La pluralité d’opinion est-elle garantie dans les médias ?

Thème : «  La pluralité de l’opinion est-elle garantie dans les médias »
    
Essai de restitution du café philo avec « Les Amis du Monde diplomatique »
                                                              22 Mars 2006.

Animateur invité : Antoine Schwartz
Animateur (Café philo et Amis du Monde diplomatique) Guy Louis Pannetier.
Introduction : Jean Daniel Dupasquier.                                                  Participants 60

  Introduction.  Ce film nous donne à connaître la situation des médias en Italie. Médias monopolisés par un homme que rien ne destinait à contrôler un empire. D’abord chanteur de charme dans des croisières « Costa croisières », Berlusconi va dans une période peu éclairée par les médias construire une fortune grâce à Bettino Craxi *. Berlusconi, « Il cavalière » type même du  corrupteur au pays de la « combinazzione », va avec la complaisance ou la duplicité des responsables politiques de droite ou de gauche faire fortune en « investissant », dans l’immobilier, puis la grande distribution, puis l’assurance, la pub, et enfin le cinéma et la télé avec un groupe important (2ème groupe en Italie) Fininvest qui contrôle l’activité médiatique « Médiaset », laquelle possède  entre autres les trois grandes chaînes nationales. Son empire contrôle tout le culturel, et va étouffer le cinéma italien. Ce cinéma italien qui fut si productif, une référence internationale, cède devant l’omniprésence du cinéma américain, et jusque dans les télés ou il côtoie les innombrables et abêtissants « reality shows ». Le budget culturel italien est un des plus bas : 0,33% du budget, et va diminuer en 2006 de 30%. Quant à la liberté de la presse au sens où la pluralité de l’opinion serait respectée, l’Italie se situe au 76 ème rang de la liberté de la presse. Rappelons que ce film (documentaire) a fait déjà 600.000 entrées, qu’il a été acclamé au festival de Venise. Cette situation qui nous est montrée en Italie ne doit-elle nous inciter à nous poser la question quant à la liberté de l’information en France.
* Socialiste, Président du Conseil italien 1983/87 condamné à 27 ans de prison….

Antoine Schwartz : Le manque de pluralisme des médias, tel que nous l’avons vu lors du projet de Constitution européenne, ou leur position lors des grèves de 1995  à amener des journalistes à créer un organisme qui dénonce les dérives idéologiques de certains médias : l’ACRIMED (action critique des médias) www acrimed.org/ . Si la seule critique doit être laissée à quelques humoristes et aux «guignols de l’info», il y a là un déficit démocratique, et la porte est largement ouverte pour toutes les collusions média / pouvoir. Si nous sommes parfois victimes de la désinformation, nous subissons aussi la censure par omission, la censure passive, invisible mais réelle ; censure économique dans les choix des sujets sur les journaux télévisés; censure par la pensée, pseudo débats entre éditorialistes  et économistes de plateau unique tous d’obédience libérale, subis lors de la précédente campagne. Censure sociale au niveau des participants, seulement 10% des employés ouvriers représentés pour un rapport de 60% de la population, une représentation à 53 % de cadres et professions libérales pour 10% de la population, et une surreprésentation des acteurs médiatiques.

