Le doute fait vivre, la certitude, non

Thème :                  « Le doute fait vivre, la certitude non »
 
Essai de restitution. Café philo de Chevilly-Larue. 23 février 2000.

 Animateur: Olivier Pascault et Jean Guigo               Modérateur : Guy Philippon.
Participants : 40 pers.

 D’emblée le débat se scinde en deux grandes tendances. L’une qui positive le terme « certitude » lequel permet de « faire avancer » et donne « espoir et courage », l’autre qui met en exergue ses aspects négatifs : «blocage, obstacle, rejet de l’écoute de l’autre ». Le terme « doute » produit les mêmes effets. Pour certains le doute permet de « se poser des questions, de rechercher autre chose, de faire naître le rêve, de donner du sens à la vie » et pour d’autres »c’est un obstacle à l’action de décision ».
      « Avoir des certitudes est catastrophique » s’exclame une intervenante qui prolonge son raisonnement »heureusement qu’il n’y a pas de certitude pour tout le monde. Il faut savoir se remettre en question. On a vu où conduisaient les certitudes de Hitler et  de l’extrême droite ». Une participante justifie l’inverse en prenant comme exemple l’état de santé de quelqu’un sachant que la certitude le fera vivre.
     Ne doit-on pas dire que tout est relatif car il y a trop tendance à émietter la connaissance qui permettrait de retrouver des certitudes ?
     Une réponse fuse parmi l’assistance «   il est nécessaire de douter pour tendre vers la vérité, mais aussi impératif d’agir pour évoluer t d’avoir des convictions ». Une autre formulation est exprimée « le doute fait naître le rêve. La certitude représente la vérité que l’on ne veut pas s’avouer ». Cette définition ne devrait pas être une pensée absolue. Une participante pense que la certitude peut être applicable à soi-même mais inadmissible si on l’applique à l’autre.
     Un savant doit savoir douter de sa certitude. Deux idées s’affrontent : le doute avec l’indécision et l’esprit critique qui n’existe que si l’on doute. On doute sur des certitudes et on ne s’interroge que sur des certitudes avérées. Cette réflexion conduit inévitablement à interpeller l’assistance, ce qui fut fait : la certitude n’est-elle pas l’absence de doute ? Vient ensuite la notion de « certitude temporaire et éphémère que l’on nomme confiance ». « La certitude n’est-elle pas à l’écoute de l’autre ?    
     Philosopher fait partie du domaine du doute.
     En philosophie, il existe deux grands courants : l’allemand où le doute n’existe pas, c’est la recherche de vérité. Le français où c’est l’inverse. Un intervenant fait référence à la pensée de Pascal, faire le pari de vivre sans trop me poser de questions .Un participant signale qu’il est gêné qu’on puisse se complaire dans l’état de doute. Le suivant associe « malaise et préoccupation », et « doute et certitude ». C’est trop sentencieux dit-il. Les tenants scientifiques admettent que le doute est stimulant.  
    Pour les théologiens le doute est un obstacle et la certitude c’est l’âme, donc Dieu. « Je pense donc je suis » (Descartes). Mes certitudes m’aident à vivre déclare une participante en ajoutant que les rapports avec les êtres humains lui permettent de vivre.
     On peut identifier trois éléments : « l’action, le doute, et le certitude. Pour passer à l’action il faut la certitude. L’action vous remet chaque fois en doute. Il y a donc une certitude ponctuelle au moment de l’action. La certitude idéologique crée des catastrophes. Le doute peut être une gêne de l’action efficace. On peut douter de quelque chose. On peut choisir une solution avec le moins de risques de se tromper. On n’a pas besoin de certitude pour agir. Cette vision est tempérée par un autre participant pour qui le doute, considéré comme moyen ou méthode, fait avancer et la confiance fait vivre. Cet avis est contrecarré par un autre pour qui le doute ne fait pas avancer. Le pari de pascal vient parachever le tout  quand on croit en Dieu, il n’y a pas de pari. Si l’être humain doute, c’est qu’il fait quelque chose. Le doute donne un certain sens à la vie, et donc un certain espoir. Socrate s’intéressait à l’être humain tout entier. Pascal doutait de quelque chose d’hypothétique. Le doute pourrait être un luxe occidental s’interroge une participante ce qui conduit l’intervenant suivant à affirmer que la certitude le fait vivre et le doute le rend fou.
     Le doute permet de sortir de son petit cercle de certitudes, grandit l’homme et ne s’oppose pas à l’action. Le doute c’est un savoir être, c’est accepter que l’autre soit différent, dit-il. A chaque fois que quelqu’un est sûr de soi, la certitude fait avancer, reconnaît un autre. Une participante rappelle que les doutes sont « des paliers de sagesse » qui favorisent les échanges et permet de s’éduquer et de s’améliorer. Le doute ne brime pas, c’est le contraire. Notre vie ne peut avancer que par ces paliers de « changement de braquet » image une autre. La vie c’est une dynamique pour avancer, les certitudes vous enferment d’avance, dit une autre. Si j’ai la conviction qu’un enfant ne peut pas avancer, c’est terrible. La certitude me permet de le faire avancer. Il ne faut pas l’enfermer. J’ai des certitudes, je crois en des valeurs affirme une autre. « L’homme est amené à évoluer. Il y a différentes façons de se positionner. Nous n’avons pas la même définition des mots. Les hommes se valent et sont semblables ».
     N’avons-nous pas, cru bien faire, et ensuite douter ? La certitude est l’inverse du doute, donc j’ai des certitudes. On a besoin de faire évoluer nos certitudes. Mettre le doute en valeur, c’est cacher nos certitudes. La société humaine doit avoir les doutes de sa survie, sinon elle est appelée à disparaître.
      Le doute est-il un sentiment de conflit entre certitude et incertitude ? Le doute c’est le questionnement. « Sur la matière inerte la certitude peut exister. S’agissant de la société humaine, on ne peut pas avoir de certitude définitive. Il faut faire le retour sur soi-même, propose un intervenant. Les doutes des un sont les certitudes des autres, et inversement ».
     Le doute ne pas faire vivre si on doute de tout. Le doute c’est un conflit interne qui m’aide à réfléchir  surenchérit un autre. Le doute devient destructeur et douter de la société valorise le doute. Est-il constructif ou est-il un poison ?  
     Si on interrogeait les hommes, ce serait le doute qui prédominerait. La nécessité vitale des êtres humains c’est ce qui les fait agir. L’esprit n’engendre que les possibles. L’espoir fait vivre. Il faut parler d’agir pour espérer et non l’inverse. L’espoir a plus de rapport avec le doute qu’avec la certitude. Il faut y ajouter l’incertitude de l’imprécision. Le doute est une fonction qui détecte  l’écart du possible, déclare un autre.  L’aléatoire permet de traiter les incertitudes, d’y mettre du  hasard. Dans tout domaine il faut mesurer l’incertitude ». Le doute plutôt qu’une fonction, je pense que c’est une attitude d’être, d’écoute » déclare un participant, et un autre lui répond sous forme de conclusion provisoire : Il serait bien que le doute ne devienne pas une certitude.

