Ciné-philo: Dépasser nos différences? d’après le film: Green book

 

Green book Image promotionnelle

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En partenariat avec le cinéma
du théâtre André Malraux
 Restitution du débat du 7 juin 2019

 Thème du débat :   « Dépasser nos différences ? »

 Ce film « Green book »  de Peter Farrelli, est sorti en 2018.
Il a obtenu des oscars en 2019 : oscar du meilleur film, et oscars pour les deux acteurs.

Les deux rôles principaux sont tenus par :
Pour Toni Vallelonga : Viggo Mortensen
Pour Doc. Don Shirley : Mahershala Ali

Débat : ⇒ Alors, c’est pas un petit chef d’œuvre, ça ?

⇒  Oui, un chef d’œuvre, et quelque chose qui nous bouleverse.

⇒  Lorsqu’on a choisi des films pour le café-philo, ce sont souvent des films de rapports entre deux personnes, de la complexité souvent de ces rapports humains, voire d’affrontements. Et c’est ce que nous retrouvons dans ce thème, où se rencontrent  deux personnage a priori si différents, si opposés, qui malgré tout finiront par s’accorder et même jusqu’à sympathiser au-delà de leurs différences.
Et après un très bon film, comme après tout bon spectacle, il y a l’envie d’en parler, de partager. De partager ce que nous avons le plus fortement ressenti.
Et avant de rendre la parole, il y a une question que j’aime poser toujours poser, à  ceux qui, comme moi, viennent de voir ce beau film : quelles sont les scènes, les répliques,  que là,  tout de suite, vous retenez ?  Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué ?

⇒  Il me revient tout de suite, une scène, celle où Toni jette à la poubelle les verres où ont bu deux ouvriers noirs qui sont venu faire une réparation chez lui. Cela nous montre bien avant sa rencontre avec Doc ses réactions racistes basiques ; de fait, il n’aime pas les noirs.

⇒  Oui, et parmi les personnages de cette scène, dans ce groupe d’Italiens,  il y a quelqu’un qui prononce le mot de « macaques », alors qu’on verra par la suite que ce groupe est très ouvert, mais c’est là, ce que nous nommons du « racisme ordinaire »

⇒  Je retiens les scènes liées à cette pierre verte que Toni ramasse. Et si l’on observe bien, lorsque Doc et Toni se trouvent dans une même chambre d’hôtel, la pierre est sur la porte- feuille de Toni, à la vue de Doc. Et l’on retrouve à la fin, la pierre, devenue porte-bonheur. Le film est plein de ces petits détails qui sont aussi le fond de l’histoire.

⇒  Il y a un moment, une scène que j’ai trouvée remarquable et je suis sûr que vous avez réagi de même : c’est lorsque la voiture tombe en panne en pleine campagne. Des ouvriers agricoles, tous noirs, qui ont cessé de travailler, regardent avec curiosité, ce noir qui a un chauffeur blanc. Et Doc à son tour regarde ces ouvriers qui donnent l’image des esclaves dans les champs de coton des Etats du sud des USA; le contenu de ces images est fort. Et cette scène se répète, même différemment : la voiture est arrêtée à un feu rouge, et dans une voiture à côté, une femme donne un coup de coude au chauffeur, et lui montre, ce blanc qui conduit un noir. Et, ce qui est paradoxal à cette époque : cette situation du blanc qui est le chauffeur d’un noir,  est dans la structure même de ce film.

⇒  Cette époque était quand même terrible, et en fait, cela était il n’y a un demi-siècle.

⇒ J’ai senti dans le regard des ouvriers (lors de la scène de la panne) de l’hostilité. Il rompt quelque chose, il est comme eux, et en même temps, il est différent ; eux, sont pratiquement restés esclaves, alors que lui il « s’en est sorti ». Cette scène est très forte.

⇒  Ces deux personnages sont beaux, ce sont de belles âmes, (si je peux employer ce terme devenu un peu grandiloquent). De fait, il est pur Toni : il refuse d’être augmenté, il est tellement franc, que lorsque dans l’entrevue d’embauche, Doc lui demande s’il a déjà conduit, il répond –  » oui ! J’ai conduit les camions poubelles. »  Ça devrait le desservir, mais c’est le contraire, ça montre sa franchise.

⇒  J’ai trouvé nombre de scènes émouvantes, où l’on voit le lien d’amitié se développer, comme dans la boîte de nuit, où Doc dit : « – Je vais jouer si tu me le demandes. » L’opposition du noir et du blanc est dépassée, il a là une forte expression d’humanité !
Et après la scène de la boîte de jazz: Doc se lâche « Je devrais faire ça plus souvent «  »
C’est Toni qui le révèle à lui-même.

