Restitution du débat du 24 Janvier 2026
Animateurs : Thibaut Simoné. Guy Pannetier.
Introduction : Guy Pannetier.
Introduction : On retrouve cette expression de « meilleur des mondes », déjà dans une œuvre de Shakespeare « Tempête » en 1611.
Puis l’expression sera reprise par le philosophe allemand Leibniz en 1710, où l’expression devient, « le meilleur des mondes possible »
Et enfin, en 1931, sortira l’ouvrage d’Aldous Huxley, « Le meilleur des mondes».
Lorsque Leibniz parle de meilleur des mondes possible, (on retient le mot « possible »). Autrement dit, que la création, serait le meilleur équilibre « possible ».
Je ne développe pas plus, car je pense que cela va revenir dans le débat
Voltaire, lui, va parodier ce meilleur des mondes, avec le personnage Candide et son professeur Pangloss (Pangloss qui est la caricature de Leibniz).
Et là, nous avons la recherche du meilleur des mondes, avec toutes les pérégrinations, et les malheurs que va rencontrer Candide, pour finalement, choisir de « cultiver son jardin »
Comme Voltaire, après le désastre de Lisbonne (1755), on pourrait se demander si la Shoah, Hiroshima, le Bataclan, Trum… (et j’en passe) si cela s’inscrit dans le meilleur des mondes possibles ?
Et l’on observe une constante : que ce soit dans l’œuvre de Shakespeare « Tempête », dans le « Candide » de Voltaire, ou dans « Le meilleur des mondes » de Huxley, ces meilleurs des mondes, sont toujours quelque part géographiquement ailleurs. Et nous avons souvent la confrontation de deux sociétés : une société très évoluée, et une société de ceux qui seraient restés dans un état naturel, avec parfois les mots : frontière, ou réserve.
On a aussi en mémoire, l’œuvre de Thomas More, « l’Utopie » (1516) Utopie (ou, le lieu qui n’a pas d’existence géographique), Dans cette société, (de l’île d’utopia) il n’y a pas de prêtre, pas de nobles, pas de valets, pas de guerre, pas de droit de propriété, etc,
Et, par exemple, l’or ne sert qu’à fabriquer des vases de nuit.
C’est une société idéale, oui !: mais le travail est obligatoire, l’adultère est puni de peine de mort, tout est réglé, contrôlé par un régime autoritaire. Encore une nouvelle dystopie. (Soit l’application d’une utopie qui tourne au cauchemar)
Toujours dans ces fictions de sociétés « parfaites », nous trouvons : et, un régime autoritaire, et une gouvernance mondiale. Un meilleur des mondes demanderait que tous les peuples adoptent un même mode de vie. Et là, l’universalisme, m’inquiète plus qu’il ne m’attire.
Enfin, j’ai retenu cette réplique dans le film, « Le meilleur des mondes » tiré de l’ouvrage d’Aldous Huxley, (Au tout début) un jeune garçon dit : « Aujourd’hui, nous n’avons plus de crimes, pas de maladie, pas de guerre, pas de vieillesse, pas de souffrance, et nous sommes génétiquement programmé, pour occuper la place qui nous a été attribuée…, et tout le monde est heureux »
Alors, est-ce que nous allons, vers ce monde meilleur ?
Nos lois sociales, votées depuis quelques décennies, tendent à nous rapprocher d’un monde, qui me semble aller, plus, vers un monde « parfait », plus, un monde de promotion des vertus, plus éthique que moral, que d’un monde meilleur, allant plus, vers le bien, que le bon, avec toujours cette pureté dangereuse, comme dans la fable des abeilles ? comme dans tous ces meilleurs des mondes », cela peut déboucher sur un monde déshumanisé ; et là nous retrouvons les fantasmes des transhumanistes, lesquels nous promettent « leur meilleur des mondes » !
Alors, (et j’en termine). Ce meilleur des mondes, cet âge d’or, était-il dans le passé ? sera t-il demain ? et comment chacun de nous, voit ce meilleur des mondes ?
Nous allons en débattre.
: Débat, ⇒ :Suite à ces propos, je m’interrogeais. Meilleur, par rapport à quoi. Ce sont souvent des souvenirs d’enfance qui peuvent nous faire penser que le monde du passé était meilleur. Il y avait plus d’attention, moins de stress, même avec beaucoup de non-dits ?
Par ailleurs, dans notre monde moderne, de par la réduction du temps de travail on a fait évoluer l’espérance de vie. Le meilleur des mondes, en fait, n’est-il pas celui que chacun se construit ? n’est-il pas que dans notre imaginaire ?
