Qu’est-ce qui vous fait lever le matin?

Pablo Picasso. Le coq; 1938

Pablo Picasso; Le coq. 1938

Restitution du café-philo du 25 avril 2023 à Chevilly-Larue

Animation: Thibaut Simoné. Edith Deléage-Perstunski. Guy Pannetier.
Modératrice : France Laruelle.
Introduction : Guy Pannetier

Introduction : A cette question Chat GBT répondrait sûrement « l’envie du café et du pain grillé…. » Au coin Chat GBT avec le bonnet d’âne. On va essayer de penser au-delà, et par nous mêmes
Ce qui m’a donné l’idée de ce débat est une réplique dans un film espagnol, Entrevias, (je cite) : «  …on a besoin d’une chose pour laquelle lutter, une chose qui nous aide à nous lever chaque jour et nous rendre heureux… »
Pour Aristote, le bonheur est dans l’action, il nous dit par là que dans l’action nous nous réaliserons, To be, is to do,     nos amis Anglais, reprenant cette idée, donc se lever pour être vivant.
Un autre conseil  nous est donné par le Sénèque, pour se lever et ne pas oublier de vivre ce jour inscrit dans le compte de nos jours, il nous dit « Il faut vivre chaque jour comme si c’était le dernier »
Cette question sous-entend aussi, qu’est-ce qui nous tient debout dans la vie, qu’est-ce qui nous donne le plus, le goût de la vie ?
Qu’est-ce qui nous donne l’impulsion nécessaire ?
Autrement dit, qu’est-ce qui nous motive ? Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?

 

⇒ Débat : Après des années de travail, je peux ressentir ce que je considère comme un privilège : ne pas avoir de contrainte, et c’est ce bonheur qui participe à l’envie de se lever.
Puis je fais une courte gymnastique matinale, mentale, pour voir comment je vais vivre au mieux cette journée.

⇒:Lorsque je me lève le martin, j’ai déjà ressenti aussi un privilège, celui « d’être vivant » et de pouvoir vivre au mieux cette journée, comme si c’était la dernière (pour le dire comme Sénèque). Aller vers cette journée avec ses possibles aléas, mon esprit est disponible, je suis pour découvrir, dans ce désir « puissance d’exister » de Spinoza.

⇒ Qu’est-ce qui me fait lever le matin ? En fait, qu’est-ce qui me motive ? Alors, comme cela a déjà été dit, c’est le réveil, e café, le pain grillé…., et l’envie d’entreprendre. Donc ce qui me fait lever le matin, c’est le plaisir de vivre, tel que nous l’enseigne Epicure, (les plaisirs simples, boire et langer avec tempérance , et dormir) et réfléchir, parce que le travail pour moi, retraitée mais pas en retrait, a toujours été un travail libre et non contraint. Autre élément nécessaire pour bien me lever le matin, une santé physique permanente, et enfin être dans des projets, des projets sans cesse réactivés, pour exister et non seulement vivre (Sartre)

⇒ Se lever le matin, est d’abord une obligation pour subvenir à des contraintes matérielles.
Se lever est aussi un rituel, une mécanique bien huilée pour affronter le quotidien, à ce moment, le cerveau est encore en pilotage automatique. Le retard de la mise en route nous protège des angoissantes questions existentielles, de les éluder.
Mais plus que tout, se lever le matin c’est se projeter dans l’existence. Ne pas se lever c’est faire corps avec l’insignifiance du monde, c’est faire face au réel dans toute sa pesanteur.
Je me lève, donc j’existe ! Se lever le matin est la condition de la liberté, car être libre, on y accède par une activité utile, signifiante, que nous réalisons par nous-mêmes. Se lever le matin permet de devenir soi. Nous lever, nous aide en quelque sorte, à, devenir.

⇒ Très concrètement, ce qui me fait lever  le matin, c’est le projet d’être utile aux autres. Je suis retraitée depuis peu, et ce qui me motive, c’est d’être un petit grain qui peut apporter aux autres ; et tous les matins, je me dis que tant que j’ai suffisamment d’allant, eh bien, je peux être utile à des personnes diverses, être utile à ma famille.

