Identité personnelle, identité collective

Restitution du débat du  27 septembre  2017 à Chevilly-Larue

 

Marie Laurençin. Apollinaire et ses amis. 1908. Musée de Baltimore.

Marie Laurencin. Apollinaire et ses amis. 1908. Musée de Baltimore.

Animateurs : Guy Pannetier. Danielle Vautrin.
Introduction : Guy Pannetier

Introduction: Nous sommes tous différents, et à la fois, nous sommes tous semblables. Avec toutes ses caractéristiques, notre identité constitue un caractère unique. Nous ne sommes pas des cellules dupliquées.
Qu’il s’agisse, de vous, qu’il s’agisse de moi, nous n’avons pas, parmi les milliards d’individus sur la terre, notre double ; porterait-il, porterait-elle, le même nom, le même prénom, il n’y pas deux ADN identiques
Alors, aborder dans un même débat identité personnelle et identité collective pourrait donner le sentiment a priori, qu’on aborde là deux sujets distincts, alors que les deux me semblent  inévitablement liés. Mais, même s’ils sont liés, on ne met pas la même chose dans ce terme d’identité collective.
Si mon identité m’appartient, si elle est aussi ma construction, elle ne peut se dissocier du groupe auquel j’appartiens, « Seul, je suis un primate » nous disait Albert Jacquart.
Donc entre identité personnelle, et identité collective, quels liens ? C’est la principale question de ce débat.
Si je devais tenter de définir les  fondements de la notion d’identité, j’énoncerais :

1°L’existence physique matérielle et les particularités physiques; une identité juridique avec les  éléments qui vont constituer notre carte d’identité nationale, un curriculum vitae, et divers documents administratifs.
2° Le tempérament, les spécificités d’un individu, soit notre identité morale, ce que nous sommes intrinsèquement, notre tempérament, notre singularité d’individu, et ce que nous pensons être en notre for intérieur, ce qui s’avère être aussi une identité subjective.
3° L’appartenance culturelle, l’héritage familiale, et communautaire.
4° L’appartenance à une ethnie, un clan, une  caste.., etc.
5° La reconnaissance de l’appartenance à un récit, tels le peuple juif, le peuple arménien, le peuple kurde…..
6° L’appartenance à une époque : génération d’avant, génération mai 68, génération 2.0
7° L’appartenance par origine à un lieu de vie, voire l’attachement à une région, à une nationalité, à une langue.
8° L’appartenance à une religion, à une confrérie, à un groupe culturel : rotary club, ou loge maçonnique, ou encore un  groupe sportif,
9° L’appartenance  à une activité, une profession : le monde du spectacle, le monde du sport, le monde médical, de la magistrature, de l’armée, etc.
10° L’appartenance à un univers social : soit l’identité sociale ou, d’une part la personne qui se montre aux autres, par convention, pour l’estime que l’on en retire, et, en même temps, la position sociale que nous occupons dans la société. Cette appartenance sociale est à ce point importante que parfois des chômeurs ayant perdu leur emploi peuvent avoir le sentiment d’une perte d’identité sociale, avoir le sentiment d’être exclus du monde du travail.
11° L’appartenance à un groupe ciblé de consommateurs, ou notre identification cataloguée par Google et autres organismes, nous place dans un groupe, une autre construction identitaire.
12° L’appartenance aujourd’hui à un réseau sur Internet : Notre identité peut être d’ordre numérique, notre identité s’affiche sur un « mur » en partage avec des centaines d’amis, de « followers » ; cette identité va aussi muter sur les réseaux sociaux où les individus s’identifient par alias. Pour certaines personnes cette identité virtuelle est un complément d’identité. Notre identité numérique est désormais enregistrée, stockée en yottabits