 Guy Louis Pannetier : La réalisatrice Sabrina Guzzanti dénonce la lâcheté de la gauche italienne, et critique les médias qui sont dit-elle,  « A marée basse », et d’ajouter : «Comment  ceci est-il possible dans un des berceaux de la démocratie… » la majorité  de la population a grandi avec une télé stupide qui a tué toute aptitude à déchiffrer et à critiquer. « On a lavé le cerveau du peuple ». Rappelons que l’Italien moyen passe cinq heures en moyenne devant la télé.
Pour la gauche italienne le Premier ministre espagnol, ayant refusé l’alliance avec Bush pour la guerre d’Iraq est considéré presque comme un révolutionnaire. Il faut rappeler que la loi votée récemment sous son gouvernement, ôte au pouvoir politique la possibilité de nommer les directeurs des chaînes de télévision publique. Mais, en tant que téléspectateur en Espagne cinq à six mois par an, je constate depuis quelques mois, qu’au moindre évènement (élections au pays basque, projet de constitution de la communauté Catalane, mariage des homosexuels, évènements internationaux) nous voyons sur toutes les chaînes, y compris sur les télés publiques, en premier et très largement l’ex-Premier ministre Rajoy, et Angel Acebes ex-ministre de l’intérieur, comme si le renversement du 11 Mars 2004 n’avait jamais existé. Nous nous retrouvons devant le même déficit de pluralité de l’information. Les pouvoirs croisés, le classique mélange des pouvoirs, pouvoir politique, pouvoir économique, pouvoir médiatique que sont : la pub, les propriétaires de médias, nombre de journalistes qu’on pourrait nommer, « employés des médias », fabriquent chaque jour «une presse de marché ». La brèche laissée par l’Etat est déjà comblée par la collusion : partis de droites, économistes, journalistes et tous les groupes aux intérêts convergents. Donc, qui regarde la télé espagnole, et pour  un español ayant un peu d’esprit critique, ce dernier ne  s’exclamera  pas « Viva Zapatero » !
Rappelons qu’il y a dans notre pays 40.000 cartes de journalistes, et que nous sommes bien conscients qu’ils sont nombreux à respecter ou vouloir respecter la déontologie professionnelle et regrettent eux aussi  un certain manque de pluralisme dans la profession.

