Qu’est-ce qui me constitue?

L’homme de Vitruvev par Léonard de Vinci Galeriede l’académie. Venise

 

Restitution du débat du 29novembre 2025
Café-philo de Chevilly-Larue.

Animateurs : Thibaut Simoné. Guy Pannetier.
Introduction : Guy Pannetier.

Introduction : A part être constitué à 83% d’eau pour le sang, 73% d’eau pour le cerveau, plus des atomes divers, sucre de carbone, poussières d’étoiles, je suis un corps, et un individu pensant. « Je pense donc je suis ». Et je rejoins tous les philosophes en désaccord avec la sentence désuète de Descartes quand au dualisme : «  Il est certain que ce moi, c’est-à-dire mon âme, par laquelle je suis ce que je suis est entièrement et véritablement distincte de mon esprit et qu’elle peut être, ou exister, sans lui »
La question du que suis-je  qui ferait appel à une description physiologique serait peu passionnante. La question philosophique est plutôt, qu’est-ce que l’Homme. La grande question, qu’est-ce qui le constitue soit son individuation ?         « L’individuation est le processus par lequel se constituent et ne cessent de se transformer les individus…. » nous disait Bernard  Stiegler.
Et j’aime cette définition du regretté Albert Jacquard : « Nous sommes tous des poussières d’étoile de 14 milliards d’années, expansion éternelle ou pas, nous sommes comme les animaux, les plantes, tous issus d’un sucre de carbone »
« Celui dont parlons lorsque nous disons « je » n’est pas le locuteur de lui-même ; il est une personne faite de tous les liens résultant de ses rencontres. Notre spécificité, la performance qui nous distingue radicalement des autres vivants, est la richesse de nos échanges. » Isolés, nous comme des primates »… ».
Alors dépassant le « je » : la question demeure : qu’est-ce qu’un homme ?
La question fut tant de fois posée depuis Diogène jusqu’à Montaigne, Kant. L’Homme, « animal, social, politique, » rationnel, « mi ange, mi bête ». Une vie fugace, un instant dans l’histoire des hommes.
En dehors de ce qui me constitue physiquement, ce qui me constitue est d’ordre psychologique. Je suis : mes parents, mes grands parents, tous ceux d’avant, une famille, la personne avec qui j’ai traversé la plus grande partie de ma vie, je suis mes enfants, je suis le, ou les liens affectifs qui me tiennent debout, je suis un pays, sa culture, son histoire. « L’Être, est une ruche d’Êtres » (Bachelard)
Je partage  cette  idée tant de fois citée que « je est un autre ». Ceci  dans le sens où les autres participent à mon identité, à mon histoire. Ce n’est pas en moi-même que je vis Je deviens une partie de ce qui m’entoure… » (Lord Byron)
Combien de personnes croisées tout au long d’une vie, Combien d’empreintes du monde extérieures d’empreintes conscientes ou inconscientes de toutes nos rencontres
L’individu en lui-même est une construction sociale. Il se fait au cours des années sans être  pleinement conscient des influences sociales depuis sa naissance et de tout ce qui au long de sa vie fait le plus souvent « l’Être » qu’il devient. Au-delà de ses influences, il est aussi, le résultat du hasard de la vie. Un Être, c’est « moi » et mes contingences.

   

Débat, G: Est-ce que nous avons un marqueur spécifique qui est à nous, qui est constant, qui est notre « moi » profond et inaltérable ? Est que ce qui me constitue n’est pas déjà et avant tout mon ADN ? Celui-ci me semble être unique et spécifique à chaque individu, je m’en réfère en cela, aux identifications des criminels par leur ADN.

⇒ Dans ce qui me constitue, il faut distinguer, le physiologique, des cellules à  l’ADN, et du spirituel.  Ainsi l’éducation a son importance, mais que serait-elle sans la capacité de réfléchir ? voire de transgresser pour évoluer. Ainsi l’humain se constitue par sa capacité d’étudier, d’apprendre, de choisir, de travailler pour lui-même et pour les autres., Mais que pourrait-on faire sans le cerveau ? le chef d’orchestre !