J’avais préparé ma check-list des diverses réponses possibles à cette question, de ce qui fait  se lever le matin, et certaines ont déjà été évoquées.
Je me lève parce qu’un projet trotte dans ma tête, comme défendre des idées politiques. Je n’irais pas jusqu’à dire, refaire le monde, car là, il faut se lever  tôt, voire encore plus tôt.
Je me lève facilement parce que j’ai la chance de faire une activité qui me plait, et là je pense à ceux pour qui la perspective chaque d’aller vers un travail sans désir, serait plutôt démotivante.
Je ne suis pas victime de la tyrannie du réveil, je me lève spontanément sans réfléchir au pourquoi du comment, ce qui est sûrement le cas la plupart du temps, action où la raison est non profonde, non consciente.  « Il est vrai » nous dit le philosophe Maine de Biran «  qu’il y a en nous une force propre qui se donne  à elle-même sa direction..  »
Je ne vais pas faire un examen de conscience tous les matins au réveil, c’est trop fatiguant, c’est presque à se remettre sous la couette.
Je me lève pour sortir du monde du rêve,  pour aller voir le monde réel. Il y a des jours, des aubes qui sont des promesses.
Enfant je me levais tôt, avide de connaître la vie, pour grandir. J’ai « grandi» et avec beaucoup d’années, ce qui me fait lever tôt c’est pour vivre le plus possible, « « le premier des derniers jours de ma vie ». Le fait de se lever chaque matin,  chose banale, serait-il  un acte de survie ?
Je me lève tôt, parce que l’acte de se lever tôt est rassurant. Rester encore un peu au lit, cela peut amener à se poser des questions quand à la nécessité de se lever, se poser des questions existentielles,  avec le risque, après plein de pendiculations, (étirements matinaux)  de faire de la dysanie,  (Difficulté à sortir du lit), ou pire, de la clinomanie, ou, clinophilie, (soit le refus catégorique de se lever).
Allez ! zou ! on se lève !

⇒ Ce doit être terrible de se lever sans aucun projet. Se lever en se disant que la journée sera en tout point identique à celle de la veille, et qu’il en sera ainsi demain, et tous les jours à venir, cela doit être ce que ressentent ceux qui sont privés de liberté, savoir, avec certitude que ce jour sera pareil aux jours passés et qu’il y a encore des centaines de jours terriblement identiques à venir.

⇒ Je suis aussi à la retraite depuis peu, medecin retraitée, et pour moi me lever avant c’était pour soigner. Puis ce fut se lever le matin pour faire plein de chose pour la maison, puis prendre soin devenir,  de soignante,  aidante d’une mère souffrant d’Alzheimer. Et puis, tout à coup je suis repartie avec des projets. Des projets qui vont dans le sens d’aller vers les autres de nouveau. Je suis bénévole dans une épicerie solidaire, et je vais faire des cours à des personnes hébergées. J’ai retrouvé ce plus d’énergie pour me lever le matin.
Et puis parfois, je me dis, être dans un bon lit, avoir un toit, c’est avoir de la chance….

⇒ Au réveil, je suis simplement content d’être vivant, ce monde m’intéresse. Nous sommes malgré nous celui ou celle qui écrit sa vie, tout n’est pas écrit d’avance. Il y a toujours quelque chose à découvrir, à apprendre, ça ne viendra pas me surprendre dans mon lit, il faut que j’aille au devant
Si au réveil je suis un peu paresseux, alors,  c’est un combat contre moi-même, un combat que par fierté je veux gagner, c’est presque un acte de liberté  (dirait un philosophe un peu éveillé)

⇒Qu’est-ce qui me fait lever le matin, pose aussi la question : qu’est-ce qui fait que je ne peux pas me lever le matin ? Quand je serai malade, quand je vais souffrir, que les douleurs seront fortes, qu’est-ce qui m’aidera à me lever? Est-ce que je pourrai me lever malgré tout ça ? Comment arriver à l’acception de soi au moment présent où je suis vivant malgré mon handicap, où est la résilience ? . La première possibilité est comportementale, agir pour pouvoir se remettre en mouvement…… Et comment on fait, par exemple, pour avoir la motivation  pour se lever le matin quand on a perdu celui qui vous a accompagné toute une vie ? quand on a perdu ce qui donnait sens à votre existence. ?
On ne se lève pas tous les matins pour la même raison, et en fonction des différents moments de sa vie. Et parfois, ca peut être ces petites « madeleines » de Proust dont on a parlé : l’odeur du café, du pain grillé, ou parfois ce peut-être de grandes causes, et là on a la force, l’énergie pour agir, et c’est alors ce qui nous porte.