Notre identité est donc une identité de faits, de multiples aléas, un agrégat de situations.
Autrement dit : « Je suis moi et mes circonstances ».
   Alors, avant de voir les liens et interactions entre identité individuelle et identité collective, comment concevoir son identité individuelle ? En dehors du « connais-toi, toi-même », cette identité, représentation de soi, est inévitablement pour partie subjective, subjective entre ce que je pense être, et ce que je suis réellement.
Mon identité primitive est la base de la personnalité qui va se créer tout au long de la vie, avec ses traits identitaires acquis par mimétisme.
J’ai cherché à trouver les différences entre identité et personnalité. Il y a effet miroir, et les définitions parfois s’appliquent aux deux termes.
La personnalité a ses racines dans le mot « persona » qui en latin, désigne un masque ; « le masque à travers lequel (per) l’acteur fait retentir (sonat) son rôle ».
Ce qui ne veut pas pour autant dire que nous porterions tous un masque, qu’on ne montrerait qu’un personnage, que l’on serait comme dans un rôle.
Dans un ouvrage « Traité de la nature humaine », chapitre l’identité personnelle, du philosophe anglais David Hume, celui-ci évoque la notion de vacuité du moi, c’est-à-dire que notre identité n’est que construction de l’esprit, car nous ne sommes jamais le même homme, ou la même femme.  Que l’individu : « …traverse toute sa vie avec une identité, alors que nous ne sommes « nous » que par instants, par périodes, des périodes de notre vie ». Il évoque déjà ces « transformations silencieuses » du moi, de ce « moi diaporama », de ce moi évolutif.
Dans ce même sens, je dirai que j’ai tellement changé depuis l’adolescence, que je suis presque un autre, je suis un peu comme une voiture dont on aurait changé toutes les pièces, une à une, au cours des années, donc, le même et pas le même. Sûr que l’adolescent que je fus serait surpris de rencontrer celui qu’il est devenu.
Et toujours dans ce même ordre d’idées, dans son roman « Rue des voleurs » l’écrivain Mathias Enard, illustre cette situation : «  …jamais je ne pourrai retrouver celui que j’étais avant [….] la vie a passé depuis [….] la conscience a fait son chemin, et avec elle l’identité – je suis ce que j’ai lu, je suis ce que j’ai vu, j’ai en moi autant d’arabe que d’espagnol et de français, je me suis multiplié dans ces miroirs jusqu’à me perdre ou me construire, image fragile, image en mouvement…»
Alors pour conclure cette introduction, je dirai : si, « Je, est un autre » comme nous l’a dit le poète, en vérité : « je »,  ne cesse jamais d’être un autre. 


Débat

 

⇒ Si on est toujours confronté à un même milieu, je prends l’exemple d’une fratrie, à un moment donné, voire même assez vite, il y aura des identités, des personnalités différentes.

⇒ L’identité collective n’empêche en rien le développement d’une identité plus particulière, identique n’est pas au sens de « pareil ».

⇒ Le piège dans la langue française est qu’identité veut dire pareil (identique), ou alors, différent.

⇒ Un journaliste algérien relatant sa vie, explique que celle-ci commence à Sétif en 1954 (date et lieu qui reste dans la mémoire : début du conflit algérien). Aujourd’hui lorsqu’on me demande de remplir un document officiel, dit-il : je suis Français, je suis Algérien, je suis Franco-Algérien ?

⇒ Bergson, à propos de l’évolution créatrice, dit : « Dans notre identité, il y a, à la fois, une unité multiple, et une multiplicité « une ».
Bien sûr, une identité évolue, d’abord personnelle depuis l’enfance où l’on ne cesse de copier. Dans tous les aspects d’une identité, est-il possible de s’en inventer une autre ? Cela pourra-t-il se réaliser par clonage ? Et est-ce qu’un clone serait identique en tous points ?

⇒  Quand on a des enfants, on prend très vite conscience qu’ils ont chacun au départ une personnalité différente. Il y a quelque chose qui appartient intrinsèquement à l’individu depuis le départ. S’agit-il d’un héritage génétique ?
Et par ailleurs, quand on rencontre quelqu’un que l’on n’a pas vu depuis une quinzaine d’années, à certains propos, comportements, on se dit : « ah, c’est bien toi ! Ta réaction ne m’étonne pas ».  Il y a une constance, comme une essence de la personne.