⇒ Descartes dit : « Je pense donc je suis », il aurait pu dire « je suis pensant ».
Après ce qui a été évoqué, on voit que le côté biologique représente peu de choses, mais en tant qu’Être ce n’est qu’un contenant, ou alors cela voudrait dire qu’on est totalement constitués, alors qu’on n’est tous, temporalisés. C’est-à-dire, qu’on a un passé, un futur, nous sommes en perpétuelle constitution. On pourra dire voilà ce qui m’a constitué, ce qui est en tain de me constituer. L’être est constitution permanente. C’est ce que résumait Epaminondas, lorsqu’il disait que pour juger un homme, il fallait l’avoir vu mourir.
Ce qui fait un continuum de notre Être, ce sont des couches sédimentaires ; des couches qui se superposent et qui se mélangent. Et chaque jour, chaque heure, ajoute une couche.

⇒ Nous ne somme pas qu’Être de conscience, il nous faut faire la part du corps, rappeler combien le cops existe. Lorsque nous sommes malade, que nous souffrons, il se rappelle à nous, il nous le fait bien savoir, et il occupe parfois toute la place, alors le psychologique passe en second.
⇒ Et si Montaigne nous dit : « qu’on ne peut juger d’un homme qu’au dernier jour de sa vie », on peut faire une pause, regarder dans le rétroviseur ; voire quel est cette histoire qui a ce jour m’a construit ? Il me faudrait convoquer tous ces « moi » du passé : l’enfant, l’adolescent, l’adulte, l’homme âgé, déjà voir s’ils se reconnaissent, voir s’ils comprennent cette histoire.
Je suis comme le bateau de Thésée dont on avait,  avec le temps, changé une pièce, puis une autre , et encore un autre,  et au final tout changé, mais qui restait, le bateau de Thésée

⇒ Ce que nous rappelle David Hume pour qui le « moi » n’est qu’une collection d’états de conscience : « L’esprit est une sorte de théâtre où plusieurs perceptions font successivement leur apparition, passent, repassent, s’écoulent et se mêlent en une infinie variété de positions et de situations. Il n’y a pas proprement en lui de simplicité à un moment unique, ni d’identité à différents moments, quelque penchant naturel que nous ayons à imaginer cette simplicité et cette identité. »

⇒ De fait, nous ne sommes pas des Êtres monolithiques. Dans certaines peuplades en Inde, des personnes changent de prénom tout au long de leur vie. Ils sont des étapes de vie, avec des personnes « différentes », d’où la nécessité de nommer autrement. Par ailleurs, nous entendons souvent à la télévision, c’est dans notre ADN, et cela impliquerait une permanence, alors que l’Homme étant objet historique, il évolue, donc, il y a contradiction dans les termes. Et en ce qui nous constitue je pense qu’il n’y a pas d’indépendance entre la matière et le corps.
Je pense que la matière précède la conscience, la conscience étant propriété émergeante de la matière.

⇒  Nous avons tous des appareils connectés, auxquels nous sommes « connectés », ces appareils, smartphone particulièrement où  sont stockés en datas,  tous vous SMS,  toutes vos photos, tous vos échanges. Un clone numérique de vous « existe » numériquement. Dans une série « Black Miror » une société informatique ayant recueilli tous les datas d’un homme jeune mort d’un accident, va créer une I A clone ; laquelle  va entamer une relation, communiquer avec l’épouse veuve, créer des échanges presque comme avec l’Être vivant.

⇒ Sans me faire déconstruire par Madame Sandrine Rousseau, je préfère la méthode cartésienne qui nous incité à nous reconstruire. Introspection tel que dans « le panier de pommes » qu’il faut vider, puis écarter les pommes abimées, (mes faiblesses, mes défauts, mes impulsions….) et refaire le panier.

⇒ Je me construis aussi en négation,  ce  qui participe au processus de mon Être en devenir. Pour avoir conscience de moi, il faut que je me dise je ne suis pas cette table, je ne suis pas telle chose…

⇒ Si j’étais né en un autre lieu, à une autre époque, quels parcours de vie différentes, donc quels possibles moi que je ne connaitrai jamais.