⇒ Nous en venons inévitablement à ce « c’était mieux avant » Si la même question était posée à des señors ou à groupe de personnes de vingt ans nous aurions des réponses différentes
Peut-être y a t-il un moment où l’on regarde ce sujet avec des jumelles, mais pas toujours utilisées dans le bon sens.
⇒ Il y a dans la question deux mots à définir : meilleur par rapport à ce qui a existé avant ? et, qu’est-ce qu’on entend par « le monde » ? Et quand on évoque l’espérance de vie, on évoque une notion moderne, il existe des tas de peules où la question n’est pas de savoir si on allait vivre longtemps, mais quel est la façon de mener une vie, pas la question de durée de vie, mais la question d’être en harmonie avec la nature. La question était comment survivre et se reproduire.
Donc, quand on pale du meilleur des mondes, on part de nos critères à nous, comme s’ils étaient universels. Donc le meilleur des mondes, c’est ce qui se rapproche à le plus de ma conception du monde, ce qui relève ainsi de l’opinion de chacun.
⇒ Lorsque l’on entend les hommes politiques, chacun travaille pour un monde meilleur, mais, meilleur à leurs yeux. Et une philosophie, où un modèle sociale était clairement défini, c’était, le nazisme. Hitler voulait faire advenir un monde meilleur, et pour lui, un monde meilleur, c’était un monde sans juifs, sans gitans, sans homosexuel ; et qu’est-ce qu’on fait pour cela, pour ce monde « meilleur », on les tue, on les « extermine ». Alors la notion du meilleur peut engendrer, le pire.
⇒ Je veux parler en tant que femme. Je pense que pour nous à un meilleur, des meilleurs. Depuis 1945, on a progressé avec le droit de vote pour les femmes, et ça progresse encore, malheureusement il y a toujours des cycles, et, en ce moment je crains une récession ; cela avec des idées qui nous viennent de Trump.
Alors il faut se battre pour garder ces avancées sociales, droit de vote, IVG…. Et quand il y a des dictatures, les femmes sont souvent les premières victimes, et là je pense à « la servante écarlate
⇒ Je suis en désaccord avec la définition relativiste du bien et du mal. La valeur du bien et du mal, chacun la découvre et la connait à vivre en société. On n’a pas à l’apprendre disait déjà Socrate. Chacun sait ce que sont le bien, la mal, même quand il applique le mal.
⇒ Dans cette question, je vois deux questions. Une question d’ordre temporelle, l’autre, la question de l’espace. Où est-il ce fameux monde meilleur ? Alors s’agit-il du monde du genre humain quand on dit, le meilleur des mondes, où si l’on considère ce qui se passe avec l’I A
⇒ Il se peut que l’on pense que les vieux sont dépassés, comme le dit Michel Serres dans « Petite Poucette », et là, les plus âgés disent : « C’était mieux avant ». Cela pose le problème qu’aujourd’hui, le monde, non seulement le monde humain,mais tous les mondes sont affectés par les développements techno scientifiques. Alors est-ce qu’on en revient à Nietzsche et croire à l’éternel retour. Doit-on encore croire à un monde meilleur ? Et Georges Orwell dans « 1984 » met en évidence que le meilleur des mondes est passé. Passé on ne sait où ? et est-ce qu’il va revenir ?
⇒ Le monde meilleur, c’est un souhait de créer du meilleur, et ce n’est pas un mistigri. Si je prends cette métaphore, le monde meilleur c’est la ligne d’horizon, lorsque nous atteignons cette ligne, l’horizon est toujours plus loin, soit ! mais nous avons parcouru une distance et agis sur notre environnement. Cela ce confirme si on interroge l’histoire : après l’absolutisme nous avons eu la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen » (1789) nous avons vu « l’abolition pour la France de l’esclavage « (1848) nous avons vu « l’école pour tous / Jules Ferry» (1881). Nous avons vu « le droit de votes pour les femmes » (1945), nous avons eu nous avons eu « la loi Veil, IVG » (1975), et enfin « L’abolition de la peine de mort » (1981).Nous voyons qu’entre La Déclaration des droits de l’Homme « et « l’abolition de la peine de mort » il s’est écoulé précisément un siècle, cela nous dirait peut-être qu’il faut longtemps pour les idées semées.