⇒  Nous abordons, tempérament et caractère. Et mon sentiment est que : le caractère est une formation identitaire, par les acquis, l’éducation, et que le tempérament est ce « nous » intrinsèque, avec des caractéristiques de nature : affable, gentil, coléreux, curieux, stoïque, etc… Ce que toute éducation ne saurait modifier profondément.  On utilise souvent ces deux termes, tempérament et caractère, de façon indifférente.

⇔  Nous avons évoqué le clone, mais plus couramment nous avons les jumeaux, vrais ou faux jumeaux. On les habille pareil, tout petits, même nourriture, même éducation, ils reçoivent tout à l’identique, et hors l’aspect physique, avec les années l’identité personnelle sera marquante.

⇒  La racine d’identité est la même au départ. Au Moyen-Âge, « identité » est égal à « similitude », et puis le mot prendra une autre acception.
Reste cette question, qu’est-ce qui est permanent ? Qu’est-ce qui bouge ? Et comment reste-t-on soi-même ?
Quant à l’identité collective, cela rejoint : qu’est-ce qui fait qu’on se sent d’une communauté ? Ceci dans tous les domaines qui peuvent rassembler. Comment faire groupe et ne pas perdre son identité ? Cela nous rappelle que l’individu peut ne pas être pareil, « identique » dans le groupe, ou hors du groupe. Les foules par exemple peuvent tuer l’identité.

⇒  Plus on élargit nos connaissances intellectuelles par les personnes rencontrées, plus on apporte à notre identité, plus on échange, plus on peut se confronter à des idées différentes, plus on pourra sortir d’une identité statique, qui est presque toujours un manque de personnalité.

⇒  Nous nous construisons par mimétisme, mais un excès de mimétisme peut aussi ne pas faire croître sa propre identité. Il faut pouvoir sortit du désir mimétique.

⇒  Adolescent, j’ai puisé chez deux adultes (très différents) des traits de personnalité ; ceci chez l’un, ceci chez l’autre. Il y a un peu d’eux en moi, dans mon identité.

⇒  Nous avons des cellules miroir, consciemment, inconsciemment on mime, c’est aussi un  comportement de primate.

⇒  L’identité d’une personne n’est pas une étiquette où chacun pourra lire la même chose. Dans « identité » nous avons  « identique » ; suis-je identique à la description que je ferais de moi, suis-je identique à la description que d’autres feraient de moi ?
Nous sommes semblables, disais-je,  et nous sommes différents
Lorsque je dis cela, je pense inévitablement à ceux ou celles qui veulent se construire une identité, une personnalité, à partir d’une ou des différences.
Je pense à ceux qui d’une façon ostentatoire affichent une différence.
Ce sera pour certain de s’habiller d’une façon en-dehors de tous les codes vestimentaires, d’une façon parfois extravagante. Ce sera par exemple des cheveux verts ou bleus, voire certains percings, certains tatouages, tout cela pour se différencier, se donner une personnalité spécifique (peut-être pour palier un manque de personnalité). Et à l’inverse, je me pose la question de la dilution de la personnalité, comme dans une tenue vestimentaire, religieuse ou communautaire qui différencie sans différencier, créant l’anonymat (terme qui est le contraire d’identité).
Je m’explique : je pense à  la femme qui se voile, qui cache sévèrement son corps. Celle-ci se trouve d’une certaine façon, non identifiable.
Mon propos s’attache à des jugements de faits, et non jugements de valeur.  Je ne remets pas en question la liberté de se vêtir de telle ou telle façon. De même, la tenue vestimentaire quand tous suivent une mode, identifie et rend plus anonyme tout à la fois.

