Proverbes et dictons:une philosophie populaire?

Restitution du débat du Café-philo
du 8 janvier 2014 à L’Haÿ-les-Roses.

La vérité sortant du puits. Debat-Ponsan. 1898. Hôtel de ville d'Amboise.

Introduction : André Sergent : Les proverbes et dictons sont-ils d’essence philosophique ? Ou sont-ils des recettes à quatre sous, voire à deux balles, pour éviter de trop réfléchir ?
« En avril ne te découvre pas d’un fil. » – «  Une hirondelle ne fait pas le printemps. » – « Tout ce qui brille n’est pas or. » – « L’habit ne fait pas le moine. » : Pris au sens strict, ces quatre dictons tombent en couperet, comme des sentences, et mettent fin à tout discours.
Cependant, au-delà de leur simplicité rustique, ils posent un problème de logique, ou plutôt « d’illogique », qui impose une réflexion. En particulier, si l’apparence d’une chose n’est pas systématiquement le reflet de son essence, alors quoi de la chose elle-même ?
Et là, on est à la fois, en science, en psychologie et en philosophie.
L’observation des choses, qui part du premier pourquoi, du premier « animal pensant », de la nuit des temps, se trouve résumé ici dans nos quatre dictons.
D’erreurs en erreurs, c’est-à-dire d’observations premières en observations hâtives, notre ancêtre « animal pensant » a dû lire, contraint et forcé, au-delà de l’apparence des choses et a dû voir au-delà du visible.
Ainsi a-t-il fallu un jour comprendre que le « plat » de la terre trompait sur sa rondeur et que la course du soleil dans le ciel n’était autre que la course de la Terre autour du soleil.
La question est donc posée : Les dictons et proverbes invitent-ils à la pensée ou ferment-ils la porte aux discussions ? Pour tenter de répondre, prenons un autre exemple : « La raison du plus fort est toujours la meilleure. » Cette morale, issue d’une fable de La Fontaine, impose-t-elle qu’on doive se résigner à un état qui doit durer ? Ou constate-elle un non-sens puissant dont l’injustice suffit à vouloir qu’il ne dure pas ?
Il se pourrait que les deux réponses soient correctes. En effet, l’hostilité que portait Louis XIV à La Fontaine, indique que le fabuliste a autant contribué aux Lumières et à la Révolution en désignant les injustices, qu’il a contribué à rassurer les gens en les maintenant dans la résignation.
Ainsi est-il plus confortable de ne rien faire contre les puissants, si l’on considère que leur raison est la meilleure, que si l’on considère l’inverse.
A vous donc, d’éclairer la nature des dictons, de nous dire leur essence philosophique ou leur fatalisme.

 

Débat : Dans le livre Proverbes, dictons et citations pour toutes les occasions de la vie de Frédéric Delacourt, on trouve plus de mille proverbes et trois cents expressions imagées, langage commun de la société, souvent rapporté par tradition. On lit, dans l’introduction de partie sur les proverbes (page 25) : «  Quelle que soit son origine, il [le proverbe] appartient à la langue orale et est censé exprimer une vérité incontestable en peu de mots. Outre son aspect universel, le proverbe est intemporel. » Dans l’introduction de la partie sur les dictons, il est indiqué (page 111) : « Les dictons appartiennent précisément à cette civilisation où l’oral prédominait sur l’écrit. Il n’y encore pas si longtemps, ils encadraient la vie du paysan et lui fournissaient des préceptes valables de sa naissance à sa mort, quelle que soit son activité et la période de l’année. »
En cherchant du côté de l’étymologie des mots « proverbe » et « dicton », on trouve de nombreux synonymes : sentence, adage, maxime, aphorisme, apophtegme, précepte, avec chaque fois des petites nuances.
Le proverbe, du latin « proverbium » (« la parole en avant »), est, à proprement parler,  une phrase complète, devenue commune, qui, sous une forme imagée, propose une certaine vision du monde.
Le dicton vient du latin « dictum », du verbe « dicere » (« dire »). C’est ce qui se dit, ce qui se  rapporte, en faisant référence à l’expérience, au savoir des anciens.
La sentence (de « sententia » : sentiment, opinion) exprime une opinion morale formulée en une phrase. Elle se présente souvent sous une forme abstraite destinée à amener une réflexion.
L’adage (étymologiquement : affirmer) donne également une directive morale, mais sa forme est plus abrégée, comme par exemple : « Bon chien chasse de race. »
La maxime (= « le plus grand ») est une réflexion qui exprime une vérité qui se veut incontestable. Les maximes, qui sous-entendent qu’il n’y a rien de plus grand, servent de règles dans toutes les disciplines.
L’aphorisme (étymologiquement : délimiter, définir) est une courte maxime, une sentence renfermant un grand sens en peu de mots.
L’apophtegme (du grec « apophtegma ») est une maxime, une opinion exprimée d’une manière dogmatique ; c’était initialement une parole mémorable d’une personne illustre.
Le précepte (de « praecipere » : prendre avant, prendre le premier) est une sorte de recommandation, de règle tirée d’un enseignement, une leçon. Cela revoie à un précepteur, un éducateur.