 Débat :   –  Il faut effectivement aider au développement du sens critique, pour avoir ses propres grilles de lectures. Lors d’interviews j’enrage de voir que les questions posées sont sans intérêt, à côté du sujet. Nous entendons souvent dans le film parler de conflit d’intérêt. N’y a-t-il pas chez nous conflit d’intérêt à voir une présentatrice de chaîne publique qui soit l’épouse d’un Ministre ?
    – Souvent l’image prime sur le texte, à savoir, les images choisies sont très parlantes, et les propos ne sont pas une lecture objective qui temporiserait le message implicite des images.., on ne l’a pas dit vous l’avez interprété, la demi vérité peut être un gros mensonge…
    – Nous avons souvent des débats qui ne rassemblent que des personnes ayant une seule et même vue de la société, il en ressort une idée dominante, celle des dominants…
    – Un journal télévisé de 13 heures ouvre chaque jour sur des faits divers totalement dépolitisés, là nous n’avons rien à envier aux chaînes italiennes. L’information est au maximum occultée, presque accessoire, et le débat aussi…
    –  Aujourd’hui nous sommes pratiquement dans la situation de la IIIème République. Ce ne sont plus 200 familles, le comité des Forges qui fabriquaient et contrôlaient l’opinion publique et tenaient la presse, aujourd’hui ce sont quelques familles : Dassault, Bouygues, Lagardère, Francois Pinault, Bernard Arnaud….
    – La charte de la Résistance énonce : « La presse est libre lorsqu’elle ne dépend ni du gouvernement, ni du pouvoir de l’argent, mais de la seule conscience du rédacteur »
Liberté rédactionnelle et finalité économique s’opposent.  A cela la réponse aujourd’hui est contenue dans la convention, (art.3b) à savoir : « Les organisations contractantes rappellent le droit pour les journalistes d’avoir leur liberté d’opinion, l’expression publique ne devant en aucun cas porter atteinte aux intérêts de l’entreprise dans laquelle ils travaillent », ce qui inclut intérêt des actionnaires, et surtout intérêt des annonceurs qui pourraient quitter le journal, le mettre volontairement en difficulté financière, le ramener ainsi dans « le droit chemin ». Situation qui va  générer ce système pervers où la presse est soumise aux seules lois économiques, donc à une liberté de la presse « encadrée » qui est loin d’être une réelle liberté. 
En cas de désaccord sur la ligne rédactionnelle, les journalistes ont la possibilité de faire jouer la clause de cession, qui permet à un journaliste en cas de rachat de son entreprise de refuser de travailler avec le nouvel employeur et de profiter des conditions d’un licenciement et non d’une démission ou, la clause de conscience, qui (je cite) « permet au journaliste en cas de changement notable d’orientation de la publication de quitter celle-ci avec des indemnités de licenciement comme si le départ n’était pas de son fait ». Après avoir fait jouer une fois ou deux cette clause, le journaliste aura compte tenu de la concentration des médias, le choix : ou de changer de métier, ou de se conformer à une ligne rédactionnelle non conforme à ses convictions personnelles.
    –  J’écoute souvent France Inter, je subis comme beaucoup les cours de libéralisme,  le pluralisme d’opinion n’est représenté que par Daniel Mermet, une émission devenue peut être l’alibi qui dédouane l’engagement très orienté par ailleurs…
    –    Nous sommes bientôt en campagne électorale, c’est le moment de demander à nos élus de se positionner et de s’engager dans ce domaine…
     _ Nous sommes en pleine évolution médiatique de par les moyens de communication qui permettent une interactivité rapide qui peut être efficace…
    – Ces médias alternatifs par Internet, les journaux en lignes, ne sont encore que des niches, ils sont encore insuffisants pour jouer le rôle de contre-pouvoir pour pallier à la déficience du quatrième pouvoir..
    – Face au manque de pluralisme, les défenseurs de ce modèle évoquent l’époque où les télés étaient reliées directement au téléphone du Ministre de l’information (comme l’époque Pierrefitte)….
     – Imaginez un instant que pour éviter toute manipulation, les médias lors des campagnes électorales, n’aient que la fonction d’indiquer qui est candidat, où se déroulent les réunions d’information, les débats. Sans nul doute nous n’aurions pas du tout la représentation politique actuelle, d’où la nécessité d’agir sur l’opinion. « Car l’information fait l’opinion publique, ce qui détermine les choix électoraux, ce qui va permettre d’accéder au pouvoir, et de là, prendre des décisions qui permettront d’accroître les profits, que l’on investira entre autres dans la communication, pour agir sur l’opinion….and so on”(dixit café philo. Manipulations.06.11.02), ce qui va créer cette collusion : médias – finance – politique. Le triumvirat dominant, la totale confusion des pouvoirs.
    – : Il a été évoqué un rendez-vous électoral, une occasion de participer à un projet, alors quelles pistes pouvons-nous explorer pour tenter d’aller vers plus de pluralité d’opinion dans les médias ¿ Quelques propositions non exhaustives :1° Exiger que nos mandataires politiques fassent respecter cet article issu des ordonnances de 1944, à savoir qu’ « une seule personne ne peut être propriétaire, directement ou indirectement de plusieurs supports d’information »  2° Rétablir le principe des comités de rédacteurs en s’inspirant de ce qu’était le modèle portugais, ou ce qu’était le comité de rédacteurs comme l’avait conçu Hubert Beuve-Mery. Un comité composé de tous les journalistes du titre, lesquels élisent un comité de rédaction qui choisit le rédacteur en chef, et la ligne rédactionnelle. 3° La suppression des aides de l’État aux journaux  d’information ne respectant cette règle. 4° Aide dégressive aux journaux d’opinion, réduisant par pallier les aides au delà d’un certain tirage afin de favoriser les titres à faible tirage. 5° Allocation à tous les élus d’une « prime information » non imposable et devant servir à alimenter un journal d’opinion de leur choix, journal national ou régional. Ces mêmes journaux devant bénéficier d’aides spécifiques de l’État : TVA à taux zéro, abaissement des taxes sur le routage postal, sur les transports…. 6° Création d’un organisme contrôlant la profession en tant qu’autorité morale. Organisme représenté par des responsables élus par les seuls titulaires de la carte de presse.

 En conclusion : « Il n’est que trop évident qu’une telle domination parce qu’elle s’exerce en permanence doit faire l‘objet d’une vigilance, d’une critique et d’une action permanente ». Médias en campagne : Henri Maler, Antoine Schwartz (Acrimed. Editions Syllepse).  L’information est un bien commun, il appartient aux citoyens de défendre ou de lutter pour la pluralité d’opinion, une des garanties de la démocratie, ou alors nous donnerions raison à l’intervenant qui posait la question « Avons-nous les médias que nous méritons » ?

 

 

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2 réponses à La pluralité d’opinion est-elle garantie dans les médias ?

  1. Johna426 dit :

    I usually do not drop a comment, but I read a few efbgkcbbgebd

  2. Johnb184 dit :

    Inspiring story, where did you quote it from? feeaedggfdga

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