La question d’identité traverse particulièrement nos sociétés occidentales.
Il y a depuis quelques décennies des personnes bien avisées, qui donnent dans ce que j’appellerais un « humanisme de façade », et si vous êtes, homme – de plus de quarante ans – » blanc » et de plus hétérosexuel, vous êtes suspect d’être : macho, raciste, homophobe. Ces mêmes personnes souvent prônent l’indifférenciation sexuelle, soit une identité neutre.
Dans ce sens, aujourd’hui des lobbies réclament la possibilité d’inscrire cette neutralité sexuelle sur la carte d’identité, où, en lieu et place de sexe : masculin ou féminin, il serait inscrit : né homme, née femme, ce qui laisserait peut-être la latitude de définir ensuite le genre dont on se réclame.
Ce sujet d’identité sexuelle a été mis en avant lors de la dernière mandature présidentielle. Grand battage médiatique autour de ce sujet qui occultait l’incapacité d’agir sur des problèmes plus sérieux.
L’identité collective enferme l’identité personnelle. Les gens aujourd’hui peuvent plus facilement afficher leur identité, la société est plus ouverte aux différences. Il y a cinquante ans, aucun homme politique n’aurait osé avouer son homosexualité ; c’était toléré, presque naturel; si l’on était artiste, couturier, antiquaire… (Toujours les schémas identitaires).  Au-delà il fallait sauver les apparences, garder le masque. Ce sera Gide qui va oser « sortir du placard » avec son  œuvre «  si le grain ne meurt »… Mais le diktat identitaire ne disparaît jamais totalement, ainsi, par exemple, la quasi obligation dans certains quartiers pour une femme de porter le voile, est comme un diktat de l’identité collective.

⇒   Le désir d’uniformité peut découler d’un désir de ne pas se faire remarquer, et parfois sortir du schéma identitaire peut amener des difficultés. Ainsi pour prendre un exemple local, la peintre Rosa Bonheur, qui avait acheté ici dans la ville un hangar pour peindre ses œuvres de grande taille, avait dû demander une autorisation pour porter le pantalon, ce qui était plus pratique que la robe pour aller dans les abattoirs où elle faisait des croquis. Ainsi, elle a été avec Georges Sand parmi les premières femmes à sortir du marquage vestimentaire.

⇒  Ce qui m’intéresse, c’est la façon dont se forme cette personnalité ? Qu’est-ce qui me distingue réellement des autres ? Qu’est-ce qui ne me distingue pas ? Et sur quoi repose finalement ce sentiment d’identité ? C’est d’un certain côté passionnant ; qu’est-ce qui nous rattache au nourrisson qu’on a été ? Qu’est-ce qui fait qu’on se réveille le matin, persuadé qu’on est bien celui qui s’est endormi la veille ? Cela m’interroge, comme cela déjà intéressait Locke pour qui notre identité est un corps, une histoire.
Et l’on a évoqué la question d’identité d’un éventuel clone ; ce qui nous rappelle que des laboratoires de neuroscience dans la Silicon Valley, travaillent à des systèmes humanoïdes en cherchant à transférer des esprits dans un programme. Le jour où l’on aura copié mon cerveau dans un disque dur, le disque dur, le programme, se demandera peut-être : « qui suis-je ? »

⇒  Notre identité est une richesse, richesse de la différence. Rendez-vous compte de toutes ces infinies caractéristiques, pas deux êtres pareils avons-nous dit. Comment la nature peut-elle faire une chose aussi extraordinaire ? Et nous avons évoqué la perte des états antérieurs, oui ! Mais tout n’est pas définitivement évacué, et nous n’oublions jamais l’enfant qui est en nous ; c’est le noyau sur lequel on s’est construit, une permanence dans le changement.

⇒  On se construit sur la différence avec les autres. Je recherche davantage des gens qui ont d’autres idées que les miennes.

⇒  Si on transférait la totalité d’une identité humaine à un système, à une machine, celle-ci deviendrait folle car nous sommes tellement divers en nous, être aux mille facettes, avec toutes nos contradictions, nos paradoxes, qu’elle ne pourrait s’y retrouver dans cette identité. On aime une chose aujourd’hui, on la déteste demain, c’est une infinie richesse d’élaborations possibles qui ne peuvent être modélisées. Cette identité est une somme d’incohérences que seul un humain peut gérer.
Notre identité est divisible indéfiniment, et opposable indéfiniment.