G Il y a plein de proverbes qui tournent autour du temps, de la météo : « S’il pleut à la saint Médard, il pleut quarante jours plus tard. » Ou : « A la sainte Luce, le jour croît d’un saut de puce. » Ce sont là des dictons pour comprendre, appréhender notre environnement, la nature, le temps et les éléments ; c’était pour vivre au quotidien.
Il y a les Proverbes issus de l’Ancien Testament qui sont parfois très drôles et réjouissants, naïfs parfois, mais aussi frappés de bon sens.
Quelqu’un m’a rappelé récemment qu’on trouve dans les églises, les représentations d’un renard déguisé en moine qui prêche. Le proverbe dit : « Quand le renard prêche, rangez vos poules. » C’est là une allusion aux faux prophètes ; c’est un renard rusé dans un habit de moine, que l’on voit souvent dans les sculptures, entouré des poules qui l’écoutent bêtement ; ce qui nous dit aussi : ne vous laissez pas abuser par les séducteurs, surtout en parole.

G Autrement dit : « L’habit ne fait pas le moine. »

G Je me suis posé la question, qu’est-ce qu’un dicton ? C’est, je pense, plus un moyen de comprendre la nature, les éléments, résultant d’une lente maturation de la pensée humaine et de l’observation ; observation de ceux qui ont pris le temps de relever des phénomènes récurrents, voire même, de manière non évidente. Dans tel dicton, on va dire que s’il pleut tel jour, donc, dans vingt-huit jours, il y aura de la grêle. Ce sont des observations sur des siècles, qui sont rendues dans une forme orale et mnémotechnique.
J’ai l’impression que tout le reste : sentence, adage, maxime, c’est peut-être à partir du modèle du dicton, c’est-à-dire, toujours la suite d’une longue maturation de la pensée, des phénomènes, qui peuvent être aussi d’ordre humain, psychologique, politique ou historique.
Ces sommations, à un moment donné, trouvent une cristallisation dans la parole, et cela devient après des chaînes générationnelles, un héritage commun.
Alors, on peut se dire : Mais, qu’est-ce qu’il y a de vrai dans les dictons ? Qu’est-ce qui en demeure ? Est-ce qu’on est prisonnier avec eux d’une sorte d’intemporalité ? Et la nature humaine serait-elle toujours à l’identique ? Ou est-ce que telle vérité de dicton, qui semblait intemporelle, est devenue caduque avec le temps ?

G Cette traduction de l’expérience, des observations, rejoint la science, l’empirisme.

