la haine de soi, car elle vous interdit d’aimer les autres » (Jean-Michel Goldberg)

⇒ La personne que je connais le mieux, c’est moi, et ce moi n’est que la somme de mes expériences, de mes lectures, des autres, etc… Il ne peut être haïssable, ceci dans le sens où je sais me mettre à la place des autres, par exemple quand ils ont fait une grosse bêtise. Ce sont les philosophes, comme Montaigne, Spinoza et Diderot, qui m’ont aidée à me forger ce « moi » tolérant et libre à la fois.

⇒ Freud nous dit qu’il y a trois instances de notre personnalité. Le « ça » qui manifeste ses pulsions, ses désirs directs dès l’enfance. Et c’est à l’éducation des parents qu’il revient de contenir, de contrôler ses pulsions, apprendre à l’enfant qu’il n’existe pas seul, c’est là que commence à se construire le « surmoi ». Et il se crée le « moi » médiateur entre ces deux instances, celui qui aussi définit les interdits.

⇒ Est-ce que ce serait ce « surmoi » ce « petit juge » qui peut amener la détestation de soi jusqu’à la haine de soi ? Et de là peut être amener jusqu’au suicide.
La question primordiale reste : comment quelqu’un peut-il en arriver à se haïr ? Se « désaimer « jusqu’à ce point ?

⇒ On est dans l’approche psychanalytique, on ramène tous ces concepts comme si c’était des outils. Le « surmoi » c’est le régulateur, le « moi » le médiateur, face au « ça » qui est enfoncé dans ses pulsions animales. Mais avec ces outils, on oublie l’identité. Les gens qui sont éducateurs dans des quartiers « difficiles » ne parlent jamais du « moi ». Au-delà des outils de psychanalyse, les gens qui s’aiment ou qui ne s’aiment pas, ça passe par : est-ce que je me reconnais une identité ?
Et le travail des ces éducateurs, ça consiste à essayer de faire comprendre à ceux qui ne s’aiment pas qu’ils ont une identité. Identité sur laquelle ils peuvent jouer bien sûr, pour, premièrement : la mieux voir ou la modifier, ce qui modifie le regard des autres, et là on rejoint l’aspect collectif. C’est que l’identité individuelle ne se forge pas que par rapport à soi-même, avec les outils de psychanalyse cités, mais elle se forme aussi par rapport au regard des autres.
Et quand on pose la question de, pourquoi y en a-t-il qui se haïssent, d’autres qui s’aiment, Je pense qu’il ne faut pas oublier la notion de : est-ce que je me reconnais une identité ? Est-ce que les autres me reconnaissent une identité ?
Freud a fait une analyse qui est de la mécanique du fonctionnement de l’Être, psychanalyse qui marche ou pas. La première analyse que Freud a faite, la « nana » s’est suicidée, s’était-elle haïe encore plus ?

⇒ Je me demande comment l’enfant qui a vécu dans un milieu protégé, lorsqu’il rencontre le monde avec ses prédateurs, va construire ce « moi », et comment vont s’arranger ces trois instances. Comme se construire, être réel ? Comment ne pas montrer un « faux-moi », et de là ne plus être très crédible à soi-même.

⇒ D’une certaine façon on est tous en représentation à des degrés différents. Mais qui peut se targuer de connaître vraiment le « moi » de l’autre ? Personne ! Même je pense qu’après des décennies de vie commune, il y a toujours des zones d’ombre. Zones qui ne sont pas forcément dissimulées à dessein. Et je pense que c’est tant mieux, parce que c’est un mécanisme de protection, je pense même que c’est un gage de survie de ce « vrai nous ».
Et je me demande si les gens qui traînent les coups reçus par les « prédateurs » ne sont pas aussi ceux qui n’ont pu se débarrasser du « moi » de l’enfance. On en revient à cette phrase (déjà citée) d’Einstein qui nous dit : « L’authentique valeur d’un homme se mesure d’après une seule règle : à quel degré et dans quel but l’homme s’est libéré de son moi ? »