⇒  Se réclamer d’une identité collective, est dans un certain mode de pensée, souvent nommer « gaucho-intello-bobo » et très mal vu ; nous n’avons, vous diront-ils qu’une identité universelle. Mais il me semble que faire la promotion de ce fameux citoyen universel c’est aller vers nos pertes d’identité. On devient consommateurs standards, alors semblables, comme ces produits de grande consommation qu’on retrouve de Singapour à Toronto. De l’uniformité naît l’ennui.
Le philosophe Alain Finkielkraut dans son ouvrage, « L’identité malheureuse », reprend ce besoin d’identité, (je le cite) : « Dès le 12ème siècle la France rurale commence à migrer vers les villes. Ces premières villes n’offrent aucune structure pour créer du lien entre les habitants. Les nouveaux arrivants se sentent déracinés, ils ajoutent souvent à leur nom, celui de leur village, de leur lieu d’origine, ils ajoutent leur profession : boulanger, charbonnier, charpentier….C’est là, déjà,  un besoin d’identité, d’appartenance à un groupe. L’individu même si l’on vante le citoyen du monde a du mal à être le citoyen de nulle part. Mais cette notion d’être de quelque part, d’avoir des attaches culturelles et géographiques, qu’on retrouve dans cette définition maternelle de patrie, a tellement été dévoyée, qu’on ose à peine aujourd’hui l’employer ».
   Lorsqu’on évoque une identité française, le terme est parfois classé comme suspect. Une bien pensance, « intello-gaucho-bobo »  (la même déjà citée) vous dirait que se réclamer d’une identité française serait une attaque contre l’immigré.
L’identité collective, une identité nationale se construit en raison d’une langue, d’une histoire, d’un pays, d’un Etat (je n’utiliserai pas, par précaution de langage, le mot, nation). Nous sommes identifiés, nous autres Français, comme enfants de Voltaire, avec un esprit critique, un esprit de révolte, un attachement farouche à la liberté d’expression, à la liberté philosophique et religieuse, à la liberté sexuelle, ce qui n’est pas le fait de tous les pays. « …nous appartenions » dit Michel Serres dans son ouvrage, « Petite Poucette » « à des régions, [……] des cultures, rurales, ou urbaines, (Nous appartenons à) un sexe, un patois, un parti, la Patrie, etc […], ces collectifs ont peu à peu, à peu près tous explosé  Ceux qui restent s’effilochent.»                                                
L’identité, son identité, peut être une question qu’on ne se pose pas, mais elle peut aussi faire l’objet de questionnement, comme pour une personne ayant émigré, pour une personne d’une éducation différente du pays où elle vit. Ces questions vont être abordées différemment ; assumées, sans difficultés particulières, ou moins bien vécues.
C’est un sujet qu’on a voulu mettre en avant en 2009 avec la création très controversée d’un « Ministère de l’identité nationale et de l’immigration », et, là, le rapprochement de ces deux termes, le possible amalgame, avait choqué. La majorité des Français avait  refusé d’entrer dans ce débat. Nous avons dépassé ce discours, nous pouvons aujourd’hui parler plus sereinement d’identité.
Notre histoire, notre drapeau, nos drames vécus et surmontés, notre culture, un certain art de vivre, tout cela nous le partageons, et rares seront ceux qui veulent remettre en cause quoi que ce soit. C’est l’idée d’un pays, d’une patrie, c’est une idée qui a dépassé le nationalisme et tous ses dangers.
Alors que des pays affichent leur drapeau, leur identité, à tout bout de champ, ce qui frise parfois le nationalisme, les Français sont priés de mettre leur drapeau dans la poche. Pas un film du cinéma hollywoodien sans qu’apparaisse à un moment donné la bannière étoilée. Je vois des gens se promener avec des T-shirts ou pulls avec le drapeau des USA. S’ils le faisaient avec le drapeau français, ils deviendraient ipso facto suspects d’être des fachos, des nationalistes, des militants d’extrême droite.
D’une certaine façon oser se réclamer, sans aucune gloriole, de son identité française est devenu impudique, provoquant.., ce que nous explique très bien Alain Finkielkraut dans son ouvrage déjà cité.
Nous avons parfois entendu je suis musulman et français, alors que, Finkielkraut dit de lui: je suis Français et juif, tout comme la journaliste tunisienne, Sonia Mabrouk, qui affirme être Française avant d’être musulmane. Vouloir s’identifier d’abord à partir de sa religion quelle qu’elle soit, semble être un refus de vouloir faire société tous ensemble.
« Si l’identité personnelle » dit Henry Pena Ruiz, dans son ouvrage, La Laïcité « est une construction relevant du libre arbitre, elle ne peut se résorber dans la simple allégeance à une communauté particulière [….] nul être humain, n’appartient au sens strict à un groupe. »
   Parfois, identité personnelle et identité collective se fondent en un « on ». Ce « on »,  ce « tout et rien à la fois », est telle une casaque qu’on met et qu’on enlève. Par exemple : après la victoire du PSG sur l’OM, des gens qui ne se connaissent « ni d’Êve ni d’Adam, » qui n’ont parfois rien de commun, entament un « on » a gagné ! De même les soirs d’élection, le « on » l’emporte sur « eux ».