G Nous avons nombre de proverbes autour de la vérité, dont celui de Démocrite : «  La vérité est au fond du puits. » Cela est repris en peinture : La vérité sortant du puits, tableau de Debat-Ponsan, avec ses symboles : la nudité, le miroir.
Les proverbes, nous dit le Grand Robert de la langue française, sont « des vérités d’expérience ou des conseils de sagesse pratique et populaire ».
On parle aussi des proverbes comme sagesses des Nations, sagesses reprisent par la vox populi. Les proverbes sont : de bon sens, moraux, comiques, irrévérencieux, de savoir-vivre, de superstition et de croyance.
Les proverbes et les dictons restent facilement en mémoire par leur rythme, parfois par la rime ou des allitérations (avec des syllabes, des mots qui se répètent) et aussi souvent par leur concision.
Les proverbes et dictons dans toutes les langues se présentent souvent sous la forme de métaphores, d’images, ce qui permet qu’elles s’impriment dans l’esprit et qu’on les  mémorise plus  facilement. Le dicton appelle l’image. L’image appelle le dicton.
Ou c’est une question de génération, ou c’est une question de milieu, mais on a le sentiment que les proverbes et dictons n’ont plus la mode qu’ils avaient il y a encore quelques dizaines d’années. On peut ressentir les dictons comme des traces permanentes du passé, car souvent les gens qui vont se servir d’un proverbe, ou d’un dicton, commencent leur phrase en disant : ma mère disait souvent, ma grand-mère disait souvent. Alors, on a des réponses toutes prêtes, un répertoire dans le magasin de la mémoire, répertoire toujours à portée de la main, dont on use sans crainte de se répéter même si on l’utilise souvent, comme quelque chose qui revient, un refrain.
Les proverbes et les dictons peuvent être des marqueurs sociaux, en ce sens où, en fonction d’une origine, d’une province, d’un pays, d’une communauté, on se reconnaît dans les dictons utilisés.
D’origine paysanne, j’ai plus souvent entendu des proverbes pour résumer une situation qu’une longue analyse, et pourtant, cela résumait toute une pensée, dans une analyse héritée  des générations antérieures.
On a souvent employé pour les dictons et proverbes le terme de sagesses (au pluriel), ce qui étymologiquement se rapproche de la philosophie, de la « sophia » (« sagesse », en grec). Donc, nous avons affaire à une « sophia » populaire, sans voir dans cette expression un côté péjoratif. C’est une sorte de philosophie simple et à portée de tous, sans concept compliqué à apprendre, à retenir, laquelle sous-entend, et résume parfois de façon lapidaire, une démarche philosophique.
Montaigne qui appréciait le langage simple des paysans et leurs dictons, écrit parlant d’eux : «  …les propos des paysans,  je les trouve communément plus ordonnés selon la prescription de la vraie philosophie, que ne sont ceux des philosophes. » (Essais, II, §17). Il faut faire confiance, nous dit-il, à la simplicité, à la sobriété du commun.

G Cherchant la différence entre dictons et proverbes, j’ai trouvé que le dicton était plus régional que le proverbe. Les dictons pris par pays nous disent ce qui est important pour un peuple ; par exemple, un proverbe chinois nous dit : « Il est plus facile de déplacer un fleuve, que de changer son caractère. » Ou : « Si perçante que soit la vue, on ne voit jamais son dos. »
J’en ai d’autres, plus particuliers, tels : « Qui avale une noix de coco, fait confiance à son anus ! » Ou : « Celui qui laisse tomber sa montre dans les toilettes aura un temps de M… ! » Ou : « Le putois ne sent pas l’odeur de ses aisselles. »

G Pour moi, les proverbes et dictons ne sont pas à proprement parler de la philosophie, mais c’est un tremplin pour philosopher. C’est une approche à la fois naïve et savante, qui peut, dans l’histoire de la pensée, remettre des questionnements en perspective.
En prenant des proverbes très connus, j’ai trouvé des oppositions, des contraires, comme dans ces quelques exemples : « Le monde appartient à celui qui se lève tôt. » Mais : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point. » Et mais : «  La connaissance s’acquiert par expérience, tout le reste n’est qu’information. » Ou : « Qui dort, dîne.» Mais : « L’appétit vient en mangeant. » Ou encore : «  la parole est d’or et le silence est d’argent. » Mais : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. » On trouve aussi : « Cœur qui soupire, n’a pas ce qu’il désire. » Mais : «  Cœur content soupire souvent. »

G On cite souvent comme étant un proverbe cet aphorisme chinois [en l’attribuant à Confucius ou à Lao Tseu] : « Quand le sage montre la lune, l’idiot regarde le doigt. » En fait, il s’agirait peut-être d’un soutra bouddhiste.
Ce qu’on méconnaît un peu à propos des proverbes, c’est l’aspect linguistique. On oublie un peu trop le langage, qui est quelque chose de populaire par excellence. C’est vraiment le peuple qui le construit, qui le fait évoluer ; les doctes n’y peuvent rien. C’est intéressant de voir qu’à côté du langage, il y a les proverbes et les dictons que nous avons en commun. Il y a des proverbes qui se lexicalisent complètement, de telle sorte qu’on peut les placer dans une phrase, tel un mot, comme, par exemple : « Rendez à César », et, là, je peux m’arrêter.
Ce qui est amusant chez les Chinois, c’est que cela est un processus assez courant, où les « chéngyǔ », « expressions toutes faites », peuvent être ramenées à quatre syllabes, lesquelles deviennent des mots ; il y en a environ dix mille que tout le monde connaît. Beaucoup de ces proverbes font référence à une histoire, à une fable, comme celle du vieillard qui avait perdu son cheval dans la montagne, ce qui donne en quatre caractères : « frontière – vieillard – perdre  – cheval », laquelle histoire fait se succéder et des bonheurs et des malheurs. Le proverbe ensuite va résumer tout le sens de cette histoire.