⇒Je suis enseignant : ce qui me fait lever le matin, c’est parce que je pense que le savoir est un trésor, et que ce grand trésor acquis au cours des siècles, ce trésor doit être partagé, voire, enseigné. Et ça c’est extrêmement puissant pour ma part ; puissant pour partir au travail chaque matin, et transmettre des connaissances. C’est ce qui me met dans l’action, c’est presque un but en soi, ça me porte.

⇒ « Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt », dit l’adage. Sauf que la plupart de ceux qui se lèvent tôt : femmes de ménage dès 5 heures du matin, éboueurs, etc. partent travailler pour gagner quelque argent, alors que ceux qui se lèvent tard, ont parfois leur argent qui travaille pour eux.

⇒ Qu’est-ce qui me fait lever le matin, et bien, oui c’est mon réveil, mais c’est aussi parce que je n’ai plus sommeil, parce que c’est mon corps qui m’a réveillé. Et jusqu’à présent on a surtout répondu à la question : qu’est-ce qui me fait vivre, rester debout ? Face à ces trois grandes catégories évoquées : Idéal – Travail – à chaque instant de notre vie, on est confronté à cela d’une manière un petit peu différente. Pour le travail on peut se lever un peu contrarié, mais on peut aussi y aller avec joie.
En fait tous les humains ont en eux, ce que j’appellerai, la pulsion de vie, laquelle me fait rester debout alors que je pourrais être accablé par des événements.
Que l’on soit actif ou retraité, c’est un peu la même question, et au final, c’est la vie ; la vie en conformité avec ce que je pense, idéal, travail, projet, tout cela me tient debout et même au point que dans cette idée si je continue à y penser jusqu’au soir, à un moment cela peut m’empêcher de m’endormir. Mais ce qui me rend heureux, me fait lever le matin, cela peut –être aussi d’être bien dans une routine inévitable,  et aussi en conformité avec soi.

⇒  Cela me fait penser à Matthew Crawford qui était directeur d’une think tank, et qui a constaté que son activité ne lui donnait plus le courage de se lever le matin. Il a tout plaqué pour ouvrir un garage de réparation de motos. Il raconte cela dans un livre qu’il a écrit : « Eloge du carburateur » ; il a retrouvé le goût de la vie, le tonus pour se lever le matin.

⇒ Pour avoir une motivation pour se lever le matin, il faut, être en activité ; quelle qu’elle soit, même en retraite ; « Je veux » écrit Montaigne « que la mort me trouve plantant mes choux, nonchalant d’elle, (Sans me soucier d’elle) et de mon jardin inachevé ». Si devenu vieux, je pense à ce que j’ai en route, à tout ce que je ne pourrai peut-être pas  finir, parce que demain je ne serai plus là, alors je me dis : à quoi bon !  Et bien, surtout pas, il faut continuer à aller de l’avant chaque jour,  chaque matin, c’est dire oui à la vie.

⇒ La radio, une aide pour me lever.  La radio me dit le monde, le monde comme il va, bien et pas bien, mais c’est comme un appel à l’extérieur, le monde il n’est pas dans ton lit.
Si les journées précédentes ont apporté quelque chose d’intéressant, si elles ont été animées, bien remplies, cela me donne envie de découvrir la suite. Autrement dit, en remplissant bien mes journées, en les rendant utiles, en vivant le plus possible le présent, je travaille à me donner l’envie de découvrir le futur, et à me donner de ce fait l’impulsion pour me lever chaque matin.
Se lever est un besoin d’existence. Si je reste indéfiniment au lit, je suis coupé du monde, c’est avec les autres que j’existe. Donc : je me lève, donc je suis.

 

 

 

 

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