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5 réponses à Le doute fait vivre, la certitude, non

  1. decobecq francis dit :

    bonjour je viens de lire le doute fait vivre la certitude non je pense que la philosophie allemande ne parle pas de doute mais de verificationnisme Wittgenstein le doute est angoissant

    • cafes-philo dit :

      Bonjour
      Merci de votre commentaire
      Notre café-philo est le sentiment exprimé par des personnes n’ayant souvent aucune réelle formation philosophique
      Cela correspond plus à un atelier, où nous voyons avec le temps les personnes progresser dans leur expression.
      Oui, « sans nul doute », le doute est angoissant, et c’est là le fond de commerce de tant de religions, de sectes, de marchands d’illusions…
      Même le doute cartésien semble douteux…..
      Je ne connais pas bien Wittgenstein, il me reste beaucoup à étudier chez les modernes (disons contemporains)

  2. Guérandel dit :

    Le doute est une attitude qui permet l’écoute de l’autre, la certitude assène et coupe ou rend très difficile l’échange de points de vue. Le doute n’empêche pas les convictions. On peut avoir des convictions tout en sachant et admettant que celles de l’autre peuvent être différentes. Le doute permet de mettre ses convictions de côté pour connaître celles des autres afin d’ élargir ou nuancer les siennes…Mais ai-je des convictions ou des certitudes?… On peut réviser les convictions pas les certitudes…?

    • cafes-philo dit :

      oui
      Les convictions ne sont pas fondées que sur des certitudes
      Et c’est pourquoi nous sommes toujours dans le questionnement philosophique
      et pourquoi nous luttons contre les « certitudes inoxidables « 

  3. Catherine dit :

    J’ai lu avec interet votre compte rendu de discussion, j’ai apprécié ,la remarque d’une participante, la certitude possible pour les choses inertes, pas pour les relations humaines,la societe humaine dit le texte. Ce domaine de reflexion, j’aimerais pouvoir le prolonger par une lecture, en avez vous une à me suggèrer?

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