⇒  La scène qui m’a le plus émue, c’est lorsque Doc dit, qu’il est à la fois rejeté par les blancs, et également rejeté par les noirs, il dit : « – je ne suis pas assez blanc, je ne suis pas assez noir ». Et cela me parle énormément en tant que métisse ! Ce sont des questions que l’on se pose souvent, et j’ai trouvé cela vu très justement, comme par exemple lorsq’ il va jouer dans la boîte de jazz, où il se trouve confronté à deux mondes. C’est un beau moment.

⇒  Lorsque Toni le récupère après une aventure, aventure homosexuelle, Toni ne porte pas de jugement, et a Doc qui veut le questionner sur ce qu’il pense alors, il répond, – j’ai travaillé dans les boîtes de nuit, je sais que la vie est difficile ! Et il n’ajoute rien. C’est le respect de l’autre dans ses différences.

⇒  Le moment que j’adore, c’est la scène du « fried chicken ». la pub du resto de route annonce : « c’est  meilleur avec les doigts » ce que fait Toni, mais lorsqu’il veut forcer Doc  à y goûter, celui dit mais, – je n’ai pas de couverts. Toni arrive à lui en faire manger, et avec les doigts, le personnage guindé se lâche, et il jettera même les os par la fenêtre imitant Toni.
En fait Doc fait évoluer Toni pour faire de cet homme un peu rustre, un être plus évolué. Et à son tour, Toni, va faire sortir Doc de sa tour d’ivoire, lui disant, – le monde c’est comme ça.
Il lui dit même ; qu’il y a un monde qu’il ne connaît pas, qu’il vit hors de ce monde,
 » – moi, je vis avec les gens, moi, je suis plus noir que vous ».

⇒ Chacun dit à l’autre, – vous avez des a priori, et tour à tour, ils vont faire tomber ces a priori, et peu à peu se crée ce lien d’amitié, qui se voit surtout dans une fin émouvante. La dernière scène est magnifique, ce fut pour moi, le plus grand moment d’émotion.

⇒ Le moment de leur rencontre est aussi une scène forte ; la surprise de découvrir des personnages si différents d’eux-mêmes. Il y a une justesse dans les propos, c’est le début de ce couple anachronique.

⇒ Tony a des finesses dans sa grossièreté.

⇒ Je ne connaissais pas l’existence du guide « green book », et je ne savais pas que c’était une histoire vraie.

⇒ Moi aussi, j’ai découvert cette horreur du guide pour les personnes de couleur.

⇒ Ce guide était un peu comme un « guide Michelin » bien particulier. Son nom complet était : «  The Negro Motorist Green Book » ; Mais aujourd’hui avec ce genre de film on découvre ce qu’était le ségrégationnisme aux USA il y a peu, et aussi,  on constate le silence de nos médias, alors, sur ce sujet. Toujours le modèle « American dream », mais on ne peut, on ne doit pas juger les Américains  des Etats-Unis, qu’à partir de cela.

⇒  Ce n’est que le 2 juillet 1964 qu’a été abolie la ségrégation raciale. Un peu plus d’un demi-siècle, c’était hier si on y pense ! Les lois ségrégationnistes étaient encore en vigueur dans certains Etats du sud, en 1964.

⇒ Si on regarde bien dans un contexte plus actuel on voit que lors de l’élection de Barack Obama, ce sont les Etats du sud, Alabama et autres Etats, qui n’ont pas voté pour Barack Obama. Ce sont surtout les grandes villes qui sont plus ouvertes au monde.

⇒  J’ai aimé le coup du verre sur le piano. Doc dit parlant des différents pianistes :  » – on n’imagine pas Arthur Rubinstein, jouant avec un verre sur le piano, »  et lorsqu’il se décide à aller au piano dans la boîte de jazz, la première chose qu’il fait, est de prendre le verre qui était sur le piano, et de le poser à terre. Il y a plein de scènes comme cela en clin d’œil.

⇒  On voit lorsqu’ils reviennent dans le nord le comportement très différent de la police, on a changé de mentalité.  La ségrégation c’était le sud, pas le nord, ce qui est à considérer dans notre jugement.

⇒ Le passage des lettres est succulent. Tony ne sait pas parler d’autre chose que de ses hamburgers, ou des pâtes qu’il mange. Et ses premières lettres sont pleines de ratures, pleines de fautes, l’horreur. Peu à peu sa femme voit arriver des lettres qui sont beaucoup plus romantiques, et Toni a compris la tournure des phrases pour ces lettres à sa femme. Dans la dernière scène lorsque Doc est accueilli chez Toni pour le réveillon, la femme de Toni lui glisse à l’oreille : –  » merci pour les lettres »

⇒ C’est un beau conte de Noël, finalement.

⇒  Oui, ce road moovie est un conte de Noël, et une leçon de morale, d’humanité. C’est en même temps, un voyage initiatique, pour, au-delà de leur différences,  connaître l’autre, pour se connaître, ils en reviennent eux-mêmes autres, différents  d’avant cette expérience.

The negro travelers Gren book

The negro travelers Gren book

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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