⇒ J’ai retenu cette notion du « faux-moi ». Je pense que tricher avec soi-même, à moins d’avoir un énorme ego, ça peut générer à terme, la mésestime de soi. Mais ne pas tricher, obéir au « surmoi », cela a un prix, cela peut coûter cher, cela peut faire obstacle à ce qui aurait été une réussite financière. Mais « le petit juge » est là, il veille à ton intégrité, sinon, plus tard quand tu vas te rencontrer, tu vas changer de trottoir.
Et je reviens sur Pascal, lequel aurait pu être aujourd’hui un bon dialecticien de l’embrigadement terroriste.
Les recruteurs avec leur manipulation du langage, expliquent à des esprits simples comment en trahissant leur religion, ils doivent devenir purs, se racheter : « Ne vous étonnez pas » écrit Pascal dans les Pensées  « de voir des personnes simples croire sans raisonner. Dieu leur donne l’amour de soi et la haine d’eux-mêmes ». Trahissant leur religion, ils se trahissent eux-mêmes, ils trahissent leur famille (tous les musulmans), ceci en buvant de l’alcool, en fréquentant ; des filles « mécréantes », en se laissant européaniser. Il s’ensuit culpabilité, jusqu’à la haine de soi, qui appelle un rachat, (comme chez Pascal) jusqu’au rachat par le sacrifice. Vous trouverez toute cette sémantique dans des vidéos racoleuses sur YouTube.
La haine, haine de soi, passion triste est un bon filon à exploiter, pour amener des gens à des actions punitives pour satisfaire sa propre haine, car ses prédicateurs de malheur eux ne se font pas martyrs.

⇒ Dans le livre d’Einstein « Comment je vois le monde » celui-ci explique qu’il n’existe pas seulement en tant que créature individuelle, mais « je » se découvre membre d’une grande communauté humaine. Cela rejoint cette idée de la valeur du « moi » : «…à quel degré et dans quel but l’homme se libère de son moi ».Et c’est intéressant si nous regardons plus que le « moi » personnel, mais le « moi » social.

⇒ On parle d’un « surmoi » mais l’animal social vit dans un « surnous » que nous impose la société, avec ses interdits, avec ses tabous. C’est : je ne peux pas faire ceci, je ne peux faire cela, ce n’est plus que le « surmoi » qui nous interdit, c’est le « surnous ». C’est tellement ancré en nous qu’on ne se pose plus la question du pourquoi de l’interdit. On se construit d’une façon qui ne nous va pas toujours. Ainsi j’ai un ami homosexuel à qui on ne cesse de casser les pieds avec une notion de famille, cela finit par le traumatiser. L’interdit collectif peut entraîner une certaine mésestime de soi. On en revient à une identité reconnue et acceptée ; acceptée par soi et par la collectivité. Si on ne trouve pas comme se positionner, on peut en venir à haïr les autres, et à se haïr soi-même.

⇒ Dans le prolongement de ce propos, je pense aux adolescents, adolescentes, qui se découvrent homosexuels (les) et qui se suicident parce que la société impose ses normes, et ils se disent, je ne vais pas être accepté(e) par la société, dans ma famille, cette identité va m’être refusée. Cette haine du différent qui peut entraîner haine de soi, est parfois un drame.

⇒ Je me demande si chez le criminel qui trouve plaisir à tuer, ou comme chez certains  pédophiles qui jouissent de la souffrance de leurs victimes, il n’y a pas là dans  cette pulsion du mal, le vrai « moi haïssable » ?

⇒ Les personnes qui ne peuvent surmonter un viol, peuvent avoir ce sentiment de haine de soi. Sentiment d’avoir été salis (es), et de là ne plus pouvoir s’accepter.

⇒ La haine de soi peut découler d’un sentiment de ne pas être aimé. Si l’on ne m’aime pas, c’est parce que je ne mérite pas d’être aimé.
Et le chantre de la haine de soi s’appelle Cioran, philosophe d’origine roumaine mort à Paris en 1995.  La listes des ses principaux livres est révélatrice :
« De l’inconvénient d’être né »  – « La tentation d’exister »  –  « Sur les cimes du désespoir »
Si vous lisez les œuvres de Cioran, vous n’en sortirez pas forcément indemnes, les œuvres de Cioran devraient être vendues avec un tube de barbituriques. Quelques extraits pour illustrer :
« Nous ne courons pas vers la mort, nous fuyons la catastrophe de la naissance… »
« … se suicider c’est le geste d’un optimiste »
« Déçus par tous, il est inévitable qu’on arrive à l’être par soi-même, à moins qu’on ait commencé par là ».  (Aveux et anathèmes. 1987)
« Plus nous avons le sentiment de notre insignifiance, plus nous méprisons les autres, et ils cessent même d’exister pour nous quand nous illumine l’évidence de notre rien. Nous n’attribuons quelque réalité à autrui que dans la mesure où nous n’en découvrons pas en nous-mêmes »  (La chute du temps. 1964)
Et je ne résiste pas à citer cette dernière : « Ma mission est de tuer le temps, et la sienne de me tuer à son tour. On est tout à fait à l’aise entre assassins » (Ecartèlement. 1979)

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