G Nous sommes là très près du proverbe français : « A quelque chose malheur est bon. »

G Je pense que le proverbe a une valeur initiatique et que c’est une école de la vie avec une portée symbolique, qui fait réfléchir et donne des clefs de compréhension pour nombre de situations de la vie.
Parmi les choses qui me paraissent intéressantes, il y a les morales des fables, où là aussi des proverbes font suite à une histoire, qui finissent sur un précepte, une morale souvent restée comme dicton à portée philosophique. Mais il faut être vigilant et être exact quand on cite un proverbe, par exemple : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; » de Descartes ; cela est devenu un proverbe avec le temps, mais cette partie de phrase [extraite du Discours de la méthode] est suivie chez Descartes de : « car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont point coutume d’en désirer plus qu’ils en ont.  » Sans la deuxième partie, on risque le contre-sens !
Il faut pour moi que les proverbes aient une portée initiatique, morale, utile, sinon ce ne sera que des bons mots.

G Dans un texte sur les proverbes, Vox populo, Yves Cheraqui (qui est venu parfois à notre café-philo) nous dit : « Les détracteurs du bon sens ne manquent jamais de signaler que les  proverbes, c’est n’importe quoi, qu’on ne peut les prendre pour argent comptant, vu qu’il y en a toujours un pour dire le contraire de l’autre. » Parmi les exemples, il cite : « Quand on aime, on ne compte pas. » Mais, ajoute-il : « Les bons comptes font les bons amis. » Il y a de nombreux autres exemples de proverbes avec des sens contradictoires.
De tous les temps, les proverbes ont eu leurs envers, telle une médaille, comme nous le dit Alfred de Musset : « J’aime peu les proverbes en général, parce que ce sont des selles à tous les chevaux : il n’en est pas un qui n’ait son contraire, et, quelque conduite que l’on tienne, on en trouve toujours un pour s’appuyer. »
Bien sûr que les dictons et proverbes sont une forme de philosophie; philosophie du bon sens populaire, mais ce sont aussi des règles de vie, car le dicton conseille, met en garde.
Il n’y pas si longtemps, nos pays d’Europe étaient presque essentiellement agricoles ; une majorité de gens ne savait ni lire ni écrire. Toute leur « philosophie » tenait dans des formules, des formules pour beaucoup héritées du latin, du vieux « françois », ramassées quelquefois en quatre mots et avec assonance, ce qui les rendait d’autant plus faciles à mémoriser. Dans son livre publié en 1557, Proverbes et dicts sentencieux avec l’interprétation d’iceux, Charles de Bovelles donne des exemples : « En l’eau endormie, nul ne se fie. » – « Par savoir, vient avoir. » – « Tel vice, tel supplice. » – «  Dict sans faict, à Dieu ne plait. » Etc.

G Si nous trouvons dans les proverbes tout et son contraire, cela est aussi vrai pour la philosophie qui peut défendre des thèses contradictoires et dans tous les systèmes de pensée.  Par contre, ce qui est intéressant, c’est de savoir ce qui l’on dit au moment où on le dit ; ce qui compte c’est de sortir le bon proverbe au bon moment, là où je vais faire une démonstration, dans un contexte ; qu’importe alors que le contraire existe !

G L’observation des ancêtres est ramassée dans ces formules ; elle a servi de point de départ à cet héritage de ces dictons repris par toutes les générations suivantes.

G Dans mon pays, le Gabon, dans ma tradition, les proverbes sont ce qui régit beaucoup de choses dans la vie quotidienne, dans la vie sociale. Cela va des mariages, au règlement des conflits, etc. Chacun va chercher le proverbe qui renverse le proverbe de l’autre et c’est celui qui va sortir le meilleur proverbe au bon moment qui va l’emporter.
Dans notre tradition, c’est encore l’oralité qui prime. Alors ! Est-ce philosophique ?
Pour le moins, c’est une démarche vers une philosophie, puisque tout proverbe part d’une longue observation, de réflexions qui ont construit une certaine pensée.

