Tous les bonheurs ne sont-ils que provisoires ?

Thème :    «Tous les bonheurs ne sont-ils que provisoires » ?
                  
Essai de restitution du café-philo de Chevilly-Larue
                                                  26 avril 2006

 Modérateur : Juliéta Solis
Introduction : André Deluchat                    
Animateurs : Guy Philippon. Michel Perrin.

 Introduction : Ces deux citations pour illustrer le débat : « Manifester son bonheur est un devoir ; être ouvertement heureux donne aux autres la preuve que le bonheur est possible ». Albert Jacquard (extrait de : la petite philo à l’usage des non philosophes), et cette chanson de Pierre Perret :     « Y a-t-il quelque part un ruisseau d’eau pure ?N’existe-t-il pas, cet amour qui dure ?
Le bonheur est-il bref comme un orage en ciel d’été ? ».

 Débat:     – Qu’entendons-nous réellement par bonheur ? En un temps le bonheur venait des augures, le bonheur s’inscrivait  dans une destinée, une fatalité heureuse. La définition (en raccourci) de nos dictionnaires est : « Un état de conscience pleinement satisfaite », ce qui ne signifie pas que cet état puisse être permanent. Pour Bersot : «  l’homme est un être vivant : son bonheur est donc de vivre, et la vie est un mouvement, par conséquent un effort, un regret, une espérance et une crainte ».
    –
A un moment donné  on est heureux, et c’est alors que peut-être on se pose la question : ce bonheur va-t-il persister ? Nous connaissons la réponse, c’est non, ce n’est que l’histoire d’un moment. Est-ce la nature même du bonheur que d’être éphémère ?
    – Le bonheur n’est-il que l’absence de malheur ? Faut-il connaître le malheur pour accéder et ressentir l’état de bonheur ? Le bonheur ne serait-il que le passage du malheur à une période plus bénéfique?
    –   Ne faut-il pas faire le rapprochement avec le mot « heur », qui est lié au temps, qui rappelle le temps et la chose indéfinissable, (bon heur, mal heur) : fatalité heureuse , ou chance , ou destinée..
    –  Lorsqu’on est dans le bonheur on n’en est pas forcement  conscient, et c’est parfois lorsqu’il s’échappe, ou qu’il fait place au malheur que l’on réalise que c’était alors, le bonheur.
    – C’est là où il faut être lucide, et cette prise de conscience est un exercice (Le carpe diem) « Vivez si m’en croyez, n’attendez à demain… ».
    –
Actuellement on fête le 70 ème anniversaire du Front populaire en 1936. On entendait alors cette chanson de Ray Ventura « Qu’est-ce qu’on attend pour être heureux » nous étions alors dans l’enthousiasme, un bonheur collectif ; puis ce furent cinq ans de malheurs. Il est des instants de bonheur, mêmes fugaces qui s’inscrivent dans la mémoire ; on peut alors écrire : « A la recherche du temps perdu » et ce sera l’attente…
    – Lorsque l’on est heureux, faudrait-il analyser les raisons de ce bonheur. Mais il faut réfléchir sur ce qui empêche le bonheur. Les bonheurs provisoires sont-ils vraiment des bonheurs ?
    –  En des temps et des lieux différents nous aurons bien des variantes, par exemple au cours du siècle dernier la vie fut parfois de misère, les enfants mourraient en bas âge…et malgré cela la mémoire  veut embellir, jusqu’à entendre : « à cette époque on était heureux,c’était le bon temps.. ».
    – Il n’y a de bonheur que dans une certaine durée. C’est aussi un état d’esprit, c’est aussi se prémunir et prendre conscience que ce qui est « matériel » ne dure pas….Le bonheur  « d’avoir » est provisoire, le bonheur d’aimer, lui,  peut être éternel…
    – Des bonheurs provisoires, fugitifs peuvent venir d’une façon presque anachronique : (Témoignage) « Alors que les avions bombardaient Paris, j’ai le souvenir d’un journée passée chez des cousins près de la gare du Nord, c’était alors  des instants de bonheur… ». Le bonheur peut-être qu’une suite de petits plaisirs, (lire : « la première gorgée de bière » de Philippe Delerm). Le bonheur étant aussi partage, on est heureux avec les autres, pour les autres, la solidarité peut aider au bonheur ; peut-on être heureux quand son voisin ne l’est pas ?
    – Nous situons souvent nos instants de bonheur dans l’enfance, dans notre jeunesse, dans le passé. Le bonheur est déjà désir, comme une aptitude au bonheur, il est dans l’attente du bonheur, il est dans sa jouissance, il reste entier dans le souvenir de cet instant ;  il se conjugue  au futur, au présent, au passé.
    – J’ai plus ressenti le bonheur dans l’action, je ressens le bonheur dans des instants simples, mêmes s’ils sont fugitifs. Nous mettons des niveaux différents d’exigence pour le bonheur : « Aux yeux d’un mourrant le soleil est si beau… » (Lamartine).
    –  Savons-nous cultiver le bonheur, quelles aptitudes avons-nous de trouver le bonheur. Il est parfois dans une vie toute simple, « Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite … il a filé ». (Paul Fort).
    – Le bonheur est dans cet accord avec soi-même qui est aussi un exercice philosophique…Symbole de l’absurde Sisyphe (A.Camus) sans cesse remontait son rocher ; près du sommet était le bonheur : bien vite perdu…
    – Notre mémoire filtre les événements, optimiste ou pessimiste nous ne retiendrons pas les mêmes….
    – Nous sommes un miracle, de l’inattendu, (ce sucre de carbone devenu celulle), cette étincelle de vie, dérisoire en regard du temps, fugitive, et nous différons de vivre, en passant peut-être à côté du bonheur, des bonheurs, mêmes s’ils ne sont que provisoires…Nous attendons et nous  cherchons un  bonheur qui est parfois là, présent, «  ..Le bonheur, sinon la béatitude n’est pas  au bout du chemin, mais dans la marche elle-même ». Epicure. 
    –  « Vous me dégoûtez tous avec ce bonheur ! Avec votre vie qu’il vous faut aimer, coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. Et cette petite chance de tous les jours, si on n’est pas trop exigeants. Moi, je veux tout, tout de suite, que ce soit entier, ou alors, je refuse ! Je ne veux pas être modeste moi, et me contenter d’un petit morceau si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui et que cela soit aussi beau que quand j’étais petite, ou alors, mourir ! »   (Antigone (Jean Anouilh)
    – L’amour dans toutes ses dimensions est source de bonheur, ne seraient-ils que provisoires L’absence de désir serait obstacle au bonheur.  Des bonheurs qui nous viennent de l’extérieur sont souvent provisoires, ceux qui sont en nous peuvent durer.

 Conclusion : Le bonheur est fugitif, sauf à fixer l’instant dans une éternité, la permanence du bonheur n’est que dans le souvenir. Les plus grands bonheurs, les plus durables, résident  dans la relation intime. Cette idée de bonheur permanent a toujours guidé les hommes, chaque fois ils pensent avoir découvert un nouveau moyen d’accéder au bonheur durable ; lors de la Révolution St Just  nous disait : « Le bonheur est une idée neuve en Europe », l’idée du bonheur était celle de la liberté des peuples, elle sera confiée à Napoléon qui va ensanglanter l’Europe… . Nous parvenons plus aisément à construire du bonheur privé que du bonheur collectif, nous savons par expérience que le bonheur collectif est toujours à construire, encore le mythe de Sisyphe…. 

 

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