⇒ C’est vrai, il y a toujours des avancées comme la loi Veil, mais il y a encore beaucoup à faire. Dans ce monde il y a beaucoup de gens qui sont réprimés, victimes de guerres, beaucoup à faire même pou garder l’illusion d’un monde meilleur. J’ai peu d’espoir pour une évolution de la société, toutes les informations qui nous arrivent ne le préconise pas, et on voit peu d’effort individuellement et collectivement pour l’avenir de notre planète. Quant au : c’était mieux avant, mes grands parents, mes parents avaient une vie très difficile, ils avaient l’espoir que pour leur enfants ce serait mieux. Un monde meilleur, je ne suis pas sûr qu’il y en eut un, ou alors je ne sais où il est passé, je crois même qu’il n’a jamais existé.
⇒ Quand on dit : où est le meilleur des mondes ? Cela sous entend qu’il aurait existé, mais pour moi, il n’a jamais existé. Il y a longtemps que l’Homme n’est plus un Être naturel, il a été doté d’outils, d’outils techniques, scientifiques ou intellectuels. Mais comme n’importe quel outil, il a en lui le meilleur et le pire. Cela fait longtemps maintenant qu’on maîtrise la fusion nucléaire, et maintenant la fission, En France on dit qu’on a besoin de centrales nucléaires, en Allemagne on n’en veut pas, et pourtant on part du même outil à disposition. Tous les outils sont utilisés différemment selon les peuples, et chacun y voit le meilleur des monde.
⇒ D’une certaine façon, peut-être que le meilleur des mondes, c’est tant qu’il y a lutte, qu’il y a opposition, on est peut-être là, dans le meilleur des mondes, possible Et même vaut-il mieux que ce meilleur des mondes n’existe pas, car il se peut que le meilleur des mondes des autres, celii des autres, ne soit pas notre meilleur des mondes, exemple déjà cité, celui d’Hitler.
⇒ Je reviens sur l’expression : meilleur des mondes. Cela sous entend que nous sommes en capacité de juger, qu’on arrive à mettre en place un système de classement de valeurs, lequel permet de dire, celui-ci est meilleur que celui-là, et du coup, éliminer. Le meilleur des mondes est dans la tête de chacun, chacun ayant le sien. Il y a soixante dix ans on ne pensait pas le meilleur des mondes de la même façon, mais on pensait qu’il était possible. Je pense que la génération d’alors a eu ce sentiment, ceci avec différentes versions, que le monde avançait, que le monde progressait, et ceci avec une confiance dans l’avenir, avec l’aide des nouvelles technologies. Une des conséquences sur ce qu’on vit aujourd’hui avec un monde meilleur qui a disparu. C’est qu’il n’y a pas de projection, il n’y a plus de rêves, c’est une stagnation des idées.
Aujourd’hui on voit qu’on est en équilibre avec l’écosystème, cela pose un problème à tout un chacun de devoir abandonner nos illusions. On se confronte à la réalité, nous ne sommes plus en accord avec nos valeurs, nos différentes valeurs se relâchent.
⇒L e mot progrès a disparu du discours public depuis presque quarante ans. Maintenant on parle d’innovations et les deux mots ne sont pas synonymes. Croire au progrès cela implique une construction, on va aller vers un mieux. Alors que lorsqu’on parle d’innovation, c’est déjà une notion de destruction, on va innover pour ne pas se « casser la gueule ».
Je pense que croire au progrès, c’est accepter de sacrifier du présent personnel au nom d’un futur collectif. Mais où est ce futur collectif quand l’individualisme est devenu une valeur délétère, avec la civilisation des loisirs…. ? L’anagramme de « l’idée de progrès » c’est « le degré d’espoir ». .
Le monde est révolte, le monde demain est déterminé par ce que nous faisons aujourd’hui, comme le disait Pau Valéry « Les hommes savent ce qu’ils font, mais ils ne savent pas ce que fait ce qu’ils font ».
Et le rapport que nous avons, nous occidentaux, n’est pas pour autant le meilleur des mondes possibles. Je pense qu’un possible meilleur des mondes reste un compromis entre des forces qui s’affrontent, et je pense qu’il est temps de réhabiliter l’idée de progrès.
⇒ Si on regarde l’Histoire, malgré certains accidents, on constate un certain progrès. Nombre de philosophes se sont penchés sur cette question, dont Leibnitz, qui lui parle d’un monde où il y a Dieu, un dieu qui est parfait. Il ne peut que créer un monde en harmonie avec les événements. Maintenant nous pensons que scientifiquement nous allons arriver à ce meilleur des mondes, que ce sera le but ultime de l’Histoire. Mais cette théorie s’est effondrée. Oui ! on peut dire qu’il y a progrès, ce progrès avec sa notion occidentale, progrès qui s’est imposé par des millions de mort.