G Si on doit résumer ces duels de proverbes, c’est le mot qui tait, c’est le mot qui tue.
Par ailleurs, j’ai l’impression qu’il y a ambivalence dans les proverbes, puisque, nous l’avons dit, cela peut servir un message, ou un tout autre, ou être une parade. Il y a aussi ambivalence sur le rôle du proverbe, parce qu’il peut être utilisé afin de faire taire l’autre, utilisé comme une arme et fermer le débat. Cela peut bloquer la discussion, car comment contester quelque chose qui se dit depuis des siècles.
J’ai entendu que Musset critiquait les proverbes, mais cela ne l’a pas empêché de faire des pièces dont les titres étaient des proverbes, tels que : Il faut qu’une porte soit ouverte, ou fermée. Ou : Il ne faut jurer de rien.
Les proverbes sont le ciment d’une société ; on sent que l’on a des choses en commun. En France, en particulier, un bon tiers nous vient des campagnes, du monde rural, puis d’Esope et de La Fontaine. Il me semble que le proverbe est souvent associé à un récit ; le proverbe évoque l’histoire. Les phrases, les formules qui ont été retenues, devenues proverbes ou dictons, ont été polies par des milliers d’utilisateurs ; c’est ce qui fait qu’une parole devient une sorte de bijou, formule qui peut être figée, mais extrêmement précieuse, telle une pierre précieuse. Il faut du temps et du temps, il faut beaucoup d’appropriation pour qu’une phrase, une formule, devienne un dicton.

G Il y a des proverbes qui ont été remis au goût du jour, comme : «  Le monde appartient à celui dont les ouvriers se lèvent tôt ! », Ou ce proverbe très connu «  Plus il y a de fous, plus on rit. » modifié en «  Plus il y a de fous, moins y a de riz ! »

G Le poème de Florence :

Proverbes et dictons, une philosophie populaire ?

Le jour de la sainte Gudule,
Le jour croit, mais le froid ne recule
Alors pour la sainte Eulalie
Je suis resté dans mon lit

C’est le dicton du jour
Bien mieux qu’un long discours
Il me dicte ma conduite
Et j’en suis fort instruite

Pierre qui roule n’amasse pas mousse
Du coup je me trémousse
Le mieux est l’ennemi du bien
Ca tombe bien, je m’abstiens

En avril je me découvre, fil à fil
Et en mai je fume le calumet
En juin reniflez du groin
Et en juillet ramassez les billets

L’argent ne fait pas le bonheur
Est un proverbe de racketeur
L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt
Est un proverbe d’aristo

Heureux l’étudiant qui tel la rivière
Peut suivre son cours dans son lit
Comme un roi sur sa civière
C’est vraiment très impoli !

Pierre qui roule, n’amasse pas mousse
Alors moi je dis pousse !
Je ne suis pas une cruche
Et pour éviter les embûches
J’évite le pied du mur
Là où le maçon est sûr

Car comme dirais le philosophe
C’est à la Saint Christophe
Qu’arrivent les catastrophes

G Les proverbes, ou du moins les messages véhiculés, se retrouvent dans diverses langues ; du « refràn », en espagnol, ou du « saying », en anglais, la formulation est parfois curieuse, même drôle et toujours très imagée.
Ainsi, ce dict du 13ème siècle : « Au raminagrobis, à la fin pain bis. », qui nous dit  que « qui a trop mangé et est devenu gros chat, devra plus tard se priver pour sa santé », a un équivalent en espagnol : « Al burro viejo, poco verde » (A un vieil âne, peu de foin).
L’autorité des maris fut souvent l’objet de proverbes drôles : « En casa de Gonzales, más canta la gallina que el gallo. » (Dans la maison de Gonzales, la poule chante plus fort que le coq), ce qui donne chez les Anglais, toujours en parlant d’un mari : « He’s a hen pecked husband. » (Un coq qui se fait picorer sur la tête par une poule).  Là aussi, on a le coq et la poule. Cela correspond à l’expression française : « C’est la femme qui porte la culotte. », la culotte étant le symbole du mâle, de l’autorité.
Trois autres exemples : « A stitch in time saves nine » (Un point à temps en sauve neuf).
Ou, en français, « Il faut faire les choses à temps. » ou « Por un clavo se pierde la herradura » (Pour un clou, se perd le fer à cheval).
L’équivalent de « Chassez le naturel, il revient au galop. », devient chez nos amis espagnols : « Aunque de seda se viste la mona, mona se queda. » (Même si elle se vêt de soie, la guenon reste guenon.).
Lorsque nous disons : « J’ai d’autres chats à fouetter. », nos amis anglais disent : « I’ve an other fish to fry. » (J’ai un autre poisson à frire.).
Et enfin, au hasard de tous les proverbes autour du diable : « Cuando el diablo se difrazo, se hace de abogado. » (Quand le diable se déguise, il s’habille en avocat.), en écho à Victor Hugo qui dit : « Dieu s’est fait  homme, soit ! Le diable s’est fait femme ! »
Mais pour les Italiens, c’est : « On ne mange pas avec le diable sans avaler les cornes. »