⇒ Mon interaction avec mon environnement dépend de ce que j’ai été, de ce qui m’a imprégné. Ce que j’ai ressenti à l’âge de quinze ans est encore imprimé en moi, et me fait aborder mon environnement différemment, en fait je peux dire : « j’ai été »

⇒  Au début nous ne sommes que matière organique. L’embryon n’est pas un élément pensant. Donc pour moi, c’est d’abord mon corps qui est le patron.

⇒  Pour Platon l’âme et le corps (l’esprit et le corps) sont comme deux chevaux attelés au même timon.

⇒  On donne l’exemple de la bande de papier ou sont inscrits d’un côté l’esprit de l’autre le corps. D’un demi-tour de feuille les voilà ensemble, comme ils sont inévitablement « ensemble ».

⇒  Nous subissons des influences, et une fois ces influences inscrites en nous elles viennent s’accumuler avec d’autres, s’agréger,  ce ne sont pas comme des couches superposées. On ne  peut pas dire : j’étais comme ça à 10, 20, 30 ans, car je le suis encore,  en partie.

⇒ Je reviens sur ce qui aurait été plus ou moins déterminant dans ma construction. Y a t-il eu des moments clefs ? Je repense souvent à l’adolescent qui ne pas trouvant un modèle d’homme dans sa famille, a découvert des désirs d’être, en prenant chez deux hommes, deux femmes, ceci chez l’un, chez l’une, cela chez l’autre. Ils sont en moi, je les cite souvent sans les nommer. Je pense que nous avons tous, plus ou moins, une personne réfférente qui nous a marqué dans l’enfance, l’adolescence. C’est souvent un enseignant, ou une enseignante dont on garde le souvenir comme une empreinte indélébile.

⇒ Est-ce qu’il y a une conscience collective qui influence notre construction ?

⇒  Nous sommes pour une part conscience collective, plus ou moins marquante, selon un milieu, une appartenance politique, religieuse, appartenance à un pays, une langue, une histoire…

⇒ Ce qui me constitue est aussi un partage de valeurs.

⇒ Si nous passons de qu’est-ce qui me con stitue à qu’est-ce qui « nous » constitue, le débat s’élargit. Là : je pense à mes ancêtres, je pense à notre grand-mère Lucie, je pense à Luca (Last Universel Human  Commun), premier organisme de vie.

⇒ De fait LUCA est une population cellulaire dont on pense qu’elle est notre ancêtre commun de toutes les formes de vie actuelles …, c’était il y  trois milliards d’années.

⇒ Est-ce qu’il y a vraiment un « en soi « ? o ù cet Être construit serai le reflet de ce que la société, les autres attendent de moi ? ou l’image qu’on me renvoie, le reflet reflétant.

⇒ Le « moi est insondable. Comment résumer un homme, une femme. Même pour moi il faudrait pouvoir refaire tout le parcours de ma vie. Donc je me résume à un chemin, une histoire, et toutes mes contingences.

xx

Ce que nous aurait dit Montaigne :

 « C’est un sujet extraordinairement vain, divers et ondoyant que l’homme. Il est malaisé de fonder sur lui-même un jugement constant et uniforme »

«  Chaque homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition »

« Et quand personne ne me lira, ay-je perdu mon temps de m’estre entretenu tant d’heures oisfes à pensements si utiles et agréables ? Moulant sur moy cette figure, il m’a fallu si souvent dresser et composer pour m’extraire, que le patron s’en est fermy et aucunement formé soy-mesmes. Me peignant pour autrui, je me suis peint en moy de couleurs plus nettes qui n’estoyent les miennes premieres. Je n’ai pas plus faict mon livre, que mon livre m’a faict,  livre consubstantiel de son autheur, qu’une occupation propre, membre de ma vie ; non d’une occupation et fin tierce et estrangere comme tous les autres livres »


»… « Il n’est description pareille en difficulté que la description de soi-même, ni certes en utilité, encore se faut-il testonner, encore se faut-il ranger et ordonner pour sortir en place »
          

 « Le vray miroir de nos discours est le cours de nos vies »

« Je ne peins pas l’être, je peins le passage. Non d’un âge à l’autre, ni de sept ans en sept ans, comme dit le peuple, mais de jour en jour, de minute en minute » »

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