⇒  L’identité peut faire l’objet de manipulations. Ce fut le cas des enfants allemands qui étaient entièrement nazifiés, avec un symbole, un drapeau, jusqu’à une idéologie de la mort qu’ils intériorisaient, car en fait ils étaient vides d’identité personnelle.

⇒  L’identité liée à un étendard, à un drapeau que l’on doit hisser et saluer, ou la reprise d’un chant guerrier national, tout cela est un formatage d’identité nationale.

⇒  Toute appartenance à une institution peut créer de l’identité collective, laquelle est bien sûr au détriment de l’identité personnelle, au détriment d’une identité singulière.
On finit par acquérir des prêts à penser, un jargon, des réflexes qui finissent par enfermer plus qu’ils ne libèrent. Cela peut amener une pensée sclérosée parce que nous sommes dans un système fermé. Toute communauté est fermée.

⇒  Que ce soit dans une secte ou un autre mouvement, on est parfois fanatisés, il y a quelquefois un lavage de cerveau, destruction de ce qui était l’identité propre.

⇒  Oui, la jeunesse hitlérienne a été désidentifiée, elle a eu un substitut par de la symbolique, on crée de l’identitaire avec des symboles, avec des « grands récits » : le nazisme, le grand Reich, la race pure, race aryenne, ont été de ces « grands récits ».
Dans ce même sens, les événements, les époques, peuvent décider des orientations identitaires. Qui avait 20 ans en 1936 pouvait fort bien être attiré par les idées communistes, c’était le grand récit de l’époque.

⇒  Je suis fière de ma nationalité, je ne mets pas mon drapeau dans ma poche. Si j’allais à l’étranger, ça ne me gênerait pas de porter un T shirt bleu blanc rouge. Pourquoi ne pas avoir la fierté de son pays ?

⇒ Je ne dirais pas forcément que je suis fier de mon identité française, mais je dirais plutôt que je suis content d’être Français, content d’être né dans le pays des droits de l’homme.

⇒  Au niveau de l’enfance, où se définit pour beaucoup l’identité, il y a des méthodes éducatives qui semblent plus favorables à ce développement d’identités singulières. Je pense à l’école Freinet, à la méthode Montessori. Ceux qui ont fréquenté ces écoles en garde de beaux souvenirs et reconnaissent combien cela a été déterminant dans leur construction d’identité.

⇒  Les camps de concentration, ont été les lieux des pires méthodes de désidentification, l’individu étant ramené à un simple numéro tatoué sur le bras.

⇒  Une identité personnelle, son identité personnelle, est parfois difficile à définir, tant elle est fonction des divers éléments, mais cela se complique avec l’identité collective. Et, est-ce que l’identité française vraiment, ça existe ? Est-ce que l’identité collective c’est la somme des identités individuelles ? Ou quelque chose d’impalpable au-dessus de cela ?
On dit par exemple, les Français aiment le fromage. Mais moi, je déteste le fromage. Et aussi, on voit que lorsqu’un collectif doit prendre une décision, aussitôt on voit réapparaître les identités individuelles.