G Dans le livre déjà cité Proverbes, dictons, et citations, pour toutes les occasions de la vie de Frédéric Delacourt, en regardant la table des matières, on voit tout de suite tous les sujets qui ont fait l’objet de proverbes et dictons : animaux sauvages et domestiques, nature, l’être humain (corps, habits, sens, rire, larmes, nourriture, sommeil, l’homme, la femme, dont « la femme et le diable » et « la parole et la femme »,  mariage, rapports familiaux, foyer, autorité dans le couple, l’enfant, hérédité, éducation, jeunesse, vieillesse, le temps qui passe), les activités humaines, les relations sociales, les sentiments et la croyance.
Il faut voir le rôle social de tous ces proverbes. Ce fût aussi aux 17ème et 18ème siècles un jeu de société : on jouait aux proverbes. Bien avant Alphonse Allais, des écrivains  y allaient de leurs formules qui allaient peut-être devenir des proverbes. Ensuite, il faut différencier ce qui est  proverbe ou seulement bon mot. Les proverbes comme tous les propos sont appelés à être déformés, même si l’on voit depuis les Grecs une certaine permanence. On voit là toute cette transmission, dans laquelle la famille et l’école avaient leurs parts. Dans les écoles, chaque matin on trouvait au tableau noir comme « morale » un proverbe, un dicton ou une sentence. Les proverbes étaient pendant longtemps écrits ou imprimés sur des petits livres ou almanachs vendus par des colporteurs. Le proverbe perdure et peut s’alimenter de choses nouvelles.

G Chez les Chinois, il y a cinq catégories d’expressions, qu’on nomme proverbes ou dictons en français :
– diǎn gù : « allusions historiques (ou littéraires) ».
– guànyòngyǔ : « expressions usuelles ».
– yànyǔ : « proverbes ».
– súyǔ : « dictons ».
– chéngyü:  » expressions proverbiales, vérités d’expérience, expressions consacrées… »
– – iēhòuyǔ : « expressions en suspens » : un premier mot, puis une pause, et une fin comique. (Source :Wikipedia http://fr.wikipedia.org/wiki/Chengyu et http://fr.wikipedia.org/wiki/Proverbes chinois)
Quant à La Fontaine, plusieurs fois évoqué dans ce débat, nombre de ses fables sont d’origine indienne, lesquelles sont passées par la Perse, puis la Grèce.

G Le proverbe est aussi parfois une manière de mise en garde. Avec juste le début d’un proverbe, on passe un message. Ainsi, en espagnol : « Jaula abierta », contraction de « Jaula abierta pàjaro muerto. » (Cage ouverte, oiseau mort.), sert à prévenir un homme que sa braguette n’est pas fermée !

Œuvres citées

Proverbes, dictons, et citations, pour toutes les occasions de la vie. Frédéric Delacourt. Editions De Vecchi. 1996.
La Bible : Les Proverbes dans l’Ancien Testament.
Proverbes et dicts sentencieux avec l’interprétation d’iceux. Charles de Bovelles. 1557. BNF (gallica).

 

 

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Une réponse à Proverbes et dictons:une philosophie populaire?

  1. Pr S. Feye dit :

    Les dictions ne sont jamais populaires. Ils sont seulement transmis, assez fidèlement du reste, par le peuple. Très souvent, leur sens provient de la philosophie hermétique.
    Je vous signale mon livre paru chez Beya Éditions en 2013 : Défenseurs du Paracelsisme DORN DUCLO DUVAL.
    Vous trouverez mà bien des choses en ce sens.

    Bien cordialement.

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