Si on regarde l Histoire, c’est une suite de guerres, de massacres, interrompus de temps en temps par une épidémie ou une famine. L’accident c’est la petite période de paix. Le progrès en soi, ça n’existe pas, c’est une simple notion, et même si on accepte cette idée de progrès factuellement, on ne la constate pas dans l’Histoire.
⇒ Je vais essayer de soutenir qu’il peut y av oir un monde meilleur qu’on va atteindre, et de la même famille que le mot meilleur, nous avons le mot améliorer. Il y a toujours eu des personnes qui ont voulu améliorer la vie, les conditions de vie. Mais si les constats qui sont faits sont souvent justes, je sens un certain spleen générationnel. On se réfère toujours aux trente glorieuses où tout semblait possible.
C’est que nous regardons ce sujet un loupe toute occidentale, mais nous ne sommes pas en capacité d’en juger pour d’autres peuples, d’autres civilisations. Il y a toutefois un pays, le Bhoutan en Asie (entre l’inde et le Népal qui a créé le BNB (Bonheur National Brut), mesure de bien être du peuple, lequel est régulièrement mesuré, modèle à voir de plus près. Heureusement il y a des personnes qui pensent qu’il existe des possibilités d’un monde meilleur, sinon, on baisse les bras, c’est fichu ! on n’a même plus à vouloir sauver la nature. Il y a encore des militants pour un monde meilleur, qui le veulent surtout pour leurs enfants.
⇒ Je pense qu’on n’en est plus à un meilleur des mondes, on essaie de garder ce qu’on a, de sauver les meubles, de ne pas aller plus loin dans la catastrophe, et on verra après.
« Est-ce en remettant toujours au lendemain la catastrophe que nous pourrions faire le jour même, que nous l’éviterons » (Raymond Devos)
⇒ Nous avons de la chance d’être en démocratie, avec ce qui a été acquis, conquis, ce qui n’empêche pas de chercher du meilleur.
⇒ Si l’on est en train de le chercher, ce monde meilleur, cela veut dire que l’idée n’est pas morte. Et l’on peut se poser la question du progrès moral, car un monde meilleur passe par là, pas par des progrès, des innovations technologiques. Nous si nous sommes optimistes nous pouvons penser un demain meilleur.
Pour le pessimiste, le meilleur des mondes est irrémédiablement perdu
Pour l’optimiste, le meilleur des mondes est à venir, à construire.
Le bonheur technologique ne nous apporte pas du bonheur. J’ai eu une première voiture avec une manivelle, aujourd’hui elle est électrique, je ne suis pas plus heureux pour autant.
⇒ Pour moi le progrès est calculable, mesurable, parce qu’il apporte des choses positives dans la société, et il permet le « vivre ensemble ». C’est ce qui permet la discussion, la confrontation des idées, même si au départ le meilleur des mondes, c’est le mien. Le problème comme tout cela a été dit, c’est que toutes les belles idées sur le futur, elles vont se « casser la gueule » sur la réalité, cela va créer des situations qu’on n’avait pas prévu, c’est la beauté de l’affaire. Il faut penser l’avenir, il faut l’imaginer, et on va devoir penser autrement nos idéaux. Il y a des mondes possibles, et on ne reprend pas le « There not alternative ».
⇒ Une observation sur le mot progrès, mot d’origine latine qui signifie « un pas en avant ». En avant, oui, mais vers quoi ? Et j’ai l’impression que souvent le pas en avant vers le futur, le repère, c’est , en arrière. Donc le progrès c’est s’éloigner d’un passé.
⇒ Quand on parle de progrès on peut penser aux situations critiques, et là je pense au perfectionnement des drones, des drones qui tuent en Ukraine. Mieux vaut regarder le monde dans sa globalité, se débarrasser de certaines idéologies pour faire avancer notre société moralement comme économiquement.
⇒ En un temps j’ai épousé des idées progressistes pour faire advenir ce monde meilleur, je pensais et je continue à penser : que les idées que l’on sème, même si elles ne voient pas le jour maintenant, ces idées germeront un jour, l’Histoire rebat les cartes, « Une société incapable d’enfanter une utopie et de s’y vouer, est menacée de sclérose et de ruine » (Cioran) L’idée de meilleur des mondes restent dans la tête de certains hommes, de certaines femmes, car heureusement ainsi que nous l’a dit Diderot « L’Homme est perfectible », et pour le progrès moral « il faut laisser du temps au temps »

