⇒  On se pose la question, quand voyons-nous une identité collective à caractère national ? Un exemple nous avait été donné avec la grande marche « Nous sommes tous Charlie ». Après les tueries de Charlie-Hebdo, des millions de Français sont sortis spontanément dans la rue, les drapeaux tricolores ont été mis aux fenêtres. Il y a eu synthétisation d’une identité française autour de valeurs communes, comme la liberté de penser, la laïcité.
Et la question qui semble posée quant à cette identité collective, (question philosophique) serait : est-ce que le tout est plus grand que la somme des parties ?
En fait, l’identité française ne sont que des caractéristiques. En dehors des clichés, c’est  globalement: nous sommes comme cela, ou comme cela.., et c’est vrai qu’on n’aime pas tous le fromage !

⇒ Pour moi, ma nationalité française c’est une fierté. Une fierté, et une reconnaissance à notre passé, de tout ce qui a permis d’être ce que nous sommes aujourd’hui. C’est à la fois de l’amour pour ma patrie, et de l’attachement.

⇒  Le problème d’identité collective se pose aux personnes immigrées, arrivées récemment.

⇒ Souvent ces nouveaux arrivants se regroupent autour d’une communauté de leur pays d’origine, leur base identitaire individuelle comme collective ; puis les enfants par les fréquentations d’écoles, d’autre ados, vont peu à peu partager deux identités, lesquelles peuvent (il faut l’espérer) être complémentaires, mais aussi parfois poser question ; ainsi que l’explique d’une certaine façon l’écrivain académicien Henri Troyat dans « Étranger sur la Terre », ouvrage qui évoque l’intégration des « Russes blancs » au début du siècle dernier (je le cite) : « Tout à coup il se demande si un Français éduqué en Russie, n’était pas plus Russe qu’un Russe éduqué en France, et, quelles étaient les parts de l’hérédité dans la formation de l’individu ». C’est le problème que connaissent nombre de jeunes, enfants de parents immigrés récemment, lesquels deviennent des étrangers dans le pays de leur parents, et qui peuvent pour certains, ne pas se sentir totalement Français, en France.

⇒  Dans un ouvrage récent, « Le grand remplacement » l’écrivain Renaud Camus, (auteur très controversé pour avoir en un temps appartenu à l’extrême droite) dit en substance : « l’identité n’est pas qu’une question d’origine, que c’est aussi une question d’adhésion, adhésion au pays choisi pour émigrer, adhésion au pays d’accueil. Si l’identité française est rejetée par des jeunes issus de l’immigration, (c’est toujours l’auteur qui parle), c’est parce qu’il y a un manque d’enseignement à l’école des valeurs démocratiques ».
Et je retiens de cet ouvrage, plus particulièrement ceci : « … notre précieuse identité française est celle d’un peuple de « bâtards ». J’ajouterai que de fait, dans notre identité française, dépassé le fameux « gaulois » il y a culturellement ou physiquement : du Grec, du Romain, du Wisigoth, du Viking, de l’Italien, du Polonais, etc…Tous ces apports, ce patchwork,  ont fait un peuple et notre identité française.

⇒  Heureusement, nous avons dépassé les thèses de Gobineau, de son ouvrage, «  De l’inégalité des races » (1855), où nous avions là aussi, une grave dérive identitaire.

Références/ Livres

Traité sur la nature humaine. David Hume. Poche.
Rue des voleurs. Mathias Énard. Acte sud. 2014.
Etrangers sur la terre. Henri Troyat. Editions de la table ronde/ Famot. 1950)
L’identité malheureuse. Alain Finkielkraut. Stock. 2013
Petite Poucette. Michel Serres. 2012. Edit. Le Pommier.
La Laïcité. Henri Pena Ruiz. 2004. Collection Corpus.
Le grand remplacement. Renaud Camus. Editeur. 2011.  David Reinharc.

 

 

 

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